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OQMeils « et a^ m'avait pai été ^ prompAeiDeint gâte par l^eieice 4u pouvoir absolu, il aurait plus tei^aoi éoottié les inspirations de son âgéfie, et eût laissé dans Thistoire une mémoire moins #fttac4^« (4). «Ilsétoient o<m)oints, dit Sainte-Marthe, d'un ai étroit et si ferme lien d'amoiff fraier* nel, que ne de la mémoire de nos fMPé^ décesseurs» ne de la nostre, onc n*en f«8t oe vu, ne ouy de second. » L'amitié du firère et de la sceur était si parfaite, que la médisance a cru y voir plus que de l'amitié. M. Oénin luimême, zélé panégyriste de Marguerite, a fini par se rendre, non pas à l'ividence, mais aux obscurités étudiées d'une lettre que cette princesse écrivit à son frère, on ne sait à qucdle date (2). Sans aucun doute, il y a un flobeux mystère sous cette lettre, mais qui le sondera? Pourquoi alors supposer le mal ? N^ublions pas que tout est pur à qui sont purs. On a encore prêté à Marguerite d'autres amours, et tout aussi gratuitement, comme si la légèreté de ses NùvmlUs semblait autoriser la iégèreté des accusations. Mais rien de plus faux que de juger de la moralité du conteur par la moralité de son œuvre. Les personnages les plus graves sont souvent les éenvains les phis légers. Les contraires se reoberohent et s'attirent. Il est bien ivrai que Brantôme, la trompette de toutes les aisances, comme le qualifie M. Qé-
(1) « Marguerite, dit M. Nis«rd dans son Histoire de la litt. fraac.« a été coinine le )»Qn génie de son royal frère, et Frimçois I*' lui doit peut-être les plus solides de ses litres. Grâce il l'amitle qu'il garda coostsmnent a sa sœur, on lui fit honneur des aclious les plus personnelles de Marguerite, et on put croire qu'il approuvait tout ce qu'il ne désavouait pas. La postérité a conservé cette illusion ; il en faut laisser le bénéfice a François 1'' ; c*est du respect bien euiendu pour la mémoire de Marguerite. »
(2) Dans une polémique soulevée à l'occasion de cette lettre CVoir Le Semeur, Journal religieux, 14 et 21 déc. ISèS). H. Lutteroth combat avec beaucoup de sens l'interprétation qu'en a donnée M. Génia> et il liasarde lui-même une explication qui, si elle n'rst pas entièrement adml^^sible^ Mt ta tkQm plus lojale et plus clirétienne.
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nin, prétend qn*en fait de galanterie Marguerite en savait plus que son pain quotidien. À son point de vue, c'est évidemment un éloge quMl entendait lui donner, et plus il l'enflait, plus il croyait être galant ; mais sYl avait connu des faits tant soit peu dignes de mémoire, il se serait bien gardé de les passer sous silence. Or comme il ne dit rien, c'est qu'il ne savait rien. Reste le champ des suppositions qui est vaste. Est-il vrai que le connétable de Bourbon ail soupiré pour Marguerite, en môme temps que sa mère, Louise de Savoie, soupirait pour lui? On Ta dit, mais peut-être cet amour pour la fille nVt-il élé imaginé que pour faire tableau. Quant au séducteur Bonnivet, il n'eut pas à se louer de la témérité de son entreprise (1). Le poète Marot aurait-il été plus heureux ? Marguerite était femme ; elle fut sans doute sensible à ses éloges, mais il y a loin de ce sentiment ^ de l'amour, c'est tout au plus un premier pas. Les poètes qui sont censés avoir commerce avec les Dieux, ont toujours joui de certaines privautés, même auprès des grands. Marot ne fut pas le seul des enfants d'Apollon de son temps, qui osa soupirer pour Marguerite. Il était entré k son service en 1 51 8, et ce ne fut que huit ans plus tard que sa passion se déclara. La reconnaissance y fut pour beaucoup.
Cette princesse venait de le retirer de VEnfer où il gémissait. Marot l'en remercie dans une EpUre en vers (î), où il lui fait la déclaration suivante :
Tous ces beaulx dons oi mille davantaige Sont on ung corps né de haull parentaige, Et de grandeur tant droicte et bieu formée, Que faicte semble' exprès pour estre aymée irbommes et dieux. 0 que ne suis-Je prince, A celle fia que Tauldace je prinsse Te présenter mon service p€tit.
Qui sur bonnear fonde son appétit.
Mais pourquoy prince? Une montagne basse Souvent la baulte en délices surpasse;
M) Marguerite raconte cette aventure dans la 4' de ses Nouvelles
(t) Celte pièce importante a été publiée pour la première Tois par M. Géuiu, en tâte de &a ISoticc sur Marguerite ; le msc. se trouve a la Bibl. ntt., Ànc, Fondi^ N» 7677, fol- ÎS.
Les rosiers bit, les petits oUfien Délectent plus que ces grands cbesies flerii Et a nager en eau basse Ton treuve Moins de danger qu'en celle d'nng grtiA Aussi jadis déesses adourées [Qeif««
D'bommes mortels se sont énamourées :
Le jeune Atys feat aymé de Cybele, etc.
Après avoir rappelé le précédent d'Àiain Chartier, le poète énumère sei avantages sur des rivaux plus favorisés que lui des dons de la Fortune :
S'ils sont poissants, j'ay la paissiiee telle Que fere puys ma maistresse immorielie ; Ce que pourtant je ne dy par vanttnce Ny pour plustol tirer ton accointance.
Mais seulement par one ardente envie Qu'ay de te faire entendre qu'en ma vie De rencontrer au monda me m'advint Femme qui tant a mon gié me revint^ Ne qui tant eust reste paissante sienne D'assubjectir l'oubéyssance mienne.
La déclaration était hardie. Marguerite ne s^en offensa pas, elle Paceepia comme un hommage flatteur venaiit du prince des poètes de son temps.
Elle pensait sans doute que le génie égalisait les rangs. C'était un jeujeu dangereux, si Ton veut, — maif elle s'y associa sans mauvaise pensée.
Du reste, on remarquera qu'à cette époque (4 5S6), elle était libre de donner son cœur à qui bon lui sem-»
blait. Le poète encouragé par tant d'indulgence, continua i se bercer de sa fiction. Mais tout nous porte k croire que ce jeu ne passa jamaif les bornes de la discrétion.
Les écrivains qui admettent avec tant de facilité les accusations de galanterie qu'on a prodiguées à Margue* rite, doivent se trouver bien embarrassés de concilier avec cette légèreté de conduite les tendances de cette princesse aux idées de la Réforme, et la protection qu'elle ne cessa d'aecorder à des hommes connus pour l'austérité de leurs moeurs.
Ce fut le vénérable Le Flvre d'Etapies qui, un des premiers, introdoi** sit Marguerite dans les voies de la Réforme; ce fut par lui qu'elle fut mise en relation avec l'évoque deMeaux»
Guillaume Briçonnet. Cet évéque venait de recueillir Le Fèvre dans soa diocèse (t 51 1 ),<—> cil l'avaient suivi I
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disciples GniîL Farel, Gérard lïoussel, Michel d*Arande, Jean Lecomte^ Pierre Caroli^ Martial Mazurier, — lorsqu'elle entra en correspondauce avec lui. Cette correspondance, qui se conserve à la Biblioth. nat. {SuppL franc. N"* 337),| est bien un des pins étranges monuments qui existent des aberrations où tombe l'esprit humain quand il veut se soustraire à l'empire de la raison — cette lumière divine que Dieu a mise en nous pour éclairer notre sentier. Tout ce que le mysticisme a jamais imaginé de plus absurde, s'y trouve exposé dans le style le plus alambiqué. le plus abstrus, le plus stupéfiant. Pour résister à cette
S este, il fallait une bien forte nature, [arguerite en fut presque infectée, c Madame, lui écrivait l'évêque^ qui est désert, en désert est abymé; cherchant désert et ne peult trouver, et quand le trouve, est pardessus empesché, est mauvais guide pour guider aoltruy hors de désert, et le conduyre au désert désiré. Désert l'affame de faim mortifère, combien qu'il soit plein jusqu'aux yeux, appétant désir pour l'assouvir et l'appauvrir en pauvreté. » La foi qui se repatt de pareils rogatons, doit être en effet bien affamée. La pauvre Marguerite, qui ne comprend pas, se bat les flancs pour se mettre à l'unisson de son directeur. « La pauvre errante, répond-elle humblement, ne peult entendre le bien qui est au désert [nous le croyons sans peine, qui est-ce qui l'entendrait?] par faulte de cognoistre qu'elle est déserte. Vous priant qu'en ce désert, par affection, ne courriez si fort que l'on ne TOUS puisse suivre... afin que l'abysme par l'abysme invoqué puisse abysmer la pauvre errante.» Une ligne desimpie Bon sens, comme celle-ci : Aime ton prochain comme toi-même, en dit plus que tout l'amphigouri de l'évêque, qui ne contient pas moins de 800 pp. in-fol. Cette correspondance dura plusieurs années, de 4 524 à 4 524. Les lettres de Marguerite sont au nombre de 56 ; M. Génin s'est contenté de nous en
donner quelques échantillons dans son Recueil des Lettres de cette princesse, et nous n'avons pas le courage de lui en faire un reproche. N'adorons pas les ordures de nos grands hommes.
Il est difficile de s'imaginer que ces relations avec l'évêque de Meaux aient pu avoir quelque heureuse influence sur les tendances religieuses de Marguerite, et telle est cependant la vérité. Par son conseil, elle s'ap-
filiqua assidûment k la lecture des ivres saints ; il ne se passait pas de jour qu'elle n'en méditât quelques pages. Brlçonnet l'avait invitée à lui écrire « si de qielque endroit de la très-sainte Ecriture elle doutoit ou désiroit quelque chose. » Marguerite s'en pénétra si bien que les citations et les allusions bibliques se pressent sous sa plume , soit qu'elle écrive en vers ou en prose. Or toute la Réforme est là. Marguerite ne pouvait manquer d'arriver aux mêmes conclusions que tant d'autres qui sont partis du même point; elle vit, comme L^ F^t^r^ d^Etaples, que l'Evangile « n'était pas prêché purement, sans mélange de traditions humaines, » et elle abandonna peu à peu quelques-unes jde ces traditions.
