I. Brânchb de Siint-Gelits
Né, en \ 5o0.de Charles de Lusignan et de Louise de Puyguyon, Louis de Lusignan -Saint-Gelais fut élevé, comme enfant d'honneur, à la cour de Henri H. Rien ne nous apprend Tépoque précise où il sortit de PËglise romaine, dans laquelle il était né. Parmi les Huguenots qui échappèrent au massacre de la Sainl-Barlhélemy, nous voyons bien figurer Gui de Saint-Gelais{\oj, ni, p. 400); mais ce serait peut-être s'aventurer trop loin que d'en conclure que cette branche de la famille de Lusignan professait déjk le protestantisme. C'est seulement en 1574 que nous trouvons
(1) ISous ne parlons pas d'un rameau de Il branche de î.ezay qui professa aussi le protesianiisme, parce qu'il s'éteignit dès la première génerittion, Gabriel de Lusignan n'ayant laissé qu'une fille, nommée Françoitê , qui mêm« abjura.
Louis de Saint-Gelais dans les rangs de l'armée protestante. Le 22 juillet, il surprit Saint-Maixent; mais à l'approche du duc de Montpensier, il se hMa d'abandonner cette petite ville, trop faible pour offrir une résistance sérieuse, et se retira à Lusignan, où il se signala, pendant le siège, parmi ses plus braves défenseurs. L'année suivante, Frontenay-Rohan le mit pour gouverneur dans Brouage en place de Cymandilre,.([\ï\ lui était suspect; mate Plassae le força d'en sortir. En i 576, Saint Gelais fit une entreprise sur Niort, qui échoua. Plus heureux en «377, il se saisit de Civray-sur- Charente; malheureusement il laissa pour y commander un traître qui livra, bientôt après, celte place au comte de Lude.Dès lors, il jouissait d'une très-grande considération dans le parti, puisqu'il fut appelé ^ sifner, au nom de ses coreligionnaires, les articles secrets du traité de Poitiers, avec LaNoueJ)u Fanr^ sieur de GTiiéusfihauvigné ^Arnaud DuFaur^ et d'autres députés des églises, et qu'en 4 6S 1 ,il fut envoyé par le Poitou à l'Assemblée politique de Montauban.
En 1585, Saint-Gelais servit, avec le grade de maréchal de camp , sous les ordres de Condé et il se fit remarquer par sa rare intrépidité dans une foule de rencontres. Un jour, entre autres, qu'il s'était rendu, avec (TAubi^ g né et une faible escorte, de Jarnac à Melle pour une afi'aire importante, il apprit tout-à-coup qu'il était cerné par les Ligueurs. Sans s'effrayer du danger, il manda en toute h&te Prévôt^ de- Charbonnier es , cantonné à deux lieues de là avec son régiment, et, liton dans les Mémoires do la Ligue, il pritceux qui voulaient leprendre.il ne déploya pas moins de sang-froid et de courage dans la fatale retraite d'Angers {Voy. II, p. 469). Après la dislocation de la petite armée protestante, il suivit la route de Mer avec uoo partie des troupes ; mais arrivé à Lorges, il fut informé que tous les passages delà Loi- . re étaient soigneusement gardés. Dans cette situation critique, il assembla un
LUS
LUS
conseil. On décida que lo parti le plus sage élail de tirer chacun de son côté, Saint-Gelais.accompagné de Bois-du- Lis,Campet, (appelé aussi Campois), Du Chesne et de quelques autres, prit le chemindeCbMeauduD, et après avoir eouru les plus grands dangers, il atteignit la Loire qu'il traversa heureusement; puis il regagna La Rochelle.
En i 586, il servit sous Condé à la prise de Dorapierre.et s'empara en personne d'Aunay, de Mondevis, de Chizé-surla-Boutonne. Chargé par lesRochellois de fermer Teicellent port de Brouage, en coulant à l'entrée plusieurs gros Taisseauz, il réussit dans cette difficile entreprise avec le secours de Garfouilîeau, et malgré les efforts de Saint-Luc, qui lui tua seulement le capitaine Mineur et quelques soldats. En 4587, il défendit avec La Tifardière h Tille de Saint- Maizent contre Joyeuse et obtint une capitulation honorable {Voy. III, p. 442).
Aprèsla bataille de Coutras,Saint-Gelais retourna àLa Rochelle où il fit secrètementles dispositions nécessaires pour surprendre Niort. Secondé par Aram- 5we, Parahère, Hector de Préau, Rançues , Deslistre . il appliqua les échelles sans être aperçu par les sentinelles, et tandis que Jonguières, Vil^ hpion de Valières et Soussoubre escaladaient les murailles, des pétards, attachés par de Villesave et Gentil, firent voler les portes en éclats.Eu trois quarts d'heure , la ville fut prise , sauf le château qui se rendit le lendemain.
Les Ligueurs ont publié uu récit des Cruautés exécrables commises par les Hérétiques contre les Catholiques de la Tille de Niort; mais c'est un tissu de mensonges et de calomnies. La ville fut traitée, au contraire, avec une modération dont l'histoire de nos guerres ciTiles offrent peu d'exemples. Saint- Gelais resta gouverneur de la ville, et Parabère du château.
Après laréconciliation (les deux rois, Saint-Gelais les suivit sous les murs de Paris. Ce fut sa dernière campagne.
Bientôt après, il retourna dans le Poi-
tou, Henri IV l'ayant nommé lieutenant général dans cette province. Il mourut à Niort, le 27 mai 4 592, des suites d'une saignée, regretté, ditd'Aubigné, de ceux qui le connaissaient, « comme Trai noble, vrai vaillant , bon partisan et bon ami. »
Louis de Saint-Gelais avait épousé, en 1 569, Marie Ratant, tille de René Ratant, sieur de Boisgrollier, qui ne lui donna qu'une fille, Louisiî, mariée à Louis de Losme, sieur des Moulins.
Resté veuf, il se remaria avec Jeanne Du Puy, dame du Coudray, en Berry, fille de Claude Du Puy, baron de Bellefaie, el de Jeanne de Ligneris, dont il eut trois enfants : 1 * Henri-Louis , mort jeune en 1599 ; — 2» JosuÉ, qui suit; — 3' Charlotte, femme de Guy- Philippe de SalinSt sieur de La Nocle, à qui elle donna un fils et quatre filles, l'une desquelles épousa , en 1641 , le célhhre Saint'André'Montbrun{^eg.
de Charent.).
