‹ La France protestante (volume 3)Chapitre 65 sur 169 · XII. Expositio in Jobumy(3^%b^,^ 4585, in-fol · texte numérisé non relu

XII. Expositio in Jobumy(3^%b^,^ 4585, in-fol

XIIL Enchiridion locorum com* munium,operà Tossani^ Basil., 16t8, in-8*. — Mentionné par Lipenius. Noof avons déjà cité {yoy.^, p. 109) wi autre abrégé du N* XI, publié à Genèye en 1613, ainsi que deux index faite par Marlorat , dont on a enrichi Pédit de l'Institution chrétienne, de C«lvin, donnée à Genève en 1568.

MAROLLK:» (Louis de), conseiller du roi et receveur des consignations à Sainte-Menehould, né dans cette ville, en 1629, et mort martyr, le 17 juin 1 692, dans un cachot de la citadelle de Marseille.

La famille de Marolles, nombreuse et fort ancienne, occupait un rang trèshonorable etjouissait des privilèges de la noblesse. Elle professait depuis longtemps la religion réformée. En 1589, un de Marolles, bailli de Jamets, avait négocié la reddition de cette ville. L*année précédente, un autre de Uarolles avait assisté à TAssemblée politique de La Rochelle (Toy. V, p. 463). Ce dei^ nier avait le grade de maréchal de camp dans Tarmée du roi de»Navarre. A« mois de juin 1589» secondé par £• Boulaye, il défit deux compaaniesde chevau-légers envoyées par Mayenne

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tu secours de Chartres. Après la prise de Jan ville en Beau ce , il eu avait été nommé gouverneur.

Outre la branche établie à Sainte- Menehould et à laquelle appartenait Louis de Marolles , nous en connaissons une autre qui habitait Vitry-le- Français. G^est de cette dernière que descendaient : 4 " Henri de Marolles, contrôleur des aides à Troyes, qui mourut, en 1644, à Tâge de 35 ans,n*ayant eu de son mariage avec Marguerite de Marolles que deux enfants, Judith et Samuel , morts en bas Âge ; — S* Claude de Marolles , qui assista à plusieurs synodes provinciaux, notamment à celui de Clermont en Beauvoisis , en 1667 , en qualité d'ancien de réglise de Vitry; — 3* Thierry de Maffolles, avocat, probablement fils de Claude, et ancien de Téglise de Vitry, qui fut arrêté, au mois de juillet 1686, dans le château de Ciemery-sur-Seille, sous prétexte qu'il cherchait à sortir de France. Il fut amené dans les prisons de Châlons avec s'àtemme Marguerite Varnier , ses deux fils Claude-Philippe et Jean, ses trois filles Marie , Maiguerite et Judith , et sa servante Jeanne Queret (Arch. gén. M. 673).

Comme il n'avait pas été pris en flagrant délit d'évasion , on se contenta de mettre la mère chez un bourgeois catholique, Jean chez le recteur, de l'école de Châlons, Philippe chez celui de Vitry, Marie aux Ursuliues de Châlons, Marguerite aux Filles de la doctrine chrétienne de Châlons et Judith aux Filles de Sainte-Marie.On espérait convertir toute la famille ; mais on échoua, et de guerre lasse, en 1687, on l'expulsa du royaume. Thierry de Marolles se retira à Amsterdam {Arch, Tt. 321).

Les convertisseurs ne furent pas plus heureux avec Barthélémy de Marol- 7^9,jeune étudiant en théologie âgé de dix-neuf ans et neveu du martyr à qui cette notice est plus spécialement consacrée. Après l'avoir gardé trois ans dans les prisons de Châlons , voyant ^e rieo n'ébranlait sa CQnstance,on Iç

conduisit à la frontière, en 1688. Il passa aussi en Hollande et alla terminer ses éludes à l'université d'Utrecht.

Ce sont là assurément de beaux exemples, mais que sont les souffrances de ces courageux confesseurs comparées aux tortures qui furent infligées â Louis de Marolles (1). En lisant le long martyre de ce héros de la foi évangélique, on se sent, comme M. Michelet à la lecture du martyrolo^je protestant, saisi d'horreur et de pitié. Par un retour naturel sur notre époque, ou se prend à gémir sur l'énervation de l'âme humaine, et Ton s'écrie avec lui:

Que nous ressemblons peu à cela !

Louis de Marolles était doué d'une grande pénétration, d'un jugement solide; il aimait tes arts et les sciences; aussi consacrait' il ses loisirs â Tétuda de la musique, de la médecine, de la philosophie, de la théologie et surtout des mathématiques, pour lesquelles il éprouvait une prédilection marquée et qu'il cultivait avec succès. Il a laissé sur cette dernière science des manuscrits, entre autres un Traité d* algèbre, où l'on trouve la solution de problèmes difficiles et très-curieux.

Lorsque l'édit de Nantes fut révoqué, un tiers environ de lapopulation de Sainte-Menehould prit le parti de s'expatrier, au rapport de M. Buirettedans son Histoire decette ville. Louis de Marolles fut du nombre des émigranls ; mais il n'était point encore parvenu â franchir la frontière, lorsqu'il fut arrêté, lo 2 déc. 1685 , â deux lieues endeçà du Rhin et conduit dans la prison du Pont-Couvert à Strasbourg. Le gouverneur Chamilly se montra touché de son sort.Il lui témoigna son intérêt en essayant de le convertir; mais les arguments des Jésuites qu'il lui envoya

(l)Voy.ponrpIusdedélailsqacnousne pouvons en donner ici, ronv.anonyraeintit.: liixtoire de» toufftances ifu bienheureux martyr Louis de UaralleSy LaHaye, 1699, in-8*; trad. en allem. par H. Gessner, Zurich. 1709, in- 8*; enangl., par 4. Martin» Lond.j712,in-8o; 1801, in- 8*; 18*0. in-8«. arec VHistoire dès toufftance* de Le Fèvre. On en t anssl donné fin entrait «n tn([l. à îpodres, 1713, iQ-8*,

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échouèrent contre Tinébranlablo constance du prisonnier. Un instant seulement, Marolles se sentit ébranlé parles larmes et les prières de sa famille; cependant il ne tarda pas à reprendre toute sa fermeté. Sa femme, Marie Gomraeret ou Goumeret, fille d'un magistrat de Sedan, montra moins d'énergie. Elle, abjura par amour maternel, mais elle répara bientôt après sa faute. Ayant réussi, Tannée môme, à gagner la Hollande avec ses enfants, elle se rétracta publiquement dans Téglise wallonne de La Haye, et entra avec ses deux filles dans la communauté de dames de Harlem. Ses deux fils prirent dtf service dans les troupes hollandaises, et combattirent vaillamment à Nerwinde.

Cependant l'ordre arriva de la Cour de transférer Marolles à Chi\lons-sur- Marne et d'instruire sans retard son procès. Le 9 mars, le présidial rendit la sentence qui le condamna aux galères perpétuelles et à la confiscation de ses biens. Marolles en appela au parlement de Paris et fut amené dans les prisons de la Conciergerie, où il fut écroué, le 1 4 mars. Les convertisseurs se remirent en campagne. Bossùet luimôme, qui n'aurait pas été fâché d'inscrire cette conversion sur la liste de celles qu'il avait opérées, fit sonder le prisonnier sur ses dispositions. Un ami de Marolles, bien vu î) la Cour, lui conseilla de promettre seulement de se faire instruire , en s'engageant h lui obtenir de l'évoque de Mcaux un délai de dix mois, d'un an, de plus même s'il le désirait. L'inflexible droiture du confesseur ne put se prôter à ces subterfuges. « Je trouve, répondit-il, ma religion bonne et préférable à toute autre ; ce n'est point entôtement ni opiniâtreté de ma part d'y vouloir persister; mais c'est, à mon avis, tenter et offenser Dieu que d'abandonner une religion que l'on aime, dans laquelle on est né, et je mourrai martyr de la mienne plutôt que d'y renoncer. »

Cette fermeté est d'autant plus admirable que sa position était des plus affreuses. Il était plongé dans un c^t^

chot si sombre qu'il lui était impossible de distinguer ses compagnons de captivité, — sept misérables condamnés aux galères ou au gibet. Enfin , au bout de deux mois, on le transféra à la Tournelle où on se contenta d'abord de l'enchaîner par le pied; mais dès le lendemain , Louis XiV donna ordre au [gouverneur de lui mettre ki chaîne au cou. Le grand roi, en elîel, avait fait de la conversion de Marolles une affaire personnelle. Son indignation était d'autant plus grande qu'il n'était pas habitué â rencontrer pareille résistance. Dans son orgueil insensé, il s'imaginait que rien ne devait lui résister, et voilà que sa toute-puissance venait se briser contre la conscience d'un honnête homme! N'y avait-il pas de quoi exaspérer un despote devant qui l'Europe entière se tenait encore à genoux? Aussi, lorsque le? juges de Marolles, touchés de compassion, s'adressèrent 5 lui pour obtenir au moins la permission d'adoucir la peine, ne voulut-il rien entendre. Le jugement fut donc confirmé, et le prisonnier jeté dans le cachot des galériens en attendant le départ de la chaîne. » Voici, écrivait Marolles quelques jours après, voici en deux mots un abrégé de notre misère. Nous couchons 53 hommes dans un lieu qui n'a pas 5 toises de longueur et pas plus d'une et demie de largeur. Il couche à mon côté droit un paysan malade, qui a sa tôte à mes pieds, el ses pieds à ma lOte : il en est de môme des autres. Il n'y en a peutêtre pas un d'entre nous qui n'envie la condition de plusieurs chiens et chevaux. » C'est dans cette situation affreuse, au milieu des blasphèmes et des jurements de ses compagnons, qu'il composa un petit ouvrage sur la Providence, qui a été imp. sous ce titre i Discours sur la Providence^ Amst., 17t0, in-i2, el trad. en angl. par J.