Louise de Savoie et François P^ lui-même avaient subi cette première influence de la Renaissance; l'un et l'autre auraient accueilli avec empressement la Réforme, si elle avait pu s'accomplir sans résistance et sans secousses. Dans une lettre du mois de décembre 4 521, Marguerite marquait à Briçonnet que le Roi et Madame étaient plus que jarnais affectionnés à la réforme de l'Église. L'évêque, dans sa réponse, leur reproche, à tous trois, de différer cette bonne œuvre :
« Le vray feu qui s'est logé longtems en vostre cœur,. en celui du Roy et de Madame, par grâces si très grandes et abondantes que je n'en conpois point de plus grandes, je ne say si ce feu a point esté couvert etassoupy; je ne dis pas estaincl, car Dieu ne vous a par sa bonté encore
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abandonnés. Mais conférez chacun en vostre coeur (aultre que vous n'en peult estre juge, ne le savoir), si vous Tavez laissé ardpe selon les grâces dounées. J'ay paour que les ayez procrastioées et différées. Je loue nostre Seigneur qu'il a inspiré au Roy vouloir d'exécuter quelque chose que j'ay entendu. En ce faisant se montrera yray lieutenant-général du grand feu qui luy a donné les grâces insignes et grandes pour les faire ardre en son administracion et royaume, dont Rois ne sont que visroys et lieutenants 'généraulx du Roy des Rois. » L'année suivante, Louise de Savoie consignait cette réflexion dans son Journal : «L'an 1522, en décembre, mon ûls et moi, par la grâce du Saint-Esprit, commençâmes à cognoistre les hypocrites blancs, noirs, gris, enfumés, de toutes les couleurs, desquels Dieu, par sa clémence et bonté infinie, nous veuille préserver et deffendre, car, si Jésus-Christ n'est menteur, il n'est point de plus dan* gereuse génération en toute nature humaine.» A quelque temps de là^ le comte Sigismond de Hohenlohe, doyen du grand chapitre de Strasbourg, tenta, par le moyen de Marguerite, de détacher la France de la cour de Rome. Cette princesse, qui entra en correspondance avec lui, faisait espérer à son bon cousin que la parole de vérité serait entendue. Mais des considérations politiques firent abandonner ce projet : François I", au retour de sa captivité, avait à ménager le Saint-Siège. Cette démarche du puissant seigneur allemand prouve que, môme à l'étranger , les dispositions de Marguerite étaient bien connues. Et en effet, il aurait fallu fermer les yeux à la lumière pour ne pas voir où penchaient ses affections.
La Sorbonne, de son côté, ne s'endormait pas, et le Parlement lui prêtait un bras complaisant. Berquin, Robert Estienne, Papilion^ Le Fèvre d*Etaples^ Caroli, Roussel, Maturier^ Marot, furent tour à tour in-
quiétés ou poursuivis pour crime d'hérésie. Il n'y a pas de doute qu'ils n'eussent tous péri, si un bon génie n'avait veillé sur eux. François I" les couvrit de sa protection. Quant à l'évêque de Meaux, pour conjurer l'orage près de fondre sur lui, il eut la faiblesse de rétablir dans son diocèse tout ce qu'il y avait aboli la veille. On devait s'y attendre, l'exaltation conduit toujours ou à la folie ou à l'abjuration : que d'exemples n'en a-t-on pas vus I Les compagnons d'œuvre de l'évêque se dispersèrent.
L'un d'eux, Michel, d^Arande, suivit Marguerite en qualité d'aumônier, en 4 524 (1). Cette princesse et sa mère accompagnaient le roi partant pour repousser l'invasion de la Provence.
Elles s'arrêtèrent à Lyon, où elles étaient encore lorsque arriva la nouvelle du désastre de Pavie (24 fév.
4 525). Quel juste châtiment de Dieu infligé à Louise de Savoie! Marguerite eut la douleur d'entendre accuser son mari d'être le principal auteur de la défaite. Le roi avait confié à son beaufrère le commandement de l'aile gauche de l'armée, et ce prince, saisi d'une terreur panique, avait pris la fuite, avant même que son corps eût donné.
Il ne s'arrêta qu'à Lyon où il arriva désespéré. Quelques jours après, le 4 4 avril, il était enlevé par une pleu-
(1 ) Il paraît qu'Antoine Papilion accompagnait aussi la coar. Pierre de Sebville écnvait (28 déc. 1524) \ Anetnond de Coct, qae da temps qae le roi était a Lyon, il y avait à Grenoble deax grands prédicateurs évaogéliques. « L'an, dit-il, se appelle Anthonins papiiio^.h premier de France bien sachant l'Évangile, et en langue latine très élégant; il a translaté le traité De votia monasticis [de Lutlier] à madame d'Alençon, sœar da Roi, de qaoy il a eu beaucoup d'aiïaires avec cette vermine parrhisienne. Toutefois ladite dame Ta bien récompensé, car elle Ta fait maistre premier des requestes du Dauphin, et si est du grand conseil. Il n'y a point aujourd'hui en France [de personne] plus évangéliqoe que la dame d'Alençon. Elle a ung docteur de Paris appelé maistre Michel Eleymosinarim (aumônier) lequel ne prêche devant elle f ae purement l'Evangile, et toutes autres gens, elle a débouté arrière. * Lettre rapportée par Hf . Crottet daos son Appendice. »
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îéfie. Karfiaerite resta Tente, «ans eidfkats.
La captiYité da roi jeta la conster- Dation dans tout le royaume; mais la Sorbonne entrevit de suite le parti qu'elle en pourrait tirer, et elle ne laissa pas échapper Toccasion. L'Eglise a cherché dans tous les temps k profiter de nos désastres. Une Eglise roinain$ ne saurait avoir les mêmes intérêts nationaux qu'une Eglise /a//teaM«.
Louise de Savoie, restée régente du royaume, se montra peu scrupuleuse dans le choix des moyens pour servir la cause de son fils. Son premier acte fut d'abandonner l'appui du foible pour se jeter du cAté de l'oppresseur ou du Blns fort. Calcul déplorable dont la Royauté a subi pendant des siècles les ftitales conséquences I Au lieu de se renforcer, elle s'a£Faiblit, car en définitive, la force est toujours du c6té de la justice et de la raison. Mais la régente était femme, le nombre et le bruit lui en imposaient. Elle commença par accorder l'établissement de rioquisition, en vertu d'une bulle du pape du 4 7 mai 45«6 (Voy. Pièeeijustif. N' I), c'estb-dire moins de trois mois après le désastre dePavie. Aussitôt la Sorbonne et le parlement se mirent à l'œuvre :
les vexations, les poursuites , les vengeances se multiplièrent, les cachots s'emplirent, les bûchers s'allumèrent, et en un mot le règne de la Terreur cléricale fut inauguré en France. Au pailieu de cette désolation, Marguerite s'employa à sauver les victimes, mais elle n'y réussit pa^ toujours. Les ordres piêpQçs du roi captif furent méconnus..
La Sorbonne et ses acolytes du parlement avaient reçu des ordres supé-»
riçurs.
Pendant la captivité de son frère, Marguerite , au rapport de Brantôme , « assista fort madame sa mère à régir te royaume, i contenter les princes, las grans et gaigner la noblesse; »
son affabilité attirait à elle tous les ci9Urs : « Personne ne doit s'en aller tfisto et Oiarri de la parole d'un prince, » disait-elle. Et en effet, personne ne
s'éloignait d'auprès d'elle cnie Aarmé.
Il en coûte si peu pour se faire aimer! Le grand Erasme, qui ne la connaissait que par la voix publique, éprouva, lui aussi, le besoin de lui témoigner toute son admiration. Il lui écrivait, sur la fin de Tannée 4 5S5 : « Jam pridem enim et admiratus sum et amavi totprseclara I)ei dona in te, prudentiam vel philo* sopho dignam, castimoniam, temperantiam, pietatem, infractum animi robur et mirum quemdam rerum fluxarum contemptum. Quis enim hsc non suspiciat in tanti régis sorore, quse vix reperias in sacerdotibus ac monachis ?
Hsec nequaquam commemorarem, nisi certum scirem te nihil horum tuis viribus tribuere, sed laudem omnem transcribere Domino, bonorum omnium largitori. »
François I*' ayant manifesté le désir que sa sœurbien-aimée vint sur les lieux pour travailler plus efficacement ï sa délivrance, Marguerite ne balança pas.
Elle sollicita un sauf-conduit de l'empereur, et s'embarqua à Aigues-Mortes,Ie 97 août 1525. A son arrivée à Madrid, elle trouva son frère gravement malade; les soucis de la captivité l'avaient abattu. La présence de sa sœur lui rendit la vie eu relevant son courage. Lorsqu'elle le vit hors de danger, elle suivit la cour à Tolède. Elle parut même, au rapport de Brantôme, devant le Conseil impérial, où elle défendit bravement les intérêts du roi son frère ; elle frappa à toutes les portes; elle ne s'épargna aucune peine, aucune fatigue; elle fit jouer toutes les machines, sans oublier la principale de toutes , la corruption. Cependant elle échoua contre le mauvais vouloir de Charles - Quint. Ce fut en vain qu'elle mit en avant le mariage d'Eléonore, sœur de l'empereur, avec son frère. Cette princesse, veuve du roi de Portugal, avait été promise, contre son gré, au connétable de Bourbon; sa conscience se révoltait à l'idée que sa main serait le prix d'une trahison.
Rien n'était encore conclu, lorsque, le terme de son sauf-conduit appro-
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cliaoït, HanpMriie dut MQtfer k s'éloi»
gaer. EUe Yo^ageaU à pewi jourtiées, lorsqu^uB a^is lui f»n'm\ do Mter sa mardie. A qui devait-^ ce généreux avis ? Oa suppose que le connétable iê Bourbon céda à un bon mouvement, soit par un reste d^amour, soit par va remords de conscience. Quoi qu'il en soit, il parait que Cbarles-Quint ayant eu vent que Frauçois I*', plutôt que de céder aux conditions humiliantes qu'il lui imposait, avait signé un acte d'abdication en faveur de son fils aine, et supposant à tort que Marguerite en étjdt porteur, il avait donné l'ordre de se saisir de sa personne au moment q4 son sauf-conduit expirerait Margueriti fit donc diligence, etparvint sur le Ims ritoire fraoçais , à Salses , une beuN seulement avant le terme fatal.
Pendant le cours des négociations pour la délivrance du roi, il fut aussi question du mariage de Kargueriia avec Cbarles-Quint. Dans une lettre que ce prince écrivit à la régente(F0»<2| dcBéthune, N° 8496, fol. 43), il de^ mandait pour lui-même la main de U princesse, en lui disant que l'on trouva rait un autre parUpouf le connétable de Bourbon. Mais ce mariage de sa sour n'entrait pas dans les vues de François 1"; c'était au plus mortel ennemi de Tempereur qu'il la destinait. £a 4527 (par contrat du ^ iapv.), apr^ son retour de captivité, il l'nnit à Henri d'Albret, roi de Navarre, pripce jeune et vaillant tout dévoué aux intérêts de la France. Fait prisonnier aux côtés de François I*' à la bataille de Pavie, il était parvenu, avec beaucoup d'audace, à s'échapper du donjon où le vice-poi de Naples le retenait. Quoique la politique ait été pour beaucoup dans cette union, on prétend que les inclinations de Marguerite ne furent point forcées.