JosuédeSaint-Gelais,sieurdeSaint- Gelai? et de Chcrveux , mourut, en 4642, sans avoir joué de rôle dans les affaires des églises. 11 avait épousé, en 4 64 0, la veuve de Charles de La Forest, sieur de Vaudoré, Anne Poussard, fille de Charles , sieur de Fors et marquis du Vigean, et dUEsther de Pons, Il en eut : 4 • Louis, né en 4 64 4, mort célibataire en 4 636 ; — 2* Chir- LEs» sieur de Cherveux, né le 5 sept.
4 623, qui épousa Charlotte-Louise de La Loe, fille de Claude de La Loe et d^ Anne de Rochechouart, Est-il identique avec le marquis de Saint-Gelais qui fut, en 4 686, sommé de se convertir sous peine de la Bastille? {Arch, gén, E. 3372) ; — 3» Marie-Jeanne , épouse de Charles de Fradet , comte de Château - Meillan , lieutenant du grand-maître de l'artillerie, mort en 4659;— 4% 5* et 6» Marguerite,Frànçoise et Anne , qui furent toutes trois religieuses. Il est évident, pour nous, que les enfants de Josué de Saint-Gelais se converlircnl, mais à quelle époque? Nous l'ignorons.
LUS
BRl!fCUE DE SÊLHIIfT.
LUS
Jean de Saint-Gelais, sieur de Seligay (aliàs Séligné), épousa, en 1 576, Jacquette Bouchard-iT Auheterre^ qui lui doDua deux fils : {* Jacques , qui suit; — 2" Charles, marié, en 1611, avec Renée de Montalembert , fille de Robert , sieur de Vaux , et de Jeanne de Livenne,
Jacques de Saint-Gelais, sieur de Séligny, mourut vers 1 635 , selon Filleau, laissant de son mariage avec Es^ ther Régnier, un fils, nommé Jacques, et une fille , appelée Jeanne, dont le sort est inconnu. Jacques, dont il est parlé comme d'un genlilhomme protestant, dans le Mémoire de Colbert, en 1664, prit pour femme, en 1637, Léa Des Vieux, qui le rendit père de Léon et de Bénigne. Cette dernière épousa François de Nossay ou Nocey, sieur de La Forge, genlilhomme catholique du Poitou. Ce mariage fut célébré par uu ministre; mais après la célébration, le mari retourna à la messe, laissant d'ailleurs sa femme libre d'élever ses enfants dans sa religion, à ce que raconte Benoit, et son récit se trouve confirmé par les registres de Téglise de Chizé, dont nous avons eu un volume entre les mains (Arch, gén. Tt. 313). On y trouve, à l'année 1658 , consigné le baptême, par le pasteur >1. Gilbert, de FrayiçoiSide Nocey tÇ[n\ eut pour parrain son oncle Léon et pour marraine, L^'acTtf Rieux (Des Vieux ?)Taut que le père vécut, le clergé garda le silence; mais Nossay ayant été assassiné en 1 665, on eut recours aux persécutions les plus violentes pour forcer la mère à remettre ses enfants entre les mains d'un catholique. Les biens de celle dame et ceux de Léa Des Vieux furent mis sous le séquestre; il fut défendu , sous peine de confiscation, de leur donner asile.
Force fut ài ces dames de ployer sous la tyrannie du grand roi.
Léon de Saint-Gelais , le dernier de cette famille qui professa la religion réformée, épousa, en 1660 , Suzanne de La Duguie, dont il eut plusieurs
enfants, entre autres Sosanne , baptisée, en 1662, par Chaigneartx,àiinsl9 château de Séligny, en présence de Jacques de Saint-Gelais, et de Cathe^ rine Chiton {Arch. Tt. 3 1 3) . En 1 689, Léon de Saint-Gelais fut encore en* fermé dans la citadelle du Pont-de-Larche, comme mauvais catholique {Ibid* M. 667). Sa femme imita sa constance, cependant elle finit par abjurer et ob« tint, en 1700, une pension de 500 ii- ?res {Ibid, E. 3386).
LUSIGNAN ( François db), de la famille des barons de Lusignan en Agénois, assista, en 1579, à rAssemblée politique de Montauban de la part da roi de Navarre. C'est la première fois que nous rencontrons son nom, soit qu'il ait professé jusque-là le catholi* cisme, soit, ce qui est plus probable»
qu'il ait été trop jeune pour prendre une part active dans nos guerres de religion. L'année suivante, il servit soui les ordres de lleuri de Navarre. Ea 1 587, il combattit à Coutras, où il fut fait prisonnier, mais délivré par La Force. Nous no voyons pas d'ailleurs qu'il se soit signalé par aucun exploit militaire; c'est surtout dans les assemblées politiques que ses talents pour rinlrigue trouvèrent à s'exercer. Ea 1 608, la Dasse-Guienne le députa avec Hespcrien et La Corbiade, avocat au parlement de Bordeaux, à celle de Gergcau, et en 1611, avec La Case, de PanjaSy Rançons, pasteur à Tonneins, et Maniald» avocat au parlement de Bordeaux, àcelledeSaumur. En 1613, il présida un colloque tenu à Sainte- Foy, auquel assistèrent Cas^tf/»att/, de Bergerac, de La Garde, de Tonneins, (TAgos (?), de Chambret, de Couronneau, les ministres Ilespérien, de Sainte-Foy, Dm Luc, de Bergerac, Cons^ tayis» de Monûanquin, et Salmon, de Chambret, les avocats La Nouaille et Mermet, Dubacei Ltf»/t7Zac.En 1645, l'Assemblée do Grenoble, à laquelle il assista encore, comme représentant de la même province, le nomma membre de la commission chargée d'examiner les propositions deCondé.li suivit Taf-
LUS
LUS
semblée à Nismes et à La Rochelle; mais, dès le mois de mars 1616, des lettres furent interceptées qui le compromirent au point que, m;ilgréses dénégations d'avoir jamais rien fait de contraire à Tuniondes églises, rassemblée crut devoir inviter le Conseil de la Basse-Guienne à procéder à une enquête {Fo?ids de Brienne, N» 223).