Martin, Lond., r790, in-S». Quelle force de caractère! Quelle admirable sérénité d'âme!

Etonnés d'une persévérance qu'ils ne pouvaient comprendre et qui étaits

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«n (put cas, à leur point de Tue, d'un tbfi mauvais exemple, des ecclésiastiques catholiques ne rougirent pas, au mois de Juin, de faire courir le bruit

3tie Marelles avait Pesprit aliéné. Âtln e confondre rimposture,Marolles proposa, du fond de son cachot, un problème de mathématiques aux savants de Paris, et répondit aux objections que quelques-uns d'entre eux y firent.

Les curieux trouveront ce problème dans les œuvres d'Ozanam.

La chatne partit, le SO juillet, au milieu d'une immense affluence de curieux, attirés surtout par le désir de Toir le protestant que son inébranlable constance avait rendu célèbre. Les d^ui jeunes fils de Marolles se jetèrent ^ son cou en fondant en larmes; les adieux furent déchirants. £n arrivant à Marseille, le glorieux confesseur, qui avait été, pendant toute la route, en

{iroie ^ une fièvre violente, tomba maade et fut envoyé à Thôpital; mais dès qu'il fut rétabli, il dut monter sur une galère où il resta enchaîné jour et nuit; on ne le força pourtant pas à ramer, à cause de sa faiblesse et de ses infirmités. L'évêque de Marseille voulut, à son tour, essayer de le convertir, et son échec attira au malheureux un redoublement de rigueurs; au moins sa Tisite coïncida -t-elle avec de nouvelles persécutions que Marolles eut à supporter. Son unique joie étaitla présence à'ïsaac Le Flvre (Voy. ce nom), son unique consolation, la pensée que sa famille était rentrée dans le giron de l'Eglise pour laquelle il buvait goutte à goutte le calice d'amertume, et qu'elle avait trouvé en Hollande un refuge contre les bourreaux qui le tuaient.

Deux fois Marolles fut sur le point d'être embarqué pour les lies d'Amérique, comme galérien invalide. Quel motif eut-on de le garder? Ce ne fut certainement pas par humanité, car, le 4îfév. 4687, il fut tiré de sa galère pour être plongé dans un cachot noir et infect de la citadelle de Marseille. Malgré l'extrême surveillance que l'on exerçait tur toutes ses actions, il trouva

le moyen d'écrire quelques lettres à sa femme, où il lui peignait ses souSVattces, soufi'rances atroces que la fol et l'espérance pouvaient seules l'aider à supporter. Outre l'isolement, les ténèbres, le froid, la nudité, il avait encore à endurer la faim; car le major Lambert (son nom mérite de passer ^ la postérité), détournant à son profit une partie des cinq sous que le roi. dans sa libéralité, accordait par jour pour Tentrelien du prisonnier, voyait sans pitié ses vêtements tomber en lambeaux, ne lui fournissait du linge blanc que tous les trois mois, et !e laissait quelquefois vingt-quatre heures sans nourriture.

Son corps s'exténua, sa vue s'afiTaiblit, sa tête s'exalta, le malheureux fut, pendant plusieurs mois, en proie 5 des hallucinations horribles. Un jour, tombant d'inanition, il se heurta la tête contre le mur et se fit de graves blessures.

Dieu eut à la fin pitié de tant de misères; il rappela à lui son fidèle serviteur, le njuin 4692. Le corps du glorieux martyr fut Jeté dans une fosse creusée par des Turcs dans leur cimetière.

Louis de Marolles avait un frère atné, nommé Rémi^ qui heureusement était mort avant la révocation. S'il eût vécu, les services qu'il avait rendus à la cause royale pendant la Fronde, ne l'auraient pas garanti contre les persécutions. En 4 652, il avait combattu contre Coudé parmi les plus vaillants défenseurs de Sainte-Menehould, et la ville ayant capitulé, il s*était retiré à Ch&lons. pour rester fidèle au roi. Lorsque Louis XIV assiégea Sainte-Menchould. on le fit venir pour qu'il indiquât les endroits faibles de la place. Un coup de canon lui ayant fracassé la cuisse, il fallut lui faire l'amputation, mais les chirurgiens s'y prirent si maladroitement qu'il mourut des suites de l'opération.

Nous nesiivons 5 quelle branche de celte famille appartenait Bernard de Marolles, auteur de Lettres critiques sur la difpcxdlé qui se trouve entre Moyse et Saint Etienne dans le nom bre des descendans de heol^ dont,

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selon Barbier, Jean Masson a donné une nouv. édit. à Ulrecht,n05, in-8*.

MAUOT Famille d'arlisles qui florissait à Paris dans le xvii* siècle. Elle aidait pour chef Girard Marot, menuisier, qui eut de sa première femme, Esiher Aldran [ou IJardraii] : ^ * Jean, à qui nous consacrons une notice;— 2* Salomon, peintre, né le 13 mai 4614, eteolerré au cimetière des SS.-Pères, le 4 7 fév. 4647;— 3^ Ma- Aic, baptisée le 10 sept. 1617, qui fut mariée à Julien Le Breton, fourbisseur, et devint mère do Uercule Le Breton, graveur du roi; —4' Jacqces, baptisé le 14 mars 1721 : parrain, Jacques Auhert, peintre; marraine, la femme de Jean Baudouin, menuisier du roi ; — 5' une CUe, non dénommée, baptisée le 26 uov. 1623 : parraiu, Du Cerceau: marraine, Marie Du Ry^ flUe de Charles Du Ry, maître ma- ;on; — 6* un fils, non dénommé

peut-être Jean, cité plus haut], ^ptisé le 13 juillet 1625. —La seconde femme de Girard Marot, JUathurine de Villiers (4) [ou de Vallière] lui donna encore un fils : — 7" Jeau- Baptiste, baptisé le 2 déc 1632, qui épousa, en août 1 658, Thérèse Fresneau, fille de Jean Fresneau, brodeur, et en eut plusieurs enfants morts en bas âge (2).

Jean Marot, architecte et graveur du roi, naquit à ParU [peut-être eu 1 625] et fut enterré le 47 déc. 4 679. On ne sait rien de sa vie ; comme la plupart de nos artistes — et encore sont-ce les mieux partagés, — il n'est connu que par ses œuvres. Mariette, dans ses notes manuscrites {Cabinet des estamjpcs, Bibl. nation.) fait de lui cet éloge : « Les morceaux d'architecture, dit-ii, qui sont gravés par des archi-

j1) Pput-èirf de la mèiuc famille que Tarehitpcte Jean de Yilliers.

{i) Jean Marot, dp Villefagnan, en Poiloo, qui fut enterre le 12 juillei 1681, a Tagc At %ï auii, appartenaii saiii doute a une autre famille, aiusi que le peintre François Maroi, qa'OD dit de la famille du )(ui'te, et dont B0I4 ignorons la religion. On voit un de ses tableaux, le Martyre da St. Laurent, dani UM éfUaa de Rotterdam.

tectes sont d'un tout autre mérite que ce qui est exécuté par d'autres gra* veurs dans ce même genre, il n*en faut point d'autres preuves que ce qui a été gravé par Ma rot. Si Ton y trouve une grande propreté dang Tcxécution de la gravure, une égalité de tailles qui produit une couleur des plus douces et des plus harmonieuses, Ton y rencontre en même temps une fidélité et une correction dans les contours qu'il luy auroit été difficile de donner, s'il n'eût été loymôme excellent architecte, ainsy qu'on en peut juger par les édifices qui oat été exécutés sur ses dessina. 11 en a gravé quelques-uns; le reste de ce qu'il a gravé est une preuve de la jui-< tesse de son goût. C'est un recueil assez suivy et fort détaillé de tout ce qui s'est fait de considérable de son temps en architecture, et comme il ?ivoil dans un siècle où cette science, après s'être rétablie en France, y étoit cultivée avec un grand succès, ce recueil devient tout à fait intéressant. » Blondel, qui reconnaît les grands services que Marot a rendus, reproduit un certain nombre de ses planches dam son Architecture française. Mariette donne le catalogue de ses Œuvres qu'il répartit en 3 tomes, contenant 283 feuilles, dont quelques-unes seulement ne sont pas de lui. On y trouve» entre autres : Tome I, les Vues, plans et élévations des principales églises de Paris ; le Temple de Charenton, construit sur les dessins de Salomon de Brosse ; des Tomhesiwx, entre autres celui de François 1'% de Henri II, de Casimir de Pologne; le Louvre, avec un très- beau Projet de notre artiste pour la principale façade ; les Tuileries; rilêlel royal des Invalides, gravé par Daniel Marot sous la direction de son père ; le château de Madrid; le château de Vincennes. — Tome II , les Vues, plans et élévations des palais, hûtels et maisons les plus considérables de Paris, et des châteaux bâtis dans les provinces par les plus célèbres architectes. — Tome lil, St. Pierre à Ro^