Les noces furent célébrées avec magnificence à St-Germain-en-Laye, le 24 jauv. 4527. Marguerite avait déjà 35 ans, tandis que Henri n'en avait que ti. Par ce mariage, elle apporta à la Navarre les duchés d'Alençon et de Berry.
Marguerite administrait cette dernière
province ihi «&18; edle lui «vait tti donnée en apanage par son frère» Vw^ demie de Bourges lui doit en gnoido partie son illustration. Uelchior Vg^mar, qu'on regarde comme un des premiers promoteurs en France des idéei de la Kéforme, y professa avec graod succès. C'a^f^tn et Bè$e y étudièrent ti nièce de notre princesse, Marguerite d9 France, continua son œuvre, activa-^ ment secondée par son chancelier iH' cM de L'HospUah Elle marcha sur i^S traces de sa tante 'bien-aimée \ comme elle, elle possédait une instruction au dessus de son sexe et protégea les s»*vants , surtout les jurisconsuiteg ; comme elle^ elle fut touchée de la lur mière de rEvangile, et mit sus diflM préceptes en pratique ; comme elle 9Pr fin, elle répandit ses bienfaits w uee foule de malheureux (4 ) . « Elle a esti( ii sage et vertueuse, si parfaite eo sçftvoir et sapience. qu'on luy donnai A Brantôme, le pom de la Mioerve Q« Pallas de la France, pour la sapie^œ-t Elle avait pris ces mots pour deviee»
Rtrum sapUntia custoi.
(1) « D« uQû i#Bps, Ui^-M dtQf le SetUHirt na (tu mot Genève), il y ^vait 1^ niaisUM réfHgiés ï a^Bjèvp (après U Saiat • Bartl^- Itiùj), la duchesse de Savoie envoyait ctiafM ann^ 4600 iorlai pour les réfugiés ffa^caii.» -^ « J'ay ouy dire ï um de ses maistres î^km^ tel, dii Braolôme, qu'elle metloit en on çpCrf tous les ans eo réserve le tiers de son leveu pour donner aux pauvres françois pasetw.*^ krtf, e'esloit la bonté dn aonda. « — ffans une d<i ses Epîtres en vers le cbaosel^r ^ L*HospiUl décrit les soirées de cette princesse dans sa petite cour de Bourges. «Une liberté décente, lui dittil, vous plaiinieni que lo»lef les Saiteries ; voua êtes toujours afûble PMtf ceux que vous admettez près de vous, graricuse sans tromperie, noble sans haoteir. Sefioorable ani jutlheoieiaL, votre naison e# le reruge des homwes de bien ; elle est sai^tp et respectée- A votre table vient s*asseoir nn^ réunion choisie d'hommes savants qui diarment ta longueor du repas par la variété de leurs discours ; vous paraisses tomUieud'eim: comme une reine, arbitre éclairé des parolq^ et juge du théâtre. Vous écoatei lears entretiens ; vous écoutes les bons et quelquefois les mauvais vers que viennent lire les poètes i vous accordez à tons de jpstes réeompênsef^ ou. tandis que votre frère poursuit des goerrfp glorieuses, vous appelés sa faveur sur lesntses adonnées aux travaux plus ^ursi» df ia paix. >
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Si Ton deyait en croire Brantôme, Benri d'Albret aurait traité • très-mal Marguerite « et eust encore faict pis sans le roy François son frère qui parla bien à luy, le rudoya fort et le menaça pour honorer si peu sa femme et sa sœur. » Nous pensons que le conteur a exagéré. Il n'est pas impossible qu'il y ait eu de loin en loin quelques brouii- Icries de ménage. Mais lorsque nous Yoyons toutes les sages réformes qui s'opèrent dans le pays, sous l'influence de Marguerite, on ne peut croire qu'elles n'aient pas été le fruit d'un heureux accord. M"* Vauvilliers, dans son Histoire de Jeanne d'Albret, s'étend longuement sur ces réformes, qui renouvelèrent le Béarn. L'agriculture, l'industrie, la justice, l'instruction publique, l'administration, furent également l'objet de leur sollicitude. « Le Béarn, qui n'offrait naguère que le spectacle douloureux et dégoûtant du désordre, de la stérilité et de la misère, ne présenta plus, sous l'heureuse influence du génie immortel de Henri et de Marguerite, que le riant tableau de la fertilité et de l'abondance , et en même temps l'aspect auguste de la justice, des bonnes mœurs, de la paix, en un mot, du bonheur public : tant il est Trai que les Princes font les peuples, que le vice ou la vertu, la ruine ou la prospérité des empires est leur ouyragel »
Le même accord paraît avoir régné entre le roi et la reine de Navarre, même au sujetdes réformes religieuses.
Les faits parient assez haut, pour répondre à toute objection. Si Henri avait TU Vhérésie de la reine de mauvais œil, comme Hilarion de Coste le donne à entendre, il n'aurait pas autorisé tout ce qui se faisait sous ses yeux dans ses Etats, et il lui eût été facile de mettre François I*' de son côté. Mais loin de là, Marguerite continua à s'entourer de personnes notoirement suspectes. Les Des Périers^ les Marot, les de La Haye y les Du Moulin , les Victor Brodeau^ les Claude Gruget, ses valets de chambre, faisaient l'orne-
ment de sa cour; on y voyait le traducteur de Boccace, Antoine Le Maçon, le poète chrétien Nicolas Denisot, le mathématicien-poète Jacques Pelletier.
Le Fèvre d'Etaples, Jean Lecomte^ Michel d'Arande^ Pierre Toussaint et Calvin lui-même y trouvèrent un asile contre les persécutions. Et qu'on ne s'imagine pas que sa protection se bornait à un simple permis de séjour dans ses Etats, ce qui, dans ce temps, eût déjà suffi pour justifier contre elle une accusation capitale; les fauteurs de l'hérésie n'étaient pas plus épargnés que les hérétiques eux-mêmes. Marguerite fit plus, elle choisit Gérard Roussel, un des principaux d'entre les réfugiés de Meaux, pour son* chapelain ; elle le pourvut, du consentement de François !•% de l'abbaye de Clairac, et quelque temps après, elle le fit nommer à l'évêché d'Oloron, en Béarn (1). Or quelles étaient les doctrines que prêchait Roussel? (4) Lui-même nous l'apprend dans sa Familière exposition du symbole, de la loi et de l'oraison dominicale , dédiée au roi de Navarre, {MSS.delaBibl,roy.,^''10%^ti;Fonds de Baluze, N^ 502.). Ce petit catéchisme n'a jamais été publié. Déféré à la Sorbonne, il fut déclaré (15 oct. 4 550) n pernicieux pour le cnristianisme, comme étant rempli de propositions non seulement fausses, captieuses, scandaleuses, induisant le lecteur en erreur et contraires au vrai sens de l'Écriture, mais sentant l'hérésie et en partie manifestement hérétiques. » La Sorbonne, selon nous, est trop indulgente, ce livre fait plus que sentir l'hérésie, c'est Vhérésie elle-même, l'hérésie de Luther et de Calvin. M. Schraidt ne s'y est pas trompé. « Sauf quelques légères concessions, dit-il, faites aux formes extérieures du catholicisme, comme par exemple ce qu'il dit des cérémonies,
(1) Calvin, dans une lettre écrite de Ferrare et qa'a reproduite M. Schmidt dans son intéressante Biographie de Gérard Roussel (1845, in-8o), reproche a Roussel d'avoir déserté l 'Eglise da Christ, en acceptant on bénéfice du pape.