Cette enquête, si elle fut faite, ne fournit aucune charge nouvelle contre lui; il est certain pourtant que Lusignan cherchaitdéjà le moyen de se vendre au roi au plus haut prix possible, et que dès lors il jouait un jeu double, llcrulavoir trouvé une occasion propice, lorsque Tinexécution des promesses faites à Loudun ralluma la guerre. Au moment même où, en sa qualité de gouverneur de Puymirol, il jurait à TÀssemblée de La Rochelle d'exécuter ce qu'elle ordonnerait, il négociait avec Louis XIII la reddition de sa place. Le prix con» Tenu ne lui ayant pas été payé, il se rejeta dans le parti huguenot. Pour faire oublier sa défection par un coup d'éclat et se venger en même temps du roi* il assembla un petit corps de troupes commandé par les capitaines Arbissan et Iquen de Nérac, Viau, Delestai QiJaninàQ Monflanquin,ct,dans la nuit du 21 fév. 1622, il se saisit de Clairac par surprise. Comme il n'y avait pas de vivres dans la place, il songea, avant tout, à y pourvoir. Â cet effet, il alla attaquer le château des Granges, où les Royalistes avaient amassé une grande quantité de provisions do bouche, passa sur le corps d'une bande de paysans, qui essaya de lui disputer le passage sous les ordres du sieur de Catus, et s'empara des magasins.Cependant le parlement de Bordeaux ayant fait arrêter ses deux jeu- Des filles et cinq caisses pleines de ses effets les plus précieux, qu'il avait eu- Toyées dans cette ville, Lusignan, pour recouvrer à la fois ses enfants et ses trésors, vendit Clairac dont l'Assemblée de La Rochelle venait de lui donner le commandement, conformément au vœu des habitants {Fonds de Briennet
N<* 225). Le gouvernement de cette place lui fut assuré ; une somme de 60,000 livres lui fut accordée comme dédommagement du gouvernement de Puymirol dont il avait été dépouillé ; le libre exercice de la religion protestante fut garanti et les habitants furent déchargés d'une somme de 150,000 livres sur les impôts. A tout prendre, ce traité fut moins honteux que beaucoup d'autres; Lusignan, du moins, ne songea pas uniquement à ses intérêts particuliers, et ce qui l'excuse jusqu'h un certain point de n'avoir pas répondu à Tattentc de l'Assemblée de La Rochelle, c'est que, malgré ses instances, elle n'avait pu lui envoyer ni armes ni munitions.
En 1625 ( est-ce du même personnage qu'il s'agit? no serait-ce pas plutôt de son tlls), le marquis de Lusignan fut envoyé par Rohan ci Montauban, avec charge expresse d'entraîner la population à prendre les armes. Il se rendit dans cette ville accompagné de Afarafa^et de Rapin^ et, quoique, par arrêt du 6 fév., le parlement deTouîouse lui eût ordonné d'en sortir sous trois jours, il se mit sur-le-champ à l'œuvre; mais il rencontra deux grands obstacles : résistance dans la bourgeoisie, froideur de la part du peuple. 11 ne put en triompher, bien qu'il fût chaudement appuyé par Béraud et Dupuy.en sorte que Rohan le remplaça pariJaiw/- André ' Montbt'un qui devait mettre plus d'ardeur à le servir, et l'envoya au secours de Castres, menacé par le maréchal de Thémines. Attaqué 5 La Crouzetle, Lusignan repoussa vaillamment les Royalistes, et prenant la roulo de Brassac, il réussit à entrer dans Castres en plein jour avec toutes ses troupes. Thémiues se décida à battre en retraite. Quelque temps après, Lusignan alla attaquer un régiment catholique logé dans le faubourg de Teillet et le contraignit à se réfugier dans le château. Dans cette chaude affaire, les deux maréchaux de camp Montclus et Vale$cwe furent légèrement blessés.
Il alla ensuite rejoindre Rohan et con-
LUZ
LUZ
tribua à la prise de Sieurac ; puis Rohan le reDvoya à Castres avec une partie de ses troupes, pourconteuir le parti de la paix qui voulait traiter sans La Rochelle. C*est la dernière fois, ^ notre counaissaDce, qu'il soit parlé de lui dans les aouales des églises réformées.
LUZAG (Jean), marchand de Bergerac, réussit à sortir de France après la révocation {Arch. gén. Tt. 236); mais il lui fut impossible d'emmener avec lui sa mère, sa femme, Marguerite Griller^ et ses enfants {Ihid, Tt.
267),qui ne parvinrent à le rejoindre que dans l'année 1 692. Il arriva à Amsterdam au mois de juillet 4686, et s'établit iiFraneker.Sa femme y étant morte, il se remaria avec une Hollandaise dont il eut encore plusieurs enfants, entre autres Etienne et Jeâïv, le premier, publiciste distingué, le second, chef d'une imprimerie considérable.
I. Né à Franeker en 1706, Etienne Luzac se voua à la carrière ecclésiastique et commença ses études à l'uni- Tersité deFraneker.Âyantosé émettre, dans une dispute publique, des opinions qui s'éloignaient des doctrines sanctionnées au synode de Dordrecht, et les soutenir avec toute l'énergie d'un cœur honnête et d'un esprit cou-n vaincu, il s'attira, de la part des orthodoxes, tant de tracasseries et de persécutions qu'il prit en dégoût la théologie et alla demander à son frère Elie de l'emploi dans son pensionnat. Il est très^probable qu'il devint, vers cette même époque, un des rédacteurs de la Gazette de Leyde,dont Antoine de La Font était alors le propriétaire; ce qui est certain , c'est que , La Font étant mortquelque temps après, Luzac obtint, en 1738, de sa ûlle unique la cession du privilège qui avaitélé accordé à son père par la régence de la ville de Leyde.Dès lors il fut le principal, on pourrait presque dire l'unique rédacteur de cette feuille périodique, la seule qui se publiât en français dans cette ville. Il sut imprimer \ sa publication, qui paraissait sous le titre de Nouvelles ewtraordinairet de divers endroits.
un cachet de véracité, de bonne foif d'exactitude, qui acquit à la Gazette de Leyde une grande réputation. Les soini qu'exigeait la rédaction, une correspondance étendue avec beaucoup d'hommes éminents de son siècle, un commerce journalier avec les savants attachés à l'université de Leyde absorbant tout son temps,Luzacn'a malheureusementpas trouvé le loisir de s'occuper d'autres travaux littéraires. Malgrt sa position à la tête d'une Gazette influente, il fut assez sage pour ne s'immiscer en aucune façon dans les affaires politiques de son pays, et il ne se tint pas avec moins de soin éloigné de la direction de l'Eglise^ laquelle ilappartenait par ses convictions plus encore que par sa naissance. H mourut, sans avoir été marié, le 9 janv. 4 787. La propriété delà Gazette passa à ses neveux.