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tue; des Arcs de triomphe, de son inveDliou; les Hôtels des comtes Oxenstiern et Gabriel de La Gardie, à Stockholm; la Vue de Tare de triomphe érigé à Foccasion du couronnement de Christine de Suède, sur les dessins de La Vallée, archit. de S. M. suédoise ; la Vue d'un palais à construire à Manheim pour le prince palatiu, de l'invention de Jean Marot ; la Représentation du fttu de joie dressé devant Thôtel-de- Yille pour la naissance de Louis XIV, en 4649; riUumination du portail et des galeries du Louvre par les artistes que le roi y loge , pour célébrer la naissance du duc de Bourgogne, en 468J2, gravé conjointement par Jean Marot et par Daniel Marot, son fils (1) ; l'Arrivée du dieuEsculape en Italie sous la figure d'un serpent, invent, et grav. par Daniel Marot ; le Plan de la bataille d'Ensheim, gagnée sur les Impériaux en 1 674, gravé par le même ; suite de Dessins de palais, temples et basiliques, inventés et gravés par Jean Marot. Ces diverses gravures parurent d'abord en un certain nombre de livres d'architecture qui furent plus tard réunis en deux volumes que Ton désigne sous les nomsduGra;t(^et du Petit Marot y l'un in -fol. et l'autre in-4°. C'est à tort que l'on attribue ces deux recueils au burin du père et du fils ; nous n'avons remarqué la signature de Daniel sur aucune des \ 93 planches du Grand Marot et sou nom ne se présente qu'une fois dans le Petit Marot. Les figures et les paysages, seuls eu sout dus au burin d'autres artistes; mais c'est là le moindre de leurs mérites. Le Grand Marot ne porte pas de titre, on trouve en tête une table où les planches sont attribuées , h tort , « aux sieurs Marot, père et fils. »> Quant au Petit Marot, on lit au frontispice : Recueil des plans, profils et élévations de plusieurs palais, chastcaux, églises^ sé^ pultureSy grotes et hostels, pâtis dans Paris et aux environs avec beaucoup

(1) Celle indicalion de Mariette est fausse. Jetn Marot était mort, comme nous l'afODs 4it d'après les Reg« de Charentoo, es 1679.

de magnificence par les meilleurs architectes du royaume, desseignez, mesurés et gravez par Jean Marot, archit, parisien, in-4*; Paris, 1764, gr. in-4', 220 planches. Quelques-uns des dessins se trouvent dans l'un et dans l'autre recueil, mais sur des échelles différentes. Mariette, ayant acquis lu propriété des planches de Marot, en fit faire un nouveau tirage qu'il publia sous ce titre : U Architecture françoise, ou Recueil des plans, élévations, coup es et profils des églises, palais, hôtels et maisons particulières de Paris, etc. 1727, in-fol.

Florent Lecomte, dans son Cabinet des singularités, etc., attribue à Jean Ma rot les livres suivants ; nous rétablissons les titres exacts de quelques-uns que nous avons tenus : \* Le livre de la manière de bien bâtir, par le sieur Le Mùet^ gravé par Jean Marot, in-fol. ; — 2' Le livre d* architecture de Vignolle, in-42; — 3' Le livre d* architecture d* André Palladio, trad,par Le Muet, in-4" ;

— 4* un livre de Dessins de palais, arcs de triomphe , maisons , etc. , in-fol.; — 5" Le livre d^ architecture de Scamozzi, in-4*; — 6' un livre concernant V Hôtel des Invalides , in-fol. ; — 7"!^ magnifique chasteau de Richelieu, en général et en particulier, etc., gravé et réduit au petitpied par Jean Marot, archit. et graveur (ftf S. ilf., 21 pi. gr. in-4« obi.;

— 8* environ 1 1 5 Vues, de moyenne grandeur, des plus belles maiso7is , palais, églises et lieux de plaisance de France, avec le plan de quelquesunes (probablement le Petit Marot) ;

— 9* environ 30 Pièces, de grandeur considérable, gravées pour le roi de Suède, telles que vues de palais, maisons de plaisance, etc.; — 10" Recueil des plus beaux édifices et frontispices des églises de Paris, dédié par le libraire à Henry de Harlay, gr. in-4*' obi.;

— 11" un livre d'Arcs de triomphe, de l'invention de Marot; — 12' suite ÙQ Dessins d* autels etd*épitaphes, au nombre de douze, de I'inY6ntio& dM.

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PittreH; — 43* Recueil 4e plusieurs portes des principaux hosteîs et maisons de PariSt ensemble le retable des plus considérables autels des ialises, io-i» ; — 1 4* Douze Dessins déportes à placard ; Dessins déportes de chambre^ parmi lesquelles il y en a une du château d* tieidclberg ; — 45* une suite de Dessins déportes, cheminées et fontaines, en \ 2 planches ; — 4 $• Diverses inventions nouvelles pour des cheminées avec leurs ornements y in-4"; — W Nouveaux dessins d'aleoves, in-i"; — \ 8"un livre de Dessins de plafonds ; — 49» un livre de Dessins de lambris; — tO* un livre de Tombeaux et mausolées^ in-4**; — SI • Trois livres de Serrurerie. — L^ plupart de ces gravures ont trouvé place dans le Grand ou dans le Petit Marot. Marot revit en outre et publia le Livre nouveau de Tart d'architecture, etc., de Tarchit. et iugén. du roi de Lavergue, pet. in-fol. Au rapport de Nagler, les deux Marot traviiillèrent avec F. Chauveau, J. Le Pautre et N. Cochin aux tt feuilles qui repiésenlent rentrée solennelle de Louis XIV à Paris, en 4()bÛ.

Le même biographe attribue à notre laborieux artiste une Sainte Famille dans un encadrement d'architecture in 4-61 le Repos pendant la fuite en Egypte, petit in-4% petit in-folio d'apièsHuber; mais nous soupçonnons une méprise; Jean Marot, à notre connaissance, n'a jamais traité de sujets historiques.

Jean Marot avait épousé Charlotte Galbrand [ou Garbran], qui lui donna plusieurs enfants: 4* Daniel, dont nous allons parler; — V Emminvel; — 3* IsAAC, baptisé le 35 mars 4672: ces trois fils lui survécurent; — *• Jean, baptisé le 8 août 4 660 et enterré le 25 juin 4677; — 5'" Mar- 6DERITE, bupt. le 4 4 fév. 4 671: parrain, Jacques Rousseau^ peintre ord.

du roi; enterrée le 41 mai 4 676; — 6" Charlotte-Susanne, mariée, en août 4663, uvec Jacques de Bourg, ils de Martin de Bourg et de $«semnê Forestier.

T. VII

Daniel Maroi(4)marcha8urle8iracef de son père. Il travailla sous sa directipn et profita de son expérience; mais 4 resta au-dessous de lui. On ne reconnaît pas dans ses planches cette propreté^ cette netteté, cette égalité de taiUef qui) Mariette admirait djns les œuvre^^ de Jean Marot. A la révocation de TédU de Nantes, il se réfugia eu Hollande.

Guillaume d'Orange le nomma gop architecte. Selon M. Weisi, il aurais suivi ce prince en Angleterre, en 468Bt et ne serait retourné en Holhmde quV près sa mort, en 4702. Il fut chargé àp diriger les travaux du château de Loo« et ceux de la Grand'salle des Et^itf de Hollande, qui fut construite à L^ Haye sur ses dessins. Toute la décoration du temps de Louis XIV fut ini* portée en Hollande par notre artiste.

Au jugement de M. Dussieux, MarQt « avait beaucoup de génie inventif, dessinait et gravait également bien.» Il vivait encore en 4742, époque où il publia son Œiivre Son portrait a été gravé par J. Gole. in-ful. Outre les pî>^ ces que nous avons déjh mentionu^^^ plus haut, on cile de Daniel Marot : 4' $eiu emblèmes pour le mausolée is Marie-Thérèse^ reine de Francs % 1683, d^aprls À, Benoit \ —2' La grande fête que la princesse éfOrange donna, en 1686, en Vhçnneur de V anniversçtire de la naissance i$ son époux, 2 pi.; — 3' La grande foire d"* Amsterdam, avec les bourgeois sous les armes, 2 pi. ; — 4* J<# grande foire de La Haye, les bouf'geois sous les armes saluant le prince et la princesse d'Orange, 2 pi.; — Ç* la Grand' salle des Etats de Hollash de oik sont reçus les ambassadeurs à La Haye; — ^ G" Vue et perspective du château de Voorst, appartenaût au comte d'Albcmaile; — 7' Conquêtes et victoires des Hauts Alliés sur la France et V Espagne, 1702; — 8* les villes de Besançon et i»

(1) Nous ignoronitla dairde m niteMUt.