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c'est un livre qui aurait pu sortir de la plume d'un réformateur, et on peut se demander non sans surprise : comment se fait- il qu'un évoque ait pu écrire ce livre, ou plutôt comment se fait-il que celui qui Ta écrit ait pu conserver sa dignité de prélat de Rome? Le fond de la doctrine est la justification par la foi au mérite de Jésus-Christ; la seule autorité invoquée est l'Ecriture sainte ; Jésus-Christ est seul chef de son Eglise ; il n'a confié à Pierre aucune autorité supérieure; l'Eglise parfaite c'est l'Eglise invisible, la communion des Saints; l'Eglise visible se reconnaît à la prédication de l'Evangile dans sa pureté et àTadministration des sacrements conformément au but de leur institution, et les sacrements ne sont qu'au nombre de deux. Telles sont les doctrines explicitement enseignées par l'évoque d'Olorou(t).»> Après cela, qui osera soutenir encore que la reine de Navarre était catholique ? Les concessions que Roussel faisait au catho* licisme n'étaient pas grandes, et si, à ce prix, la Réforme avait pu s'accomplir sans amener de scission dans l'Eglise, sans faire répandre des flots de sang, on regretterait que tous nos réformateurs n'eussent pas eu la prudence de Gérard Roussel ou la charité de Mélanchlhon. Aux yeux du directeur spirituel de Marguerite, les cérémonies du culte, quoique n'étant pas nécessaires, sont cependant bonnes à conserver, à cause de la faiblesse humaine qui a besoin de se représenter visiblement les choses de l'esprit; mais, ajoute-t-il, on ne doit pas oublier qu'elles ne sont rien. Quant au sacrement de la cène, il évite avec soin de se perdre dans les subtilités qui ont divisé tous les partis, il se contente
(1) « Un de mes amis, écrit Tessier, m'a assuré qa'il avoii vu a Paris, chez Mf. de Gagnères parmi ses mss., uu très-beau catéchisme écrit sur du velin, où sont contenus tous les dogmes de la religion selon la confession d*Augsbourg, et que le roi et la reine Marguerite de Navarre sont représentez en miniature a la tète de cet ouvrage, où il est dit que ce catéchisme avoit été fait k leur usage, et par leur commandement. »
de rappeler les paroles de rinstitution, en disant que les fidèles prennent « vrayement et effectuelloment > le corps et le sang du Christ. Il no s'arroge pas le droit de définir ce que le législateur n'a pas défini. La loi n'est pas un logogriphe, elle parle la langue de celui à qui elle s'adresse; tout ce qui y est obscur doit être indifi'érent. Roussel continua donc à célébrer la messe en présence de Marguerite ; mais cette cérémonie n'avait conservé de la messe que le nom. Au moyen de ce tempérament, on espé* rait amener doucement le peuple à des idées plus saines. La forme est un despote dont nous subissons tous le joug, et, pour la plupart des hommes, elle emporte le fond. Quick, dans sa vie de Le Fèvre d'Etaples, nous apprend quelle était la signification de la messe de Marguerite : la messe en sept points. I. Le prêtre dira la messe à la manière accoutumée et avec les mêmes cérémonies, mais cette messe sera une communion publique 0).— II. Il n'y aura pas d'élévation de Vhos- , tie. — m. Il n'y aura pas d'adoration de l'hostie. — IV. Le prêtre et le peuple communieront sous les deux espèces.— T. Durant le sacrifice, il n'y aura commémoration ni de la Vierge, ni des Saints. — Vï. La communion se célébrera avec du pain ordinaire, ainsi que dans l'église grecque; le prêtre le rompra à l'autel, en mangent une part et distribuera le reste au peuple.— VII.Les prêtres no seront pas
(1) C'est ce que confirme le Jésuite Maimbourg, d'après Florimond de Raemond. Après avoir fait l'éloge de Roussel, « qui n'avait» dit-il, rien dans ses mœurs qui ne parât extrêmement réglé, rien dans sa conduite qui ue respirât la réforme et la piété, qvl était souvent très-cbaritable envers les paavres dont il avait toujours une grande trovp« après lui qui rappelaient leur père, » il continue ainsi : « Il presctaoit régulièrement trois fois tous les jours, mais il preschoit une doctrine peu conforme en plusieurs points à ceUe de l'Eglise. Il assistoit a toutes les Heures Canoniales, et disoit la messe ; mais il vouloit toujours qu'une partie du peuple y eoBmuniast, et qu'il y commaniast sous les deu espèces. •
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liés par des yœvxds célibai perpétuel»
miiS ils auront la liberté de se marier. Mâfgii^ite se faisait accompagner pif soB directeur daùs tous ses voyages à tacourdeFraiice. Plusieurs fois Roussel prêcha au Louvre devant un grand concours d'auditeurs. François I*' lui* même, il demi gagné par sa sœur et par sa maîtresse la duchesse i^ Estampes, se laissait aller doucement aux idées de la Réforme. Depuis là mort de Louise de Savoie, en 4531, Marguerite avait encore acquis plus d'empire sur sou esprit. Le confesseur du roi Guillaume Petit (ou t^arvil, évêquedeSenlis, semblait la seconder. En h 533 , ce prélat publia, à Paris, la traduction des Ueure$ de la roynêUarjuêHtê^ où un certain dôtobte de prières à la Vierge et aux SâiAts avaient été retranchées. La même année, il fut chargé par le roi de se plaindre de ce que l'Université avait osé mettre une production de sa sœur, ΀ itirôit de Vdikâ péeheressej au riitig des livres suspects. Le nouveau rèdtéur, Nicolas Cop, Tami de Calvin, désavoua le commissaire de l'Université : où ignorait ^ue le livre fût de la pHticeâsd , et on ne l'avait saisi que ^arcé qti^il n'était paâ revêtu de l'appfobalion exigée par la loL La vérité est que Marguerite, ne parlant dans ce livfe hi des saints, ni du purgatoire, fècôtinaisâait que le Ghriàt est notre seul intercesseur et sauveur. Le syndic de la Sorbonne, Noël Bédier (qui se faisait appeler Béda, comme s'il y avait eu quelque ombre de parenté entre lui Il Bède le vénérable) était un des plus acharnés. La fureur contre la reine Marguerite alla même si loin que les pronsseurs du collège de Navarre ne ertignirent pas de la faire jouer sur leurs tréteaux (1533). Voici quel était le sujet de la parade. Une Méffère vient inciter une bonne Reine à lire l'Ecriture sainte en langue vulgaire. La princesse MCupée à filer, quitte son fuseau, par-* Mtirt le livre fïital , et au même moflumt elle change de nature : l'ange dirient démon. Un cordelier d'Issou-^ Mi fH même davantage il s'écria
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eo pleine chaire que Marguerite méritait d'être cousue dans un sac et jetée à la rivière. Quelques années plus tard, en 1544, les partisans de l*évêque dQ Condôm attentèrent même à ses jours par le poison. François I*' indigné voulait sévir, mais la reine im*plora le pardon de tous ces misérables. De quel cété étaient les vrais principes du Christianisme? Ne le demandons pas à la Sorboùae, car Marguerite nous répondrait pour elle par la bouchd d'un inquisiteur qu'elle amis en scène :
[meare .... Il vailt myeulx qa*an bovmt innocent Crnellemeot, pour e»tre exemple a toas, Qoe eest erreur pi os longoemeat demeure . Par (|ei not loti vont uns dessus deisotM. SI rfeomme neort innocent, simple et donix. Bien beareax est, aa ciel trouvera place ; S*tl est maoltais, sotntentr poovons nous Ofl'en te faisant moartr, on lai faiet grâce, DoM et nanlvais, la cbose est claire et ample, renvoyé au feu quant me sont orésentes, Je n'ay regard senlemetit <io*k rexemple , Bt flê me ebatlt de tons les toarmeitci .
Tuel tue! Dieu reconnaîtra les siens.
La malheureuse affaire des placards (sur la fin de 1534) fit perdre aux Réformés tout le terrain qu'ils avaient gagné. Le zèle des néophytes sera toujours le fléau de tous les partis, et ce qui n'est pas moins à considérer, c'est que les plus ardents seront toujours les premiers transfuges. Marguerite continua néanmoins son rêle de modératrice. Cette même année, Hélanchthon se mit en rapport avec elle. Le 43 juin 1534, le réformateur lui écrivait pour lui recommander le jeune Unvenis) Claude Baduel [c'est sans doute à tort qu'on Ta dit né vers la (in du XV* siècle] : «Ce sera une aumosne vrayment royale au profit de l'Eglise chrétienne que d'entretenir et nourrir tels esprits, lui disait-il. Le très sainct prophète Isaïe louant ceste sorte d'aumosnes, dict que les roynes seront les nourrices des studieux de l'Evangile, au nombre desquelles TËglige vous met depuis long temps par tout l'uni-vers, et vous citera jusques ï la dernière postérité, car entre toutes les Terttts que la Téritable Église cultive
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avec un grand zèle, la reconnaissaact est au premier rang.v (4).
François I*' se laissa persuader par sa sœur d'écrire au sage réformateuif ullemaud. « J'avois entendu, il y a quelque tems, par Guillaume du Belay, sieur de Langei, gentilhomme dd nostre chambre, et conseiller de nostre conseil privé, le sincère désir que tu as d'aporter la paix, et appaiser les troubles et divisions survenues en TEglise ; depuis, par les lettres que tu lui as escrit, et par le raport que m'a fait à son retour BarnabasVoceus,j'ay sceu que tu veux prendre volontiers la peine de venir vers moy, afin de conférer avec nos docteurs et théologiens sur la réunion de l'Eglise, et restablissement de l'ancienne police ecclésiastique, chose que je désire embrasser avec tout le soin et solicitude qu'il m^ sera possible ; soit que tu viennes comme privé, ou comme ayant charge des tiens, lu seras le bien-venu, etc. » Il parait que l'électeur de Saxe ne voulut pas consentir au départ du réformateur. Ce dernier, dans sa réponse (28 août 4 535), disait au monarque, après l'avoir loué, de ce que S. M.
« prend le soin de conserver son Eglise non par des remèdes violents [après les exécutions du mois de janvier, n'étaitce pas une ironie fj mais avec la raison vraye et digne d'un Roy très-bon et très-chrestien,» que bien qu'il n'y eût chose aumonde qu'il souhaitâtavec tant d'ardeur que de pouvoir apporter à l'Eglise quelque secours , des difficultés imprévues relarderaient « pour un petit » son voyage. Celte tentative d'accommodement n'eut pas de suite. Aussitôt que les partisans des abus en eurent veut, ils se mirent en campagne, sous la conduite du cardinal de Tournon, leur grand-maître. François, en fait de religion, n'avait pas de principes arrôtés, il se gouvernait par les événements , et était toujours de l'avis de son dernier conseiller. Comme il était extrêmement jaloux de son pouvoir, il
(I) M. Gêniii reprodalt roriginallatin dans son Appendice.
ne fut pas difficile de l'effrayai en Iti présentant les réformateurs comme des révolutionnaires ennemis de toute es^ pèce d'autorité « tant spirituelle que temporelle. Le cardinal conduisit cette manœuvre avec une certaine habileté et il réussit, au moins pour un temps* Le connétame lui-même jeta sa malheureuse épée dans iabalance.Oubliant tout ce qu'il devait k la reine de Na* varre, il chercha môme par de perfides insinuations à lui « faire encourir la maie grftce du Roy. » On aime ï se persuader que c^tte lâcheté révolta François et fut le signal de la disgrAce du connétable. « Ne parlons point de celle-là, elle m'aime trop, lui répondit le monarque, elle ne croira jamais que ce que je croirai, et ne prendra jamais de religion qui préjudicie à mon Etat.» Marguerite, instruite de cette perfidie de Montmorency, « son cher ùepveu, la personne de ce monde à quy plus elle avoit d'amour et de fiance » s'éloigna de lui (4538) et «oncques puis elle n'ayma jamais Monsieur le connestable. »
« Les lettres de Marguerite pendant les années 4536 et 4537 confirment, dit M. Génin, ce que tous les historiens ont raconté de son influence et de son intervention dans la politique du roi, son frère. On la voit rejoindre François I" à Valence où il faisait des préparatifs de guerre contre TËmpereur; de là, se rendre près de Montmorency au camp d'Avignon dont elle fait de grands éloges à son frère. Ensuite, elle court en Picardie, où les troupes flamandes avaient pénétré. Elle écrit d'Amiens ; elle parle de Thérouenne et de Boulogne, qu'elle trouve bien fortifiées. Enfin dans toutes ses lettres, la politique tient sa place. »
François voulait être servi et, dans son égoïsme, il ne se croyait pas même obligé à de la reconnaissance. Marguerite avait eu deux enfants de son mariage avec Henri d'Àlbret, une fille et un fils. Ce dernier, Jean, né le 45 juin. 4 530, ne vécut que deux mois.
L'aînée, Jeanne, était née le 7 jaur*
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4 528. Dans la crainte, biôn peu justifiée, d'une alliance contre ses intérêts, François s'empara de cette enfant, à peine âgée de deux ans, et la fit élever, loin des yeux et des soins de sa mère, au Plessis-lès-Tours (1). Puis, atant même qu'elle eût atteint sa douzième année, il s'empressa de la marier au duc de Clèves, Guillaume III.
François n'aurait pu faire peser son autorité, avec plus de despotisme, sur le dernier de ses sujets. Olhagaray prétend que ce mariage se fit « sans consentement de père et de mère » et cette opinion a été généralement adoptée. Nous l'avons suivie dans notre notice sur Jeanne d'Albret. Mais une lettre inédite, (publiée par M. Génin, prouve, contre le dire de l'historien du Béarn, que l'opposition à ce mariage fut personnelle à Jeanne d'Àibret.