II. Jean Luzac a associé son nom à celui de son frère comme imprimeurde la Gazette de Leyde, mais il n'a rien fait d'ailleurs qui le recommande particulièrement à l'attention de la postérité.De son mariage avec la fille d'Isaac Valcknaer naquirent deux fils. L'alné épousa la fille du célèbre hellénistd Valcknaer et en eut Louis- Caspâb, avocat à Leyde, chef, pendant plusieurs années, de l'opposition libérale dans la seconde chambre des Etals-Généraux et un des auteurs de la Constitution qui, depuis 1 848, régit le royaume des Pays-Bas(l). Le cadet, nommé Jean, naquit à Leyde, le 2 août ^ 746,etmontra de bonne heure une très- grande aptitude pour les sciences, principalement pour la géographie, et pour les lettres. Il prit le bonnet de docteur en droit, en 1768, et fit imprimer à cette occasion une excellente thèse : Spe^ eimen academicum exhihens ohservation'es nonnullas apologeticaspro
{*) M. Luiic i reoûDcé iDjourd'hut k U politique. Il a bien voulu prendre It peine de nous donner sur st ftmille des renseignements plus exacts que tout ce qu'on avait publié Juiqu'ici. ?ious regrettons vivement qu'une modestie excessive ne lui ait pas permis de noot parler de lal-mème tftas let aotet qa'll t iBTOiéaa.
LUZ
LUZ
jureconsuUis romanis ad locum Cieeronis pro Murenâ XI-XIII, in-4'.
Quelque temps après, l'université de GroniDgue lui offrit une chaire de grec, qu'il refusa pour ne point renoncer à ta part de coopération dans les travaux deson oncle. Il ne voulut point accepter non plus la chaire de droit k laquelle il fut appelé, deux ans plus tard, dans l'université de Leyde, préférant aller se former au barreau de La Haye qui comptait alors plusieurs avocats célëbreSfparmi lesquels il se plaça bientôt. De retour à Leyde, en 1772, il exerça la profession qu*il avait choisie, tout en s'occupaut de la rédaction de la Gazette, dont il prit la direction en 1775. Il sut la maintenir à la hauteur où son oncle Ta- Tait placée dans Topinion, et les talents dont il fit preuve lui méritèrent, de la part de quelques souverains, des marques flatteuses de bienveillance. Quelque nombreuses que fussent ses occupations, il consentit enfin, en 1785, à entrer dans renseignement et se chargea de la chaire de grec et d'histoire à l'université de Leyde. Il en prit posses- 8ioD,le 2 4 sept., par un discours De eruditionc altrice virtutis civilis prasertim in civitate liber â, Lugd.Bat., 4786, iu-4'; trad. en hoUaud. par son beau-frère J. de Kruyff. Leyden, 1 786, in-S". Sous le titre d ExercUationes academicœ, Lugd. Bat., 1 792-93, in- 8*, on a publié quatre savantes thèses qu'il fil soutenir par ses élèves et dont ▼oici les titres spéciaux: Observationes inEuripidismaximèUippolytum'yObs.
in loca veterum pracipue qua sunt de vindictà divinâ, en deux parties, eXDiss, de ostracismo Athenicnsium.
En 4 795, lorsqu'il résigna les fonctions de recteur , il prononça une harangue remarquable, qu'il fil imprimer sous ce litre : De Socratc cive, Lugd. Bat., 4796, en la dédiant à son ami John Adams, vice-président des Etats-Unis.
et qu'il traduisit lui-même eu holl. , Leyd., 1796, in-8»; nouv. édit., avec une magnifique Préface, A ses concitoyens vertueux et patriotes , 1797.
Ce discourSfinspiré par les circonstan-
ces, fit beaucoup de bruit; il suffirait pour prouver à qui ne connaîtrait pas l'esprit dans lequel était rédigée la Gazette (1), que Luzac n'était point un ennemi de la liberté ; cependant il devint suspect aux démagogues qui, oubliant les importants services qu'il avait rendus à l'Etat en maintes occasions, le dépouillèrent de sa chaire d'histoire, en lui laissant toutefois l'enseignement de la langue grecque. Il refusa de consentir au morcellement de ses fonctions, et fut suspendu tout- à-fait.
C'est à ce sujet qu'il publia en hollandais le Recueil des pièces ayant rapport à la conduite des curateurs de l'université de Leyde ^ pendant les années 1796 et 97, Leyde, 1797, in-8°. Luzac consacra les loisirs que cette injuste mesure lui créa, à soigner la réimp. d'un pamphlet publié 5 Paris sous le titre d^Essays sur Vhist, de la révolution française par une société d'auteurs latins, ainsi qu'une nouvelle édit. de Callimaque: Callimachi Elegiarum fragmenta cum elegià Catulli CaUmacheây collecta atque illusirata a L.-C. Valcknaer^ à laquelle il joignit une préface et des indices (Lugd. Bat., 1799, in-8»). Eu 1 802, il fut rétabli dans sa chaire, mail en môme temps sa Gazette fut suspendue. Dès lors, il ne s'occupa plus que de travaux d'érudition. Eu 1804, il fit paraître à Leyde, Jani Otlonis Sluiter Lectiones Andocideœ; interjectœ suntL.'CValcknaeriietJ.Luzaciiin Andocidern animadversiones , Lugd.
Bat., 1804, in-8«. Il venait de mettre au jour un ouvrage inédit de Valcknaer : Diatribe de Aristobulojudœo, philosophoperipateticoalexandrino (Lugd. Bat., 1806, in-4'), et il préparait d'autres manuscrits du môme écrivain pour les livrer à l'impression, lorsqu'une affreuse catastro-
(1) La Gazette de Leyde défendit toujours ivec chaleur la cause des Américains, et son rédacteur eu chef entretint une correspondincc directe avec les principaux chefs de l'insurrection, qui lui donnèrent des preuves non équivoqacb do leur couQaoce et de leur estime.
LUZ
LUZ
phe mit fiû k ses jours. Il périt écrasé sous les ruines d'une maison , lors du désastre que Texplosion d'un bateau chargé de poudre causa dans Leyde, le 4 2 janv. <807. Après sa mort, son élève Sluiter, depuis professeur de grec à l'Athénée de Deventer, publia ses Lectiones atticœ de bigamià SocratiSy Lugd. Bat., 4809, in-4% savante apologie du philosophe d'Athènes.