M. DiissiiBX II* Uli lié a Paris vern 46ëO« JUt» lesdaies connues àe la naissance de sesfrj^ el tours semblem le contredire.

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Moistricht, dans un encadrement, 2 (T. ; — 9* Nouveau livre de destins de portes et de cheminées, 22 ff. in-foL; — 4 0» Tombeau de Guillaume 111; — 4 !• Deux livres de Paysages;— 4 2' Deux livres de Peintures de salles et d^ escaliers ; — 4 3» Deux YvtfZ^ d^ Appartements; — 4 4' Œuvres du sieur Daniel Marot, architecte de Guillaume 111, roy de la Grande-Bretagne, contenant plusieurs pensées utilles aux architectes, peintres , sculpteurs, orfèvres, jardiniers et autres, etc., Amslerd , 4712, in fol., îiO (T. — On trouve, à peu près, réuni dans ce recueil tout ce que Murot a fait et^ravé en Hollande.

« L'ornementation de Daniel M.irot, dit M. Dussieux (Les Artistes français ^ l'étranger. Par., 4 856. in-8 ) esi^'un style très-agréable, d'une variété et d'une élégance extrêmes, et s'applique à tout. Les planches de l'Œuvre de Marot nous montrent des décorations d'intérieur, des plafonds, des chenil' rées, des dessus de poites, des arabesques; — des dessins d'ornemenls pour faire en broderie et en petit point, pour tapisseries de meubles et dessus de tables; — des modèles de grilles, portes, clefs, balcons, rampes; —des berceaux, treillages et parterres, dont plusieurs ont été ex>*cutés aux jardins de VoorsL en Hollande ; — des groupes pour pièces d'eau, exécutés aussi à Voorst (gravés en 470'); — des vases pour la maison royale de Loo; — un recueil d'ornements pour l'utilité des sculpteurs et orfèvres, donn mt des modèles demiroirs. cadres, bordures, corniches et des dessins d'orfèvrerie de toute espèce; — le carrosse de Guillaume III qui est très-beau (pi. 4 45); — des modèles de chaises à porteur; — des tableaux do portes et de cheminées ; — des portes cochères d'églises, des arcs de triomphe: — des modèles de housses en broderie et galons; — des lambris, panneaux, cheminées; — des bottes de pendules et de montres ; — le tombeau de l'illustre Gohorn, élevé sur le dessin de Ma-

rot, dans l'église de Wtckel, en Frise gravé en 4705); — le projet du tombeau u comte de Portland <> qui ée doit ériger à Roon, proche Rotterdam. »

M.AIiOT (Clément), le prince des poètes français du xvi* siècle, naquit à Cahors, dans le Quercy, vers 4 495.

Son père , Jean Marot , < poète de la magniliqne reine Anne de Bretagne, »

puis valet de chambre de François (*% était natif des environs de Caen. Au dire de M. Auger, le nom de la famille aurait été Desmarets. Après des études assez négligées, le jeune Clément fut placé chez un homme de loi, pour y apprendre la pratique. Son père le destinait au palais; m:iis il avait nég igé de consulter son inclination qui le portait justement du côté opposé.

S'ir le printemps de »n jeanps.<«c folle, Il resseiiiblail ramn-lrile qui vole.

Puis ça, puis la : Paatsc le lomluisnit Saus pcu', lie sniii, où l(\i'œur U* daisoit.

Avec de telle.s dispositions, il ne devait pas faire un long rhemin dans la carrière. Aussi délaissa-t-il proraptement la compagnie de Barthole pour s'enrôler dans la bande joyeuse « des Enfants sans soucy. » Il écrivait plus de couplets que de grosses, et«maistre Jean Griffon » ne devait pas y trouver son compte. Le père ne tarda pas à reconnaltie son erreur, et retirant son fils d'entre les mains de la Chicane, il le plaça on qualité de page auprès de Nicolas de Neufville, seigneurde Villeroy. Ce fut «par le commandement»

de ce si:igneur que Marot composa son ingénieuse description du Temple de Cupide ou la Quesle de Ferme- Amour.

. . . Forme-Amour, la dame pure et munde Qui loDg-lemps a dc Tut ^euf^ en ce monde.

Tout jeune qu'il était, il marchait déjà de pair avec son père comme poète.

Parmi les poésies qu'il écrivit à cette époque, et qui ne seraient pas indignes de son âge mûr, nous citerons le Dialogue de deux amoureux. Lorsqu'il fut sorti de page, sou père le produisilà la Cour. La Cour, comme il le dit, fut sa maistresse (i'e8cole.£iielui ensei-

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gna le langage de la bonne société et les mœurs de la mauvaise. François !*% à qui il présenta ses premiers essais, rayant pris en affeclion, le recommanda à sa sœur, hi duchesse d^Âlençon(15l8). Les désirs du roi étaient deso'dres pour Marguerite; elle accueillit gracieusemonl le jeune «despourveu. » Mais il se passa quelque temps avant qu'il pût ôlre couché sur rétal de sa maison. Le poète en prit occasion pour lui rappeler sa promesse :

Princrssf aa rorur noble et rassis, La fortane, qap j'ai siiivie« Par forrr m'a souvent assis Aq froid giron «le tiisin vie, De m j sec r riicor me convie.

Mais je KSfions rc inme tasriié) D*esirea>Ms je n'ai plas d'eièvic :

Il n'est que d'esire bi<'u courlié.

On voit par cotte ballade, et nous pourrions iiiulliplier les exemples, que la griielé de noire poète n'est pus toujours franche; elle a souvent une teinte de mélancolie. Lorsqu'il ril, il semble que c'est pour s'étourdir.

Et qu'fn piraraot tosrhc a nnux faire rire.

Il y a dins Marot un fond de sensibilité que l'on n*a pas assez remarqué; on n'a vu en lui que « Penfanl sans souri.» On s*csl attaché à quelques pièces badines, pour ne pas dire plus, — petits péchés do. jeiinossc comme tout poêle en a peut-être à se reprocher pour diffamer ses mœurs et lui faire une réputation de légèreté que, selon nous, il ne mérile pas. En \ 520, il suivit la cour au camp du Drapd'Or; puis l'année suivante, il accompagna le duc d'Alcnçon, lorsque ce prince alla prendre le commandement de l'avant-gardc de l'armée du Nord, destinée à repousser l'invasion du comte de Nassau , lieutenant de l'empereur. Dans une épltre à la duchesse d'Alcnçon, Marot fait la description du camp d'Atligny. Dans une seconde lettre, en prose, écrite du Hainaut, il lui donne de nouveaux détails et lui fait une peinture déplorable des misèresde la guerre. On sent que le poète n'était pas ûé pour l'affreux métier des armes.

Cependant il était français, et dès qu'il avait le harnais sur le dos, ilbisait son devoir tout comme un autre.

Il le montra bien h la malheureuse bataille de Pavie, où il eut cet avantage sur son maître, le duc d'Alençon, qa*U y fut blessé et fait prisonnier.

La fut prrré tout outre rudement Le bras de cil qui t'aine loyinment,

écrivait-il à la dame de ses pensées*

Finablemrnt avec le Rot mon maistrt Delà 1rs mouis prisonnier se vit i-Mre Mon triste rorps, navré en grand'soaf-

[fraort.

Quant est da cvevr, lonfteops y a qnVi

' [Fraiict Ton prisonnier il est sans mesprifon.

Or est \o cor|.s sorti hors de prison; Mais quant au cueur, puisque tu es la firde De sa prison, de sortir il n'a garde.

Ce fut sa dernière campagne. Qai paya sa rançon ? 11 ne nous l'apprend pas. Quant à la dame qui tenait son cœur prisonnier, on a prétendu que ce n'était rion moins que ta célèbre Diane de Poitiers. Mais est-il vraisemblable que le valet de chambre de Marguerite ail o^'é aller sur les brisées du roi? Il faudrait pltis qu'une similitude de nom pour nous le faire adtiiettte. Il n'y avait pas que la maîtresse du roi qui pbriAt le nom de Diane, il n*y avait pas qu'elle qui pût être désignée par un poète sous l'omblème mythologique de la lune. El notez que le nom de Lunaqut luiappliqueMaiotserencontredansune pièce laite pour être mise sous les yeux du roi, pièce dans laquelle il seplaiut de l'inlidélilé et des persécutions de cette dame. On agirait à peine ainsi avec un mari débonnaire. Quoi qu'il eo soit de cette conjecture , qui ne nous semble pas heureuse, Marot servit sa maîtresse avec une grande assiduité , lui envoyant rondeau sur rondeau, madrigal sur madrigal , jusqu'à ce qu'à la fin il s'aperçut que la coquette voulait simplement l'atl^icher à son char pour orner son triomphe. Il se révolta à cette pensée , et se permit quelques traits mordants qui blessèrent sensiblement la grande dame. Elle résolut de 8*en venger , et ne trouva rien de mieux

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aue de dénoncer TinGdèle comme hirmiqne. La ^^-^ènlë, pobr gagner lès bdrihe$ grjices du pnpe , venait d^acèoHer rélublissemenl de Pinquisilion, et h Sorbonne s'élail de suite mise à r<BUvre. En vain Marot protesta de soù iDDOcence :

.... Point ne sois Luthériste, Ne Zuinglif D, et nioins Anabaptiste, Je suis (le flieu par son liis Jésus-Christ. JeKUisceluf, qui ai fait maini eserii Dôni QûKeul vrrsoD n'en scauroit extraire Qai il la Loy divine soii roiiirairc.

ie fois rriny, qui prens plaisir et prine A louer Chri>t« ei sa m^re laot pleine De grâce infuse : ei pour bien iVsprouver, Oi le pourra par mes (-sniis trouver.