La jeune fille de douze ans annonçait déjàla grande reine. Marguerite écrivait à son frère (1540]i : < Monseigneur, en mon estresme désolacion je n'ay eu que ung seul recomfort : c'est de savoir certainement que jamais le roy de Navarre ny moy n'avons eu au lire désir ny intencion que de vous obéir, non seulement en ung mariaige, mais où vous commanderez mettre la vie.
Mais maintenant, Monseigneur, ayant entendu que ma fille ne cognoissant ne le grant honneur que vous luy faisiez de la daigner visiter, ne l'obéissance qu'elle vous doit, ny aussy que une fille ne doit point avoir de voulonté, vous a tenu ung si fou propous que de vous dire qu'elle vous supplioil qu'elle ne feust point mariée à M. de ClèveS, que je ne say, Monseigneur, ne ce que j'en doy penser, ne ce que je vous en doy dire, car je suis oultrée de douleur, et n'ay parent ny amy en ce monde de qui je puisse prendre conseil ni consolacion. Et le roy de Navarre en est de sa part tant esbay et
(1 ) Odolant-Desnos CMéra. hislor. sur Alen- Con) prétend qne Jeanne fit sa première édu cation a Alençon. Ce ne fut, selon lui, qu'en 1539 qu'elle en partit pour lu Plessis-lès- Tours.
marry, qne je ne le vis oncques plus couroucé; car je [nous] ne pouvons penser dont luy procède cete grande hardiesse dont jamais elle ne nous avoit parlé. Elle s'ezcuze envers nous qu'elle est plus privée de vous que de nous mesmes ; mais celte privaulté ne doit pas engendrer une telle hardiesse, sans jamais, coume j'ui sceu, s'en estre conseillée k personne, car si je savois créature qui luy eust mise telle opinion en la teste, j'en ferois telle desmonstracion, que vous. Monseigneur, connoistriez que cete folie est Siite contre l'intencion du père et de la mère, qui n^ont jamais eu ny n'auront que la vostre. » Quelle humble soumission pour la sœur, pour la reine, et pour la mère ! A la lecture de pareilles pièces, on admire que nos rois n'aient pas encore été plus despotes et plus pervers. La jeune Jeanne protesta dès le jour même des fiançailles, en se déclarant « contraincle et forcée, tant par la royne sa mère que par sa gouvernante, » et quatre ans plus tard, probablement lorsque François I" exigea qu'elle allât rejoindre le duc son époux, elle renouvela sa protestation k Alençon (oct.
4544). Cet acte se trouve reproduit dans le T. III des Papiers d'Etat du cardinal de Granvelle. Ou sait que par suite des événements politiques, le mariage de Jeanne avec le duc de Clèves fut définitivement rompu, à la satisfaction de tous, au moment même où il allait être consommé.
« Le roi et la reine de Navarre , de plus en plus dégoûtés du monde et de la cour par cette triste et inévitable expérience qu'apportent les années , vivaient paisiblement, dit M. Génin, dans leur intérieur. Marguerite s'efforçait de donner à sa maison l'exemple de toutes les vertus. Elle s'appliquait k des ouvrages d'esprit et de piété, et dérobait le temps même des repas. Vêtue comme une simple demoiselle, et n'ayant de royal au dehors que la majesté de sa figure et de son maintien, elle faisait ranger autour de sa table, Gérard Rous-
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sel, évêque d'Oloron, abbé deNéracet son aumônier, ses maîtres de requêtes, ses médecins. Ou discutait quelque texte de TÉcriture ; par exemple, ces paroles de Jésus-Christ : « Si vous ne ressemblez aux petits enfants, vous n'entrerez jamais au royaume des Cieux. » .... Parfois des étrangers, qui venaient saluer la reine, étaient admis h entendre ces discussions, et se reliraient émerveillés du savoir et de la bonne grâce de Marguerite. La théologie qu'elle avait toujours aimée, occupait surtout son âge mûr. Elle faisait de fréquentes retraites au monastère de Tusson, qu'elle avait fondé dans l'Angoumois, et, tranquille au milieu de ses bonnes religieuses, elle pouvait, sans être interrompue, satisfaire son goût pour la méditatiou et les choses de piété. »
La théologie n'occupait pas tous ses moments, et pcut-Ctre s'exagère-t-ou la part qu'elle lui faisait dans ses occupations. Elle suivait le précepte d'Horace et unissait volontiers l'agréable à l'utile. Son caractère enjoué ne répugnait pas à un innocent badinage.
u Elle composoit souvent, dit Brantôme, des comédies et des moralités, qu'on appeloit dans ce temps -là des pasloralles, qu'elle faisoit jouer et représenter par les ûlles de sa cour. » Selon Florimond de Rîemond, elle avait fait venir d'Italie une troupe d'excellents comédiens. Dans son cercle, l'abandon remplaçait la roideur de l'étiquette. Sa bienveillance encourageait le mérite. Marguerite «esloit, nous dit Brantôme, très-bonne, douce, gracieuse, charitable, grande aumosnière {\) et ne dédaignant personne. » Elle s'affectionnait à tout ce qu'il y a de beau dans les lettres, à tout ce qu'il y a de grand dans les sciences. Poète, elle manquait peut-être du feu sacré, mais elle avait de l'acquis , du savoir-faire. Si nous enlevions à Marot ses meilleures piè-
:1) « Elle fonda, en 153S, a Paris, Thospicc (les Enfants- Rouges, où sont nourris et élevés des orpliclins, qu'elle Ut nommer les Enfants de-Dieu le Pare. »
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ces et que nous ne iuilaissions que le gros de son bagage, elle pourrait rivaliser avec lui. Sa tendance au mysticisme a énervé son talent. Comme conteur, elle ne le cédait à aucun, pas même à Des Périers. L'oisiveté lui était odieuse. Etant en voyage, elle composait dans sa litière, bu tenait sa «correspondance. «Et si elle s'appliquoit ou aux tappis ou à d'autres ouvrages de l'éguille (qui luy esloit une très-délectable occupation) elle avoit près d'elle quelcun qui luy lisoit ou un historiographe, ou un poète, ou un aultre notable et utile auteur; ou elle luy dictoit quelque méditation qu'il mettoit par escrit. » Marguerite avait pris pour emblème une fleur de tournesol avec ces mots de Virgile : Non inferiora sccuius. « En signe, nous dit Brantôme, qu'elle dirigeoit et tendoit toutes ses actions, pensées, volonlez et affections, à ce grand Soleil qui estoit Dieu; et pour cela, ajoute le malicieux écrivain, la soupçonnoit-on de la religion de Luther. Mais pour le respect et amour qu'elle portoit au roy son frère, qui l'aymoit uniquement et Tappeloit tousjours sa mignonne, elle n'en ût jamais aucune profession ny semblant [Brantôme, catholique pour la forme, en jugeait par les apparences] ; et, si elle la croyoit, elle la tenoit toufh jours fort secrelte, d'autant que le Roy la haissoit fort ; disant qu'elle et toute autre nouvelle secte, tendoient plus à la destruction des royaumes, des monarchies et dominations, qu'à l'édilicatioa des âmes. »
Le chagrin causé par les revers de ses armes et par des pertes cruelles éprouvées coup sur coup dans sa famille vint s'ajouter aux ravages d'une affreuse maladie pour bâter la fin de François 1". Marguerite, sur son invitation, s'empressa de se rendre auprès de lui. Sa présence et ses soins semblèrent nu moment lui rendre Ja vie.
Les médecins eux-mêmes se firent illusion. Mais ce fut le dernier éclat d'uii feu qui s'éteint. A peine Marguerite était-elle de retour dans le Béarn qu'elle
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apprit sa mort, arrifée le 34 mars 4 547. 6 fol pour elle on coup terrible. Elle se^retîn (hmi le monoBlère de Tussoq oè elle passa qnaranite jours dans la piière et les larmes. La religion seule* pourait loi donner les forces uéces- Mires pour surmonter une telle douleur. Elle demanda aussi des consolatbm à la poésie, mais les grandes afiietlons inspirent mal les poètes :
0 mort (di6ait-£lle), qai le frère a dompté, INeo donc pv ta grande bonté ^ Transpercer la aceiir de ta lance.
Sa prière ne tard» pas à être eiaucée.
MaîB auparavant, ht boane Marguerite «lUft^iser le calice. Il parait que le nMTean roi n'avait pas bérité des aPiMBlioiM de son père, on au moins qu^en appelant Montmorency aux affaires, il •fait cru devoir épouser ses inimitiés.
Cttoi qu'il en soit, Marguerite fût amaeée de perdre la modeste pen- BilN^ de %i mille livre» que lui faisait leur frère, pensit)n si bien emphyée tft bonnes CBuvres. «Yous savez , ébrivait-e^ à son bomme d'affaires Isemay, qu'il me seroit impossible sons cela cPentretenir ma maison, et B^j de bien que ce qu'il m'en fault pourpasser mou année, et peut-on bien croira que, sans nécessité, ma coutuflOtt' n'est point de demander.» Le maliage de sa fille ^vqo Antoine de Bout- Mt fbt pour Marguerite un autre sujet de cbagrin. Ce ne fut, dit-on, que êeBtrainte qu'elle y donna son consentement. Ce mariage fut célébré àMou- Kbs, le !^0 octobre 4548. L'année rahmte , Margnerite rejoignit son frère dans la tombe. Ses obsèques furent célébrées dans l'église de Lescar «vec une grande pompe. «L'envie, qui amiége les princes, n'a pu, dit Lemonl^f, noue transmettre un seul fait déilverable à Marguerite de Valois. Pour iediquer une tacbe à son caractère, il IMrait l'inventer. Etrangère aux vices éesa mère, aux folies de son frère, et lex travers de son temps, belle et reine san arrogance, vertueuse sans pruêstie» savante sans pédantisme, douce fi ketne sans frdblesse, cbaste au mi-
lieu d'une cour corrompue, supérieure et Adèle à ses deux maris, elle est sans contredit la princesse la plus aimable et la femme la plus paruite qui soit sortie de la maison royale de France.
JPene sacbe point détrône qu'elle n'eût embelli, et point de siècle qu'elle n'eût bonoré. »
Tous les poètes du temps, — et même une foule de savants, oationaux ou étrangers, — répandirent des fleurs sur la tombe de Marguerite. Parmi eux on distingue trois jeunes anglaises, Anne, Marguerite et Jeanne Seymour, « dont la splendeur de la naissance et la beauté de l'esprit, dit de Tbou, jointes à une grande érudition et à la probité des mœurs, seront toujours en vénération, » composèrent en son bonneur un poème iatin d'une centaine de distiques, qui fut tourné en français, en grec et en italien « par ces grandes lumières de notre nation, Jean Dorât, Joachim du Bellay, Jean-iLntoine de Balf, et Nicolas Deuisot.» Charles de Sainte 'Marthe prononça son oraison funèbre, qu'il publia (Paris, 4550) en latin et en français (4).