III. Du premier mariage du réfugié Jean Luzac étaient nés , comme nous l'avons dit , plusieurs enfants dont la destinée est inconnue, à l'exception d'EtiE, qui alla s'établir à Noordwyck, près de Leyde , où il fonda un excellent pensionnat. Il eut cinq enfants , dont trois fils. L'alné, nommé Elib , s'est rendu célèbre au double titre de jurisconsulte et de philosophe. Né à Noordwyck, le 19 oct. 1723, il fit ses études à Leyde. D'un esprit sérieux et méthodique , il devait éprouver un vif attrait pour la philosophie de Wolf; aussi l'adopta-t-il avec ardeur et en resta-t-il toute sa vie un zélé partisan. Gomme il se destinait au barreau , il étudia la jurisprudence ; cependant il ne prit pas ses degrés. Sur le point de subir les épreuves pour le doctorat , il quitta l'université, en 1749 , et embrassa la profession de libraire- imprimeur. Un des premiers ouvrages qui sortirent de ses presses fut une dissertation qu'il avait composée, en 1745, et qu'il mit au jour sous le titre de Disquisitio politico-moralis : num civis i7inoce7is ira hostis longé potentiorù^ jusQ permitti possit, ut excidîum totius civitatis evitctur^ Lugd. Bat., typisauctoris, 4749, in- 8'. Déjà, il s'était compromis d'une manière sérieuse dans sa profession de libraire-imprimeur par la publication de THomme-machine, de La Mettrie (1748). Attaqué violemment de tous côtés , mais surtout par le consistoire de l'église wallonne de Leyde , il se défendit avec force dans U homme plus que machine . Lond. [Leyde], 1748 , in- 18, pp. 140; réimp. dans le T. III des Œuvrei de La Mettrie , édit. de
1774 ; et dans V Essai sur la liberté de produire ses sentiments. Au pays libre pour le bien public, avec pri^y lége de tous les vrais philosophes^ 1749, in-12, pp, 124, où il soutint, avec beaucoup de raison, que le moyen le plus sûr d'assurer le triomphe de la vérité, c'est de soumettre les objections à une discussion franche et approfondie. C'est sans doute pour échapper aux tracasseries que cette publication lui attira, qu'il se décida à s'imposer une espèce d'exil volontaire. H se rendit à l'université de Gottiugue où il reprit le cours de ses éludes et où il soutint, pour le grade de docteur in utroque jure , une thèse intitulée :
Spécimen juris inaugurale, de modo extra ordinem procedendi in causis criminalibus, Lugd. Bat., 1759,in-4*.
De retour à Leyde , après une absence de deux ans, Luzac, sentant sans doute qu'il était trop âgé pour débuter avec quelque succès au barreau, ouvrit un cabinet d'avocat consultant. Les mémoires qu'il rédigea en cette qualité, principalement sur des questions de législation commerciale et de droit public, lui firent une grande réputation.
Cependant aucun ne lui procura plu»
d'honneur que ceux qu'il composa, à la demande de plusieurs libraires, contre un projet de censure qu'on discutait dans les Etats de Hollande et qu'il fit rejeter (1). Ces mémoires, au nombre de trois, imp.en 1766, in-fol. en holL, ont été reproduits dans lo Supplém.du Bulletin des lois imp. à Dordrecht (T. IX). On peut citer encore, comme également remarquables par la vigueur du
(1) Ce serait se tromper que de croire qoa li Hollande après, comme avant le rejet de cette loi, a joui d'une complète liberté de It pre^se. Il est vrai qu'il n'existait pas de cen* sure préventive, au grand regret, a ce qu*il paraît, de certains conservateurs; mais les magiétrats des villes, ceux des provinces, les consistoires, les synodes, exerçaient une sorveillance très-ombrageuse sur tous les livret qui se publiaient, et pour peu qu'un jécriK choquât leurs pré'Jugés politiques ou religieui, ils ne manquaient jamais d'acctbler de eonleils et de remontrances l'auteur, ils Allilem même souvent jusqu'à défendre 11 vente du livre et a en exiger It sappresiion.
LUZ
LUZ
raisonnement el du style, les Mémoires qu'il publia en holl. (4780, in-fol.^, contre le monopole de la compagnie des Indes orientales.
Heureux d*un genre de vie qui« en lui assurant Tindépendance, lui permettait de se livrer à ses études favorites, Luzac ne voulut jamais accepter pour lui-môme aucune fonction publique; il se contenta d'être avocat et homme de lettres. En 1753. il Gt paraître à Berlin, en un petit in- 8° de 1 50 pages, un traité de philosophie sous ce titre : L$ bonheur ou nouveau système de jurisprudence naturelle. Cet écrit, devenu extrêmement rare, a étéréimp.
àAmst., 4 820, ïn'S\ Z'f^oVâ Solution [par £. Luzac] de la question proposée par VAcad. royale de Prusse et p$i fait le sujet du prix de Mb^, imp. d'abord i la suite des Recherches sur les principes, etc. On y trouve professées les doctrines de Técole de Leibnitz et de Wolf, doctrines dont Luzac prit, peu de temps après, la défense avec une vivacité extrême contre le ministre d'Amsterdam Boullier, dans ses Recherches sur quelques principes des connaissances humaines, Gôlt. et Leyde, 1756, in-8» de 246 pp.
Ce fut vers cette époque que s'éleva entre les savants de Hollande, à Toccasion de l'histoire de Wagenaar, la grande querelle sur le véritable caractère de Jean de Witt. Luzac y prit part en publiant deux brochures, qui
{meuvent passer pour de petits volumes, 'une sous le titre de: De zugtvan den Heere Raad-pensionaris Johan de Witt, tût zyn vaderland en deszelfs vryheid, uit zyne daaden nagespoort, l'autre sous celui-ci : Met oordeel over den Heere Raad-pensionaris J. de Witt MO als het in het Wehje: De tugt, en*. , vervat is, hekragtigd^ bevestigd en leweezen, brochures qui parurent toutes deux i Leyde en 1757, in-8*.Deui ans après, Luzac entreprit une œuvre plus" considérable : il fonda, sous le titre de Nederlandsche Lettercourani^ une gazette littéraire destinée à rendre compte des outrages nouveaux
publiés tant en Hollande qu*à l'étranger. Cette publication» qui paraissait régulièrement deux fois par semaine, fut continuée jusqu'en 1763 (Leyde, 4760-63, 10 vol. in-8''). Fidèle à la devise qu'il avait choisie Nec temerl nec timidèt Luzac sut conserver dans ses critiques et dans ses jugements un ton d'impartialité et de modération qui assura le succès de sa Gazette, devenue aujourd'hui extrêmement rare.
Après la cessation de cette espèce de revue, il devint un des rédacteurs de la Bibliothèque impartiale et de la Bibliothèque des scienceSt qui se publiaient en Hollande.
Ses travaux de critique littéraire ne le détournèrent pas de ses études sur la philosophie vers lesquelles son goût parait l'avoir porté de préférence. Eu 4763, il concourut pour un prix proposé par les directeurs de la fondation dtolp, et développa ses idées sur le critérium des principes moraux dans un traité sur le perfectionnement de la morale, tant par ses principes, ses motifs et son but ûual que par la révélation. Ce traité n'obtint pas le prix, mais il fut jugé digne par les directeurs d'être imp. dans leurs Mémoires (T. I), où il figure sous ce titre ; Betoog hoeveel de zedekunde^ zoo ten aanzien haarer gronden als beweegredenen en eindoogmerkeny door de goddelyke openbaring^volmaahteris geworden.