•Bief reiuy suis qui croit, honore et prise Lt Mincie, rraye et catholique ËgliFe.

Qu'atail-in donc ^ lui repro'her?

Il n*en fut pas muins enfermé au Châtelet, «lieu plus mal sentanl que souffre. » Le docteur Bouchar, pour lors iuquisiieur de la foi, «était de ces dévots, ditTabbé Lenglet-Dufresnoy, qui De se laissent point manier aisément; il tuffisail que Bdarot fût accusé devant lui, pour qu'il le jugeât coupable* »

Ce fut à [^occasion de celle arrestation que Marot écrivit celte ballade si con-^ nue «contre Isabeau :»

Un jour j*esrr{vi8 k m'Amye Son iiiconsianre seolement, Mais elle ne Tut endoimie A me le rendre chaudement :

Car dès l'heure Uni parlrmest A je ne sçay quel papelard.

Et lui a dicl tout bellement :

Prenez-le, il a mangé le lard (1).

La position de notre poète ne laissait pas que d'être critique. Une fois entre les mains de la justice, on avait beau être innocent, on n'était plus sûr de son lendemain. Tout inquisiteur était un Richelieu en herbe il lui suffisait de deux lignes de votre écriture

(1) Manger le lard, expression proverbiale employée par nos écrivains du xvrsiècle pour dire être le coupable. • On le pressa si fort par plusieurs sortes d'interrogations, lit-on dans TApologie pour Hcrodo'e, qu'on lui fit confesser qui avoit mangé le lard, etc. » Quelque Rodilard convaincu de larcin aura eoritbl 11 langue de cette métaphore. C'est sans dtute cette expression mal comprise qui a fait Aire que Marot avait été emprisonné pour avoir nitagé du Itrd en carême.

Îiour TOUS convaincre d^hérisUetvow alré pendre. Pour comble de disgricë, François ("élaii prisonnier, et sa sœur, la duchesse d'Âlençon, était partie pour sVmployer auprès de CharleS'Ouiot i sa délivrance. Privé de ses protecteurs naturels, Marot eut recours à son ami, le poêle Lyon Jamet (Voy. ce nom). A ce propos, il lui conta la fable du lion et du rat avec une grâce qu'eût enviée La Fontaine. Jamet en fut touché, il trouva que son ami, le poète de cour, lui faisait la partie be'.le et il accepta le rôle du lion. On ne nous apprend pas quels ressorts il dt jouer, le tout est qu'il réussit. Si nous osions hasarder une supposition, nous dirions que Tévêque de Chartres, Louis Guillard, fut de moitié dans le complot. On pourrait le croire sans lui faire injure. On sait que son neveu Charles Guiilard ^ à qui il résigna sou siège, adopta ouvertement les doctrines de la Réforme. Ce fut probablement pour tirer le prévena d'tntre les mains de ^inqui8iteu^ qu'on imagina de le charger des plus grosses énormilésdans le mandat d'arrêt qui fut lancé contre lui, sous la date du \ 3 mars I5!i!5 [1526]. Visispernos, disait l'évèque , informationihus et ehargiis authoritate nostrâ ad instantiam promotoris airia nostrœ factis de et super nonnuUis exCessibus, delictis et criminibus etiam karesis, per Clemenfem Marot commissis et perpetratis^ avdità etiam requestâ et concluiionibus dicti promotoris , dicimus et oj'dinamus prœdictum Clementem Marot fore et esse carceribus nostris mancipandum , ut per nos contra eum procedatur juxta et iecundiim casuum exigentiam , prout iuris erit et rationis, L'é vêque semble is^norer que Marot se trouvait déjà sous la main de la justice. Il fit parvenir son mandat d'arrêt dans les diocèses de Paris, de Tours et de Blois, avec injonction d'arrêter le coupable de crainte qu'au grand péril de son âme , il ne décampât sans recevoir le châtiment dû à ses crimes: et çuia dubitamus nepredictus Marot se ab-

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iMii Hné 9orfeeti$n$ $t pwkittonè iiêêninufiMagrandepericnlMm,kim Bit fnod nùs pramiuk attentU 9ûi in Jurii iubsidium teçuirimus, fiin* tinUê diùtum àfarotper tUiçuem an aliquùs ix servientibus veUriê^ ii ipsum repêrin poleritis, oàpi et t'Acarcerari facialis et maudetis. Le tour élail bien imaginé; rinqiiifiteur Bouchar y fut pris , il abandonna sa proie, pensant sans doute que Tévêque de Chartres allait lui faire plus sûreri^ent sofi affaire. Mais il n'en fut rien* Transféré ^ Chartres, Marot reçut poot prison rhôlellerie de TAigle, magnifl-^ quement située , où il fut visité et fSlé par tout ce quMIy avaitdeconsidérable dans la ville (t). On comprend combien rSnf r auquel il venait d'échapper , dut lui p'jrattre odieux auprès de son nouveau séjour. Il eut Timprudence de le dire, etRhadamanIhe, qui a la prétention déjuger en toute conscience, ne le lui pardonna jamais :

Lfs pa8!(f-tems et con^oUliont Qoe je rccoi par vi>iiaiioa8 En la prison claire n nelie de Cbartres, Me fooi recnr* de* iniébrrases rba rires, Do graiiii rliagrin. ei recueil ordet laid Qoe Je tmovay dedans le Chastelet.

Si ne f roy pat qn'il y ait fhr>«r aa mondé Qai mieux ressemble un Enfer très-inn

[mundd:

le éy Enfer : et Enfer pits bien dire t Si ralies voir, eiicur le voirres pire.

Une vengeance qui se borne à révéler la vérité, peut être sanglante, mais elle n'est jamais ni méchante, ni déloyale. Marot dévoila dans son Enfer quelques-unes des plaies sur lesquelles le grand chancelier de VHospUal essaya plus tard de porterie fer. Le reste des loisirs de sa prison, il les employa

(1 ) Cbevard, dans son Histoire de Cbartrei, prétend que Marot fut enfermé dans la prisoi de L^aus ou Loenfs, et non pas de Laigle, dft-il, comme on lit en tète de la Saiire de l'Enfer. Nais M. t. Merlet,arcbivisiea Cbar* très, nous écrit pour confirmer ce que nous disons : « Ce n'élsH pas une prison, nous narque-i-ll, mais une hôtellerie, située eà Uté l'éfècbé actuel, b Pendroit ou est eonstnit le Grand Séminaire... La prison habitoelle de l*évèché était Loéns, qui existe en* tofé lojourd'liui et sert et mifilins b Is

iiteftUoo BiUtairf . •

I pfépnrér ion édition dl BèmmêêU ilMtf (Parii. GaliolDt Fré. 1 6M, in-^r) 4531, in .fol.).

Le retour en France de la princetli Marguerite apporta enfin la liborii ^ notre poète. Sa reoon naissance fM vive, elle lui inspira des sentiments al tendres qu'on a voulu y voir plal qu'une (Iclion potHiqiie (Tty^ MAR^ GUKRITE D^ORLÉANS). Lenglet-D«^ fresnoy a même brodé tout un roman sur ce canevas ; mais il y a trop d*art dans ses suppositions pour être la simple vérité. Que Marot ail soupiré en vers pour Marguerite , cela est un fait u6 personne ne conteste ; les mœurs u temps ne s*y opposaient pas ; fbaié que sa passion amourenseait été antro chose qu*uf) jeu d'esprit , une flcliôil de poète , c'est ce que nous aurioûi peine à Croire. Ce qui est plus èerlalo, c'est que M;irgueriie avait le goût assei sûr pour distinguer Marot de sesémulèl en poésie; cela fait l'éloge de son 6B* prit sans compromettre sa réputatioilb

Un cbasrnn qui me fait requeétt b'àvoir oeuvres de ma fa<On,

écrivait le poète,

Voyse tout rtaerr ber en la teste De M^rsoerlie d'Alffi^ont Je ne lais dixain, nr ebanioa, Chant royal, ballade, n'rplntra Qu'en sa teste elle n'enreg Isirt Fidèlement, éôrrect et séOf :

Ce sert mon petit registre.

Elle n'aura plus nom ma Seor.