(t) Sainte>Marthe acqnitta ainsi ane dette de reeonnaissaiice envers IWaf ftierite qui l'avait sauvé du bâeher. « Je ne flnirois p^s, dit Odolant-Desnos, si je voulois donner la liste de tous ceux qu'elle arracûa au supplice, et qu'elle combla de ses bienfaits : j'en
indiquerai seulement quelques-uns Elle
s'intéressa pour Erasme dans l'affaire que la Sorboone suscita à cet illustre savant. Ciier- /M de Ste 'Marthe, écbappé aux ftammeit de GtMnoble, trouva un porl assuré, des honneors et de la fortune à Aleoçou. Elle obtint la liberté ^"Etienne Dolety qui lui a dédié 8c septième épître, ete. » A ces noms nous ajouicroos celui d'André MékincliihoD. « J'ai leu dans le registre secret de nostre parlement [de Bordeaux], dit Florimond de Raemond, qu'elle fit une instante prière, aQn que la cour voulust mettre en liberté un nomme André Nélancdiou accusé d'bérésie> et prisonnier en la conciergerie du palais, dont Philippe Mélanctfaon, disoit-elle, conseiller du dnc de Saxe, l'avoit fort requise par ses lettres. Cet André fut œlny qui, sous prétexte de régenter, vint annoncer la doctrine de son parent en l'Agenois, s'eslant arresté en la ville de Tonoeins, où il sema si a propos son bérésie, conforme lors a la confession d*Ausbourg, qu'onques puis les racines n'en ont pn esire arracbées. » Plosienn écrtrains ont
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NOTICE BIBUOaflAPHIQUE.
I. Le miroir 4e Vame pecherene^ eu quel elle recongnoitt ses fanâtes et péchez, aussi ses grâces et bénéfices a elle faitezpar Jesu Christ son espoux, La Marguerite tris niable, et précieuse s* est préposée a ceulx jjui de bon cour la cerchoient/kkl^u^n chez maistre Simon du bois, mdxxxj, pet. ifl4%goth. de 35 ff.; Paris J 533, in-8*; .Lyon, 4538, in-8»; G^ève, chez. Jûhan Girard, 4539, pet. in*8*, 9t daiks les différ. édit. des poésies de Marguerite; anonyme; irad. en anglais par Lidy Elyzabeth, ao^jur de Qenri VIII, Lond., avril 4548, in-8»goth.
Poème mystique ; une foule de citations bibliques.
fin i«rre (ist 3S(«s clarté se liinotièrc JUa.chétive ame, esclave et prison oière, Lespiedz liez par sa concapisccnce Elles deux bras par son acoasiomauee.
M. Génin, peu familiarisé avec le langage de la dévotion mystique, croit y voira chaque ligue des allusions à une honteuse passion de la sœur pour le frère. Mais il se trompe. Si Marguerite avait été coupable, peut-on croire qu'elle eût afûcbé sa honte ? Ce n'est pas au public» mais à Dieu qu'elle se fût confessée. Bien loin de vouloir en dire plus qu'ils ne disent, les mystiques seraient désolés qu'on les prit au mot, et tout en se traitant, dans leurs éjaculations, avec le dernier mépris, comme le rebut de l'humanité, tout en disant avec Marguerite :
Je recognois avoir fait tons les maux
Qne faire on pealt, et que rien je ne vaox;
ils ne s'en croient pas pour cela plus mauvais que vous ou moi .Au contraire»
leur humilité est pleine d'orgueil.
II. Dialogue en forme de vision nocturne entre très noble et excellente princesse madame Marguerite de France, sœur unique du Roy et Vame saincte de defuncte madame Chorlote de France, fille aysnée du dit Sieur, avec la réimpr. du Miroir de Vame pécheresse, plus, le Discord
vonrojidu cet André Mêla nchthon avec son Qûclei le sage r^ormatear de l'AUcreagoe.
en Vhomme par la contrariété ie Vesperit et de la chair, et sa paix peur tie spirituelle, et une Oraison à niks- . tre seigneur Jésus . Christ, Alençon, chez maistre Simon du Bois, ^ 533, pet. in-i" goth. de 61 ff. non chiff.; anonyme. Ce. dialogue, poème de plqs.de 4 2 cents vers, n'ajamais été réimprimé. La princesse Charlotte était morte çn 45U.
III. La Fable du faux cuyder, contenant Vhistoire des Nymphes 4# Dyane transmuées en saullés,' ?mSf 4543, in-8*; anonyme; réimp. sous le titre à'Uistoire des Satyres et d^s Nymphes de Dyane, dans les Poésies de Marguerite. D'après La Croix du Maine, c'est la traduction de lu sixiènae éclogue de&Anazar,iiiiiljulée Salies et dédiée à Marguerite de France, la nièce et la filleule de la reine de Ijavarre.Ce fut à la prière de cetleprincesse que Marguerite fit celte traduction. Rien n'indique au titre que ce. ne soit pas une pièce originale.
IV. Marguerites de la Marguerite des princesses , très illustre royne de Navarre» Lyon, Jean de Tourna, 4547, 2 vol. in-8^ avec quelques Qgg.
intercalées dans le texte; privilège ac-* cordé par le parlement de Bordeaux»}e 29 mars 4546 avant Pasques, sur la requeste à lui présentée par Sffmon [et non pas Jean] Silvius [Dubois]». dit de La Haye, escuier valet de ch^mhre de la royne de Navarre, pour iceux veoir et corriger si besoin y esfoit ; Ëpislre dédicatoirè Gfi vers adre^sécifi^ Téditeur à la princesse de Nay^r^e.
Dans un prologue, Marguerite 4it.au lecteur :
Si voas lisez cesto œavre toute eatière, Arrestez-vous, sans plus^.a la matière : En excusant la rhythme et le langage.
Voyant que c'est d'une /«mme l'ouvrage : Quin'ha en soy science, oe scavair, etc.
El elle termine en nous recomoiMidant de prier Dieu
QaVn nostre cœur il plante la Foy vive.
La bonne Jtfarguerile s'y emploie elle-même de tout son pouvoir. <2$e8 pQésies lend^ntplu^ à l'édificalio^^n'à
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ramasement. On trouve dans le premier volume (pp. 541 :) \^Le Miroir de Vame pécheresse, nouv. édit.; 2°Dt5cofd estant en V homme par la con^ trariété de Vesperit et de la chair, et sa paix "par vie spirituelle, nouv.
é^\ï,;^* Oraison de l'ame fidèle à son seigneur Dieu; 4° Oraison à notre seigneur Jésus Christ, nouv. édit.; 5** Comédie de la nativité de Jésus Christ, avec une Bergerie qui y fait suite; — 6* Comédie de Vadoratio7i des trois roys à Jésus Christ ; Dieu le père ouvre la scène par ces vers dignes d^uue ode :
Je sais qui suis, et contiens en mon estre Tout ce qui est, qui feut et qui sera. Ce qui n'est point, j'appelle et le fais uaistrc; Cayder par moi bientôt trespassera.
La Philosophie lui répond, et nous remarquons avec satisfaction qu'il ne s'élève aucune altercation entre eux; — 7* Comédie des Innocents', — 8* Comédie du désert ; ces quatre comédies ne se distinguent par rien de saillant du commun des mystères, c'est sans doute là ce que Florimond de Raemond appelle une traduction tragi- comique du nouveau Testament; Marguerite les fit représenter devant le roi son mari, « ayant recouvert pour cet effet desmeilleurscomédiens qui fussent lors en Italie.» — 9* Le triomphe de VAgneau ; — 10** Complainte pour un détenu prisonnier [François I"] ; — h \ • Chansons spirituelles-, nous citerons celle qui commeuce par ces mots:
Un jeune veneur dema^idoit, commQ la meilleure, elle ne serait indigne ni de Des Périers ni de Marot.
Les sujets du second volume, Suite des Margtierites de la Marguerite des Princesses, très illustre rogne de Navarre, Lyon, Jean de Tournes, .4547, in-8* de pp. 342, sont un peu plus profanes ; ce sont {" V Histoire des Satyres et des Nymphes de Dyane, déjà citée; — V Quatre Epistrès au roy François son frère, avec la Response du roi à Tune d'elles; — Z* une Epistre au roy de Navarre malade : — 4* Les quatre dames et
les quatre gentihhommes: -^^^ Comédie, Deux filles, deux mariées, la vieille, le vieillard et les quatre hommes; — 6' Farce de Trop, Prou, Peu, Moi7is, une farce comportait pins d'esprit; — 7** La Coche; selon M.
Leroux de Lincy, une des meilleures compositions de Marguerite; elle la dédia à la duchesse d'Etampes. «C'est, nous dit M. Géniu, un de ces débats de psycologie amoureuse, qui s'agitaient jadis daus les cours d'amour, et qui reparurent au dix-septième siècle, allongés et raftinés, dans les conversations de l'hôtel de Rambouillet, dans le Grand Cyrus et dans Clélie. Marguerite, comme on le voit surtout dans ses Nouvelles, avait un goût décidé pour ces arguties sentimentales, ces subtiles analyses du cœur, qui font briller la délicatesse de l'esprit, et ne sont autre cho&e que du marivaudage anticipé.»
Voltaire a traité le môme sujet dans ses Trois manières, et aurait complètement fait oublier le Coche, si l'on s'en était souvenu ; — 8' Uumbre ; — 9»
La mort et résurrection d^ amour ; vers alexandrins; c'est, avec une chanson spirituelle sur l'air : Sur le pont d'Avignon, j'ouys chanter la belle, la seule pièce de ce mètre ; — 10' Chanson; — 41** Les Adieux des Dames de chez la Roy ne de Navarre, allant en Gascongne, à madame la princesse de Navarre; — \ 2° Deux Enigmes,
On trouve en outre des poésies de la reine de Navarre : 1 " dans un recueil de Poésies de François 1", de Louise de Savoie et de Marguerite de Valois, avec la Correspondance intime du roi avec Diane de Poitiers, etc., publié par M. Aimé Ghampollion-Figeac, Paris, Imp. roy., 1847, pet. in-fol.; — V Deux Epitres, l'une au Dauphin Henry ,ct l'autre à François 1", plus trois petites pièces, parmi les Pièces justificatives jointes au recueil des Lettres de Marguerite par M. Génin; — 3»
Deux petites comédies ou moralités.