L'année suivante, Luzac fit paraître les Remarques philosophiques et politiques d^un anonyme sur V Esprit des ïoiSj dont on a enrichi l'édit. des Œuvres de Montesquieu donnée à Amst. et Leipz., 1765, 6 vol. iu-12. « Plein d'admiration pour le génie de l'illustre président, lit-on dans la Notice sur la vie el les écrits d'Elie Luzac, par H.- C. Cras, professeur de droit à Amsterdam (Paris, 1813, in-8»). il [Luzac] regrettoit de le voir k chaque instant séduit par l'amour d'antithèses indignes de trouver place dans un examen sérieux, el livré à une affectation, à une recherche d'esprit doublementcondamnabledansun homme aussi spirituel...
LUZ
LUZ
Les Remarques de Luzac sur TEsprit des lois ne tendeDl qu'à rendre la ieotnre de ce bel ouvrage plus généralement ullle, en détruisant ou en affaiblissant du moins, dans Tesprit des jeunes gens, l'impression que des hypothèses ingénieuses et un style brillant manquent si rarement de produire. » C'est aussi dans l'intérêt de la vérité que Luzac s'attacha à combattre dans deux Lettres d'un anonyme à M. J.-J, Rousseau, Lond., 4 166, et Paris, 1767, in -8% les assertions paradoxales de l'auteur du Contrat social et do rÉmile. Il s'attaqua ensuite aux disciples de Hutcheson , l'auteur du système de philosophie morale qui dérive ses principes des sentiments plus ou. moins agréables ou désagréables qui accompagnent nos actions, eu établissant ainsi le sentiment moral législateur de la volonté. Il publia contre ce système, qui peut aisément dégénéreren un an^î'mc^ra/iim^ dangereux»
Briefmsseling van Philagathos en Philalethes over de leer van het tedelyk gevoelj Utrecht, 1771, in -8% où il tit sentir avec force combien le sentiment moral est variable, arbitraire, personnel, et incapable par conséquent de servir de base solide à la morale. L'année suivante, il ût imprimer une traduction française des Institutio7is du droit de la nature et des gens, par Wolf, avec des additions et des notes instructives (Leyde, 1772, t vol. in-4', ou 6 vol. in-8«). » Il s'était surtout attaché , dit le prof. Cras, à présenter des éclaircissements philosophiques sur la législation romaine et sur les précieux fragments des anciens jurisconsultes... Dans d'autres parties de cet excellent commentaire, qui contient les fruits de ses longues méditations et de ses études favorites, Luzac s'arrête à des points longtemps débattus du droit naturel , et presque jamais il n'en termine l'examen sans avoir levé les doutes et fixé l'opinion du lecteur. »
Malgré les éloges unanimes que ce layant travail lui valut, Luzac ne le
tenait pas pour satisfait; il sentait qu'il pouvait faire mieux et il ne désespérait pas de l'emporter sur Wolf. 11 avait conçu le plan d'un plus vaste ouvrage où il se proposait d'examiner l'homme, comme être raisonnable el iibre,en luimôme ; comme être sociable, dans sei relations avec ses semblables ; comme personne civile,dans ses rapports avec le souverain ; il voulait compléter son travail par un chapitre spécial sur le droit des gens. Malheureusement les graves événements qui surgirent bientôt après firent oublier les discussions philosophiques qui avaient eu tant de charmes pour le xviii* siècle, et les luttes politiques dans lesquelles Luzac se jeta avecquelque emportement, le détournèrent de ce grand ouvrage, dont il n'a paru, sept ans après la mort de l'auteur, que lar* partie sous ce titre : Du droit naturel, civil et politique ^ en forme d'entretiens, Amst., 1808, 3 vol. in-8».
C'est en 1772 que Luzac commença à se prononcer entre les partis politiques qui divisaient la Hollande ; il ne se rangea pas du côté des novateurs. Admirateur des institutions à l'ombre desquelles les sept Provinces-Unies avaient conquis leur indépendance et fondé leur grandeur, attaché de cœur et d'âme à la maison d'Orange, il se mit à prêcher le retour k une forme de gouvernement qui n'était plus en harmonie ni avec les idées ni avec les besoins de la nation, et s'attacha avec affectation dans les Annales belgiques, recueil périodique qu'il publia en hollandais de 1772 à 1 776, eu 1 5 vol. in-1 2 (1), à vanter les services des stathouders et à faire sentir le danger des révolutions.
Son stathoudérisme le brouilla avec ses oncles, qui appartenaient au parti libéral, et, en même temps, ses attaques très-vives lui attirèrent la haine des patriotes, qu'il prit à tâche, en quelque sorte, d'exaspérer , en mettant au jour coup sur coup Reinier Vryawrti
(1) Ces feuilles voltoles, qui oe partUicnt pts avoir été Jtmiis réunies «a toIuidm, soat devenues introuvablM.
LYO
LYO
onpartydig$ brieven, Deventer et Zwoll, 1781-84, 4 yol. in-8'; Vaderlandsche brievcn, dont il ne parut que sept numéros en 4785; De vaderlandsche staatshcschouwerSy cah. I- IX, 1785; Lettres [X] sur les dangers de changer la constitution primitive d*un gouvernement public, Lond.
1792, in-8*, sans parler d'un grand nombre de pamphlets mordants qui furent publiés par lui sous le voile de Tanonyme, de 1 780 à f 795. Mais ce fut an vain qu*ii lutta avec un courage digne d'un meilleur sort. Le torrent révolutionnaire emporta la forme de gou- Ternement qu*il essayait de défendre, et il eut la douleur d'assister au triomphe de ses ennemis politiques. Il mourut kLeyde en 1796.
Outre les ouvrages que nous avons cités,Elie Luzac adonné des trad.bollandaises des Devoirs d'un prince réduits à un seul principe, par Moreau (Leyde, 1 778,8*)(1)etdu livre d'Accarias deSérionne sur la Richesse de la Hollande, dont il avait impr.une double édition, en 2 vol. in-4*et5 vol.in-8°.en 1778.
Cette dernière trad. qui vaut infiniment mieux que l'original, tant à cause des corrections importantes et des additions considérables que Luzac y a faites, qu'à cause des nombreuses pièces justificatives qu'il y a jointes, répand de grandes lumières sur la statistique et l'économie politique; elle parut à Leyde, sous le titre de Hollands rykdom, 1780, 4 vol. in-8*; nouv. édit., 4801, in-8*.
Elie Luzac avait été marié deux fois.
Sa première femme ne lui donna qu'une fille qui épousa Le Jeune et mourut sans postérité. La seconde le rendit également père d'une fille, qui vécut dans le célibat.