C'est-à-dire sœur eu Apollon, oofMM elle l'était en effet. Cette familiarité da poète, qui choquQpiit aujourd'hui niimœurs, ne déplaisait pas i Marguerite) Don-seulement elle la tolérait» mail elle l'encourageait.

Le mariage de cette excellente piM'cesse avec le roi de Navarre ne changea rien à la position de notre poëio.

En sa qualité de valet de chambre » il l'accompagnait dans tous ses voyagof à la cour de France et dans ses duchét de Berry et d'Aleoçon où elle faisait de fréquents séjours. Se trouvant à Pa* ris, en 1537, il eut de nouveau mailio à partir ayec la Justice; mais celte foii ce fat une simple aflaîit do poiko o^

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rtetiomieHa. Lui pauTre petit valet de chambre, il s'était periris une de ces folies de grand seigneur au xvi* siècle : il avait arraché un prévenu d'entre les mains des exempts qui le conduisaient en prison. Le souvenir toujours présent des tortures du Chàtelet lui avait peut-être inspiré ce bon mouvement. Mais la Justice ne se paie ]Hi8 de compassion.

Trois gran« pendurs vindrent a TMlonrdie

En ce priais tut dire en désarroy,

Tloas vous faisons prisonnier par le R07.

Incuotinent qui fui bitru rstonné«

Ce fut Naiot, plus que s'il eust tonné.

Depuis quinze grands jours il languissait sous les verroux, déjà son «beau procureur» avait accepté de lui. sans que cela tirât à conséquence, bécasse, perdrix, levraut, et en eût accepté encore davantage, si on le lui eût donné, lorsque, se voyant leurré du côté de ce magistrat insuliable, Marot songea à recourir au roi. À ce propos il lui adressa une de ces charm:intes ëpttre^ qifon a de lui et qui ont le plus contribué à le faire vivre. Il termine sa requôte par ce trait qui seul eût valu qu'on lui uccordAl sa d<'mande:

Et m'exruHpz, si pour le mien afaire Je ne suis point vers vous aile parler; Je n'ay pas eu le loisir d'y aler.

Le roi dûment informé que la cause de son emprisonnement n'éluit autre que « la recousse de certains prisonniers», éciivit à la Cour des aides (4"nov. 1527) pour lui enjoindre de mettre, «toutes excusalions cessantes,»

Marot hors des prisons. Ces deux expériences lui profitèrent ; nous verrons qu'il ne s'y laissa plus prendre, il préféra les souffrances de Texil.

A la mort de son père (4), Marot sollicita la survivance de sa charge.

(1) Il y a qnelqoe incertitude sur la date ée c^tte mort. LcnRlct-Durresuoy lui*mème la l»lafe d'abord en 1528, dans les premiers volâmes de son édition des Œuvres de Clément Maroi, puis en 1523, dans sa notice sur Jean Marot insérée dans le V* volume. Cette dcrilère date lui est fouruie par les Etats de la maison de François 1^% déposés a la Chambre des Comptes. Néanmoins la date de 1528 nous •tmklt li plot probable.

Le roi la lui promit ; mais soit inimitié (comme il y a lieu de le croire), toit simplement oubli de la part du grandmattre,Annede Montmorency, son nom fut omis sur la liste de TEtat de la maison du roi pour 1539. Marot s^en plaignit duns une lettre touchante :

L'estat est fait, 'es personnes rengées : Le parc est clos et les brebis logées. Toutes, fors moi le moindre du irotippeaUf Qui n'a toison, ne laiue sur la peau.

Après s'être attribué la meilleure part de la curée, il ét^iit naturel que le grand -maître distribuât le reste avec parcimonie. Mais notre poète ueselio pas pour battu.

Plaise au Roy nnsire Sire Df^ commander et dire Qu'un bel acquit on baille A Marot qui n*a maille:

Le quel acquit dira....

Trésorier, on entend Que vou!t payez lontenl Marot, n'y raillez pas.

Dès le jour du tres|ias De Jean Maroi son père.

Ain^i, Sire, j'espère Qri'iu moyen d'on acqoit Cil qui povre naquit.

Riche se trouvera Tant qu'urgent durera.

François, qui avait le cœur bon, lui fit délivrer un maiidiil sur le trésor. Mais le trésorier, adminislrateur intègre, n^enteiidait p.is se dessaisir de son argent, et le pauvre Marot eut encore bien des rebuffades à essuyer avant de parvenir à se faire payer. L'année sui- Tanle, même infortune. En viiiu notre poète s'était-l-il adressé au révérendissime cardinal de Lorraine pour le prier d'intercéder pour lui auprès du grand-maître. Afin de trouver un plus sûr accès dans les bonnes grâces de son Eminence, il lui avait môme fait hommage du premier livre translaté de la Métamorphose d* Ovide M n'y avait plus à en douter, Toubli était volontaire. Cependant Marot n'avait jamais médit de Sa Seigneurie qui, à cette époque, était encore en très-Kons termes avec la reine de Navarre. Peut-être était-ce une nouvelle vengeance de Luna? Quoi qu'il en soit, uotre poète adressa à Montmorency un petit re-

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caeil de ses œavres, pensant sans doute radoucir :

C'est an amas de choses espandues, Qai, quant à moy, e^toient si bien pprdaflt, Que mon esprit n'eut odc a les ouvrer Si grand iabeui, comme a les recouvrer. Mais comme ardant k Taire vostre vueil, J'ay tant cerché, qu'en iiy fait uu recueil.

Quant au roi, il le gratifia de nou- ▼eau d'un acquit sur le trésor. Trèssouvent Marot avait recours à la libéralité du prince. Tout le monde connaît son chef-d'œuvre, son épttre au roi « pour avoir esté desrobé.nSans doute ou souffre de voir ainsi les Lettres s'humilier et tendre lu main: mais quand le poète implore la bienfaisance avec cette L^ràce inimitable, il semble que ce nVsl plus lui qui reçoit.

Miirol suivit lii Cour diins la Guienne, lorsque François 1", iiprè.^ la p;iix de Cumbr^y, alla au-devant dc^ enfants de Fr.ince que r:imen;iit d'Espagne Eléonore d'Auirirhe (1530). A celte occasion, il crut devoir ;Mli'esser une épllre à la reine. C'était là une des sujétions de sa réiébrilé. A chiique niissance, à chiiquo mort, à rh:ique mariage, il était lenu de se réjouir ou de pleurer, suivant les exigences du programme. Lo versificateur s'y prêtait de bonne grâce, s'en trouvant trèshonoré; mais le poète se tenait le plus souvent à l'écart Ces pièces de circonstance sont les moindres de ses titres.

Aucune n'eût suffi pour le faire vivre quelques heures après sa mort. A son retour à Piiris.ilfilparnUre son premier recueil de poésies sous ce titre bizarre Adolescence Clémentine, pour indiquer que c'éliiient les œuvres de sa première jeunesse; puis, sur la demande du roi, il recueillit et publia les Poésies de Villon (1532) qu'il se permit de retoucher. À cette époque, il était enfin parvenu à se faiie coucher sur le bienheureux état de la maison du roi, en qualité de valet de chambre (probablement en •1531). Il dut renoncer alors à son emploi auprès de la reine de Navarre. A ce sujet, uous feroAS ^marquer que ceux des biogra-

phes de Marot qui, à la suite de Lenglet-Dufresnoy, admettent comme une réalité la passion de notre poète pour Marguerite, doivent se trouver bien embarrassés pour expliquer son inconstance ou môme son infidélité, puisque sa passion devait être partagée ; d'ordinaire, on n'aspire pas à s'éloigner de la femme que l'on aime, et d'un autre côté, la femme qui aime , fait à son amant, lorsqu'elle en a le pouvoir, une position assez belle pour qu'il n'aspire pas à en changer. L'amant heureux d'une reine n'a pas coutume de déplorer sa fortune. Nous sommes donc porté à croire que le pauvre Marot.en bon et honnête père dtifamille.n'étailamoareux que de sa femme. C*est moins romanesque, mais c'est plus vrai. Notre poèie paraissiiil parvenu au comble de la fortune à laquelle' il pouvat prétendre, lorsque tout -à-coup, à la suite de la malheureuse afl*.>ire des Placards, l'orage le plus terrible vint fondre surlui. 11 est très probable qu'il n'avait pbint trempé dans celte élourderie<le jeunes têtes folles; mais il s'était fait beau-» coup d'ennemis et dans la magistrature et dans TEglisc, et il était h craindre qu'ils ne profitassenldel'orcasiou pour le perdre. H se trouvait à Blo.s, lorsqu'il apprit que la Justice, assistée de la Sorbonne, avait fait une descente dans son domicile à Paris. Son premier mouvement fut de se mettre en route pour aller réclamer la protection da prince, protection qui ne lui avait ja** mais failli ; mais ses amis furent assex sages pour l'en dissuader. C est ce que Marot raconte dans une Epitre qu*il adressa plus tard au roi. « Bien est-il vrai, lui dil-il, qu'on trouva chez moi des livres défendus, mais ne doit -on pas lâcher la bride longue à un poète qui doit tout connaître, bon et man- 7ais? » Cédant aux conseils de ses amis,il se réfugia d'abord dansleBéarn.