Le Malade et V Inquisiteur, publ. en tôte de redit, de rUeptaméron, par M.
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Leroux de Lincy ; l'éditeur en donne cette analyse. Dans la première, « un pauvre patient, tourmenté de la fièvre, se trouve entre les remèdes inutiles que sa femme lui propose et ceux que lui ordonne le médecin, mais qui n'ont aucune efficacité. Sa chambrière lui conseille de laisser Ik toutes ces drogues et de se fier à Dieu, qui a consigné ses préceptes dans l'Evangile.
Le malade y consent et ne^ tarde pas à guérir. »
Le Mallade.
Je ne scay à qoel sainct me rendre, Mais à tous ensemble me voue.
La Chambrière.
Ung seul vous en pcult bien desfeudre Qui est digne que l'on le loue.
« La seconde est encore plus hardie. Un inquisiteur de la foi, depuis longtemps docteur en Sorbonne, se pbint de l'extension que prennent chaque jour les nouvelles doctrines religieuses . Il se promet bien de déployer contre tous ceux qui s'en montreront partisans, la sévérité la plus grande, à moins cependant qu'ils ne se rachètent à prix d'argent. Il sort en compagnie de son valet, et veut empêcher plusieurs petits enfants de se livrer à leurs jeux; mais ceux-ci se moquent de lui. Il adresse à Tun d'eux plusieurs questions auxquelles le jeune enfant répond avec beaucoup de sens. Ses compagnons et lui chantent en chœur les psaumes de David [le psaume Ill'de la trad. de Marot]. L'inquisiteur étonné revient au véritable principe de la religion qui est la tolérance et renonce à ses fonctions. » Ces deux petits jeux comiques sont peut-ôlre, et pour le fond et pour la forme, ce que Marguerite a écritde mieux en vers (MSS. Bibl. nat., Suppl. franc. N' 2286 in-fol.).
M. Leroux de Lincy a joint à ces deux comédies un certain nombre de petites pièces inédites; — 4° diverses poésies et lettres inéd. publiées par M. Champollion-Figeac dans un recueil de documents relatifs à la Captivité du roi François !•' (Paris, Impr. roy. 4847, in-4*); — 5* Lis Prisons^ poème en 4
chants, d'environ deux mille cinq cents vers, à la suite de l'Heptaméron, dans le msc. N»7576, Fonds de La Marre^ Bibl. nat., où il est attribué à la reine de Navarre. Le fond des idées de ce poème est loin de contredire cette supposition ; de même que son auteur , Marguerite pensait aussi que l'Ecriture Sainte est le livre par excellence, et que l'observation de ses divins préceptes peut seule nous délivrer des prisons où nous retiennent les passions ; mais comme à la fin de ce poème, parmi les morts remarquables dont l'^piteur a été témoin, il est parlé de celle de Marguerite, on ne saurait le lui attri- • huer ; — 6* Mirouer au Ckrestien sur la personne de Jésus Christ crucifié, contenant au vray Vart et usage de soy bien mirer ^ avec trois sonnets et une épigramme de Jean d$ Morel, embrunois, sur le tombeau de la reine de Navarre, msc. in-4® qui se trouvait dans la bibl. de M. Monmerqué. Ce poème de Marguerit est resté imparfait, elle mourut avant d'y avoir mis la dernière main. Le frère 0livier, à qui cette princesse l'avait communiqué, le revit et le publia, avec des changements, sous le titre : L'arù et usage du souverain mirouer du Chrestien et de soy bien mirer ^ etc., Paris, <556, pet. in-8* de 32 fi".; — 7» M. Louis Lacour attribue en outre à Marguerite , mais sans preuve suffisante, deux charmantes petites comédies, à deux personnages, où l'on croirait reconnaître la touche délicate d'une femme, La fille abhorrant mariaige et La vierge repentie (Paris, 1856, in-8*), qui portent sur le msc la date de 1538. Mais ces comédies (si l'on peut les appeler ainsi) ne sont que la traduction fidèle de deux dialogues d'Erasme , Virgo (ii<j6Yaji.o; et Virgo pœnitens. Le premier de ces dialogues sous le titre : Colloque de la Vierge mesprisant mariage^ est attribué à Clément Marot, dans l'édition des Œuvres de ce poète par Lenglet-Dufresnoy, d'après une ancienne édition citée par La Croix du Main^,
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(Sh û'y'remàrq^ue'<pjé dô" légères' vïiriantès* Màrot, diùâ ses essàiâ de traduction, ne nous avait'pas habitués à celte heureuse élégaûce de style. — ÎCnfin Du Verdîer cite uûè Eglàgue de Mir^erite qui fût imprimée à Pau, en hVSt, iB-4*.
Le msc. le plus comt)let que Ton connaisse des poésies de Marguerite, sd^rouve à la Kbl. nation, souâ le N^" 23806, SuppL franc. Quelques-uns dés ptoèmes imprimés, tels que le Mirôirdé l'âmè pécheresse, la Gôche, le Miroir d^^és us -Christ crûciiïé, y maùqueùt ; mais par contre on y remarque un certain nombre de pièces inédites dont quelques-unes ont été publiées par M.
ubampolliou. La Bîbl. dé TÂrsenal possédé anssi plusieurs mss, qui contiennent des poésies de notre princesse.
Nous nous coulenterons dé mentionner lé N»'B. L.F*. 100. in-4% où l'on trouve 44' épîtfes ou élégies et 60 petites piteès, la plupart encore inédites. ËufiB dans la Bibl. Balusianà^ est indiqué ift^msc. intitulé le Pater-noster fait en translcUion et dialogues par Màrpterite , reine de Navarre , sans doute la même pièce qui se trouve MSS. de Ééthune, N- 7688.
V. Histoires des Amans fortunez, Déiliées à très illitstrè princesse Aî'^^ Marguerite de Bourbon, duchesse de Ifivernois. P'âris, 4S58»in-4*. — Première édition de IT^èptaméron de la reiae de Navarre. L'^éditeur Pierre Boaisluau, dit Launay^, n^à pas respecté l^ôrdre qu'avait adopté la princesse, et des lit nouvelles dont se composait son recueil, il n'en a reproduit que 67, en retranchant les prologues et led épilogues qui servent à lés lier entre elles. Marguerite , à Teiemple de Boccace qu'elle prit pour modèle, avait l'intentioB de rèraplir'dix journées, à raison de dix nouvelles par journée, et dedonntr à son livre le nom de Décaméron; mais la mort ne lui laissa pas le temps d^âchever. Jeanne d'Albret ayant vu avec déplaisir les libertés que l'éditeur avait prises, ce fut pour lui complaire que dlaudê Gruget, parisien, en donna
imv n'ouVeliô édîtiôn, souH lé titre :
ÛËeptaméroii dès Nouvelles de très iitiutfe et trèà excellente princesse^ Marguerite dé Valois, royne de NavWre, remis en son vray ordre, confié auparavant en sa première in^ pression, et dédié à très illustre et* très vertueuse princesse Jeanne, roy* ne de Navarre, Péris, Vincent Siértenas, 4 559 in-4\ Gilles Robinet, 4 564 ' et 4^8*, in-4*; A'mst:, 46^8, 2 vol.
in-S*»; Berne, 4780-81, 3 vol. in-S" avec les belles gravures de Chodoviecki. « Je ne me fusse ingéré; MadàDàé, dit Gruget dans sa dédicace, vous présenter ce livre des Nouvelles de la feue Reyne vostre mèrCiSila pfemière édition n'eust obmis ou celé son nom, et quasi changé toute sa forme, tetlén)ent que plusieurs lé mescognoissoîent : cause que pour le rendre digne dé son auteur, aussi tost qu'il fut divulgué, je recueilly dé toutes parts les exemplaires que j'en pjeu recouvrer, escrits à la main, lés vériûant sur ma copie : et fois en sorte que je le reduyïy: au vray ordre qu'elle l'avoit dressé. »
Cependant, d'apVès VL\ Leroux dé Lincy, Gruget se permit aussi dé retoucher le style et surtout l'orthographe un peu surannée de Marguerite; il substitua aux Nouvelles xi, xlix, xlVi dès mss. d'autres nouvelles moins satiriques; il supprima, à l'exemple de Boaistuau, les passages qui lui parurent 4rop hardis, et il n'osa pas rétablir les noms propres ; mais à part ces quelques taches, son édition est bonne.
Elle a été suivie par tous les éditeurs postérieurs, seulement quelques-uns ont cru bien mériter des Lettres, en habillant l'ouvrage à là'moderoe, c'est-àdire eu corrompant le style. M. Leroux de Lincy ne s'est pas rendu coupable de cette barbarie. Son édition del'Heptaméron est la plus tidèle et la meilleure ; en voici le titre : VHeptaméron des Nouvelles de très haute et très illustre princesse Marguerite d^Angoulême, reine de Navarre, sœur un%qûede^àHçi>UI*\ N6uv. édfit. pu-
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bltée sur les mss. par h Société des bh bliophiles françois. Paris, 1853, 3 vol. ïTL-it. — A là manière dont tovt le monde parle de ce livre, dit M. Oénin, il semble que personne ne Fait jamais lu. Et en effet la grande réputation d'immoralité qu'on lui a faite , nous semblel)ieii exagérée. Cour quiconque s'est tant soit peu familiarisé avec le caractère de Marguerite, il est impossible de se persuader qu'elle ait jamais rien écrit qui fût notoirement immoral, a Ce que n'ont fait Boccace, ni Mar monte!, ni leurs nombreux imitateurs, dit M. Génin, ce à quoi laTeine de Navarre ne manque jamais, c'est de tirer de ses contes une moralité qui en est la glose et souvent dégénère en vérita/ble sermon, en sorte que chaque bistoire n'est h vrai dire que la préface d'une homélie. Marguerite a un talent admirable pour parler de piélé à propos d'une aventure amoureuse. Les infidélités des femmes et des maris, les fôutes ou les crimes suggérés par la passion, tout cela lui sert de texte à des réflexions graves, parfois sévères.