LYOPiET (Pierre), savant naturaliste, et non moins bon anatomiste qu'excellent dessinateur et graveur, naquit^ Maëstricht , le 21 juill. 1707»
d'une famille originaire de la Lorraine
(1) Sont ce litre : Ve pUgten der overhrden of vertoog over de regtwaardigkeidf Leyde, 1779, ln-8». 9
qui avait fui les persécutions, et mourut^ La Haye, lelOjanv. 1789.
Benjamin Lyonet, pasteur de l'fglise française de Heusden , dirigea lai-même la première éducation de son fils. Doué d'une aptitude merveilleuse pour les langues , le jeune Lyonet se rendit familiers, en peu d'années, le latin, le grec, l'hébreu, le français, l'italien, l'espagnol, l'allemand etl'anglais, sans négliger les arts d'agrément, la musique, le dessin , la sculpture môme (1), pour lesquels il manifestait des dispositions non moins étonnantes. En un mot, sa vocation n'était pas limitée, il était propre à tout. Son père le destinait à la carrière qu'il parcourait lui -môme. Lyonet fit donc sa théologie, mais lorsqu'il fut arrivé au terme de ses études, il y renonça pour se livrer ï la jurisprudence. Au bout d'un an passé, à l'université d'Utrecht, il fut en état de prendre ses degrés. 11 publia à cette occasion une Dissertation académique sur le légitime usage de la question ou de la torture y qui passe pour un des meilleurs traités sur la matière. Après avoir suivi quelque temps le barreau à La Haye, il obtint auprès des Etats-Généraux des Provinces-Unies l'emploi de secrétaire des chiftres et de traducteur juré pour le latin et le français. Cette place lui laissant quelques loisirs, il se livra à l'étude de l'histoire naturelle, et forma dans ce but un recueil de dessins coloriés dont on admire la rare perfection. Rien ne peut égaler l'admiration dont je fus saisi en parcourant pour la première fois les deux magnifiques portefeuilles contenant ces dessins , écrit le naturaliste Jacq. Brè» dans une notice sur les mss. de Lyonet, insérée dans le Magasin encyclopédique (r» année, T. 11). « Ce ne sont pas, à proprement parler, des dessins, qui les remplissent, ce sont de véritables miniatures, et des miniatures telles
(1) On coDterve de lui un bas-relief en bois sculpte, représentant i4;>0i/(7n et les Muses, et qualifié de chef-d'œuvre par le peintre Vangool (^'ouv. Théâtre des peintres baiaves).
LYO
LYO
qu'on n'a pu encore trouver jusqu'ici aucun artiste en état de les rendre par la gravure. »
Les recherches entoraologiques de Lyonet lui fournirent les Remarques dontil enrichit,en les accompagnant de deux planches, la traduction française de la Théologie des insectes , où démonstration des perfections deDieu, dans tout ce qui concerne les insectes, par Lesser (La Haye, 4742). Réaumur jugea ce livre digne d'être réimp. à Paris, et y ajouta lui-même de nouv.
remarques (1745, 2 part. in-8'').Le célèbre Abraham Tremhley, de Genève, résidait alors à La Haye, où il fit ses belles découvertes sur les polypes. Il associa Lyonet à ses travaux. L'artiste Vandelaar s'était chargé de graver les figures que dessinait Lyonet ; mais il arriva que, le travail marchant trop lentement au gré de l'auteur, Lyonet eut l'idée de suppléer l'artiste. Après une leçon d'une heure, Anch^ io sonpittore! put-il s'écrier; il se mit donc à l'œuvre, et les huit dernières planches des Mémoires pour servir à l'histoire d'un nouveau genre de polypes d'eau douce (1744), «morceaux de gravure remarquables par leur délicatesse non moins que par leur exactitude » témoignèrent quMl n'avait pas trop présumé de ses forces.
« Une aussi heureuse tentative encouragea Lyonet , dit M. Cuvier dans une intéressante notice qu'il a consacrée h ce savant dans la Biogr. univ.
Il résolut d'appliquer le talent qu'il venait de se découvrir, à perpétuer ses propres observations ; mais il voulut qu'elles portassent sur un objet digne d'un pareil talent. Après s'être attaché i divers sujets , sur lesquels il se trouva presque toujours devancé par des naturalistes qui s*en occupaient en même temps que lui, il en choisit enfin un qu'il jugea capable de rebuter toute autre patience que la sienne. Ce fut l'unatomio d'une seule chenille, celle qui ronge le bois de saulo et qui est si commune en Hollande (le Phalana cossus do Linné). Mais cotte ana-
tomie devint dans ses mains un travail immense; et le livre où il la décrivit, les Ggures où il la représenta , furent placés, à l'instant où ils parurent, au nombre des chefs-d'œuvre les plus étonnants de l'industrie humaine. »
Cet ouvrage intitulé : Traité anatomique de la chenille qui ronge le lois de sauleX^ Haye et Amst.,1760, forme un volume in-4* de plus de 600 pages, avec 18 planches; les exemplaires qui portent la date de La Haye, 1762, sont augmentés d'une explication abrégée des planches et d'une description de l'instrument et des outils dont l'auteur s'est servi pour anatomiser à la loupe et au microscope^ etc.
Dans sa préface (pp. xxii) , l'auteur avoue (ce qu'on a peine à croire) que son ouvrage « est plutôt le fruit de quelques boutades de mauvaise humeur, que d'un goût décidé pour l'anatomie.» L'amour de la science et de la gloire ne l'aurait pas mieux inspiré.
« L'auteur , dit Cuvier , y fait connaître toutes les parties d'un si petit animal, avec plus de détail et d'exactitude, on peut le dire, que l'on ne connaît celles de l'homme. Le nombre seul des muscles , tous décrits et représentés,est de quatre mille quaranteun; celui des branches de nerfs et des rameaux des trachées est infiniment plus considérable. On y voit de plus les viscères avec tous leurs détails; et tout cela est rendu par des artifices de gravure si délicats, par des tailles si fines, si nettes, si bien appropriées au tissu des substances qu'elles doivent exprimer, que l'œil saisit tout avec plus de facilité que s'il s'appliquait à l'objet même et en s'aidant du microscope.
Charles Bonnet regardait ce livre comme une des plus belles démonstrations, en fait, de l'existence d'une première cause. » L'ouvrage de Lyonet est, en efi'et, un prodige d'habileté; jamais l'industrie humaine ne pourra aller au-delà.