SI m'en atlay, éviiani re danger, Non en pays, non à prince e^iranter, ^on point usant de roKliif destoiir.

Mais pour servir l'autre Roy i mon toar». Mon second maistre, fît tt »œttr son fspodit, A qui je fus des tas à qaatrt et doou

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•e u aita sflblf beoreneami doaié.

fois toUft^rlP, K«9ftl di^eoof»iiié, &|Kb>ai ^nfivikn de vie trgp «neUleurt par je ne fois, estre ))ra8lez k Vbeare si darement, qae naiate nation Bo ett toBbée en admiration,

i'abafidonnay, ^ns avoir commis crin^, ?\n$m*t France, inmie, inivatissime A son PoBte, et en la délaissant, [saut. Fort grand refret M vint mon caeturbloif9 mmil^lfarn(,|ran4 regret tu seoiiil.

09apd topenjia^i à te$ enfanspetis,

Y en a-t-il beaucoup, Don-seulement parmi les poètes, mais parmi les bommee de lettres en géoéral, qui eussent parlé au roi avee cette liberté, cette noble Indépendance , et cela du fond de Texil, en sollicitant leur rappel? Que i*on compare avec les lAchee adulations, les plaintes sans dignité de l'exilé de Tomes I Combien ilfi se trompent ceiix qui ne soient dans Marot qu'un poète badin, un homme sans ONBurS; un Lovelace à bonnes fortunes! Ce sont ses ennemis qui lui ont fidt celte réputation.

Notre poète prit donc la résolution de se rendre è Perrare, à U cour de Rênéa de franee (4). Il y arriva à peu près en même temps que C^Uvin. Marfuerile fit les fr^is de son voyage. Il offrit seseervicesè la prine^^sse, en lui rappelant que son père avait été le poète en litre de sa mère A.nne de Bretagne, et que lui-même avait été nenrri en la maison de France :

14^ o;^li>t^ df s ebamp^ en leprs ]a^tase9 Tout ^laani les bu]t<sons et boscages Pif où lis vont.

J«a boAne Renée raccueillitlrè»-fa- Tprablemeni et le retint « po^r ce que \k^\ piaisoit 3on escrilure. » Haijs ses kionnes iuleolions étaient le plus sou- IMWl conlritriées par le duc, son époux, gHÎ, depuis qu'il e*était jelé dans les bras d<^ Charles- QuiuU souffrait impatiemment la présence de Français à sa CAur. Pans un Cuntique adressé à la reine de Navarre, Murol peint toutes

(1) A fioQ passage m Savoie, il avait adressé inf Eptire an presi'ieni IVIisson, l'onrsollieîler <|a*'lqDe emi'loi : • Dopais trois mois en sa, Ini d'ut^iHU de France ay pris mon cbemla par de^à. »

les seuflHneef que la princesse avait è endurer.

Yep la hçou eomn^ent on la manie, Biraj qu'elle est de la France bannie Amant que moy.

D'abord on l'obligea de se séparer do son ancienne gouvernante, Mad. de S^ubisi. Cette dame, qui était lettrée, protégeait notre poète qu'elle avait connu enfant è la cour de Louis XII- Harot la vit partir, ainsi que sa noble fille, ilnntf de Parthenay, ^vec uu grand serrement de cœur, il lui sembla qu'il était exilé deux fois. Le duc, de plus en plus ombrageux, finit même par expulser de sa cour tous les Français au service de la duchesse. Marot se retira à Venise. Dans cette extré'^ mité, il écrivit b François I" pour chercher à adoucir son ressentiment. Jl lu^ expose les motifs de sa fuite. Si j'ai abandonné mon poste, lui dit-il, çp l'est pas que je me seete coupable ,

Mais je «çaj tant de iages corromptbiet Ded lia Pans, qni par pécaee prinse, Ofl par amis ou parleur entreprip^, Dp en faveor et rharité pUeu5f De quelque brlle hamble soliciienae, Ils aauveroni la vie orde et immqnds Du plus meM-baot et rnmioei du moode ' El au rebours, par faule de pèrnne.

Ou de support, ou p9r quelque raseune, Ahk innorens ils Mvt tant inbumains ûae coaieoi sois ne tomber eo iean mfia».

Mais ce n'était encore I& qu'une partie des dangers qu'il avait à courir. Autant comme eux, continue-l-il, eaM cause qui soit bonne 9

Me veut du mal l'ignorante Sorbpnne...

Eux ei leur court en absence et en race Par plnsieur^fois n'oai osé de menace Dont la fins doiiee esioit en ciimio^l M*ex^rnirr. Que pleust a rEiernel, pour le grand bien du peuple désolé, One leur >lé5ir de mon aang fut >aoulé. Et lajil d'abus, dont Us se sont munis. Fussent a cler Ui*scouvprt« et punis.

0 quutre fois et riuq Ms bien b«uieu«e La mori,tani soit ciuelle et riffoorease, Qui feroit seule un milion de vi«>f ^s leisabu» o'estre plus Mservica.

Est-ce \ï le rri d'un homme prêt ) faire bon marché de ses convictions?

Est-ce là le langage d'un plat valet?

0«t ^arot a été indig|ietteii(

MAR

même par ses admirateurs. Sa vie est enlièrement à refaire. En même temps qu'il s'adressait au roi, il eut recours au dauphin Henri pour intercéder auprès de son père, afin de lui obtenir un petit sauf-conduit de demy an, ou de six mois, si demy an luy fasche,

Non poar aller visiter set chaiteaot.

Mais bien pourvoir tet petits Maroiteaox.

Il le feroit, conlinue-t-il.

Il le feroit, si sçavoit bien comment Depuis an peu je parle sobrement :

Car ces Lombars avec qui je chemioe, M'ont l'ort apris a faire bonne mine t A on mot seul de Dieu ne deviser, A parler peu et à poltroniser.

Dessus un mot une beure je m*arreste, S'on parle à moi, je respons de la teste.

La bonne Marguerite de Navarr® s'employa aussi auprès de son frère pour obtenir le rappel de Texilé. Elle le lui écrivit à Venise. Marot en éprouva une bien grande joie, il apprit cette lettre p;ir cœur, il en perdit la tête, il la lisait et relisait, il la déclamait, il la chanlait sur tous les tons, remémorant, répond-il à la princesse.

Ta royale parole Qui me promet de m'effacer du rôle

Des enchâssez.

Or sont de la les plus gros feux passez ; Hieu n'ay meffail; auRoy douceur abonde; Tu es sa soeur; ces choses sont assez Pour rapeler le plus pervers du monde.

François !«' se laissa facilement dé« sarmer. Sans perdre un moment, notre poêle repassa « les grans froides montagnes.» Il avait Fesprit trop français pour se faire à des mœurs estranges. Arrivé à Lyon, et n'y trouvant pas le roi, comme il l'avait espéré, il adressa une Epllre au cardinal de Tournon, alors son lieutenant-général dans le Lyonnais. Nous ferons remarquer que dans cette épUre, pas plus que dans celles qui précédèrent ou suivirent, il ne prononce pas un mot de repentance, pas un mot de soumission ; bien au contraire. Et cependant on a prétendu qu'il abjura entre les mains du cardinal de Tournon. « Le cardinal, qui éloit catholique très-ardent , dit l'abbé Lenglet-Dufresnoy, engagea ou obliget Clément Marot (c'est à peu près la môme

T. Vil.

chose) k faire abjuration des nouTellet erreurs, qu'il n'avoit peut-être jamais bien connues ni professées. Tout U monde s'empressa de voir cette cérémonie... Il le fit d'assez bonne grâce pour recevoir les louanges de toute la ville.» Si l'abbé se respectait davantage dans sa notice, ce ne serait qu'avec la plus grande réserve quo nous hasarderions quelque doute sur un fait aussi bien circonstancié ; mais comme il semble avoir pris ï lâche d'écrire un roman, nous ne lui demanderons pas ses sources, il n'a dû puiser que dans son imagination qui paraît être très* féconde. Marot n'avait proprement aucune erreur formelle à abjurer; il n'avait jamais fait profession ouverte des doctrines de la Réforme, aucun de ses écrits n'était incriminé , et riep ne prouve que François 1*' ait mis cette humiliante condition à son rappel.

C'est le plus grand de ses ennemis , c'est Sagon qui imagina cette abjuration. Je ne sache pas qu'il en soit question ailleurs que dans une de ses satires contre Marot (1). Or quelle créance peut-on ajouter à un fait ra« massé parmi les ordures d'un pamphlet injurieux? Ce Sagon n'était pas seulement un détestable versificateur, c'é* tait de plus un méchant homme. Lors* qu'il apprit que Marot était dans la peine, il n'eut rien de plus pressé que de lui jeter la pierre* Il avait la prétention de se croire son rival. LaUuêlerie, un autre des ennemis de notre poèie, eut même l'impudence de solliciter sa place de valet de chambre. Heureusement Marot avait des amis. Charles

(1) Le Rabais de caquet de Marot, oti Toa trouve ces vers :

# Car Marot, comme on t bieD seeo, A esié a Lyon receo Pour serejoiDdre a nostre Église, Mais on sçait bien en quelle golse , Car il y avoit pour le moins Une douzaine de tetmoings Qui l'ont rebati»é ao mond« En abjurant l'erreur immunde*

Ou Lenflet a-t-il donc va que tonte la villf y avait assisté? Le comme on a bien teiu •emblerait Indiquer, tu «oatralrc, que Sagoa ufiit ce qae toat lo mondt ot savait f$$.