Elle tire de la fragilité humaine la preuve qu'il faut se défier toujours de ses forces, et par conséquent implorer sans cesse le secoirrs d'en haut, sans lequel notre sagesse d'ici bas n'est que folie. «11 n'y a, dit-elle, de force qn*cn Dieu. » — Cette habitude de ramener tout à la piété forme le caractère essentiel du livre ; chaque page, chaque ligne en porte l'empreinte.» La dame Oisille, « veuve pleine d'expérience *> qui, comme le pilote au gouvernail , règle la marche de Faction, modère, réprime, tempère, est une heureuse création du génie de Marguerite. C'est elle-mfime qu'elle a mise en scène sous ce masque. «Mes enfants, dit la bonne dame dans le Prologue, vous me demandez une chose que je trouve fort difficille de tous enseigner, un passe temps qui vous puisse délivrer de voz ennuictz ; car aïufnt cherché le remède toute ma vye, n'en ay jamais trouvé que iing, qui est la lecture des sainctes lectres, cm la quelle se troute la vraie et par-
faicte joie de l'esprit, dont procède U repos et la santé du corps. » Cependanl cet avis ne prévalut pas. On contiiiU pour passer plus agréablementle temps, de se réunir chaque jour à l'ombre dm ormeau dans un pré du couvent où la société te trouvait arrêtée par le débordement du gave béarnais, -et de conter à tour de rôle des histoires de galanterie, quitte à commencer la journée par assister à l'office divin. Les prêtres et les moines ont une large part dans ces joyeux devis, un évêque même ouvre la marche. Mais nous CyoDS remarquer que Marguerite invente ipeu de chose, la plupart des^aventaMB quelle raconte sont réellement amvées. Elle avait résolu d'imiter Boccace (dont le Décaméron qui veiiak d'être traduit par son secrétaire Piètre Le Maçon, avait eu le plus grand succès à la cour). « si ce n'est en une chosOt qui est de n'escrire rien qui ne soU véritable ; » et c'est ce que conftnno Brantôme lorsqu'il dit que sa grand*mère la sénéchaie du Poitou, âame d'honneur de la reine, savait tous las secrets de ses nouvelles. M. Leroux do Lincy ne porte qu'à 5 ou 6 le nombro des nouvelles empruntées à nos conteurs français des xiu*, xiv* e|xv* siècles. Selon Brantôme , elle ^b^posa toutes ces nouvelles, la plupart dans sa lictière, en allant par pays ; sa grand'mère lui tenait fécritoire. « Pour le fond des récits, comme pour Tarraftgement , dit M. Nisard >, Hainueiîto cherche visiblement à ressembler \ Bocdàce. Elle y réussit en plus d'oli endroit, et cette ressemblance même avec un des plus grands éorivains àb l'Italie, n'est pas un médiocre mérite.
Vais j'aime mieux ce que larguerite ne doit qu'à elle-même, et qui est une grâce de l'esprit français. Cest de fonds de philosophie aimable et douce dans une personne qui ne sMmeut des choses qu'avec discrétion et selon oe qu'elles valent. — La moralité des aventures, le jugement qu'il en irai porter, sont indiqués par le ton aAne dont largtierKe les raconte, et (fli sut
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ce qo^il en faut penser, avant même que les interlocuteurs en aient donné leur sentiment et que dame Oysille ait prononcé. Quand notre aimable veuve ne prêche pas, ce qui lui arrive trop souvent, et qu'elle ne fait que tirer de ses récits des leçons de conduite mondaine, rien de plus neuf dans les lettres françaises que ces premières applica- .
tions de la morale universelle au jugement des caractères et des actions.
Rien de si délicat, de si nuancé n'avait été écrit sur la fragilité de notre vertu, sur les illusions de nos passions, sur l'ardeur inconsidérée de la jeunesse, sur l'imprudence des parents, sur les effets dessous et des mauvais sentiments.— La langue, jusque-là un peu monotone et lourde, se mouvant tout d'une pièce, comme un chevalier sous son armure, se dégage, s'articule, devient libre et variée comme une conversation entre personnes d'humeurs très-diverses, mais qui toutes se res^ semblent par le don d'exprimer leurs pensées avec esprit. — L'Heptaméron est le premier ouvrage en prose qu'on puisse lire sans le secours d'un vocabulaire. Les tours et les expressions durables y sont déjà le cours du style ; les choses surannées y sont l'exceptioji..»^^Peur qui a un peu étudié le caractlre et les écrits de Marguerite, on ne comprend pas que M. Nodier ait pu lui contester l'entière propriété de cet ouvrage pour eu faire honneur à Des Périers. C'est le paradoxe le plus étrange qu'ait jamais imaginé un esprit paradoxal. k
LaBibl. nation, ne possède pas moins de douze mss. des Nouvelles de Marguerite. Nous citerons les trois suivants comme les meilleurs : Fonds Colhert N* 7572, i. A. texte complet, peut-être de la main du secrétaire de la reine, Jean Frotté, M.Leroux de Lyncy l'a plus parliculièment suivi dans son édition; — N* 7572, où le dernier feuillet manque ; ~N''7572, 3- 3. texte complet, mais moins correct que les ^ deux autres. Tous ces mss. , selon * M. Lerouxi datent de l^^econde moi-
tié du XVI* siècle ; on n'en connaît pas d'autographe.
VL Lettres de Marguerite d^Âiigoulême^ sœur de François /•', reine de Navarre, publiées d'après les rass.
de la Bibl. du Roi par M. F. Génin.
Paris, Jules Renouard, 1841, in-8\ H. Génin a fait précéder son volume d'une très-bonne notice sur la vie et les écrits de Marguerite. Ces lettres sont disséminées dans différents recueils (entre autres, Béthune, N' 8527).
Nouvelles lettres de la reine de Natarre^ adressées au roi François /", 50» /r^ftf, publiées d'après le msc. de la Bibl. du roi par le môme, Ibid., 1842, in-8-.
Dans un Avertissement joint à ce volume, M. Génin explique par suite de quel abus de pouvoir il s'est trouvé dans l'impossibilité de faire paraître ces nouvelles lettres (autographes, SuppL franc. N* 2722) dans son premier recueil.
MARGUIiV (Etienne), négociant à Troyes, première victime de la Saint- Barthélémy dans cette ville.
Nulle part en France , les religionnaires n'étaient plus qu'à Troyes l'objet de la haine populaire. Chaque fois qu'ils revenaient de célébrer leur culte à L'Isle , dont la princesse de Condé était la dame suzeraine, ils étaient assaillis et maltraités par la populace.
Un jour, fut tué à coups de pierres l'enfant d'un nommé Nicolas , excellent joueur de luth, qu'on y avait porté pour le faire baptiser. Coligny se plaignit au roi de ces violences; mais il ne put obtenir justice, et peu de jours après, il tomba lui-même sous le couteau des assassins.
A la nouvelle des massacres de Paris, qui parvint à Troyes le mardi 26 août, l'effroi des Protestants fut donc extrême. Leur premier mouvement fut de fuir; mais les magistrats les en empêchèrent, en plaçant des corps de garde aux portes. Leur terreur redoubla, « et fuyoient les uns deçà, les autres delà, cerchans des cachettes et lieux où ils peusseut avoir moyeu d'éviter la furie
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première de leurs adversaires. » Marguin étant allé demander un asile à un catholique de ses amis , tout ce qu'il put en obtenir, ce fut un déguisement sous lequel il ne tarda pas à être reconnu par un chaussetier nommé Boucquet, qui lui fendit la tête d'un coup d'épée. Le lendemain, le bailli Anne de Vaudrey, sieur de Saint-Phal, donna ordre de rechercher de maison en maison tous les Huguenots et de les conduire en prison. Le prévôt Claude Jaquot^ qui avait professé quelque temps la religion réformée, mais Ta vait quittée pour ne pas nuire à son avancement, l'ut chargé, malgré lui, dit-on, d'exécuter le commandement de M. de Saint- Phal. Le premier prolestant qu'il arrêta fut le libraire Christophe Ludot, « lequel , bien qu'il exerçast le train de marchandise, estoit fort bien instruit et versé es lettres grecques,personnage craignant Dieu, et qui auparavant avoit eschapé infinis passages dangereux. »
Il saisit ensuite le cordonnier Claude La Gueule^ qui fut massacré avant d'être arrivé à la prison, Thibault de Meures, Jean Le Jeune, procureur au bailliage, Claude Gaulard, sergent au Châlelet de Paris, Claude Peliton^ Simon ou Antoine de Villemor, Guillaume Bourcier^ Denis Marguin, frère d'Etienne, et Jean Havart, marchands, Henri Cheury et François Mauferé, orfèvres, J^a« Garnier, Nicolas Robinet eiJean Gobin, drapiers, Pierre Lambert^ Nicolas Du Gué^ François Bourgeois^ Aimé Artillot, peintres , le petit Pierre, Pierre Le Goux ou Gois, Guill. Brenchie, le grand Thomas, menuisiers, Etienne Charpentier et Nicolas Poterat, serruriers, Jean Gopillot, chandelier, Renault Godot, maçon, Jacq. Lechi^ cault, contrepoinlior, Jançon, cordonnier, Pierre Pourvoyeur, taillandier, Jean Niot, savetier, et son fils Michel. Les jours suivants, les arrestations continuèrent. Le mardi, 2 sept., Jean Rousselot, esguilletier, fut pris et égorgé. Le lendemain» ce fut le tour de Jean Robert , notable marchand.
Le 4 septembre enfin, par ordre exprès^ du bailli, qui avait cependant reçu, dèsla veille, la Déclaration du roi du 28août, portant défense de rien entreprendre sur les personnes et les biens, des Réformés, tous les prisonniers furent égorgés dans la prison par les.
bourgeois qui les gardaient et qui s'é-talent enivrés pour se donner le courage d'exécuter ce que le bourreau avait refusé de faire. Ce jour même et le suivant, tous les Protestants qui furent découverts, tels que la femme de Colin le brodeur et le potier d'étaiû Pierre Blampignon, furent mis à mort par la populace. Ce fut le cinq septembre seulement que le bailli fit publier la Déclaration du roi.
Nous avons suivi la relation de Crespin, qui se trouve pleinement confirmée par le récit d*un témoin oculaire {Collect. Dupuy, N* 333), où Ton trouve les noms des Protestants massacrés à Troyes. L'auteur prévient que « des tués par la ville il ne sait le nombre »> , et qu'il se contente de mentionner « ceux qu'il a cogneus. » La plupart des noms cités par Crespin se retrouvent dans cette pièce manuscrite.
On y lit, en outre, ceux de : Aubert Margerre, Guillaume Carré, drapier, Pierre Anselin, Jean Bredouille, Guill. Boucher, le même peut-être que G. Brenchie, François Sobstiot, P. Vieillart, Jacq. Lespine, P. Salonnier, P. Gi/fei, Regnault Lespine et Thomas Chalon. Nouvelle preuve que loin d'avoir exagéré , comme on l'en a fort injustement accusé, Crespin est très-souvent resté au-dessous de la vérité.
MARIE (Jean), ministre de l'église réformée deLion-sur-Mer, réfugié en Angleterre à la Saint-Barthélémy, fut chargé de desservir l'église française de Norwick , qui était principalement composée de Protestants wallons, mais où l'on comptait cependant quelques familles d'origine française, comme celle de Philippoi, dont un descendant, Eliséejnt élu, en 1672, hautschérif de Norfolk, charge qu'il rem-
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