« Un trait qui fait honneur à la sensibilité de Lyonet , non moins qu'à sa dextérité, continue Cuvier, c'est l'at-
LYO
LYO
tention qu*il a de faire remarquer qu*il n'a eu besoin de sacriûer à ses obser- TatioDS qu'un très petit nombre d^ndi- Tidas. Pour les empêcher de souffrir»
il les suffoquait dans Pesprit de yId, avant de les ouvrir. Ses observations sont si délicates qu'elles parurent d'abord incroyables, et il fut obligé, pour se concilier la conûance du public, d'en rendre témoins dos hommes habiles, tels qu'Albinus et A.llamand. Il a même préparé et laissé entre deux verres le système nerveux de l'animal tout entier. Il se proposait de suivre la même chenille dans ses développements , et d'eu faire Tanatomie dans son état de chrysalide, et dans son état parfait ou de papillon ; mais un accident qui lui affaiblit la vue vers l'âge de soixante ans, ne lui permit pas d'exécuter complètement son projet.»
Cependant, quoique demeuré à l'état d'essai, il se proposait de donner ce travail au public, en réunissant dans un môme volume quelques-unes des observations qu'il avait faites sur d'autres sujets. Dans un Avertissement mis en tête, il exposait les raisons qui Pavaient fait renoncer à sa première entreprise «quoique fort avancée.»
Repassant un jour sous ses yeux ses riches portefeuilles, « il lui vint dans l'esprit que s'il y ayoil trop d'obstacles à vaincre pour le premier de ses plans, qui étoitde publier une description historique des insectes qu'il avoit trouvés en fort grand nombre aux environs de La Haye, il y auroit pourtant moyen d'en détacher des objets pour les donner au public sous le titre Recherches sur Vanaiomie et les métamorphoses de différentes espèces d'insectes, — et c'est ce qui me détermina, dit-il, à former le présent ouvrage où j'ai tâché de faire entrer souvent du singulier et du nouveau, sans qu'il fût pour cela le fruit d'une imagination exallée, mais simplement celui de regards attentifs et réfléchis, portés siir les merveilles de la nature.
«Et comme il me parut que les divers essais anatomiques que j'avois faits
pour la seconde partie de mon Traité sur la chenille pourroient être de secours à celui qui entreprendroit de mettre la dernière main à cet ouvrage que je dois laisser imparfait,j'ai cru que ce ne seroit point un travail perdu que de fairo paroUre 5 la suite de mes Recherches ces essais, d'autant plus que, malgré ce qui leur manque, les métamorphoses réelles qu'ils indiquent, et développent en partie, ne pourront que frapper d'étonnement tout lecteur éclairé, lorsqu'il pensera qu'elles sont effectuées par un mécanisme intérieur qui doit être d'une délicatesse et d'une composition inconcevables, et qui annonce jusque dans les plus petits objets la graudeur de l'Être infini qui y a rassemblé tant de sujets d'admiration.nCetouvrage ne parut qu'eni 8331, La Haye et Paris, in-i** de 580 pp. avec l'explication des planches, au uombre de 54» par les soins de M. W. de Uaan, conservateur au musée d'hist. natur. à Leyde. Les planches, quoique bonnes, sont bien loin d'être comparables à celles duTniité sur la chenille; quatre seulement sont dues au burin de Lyonet. Plusieurs naturalistes, tels que Swammerdam,Malpighi,Réaumur,Bonnet, deGeer, s'élaieut déjk occupé des métamorphoses des insectes et avaient écrit sur ce sujet des choses plus ou moins ingénieuses. Mais « il était réservé à l'immortel Lyonet,dit M. Brèz, de nous révéler ces profonds mystères, et il l'a fait avec une sagacité qui le met au dessus de tous les éloges.»
Notre savant n'était pas tellement absorbé par ses travaux sur les insectes, qu'il ne pût encore donner une partie de son temps i d'autres branches des sciences naturelles. La conchyliologie avait pour lui beaucoup d'attraits. Dès 4749, il commença une collection de coquilles qui devint une des plus riches de l'Europe. A sa mort, elle se composait de 1 283 espèces; le catalogue en a été publié par Meuschen, in-S* de 233p. Les beaux-arts avaientaussi leur part dans ses prédilections. Le cabinet de tableaux qu'il était parvenu à for-
MAC
MAC
meff ne comptait pas moios de 560 pièces. Les priucipaies sociétés savantes de l'Europe s'honoraient de le compter parmi leurs membres; mais,on a regret de le dire, TAcadémie des Sciences de Paris ne vit en lui que le fils d'un hérétique expatrié, et, comme tel, elle le jugea indigne -de figurer, soit de près soit de loin, au nombre de ses élus. Cependant la Société roy. de Londres, en 4 748, la Société des sciences de Hollande, en 4753, TÂcadémie royale de Rouen, en 4757, PAcadémie roy. de Berlin, en 4760, TAcadémie imp. d^hist. natur. de Vienne, enn61, rAcad.imp.deS.Pétersbourg.ennot, ne témoignèrent pas les mêmes scrupules, et nous pensons que si la gloire de Lyonet n'en fut pas augmentée, la leur n'en fut pas amoindrie. Lyonet, comme nous l'avons vu, parvint à un âge très-avancé. «Dans tous les âges
de sa vie, ses mœurs furent irrépro* chables, dit le pasteur Marron d^ns une courte notice insérée dans le Magasin encyclopédique(4 "année, T. III).
Scrupuleux observateur de ses devoirs, la vertu, lareligion,la patrie eurentégalement à pleurer sa perte. Il fut chrétien de bonne foi. «Lyonet n'avait pas été marié. 11 légua ses mss. à un de ses neveux, nommé Croiset. Outre le volume (l'œuvres mêlées qui a été publié par M. Haan, il laissa « un très-grand nombre d'observations isolées sur des feuilles volantes,» que M. Brèz promettait, en 1795, de rédiger. Nous ne savons s'il a donné suite h ce projet, non plus qu'à celui de choisir parmi la « très -précieuse correspondance » de Lyonet avec Réaumur,Bonnet,Le Cat, Trembley, etc., ce qui lui paraîtrait mériter l'attention des savants, et d*en faire jouir le public.
MACHUREAULT (Josus) , chirurgien habile, né à Châlons-sur- Sadne, le 8 mai 4564, et mort dans cette ville, le 4 mai 4 622. Papillon nous apprend que Machureault professait les doctrines du protestantisme, lorsqu'il soutint à Arles, à l'âge de 47 ans, des thèses sur la chirurgie avec tant d'éclat que, malgré sa religion, on lui donna le titre d'abbé des chirurgiens. Il vint ensuite à Paris suivre les leçons de Du Laurens, médecin célèbre et professeur d'anatomie. De retour dans sa ville natale, il y obtint des lettres de prévôt des maîtres chirurgiens , et y exerça sa profession avec beaucoup d'honneur. On a de lui, sans parler d'un Traité des vertus et des vices resté inédit:
I. Exercices touchant V amitié ^ 4644,in-42; Gen., 4644, in-42.