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Fontaine, Bonaventwre Dés Pé fiers, Méllio de Saint-Gelais , Rabebis luimême, prirent en main la défense de leur ami absent (1). CepeDdanl la meilleure réplique fui celle qu'à son retour en France, Marot mit dans la bouche et feon -valet Fripelipes. C'est une de ses bonnes pièces, qui porte tout à fait le cachet de sou génie, et M. Nodier B'est nullement fondé à la lui enlever pour en faire honneur à Des Périers.

Snum cuique.

Le retour de notre poète (1536) fut fêté par tous , à la cour et à la ville. François I*' lui rendit ses bonnes grâces. En 4 537, Marot accompagna ce prince lorsqu'il se rendit à Turmée du Piémont. Il s'arrêta à Lyon", où il soigna l'édition de ses Œuvres publiée , en 4^538 , par Ëstienne Dolel. Marot iTait fait connaissance de ce savant typographe au retour de son exil. Mais leurs bonnes relations durèrent peu, si toutefois l'épigramme qu'on lui prête est bien de lui (^). Dolet, avec d'excellentes qualités, avait une présomption et une susceptilité qu'il était diflidie de nejamais froisser. Bientôt après, Marot s'occupa, avec le secours de Vatable, de sa traduction des Psaumes (3) . Lors du passage de Charles-Quint à Paris (janv. 1540), François !•' lui commanda de la lui présenter. Ce prince «receut bénignement ladicte translation, la prisa et par paroles, et par présent de deux cens doublons qu'il donna audict Marot, lui donnant aussi coungb d'achever de traduire le reste des dicts psalmes.... Quoy voyans et

(1) Les disciples el amys de iMarol contre $afOD, La Uuéterie [Charles HueiJ et leurs idbéreniz, Lyon, in-8*; Paris, Jehan Morin, 1537, iM-8».

(2) On pourrait en douter lorsqu^on voit qo'eo 15U, Dolet éditait encore PEnfer de Marot qu'il dédiait à leur ami commun Léon Jamet. Depuis cette époque, une conformité d'infortune a dâ, au contraire, les rapprocher. Tous deux étaient en fuite en 1544, et ils durent se rencontrer à Tarmée du Piémont.

(3) La Croix du Maine dit que Marot suivit U. traduction « que lui en faisoit eo prose Ftaoçois Melin ûe Saint-Geiays et autres luunmes doctes de ce temps-là. »

entendans , les musiciens de ces deux princes, voire tous ceux de nostre France, meirent à qui mieux mieux les dicts Psalmes en musique , et chacun lescbantoit» (t). Ce fut un engouement universel. On peut dire que c'est de tous les écrits de Marot celui qui a eu le plus de succès auprès de ses contemporains , et celui qui en a le moins de nos jours et qui en mérite le moins. La cause n'en est pas dans une amé-

(1) Lettre de Villemadon à Catherine de Médicis, du 26 aoât ^559, insérée dans le Recueil des choses mémorables faîtes et passées pour le fait de la rfligion et Etat de ce royaume, depuis la mort du roy Henry 11. — A l'art. Guillaume Franc, nous avons dit, avec Rayle et M. Féiif:, que ce musicien était Tauteur des mélodies des psaumes (de la traduction de Marot), tels qu'ils se chantaient dans les Eiilises réformées. Après des documents aussi positifs que ceux que David ConsltiHl avait eus en main et dont il avait fait part à son ami Bayie, qui aurait pu se douter que c'était une erreur? La preuve cependant en est déduite au long dans un excellent travail sur les Psaumes de Marot et de Bèzf*, que nous avons été assez heureux de rencontrer dans le Journal Helvétique de 1749 (N»* de mai, juin, juillet et août). Nous y apprenons que le témoignage que Bèze donn:i a Guill. Fianc, en 1552, « roule uniquement sur la pauvreté du rhaiitre, sur le trlsie état de sa famille, le peu de sauté de sa femme, la modicité de sa pension, qui nesufflsoitpns pour l'entretenir lui et ses enfans, » et qu'il n'y est pas dit un mot de ce que le professeur Constant a voulu y voir. Quelle légèreté impardonnable ! Il y a plus. Dans le volume des Psaumes où se trouve au titre lenom de Guill. Franc, le professeur n'a pris la peine, ni de lire le privilège, ni de lii e la préface. Il se serait cependant érlairé à peu de frais. Le privilège porte qu'il est permis a Guill. Franc, chantre en l'église de Lausanne, de faire imprimer les psaumes de David, mis en rime franchise par tiém. Marot et Th. de Bèze, et d'y ajouter les chants nouveaux qu'il a faits sur aucuns d'iceux; et dans sa Préface, l'auteur dit qu'il a retenu les chants utiles dans l'Eglise ; il loue le travail des musiciens qui les ont composés ; mais if trouve quelque inconvénient à faire servir la même mélodie a différents psaumes; c'est pourquoi il propose uiiemttsiquenouvelle pour une ireutained'entre eux, réforme qui ne paraît pas avoir été adoptée.— Leçon depluspournousetpournos confrères de nous défier des communications bài.évol€8. Elles ont entraîné La Croix du Maine et quelquefois Bayle, si judicieux et si savant, dans une foule d'erreurs. Il y en a peu qui se doutent des soins infinis qu'il faut apporter dans ses recherches pour arriver k la coDoaisaance de la vérité.

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lioration ou une décadence du goùl.

C'est que notre langue lyrique n'existait pas alors , Malherbe seulement en fil entendre les premiers sons , tandis que la langue de la conversation est restée à peu près la même. Pour juger les psaumes de Marot avec imparlialilé, il faudrait donc désapprendre tout ce que le xvii* et le xviii* siècles nous ont appris, ce qui n'est pas possible.

Ce grand succès dont tous les honnêtes gens s'applaudissaient, excita Tanimosité de la Sorhonne , qui jela Tinlerdit sur le livre (t). Elle prétexta de graves erreurs , comme si ses docteurs , qui ignoraient Thébreu, en avaient su plus que Vatahle, Mais leur véritable mobile , comme le reconnaît fort bien Tabbé Lenglet-Dufresnoy , c'est que «celadonnoit au peuple la connaissance des Livres saints qu'on avoit grand soin d'interdire alors au commun des fidelles. *

Marot disait au roi dans son Épltre dédicatoire :

Ainsi, A Roy, paries divins esprits Qui ont sons toy hébrieo langafre appris, Nous sont jetiex les Pseaumes en lumière, Clairs, et au sens de la forme première. Dont après eux, si peu que faire scay, T'en ay traduit, par manière d'essay, Trente', sans plus, en ton noble langage. Te suppliant les recevoir pour gage Du rësidu qui ja t*est consacré.

Si les voir tous il te venoit a gré.

Nous ferons remarquer que Marot avait joint ^ ses psaumes la traduction du Décalogue, et c'est sans aucun doute ce qui émut les susceptibilités de la Sorhonne , car on ne comprend pas qu'une ombre même d'hérésie puisse se cacher derrière les saintes paroles du roi-prophète. Voici comment il traduisait le second commandement :

Tailler ne te feras image De quelque chose que ce soit ; Si honneur luy fais et hommage.

Ton Dieu jalousie en reçoit.

La traduction de Marot était donc

(1) D'après Crevier, il fut prohibé par l'Université le 16 dèe. 1531 ; mais il commet une erreur d'au moins dix innées. A Rome, on se montra moins sévère : le pape ioi-oéme en tatorist rîmpre8sioD,eB 1641, par Théodore Brost.

trop fidèle pour ne pas être taxée d'infidélité. Un méchant poète , Artus Désiré, se chargea, quelques années plus tard, d'en donner la contre-partie dans son livre intitulé le Contre-poison des 52 chansons de Clém. Marot (Paris, 1561) ; il parodiait ainsi ce deuxième commandement :

Tailler donc feras son image Et des benoisix sainctx qu'il conçoit ; Si honneur leur fais et hommage, De grâce l'accepte et reçoit.

11 est juste d'ajouter que la Sorbonne condamna aussi ce livre, mais on était alors en pleine réaction. Le 46 oct. de cette même année , ses docteurs approuvèrent ce que vingt ans auparavant ils avaient condamné , et les psaumes de la traduction de Marot purent paraître à Lyon , chez Antoine Vincent, en 4662, in-46, et 4563, in-8^ avec un privilège de Charles IX, et, bientôt après à Anverc, chez Plantin, 4 564, in-4 2, avec un privilège de Philippe II. «Le monde, dit avec tm grand sens le sceptique Montaigne»

n'est qu'une branloire pérenne... La constance mesme n'est autre chose * qu'un branle plus languissant. » Ayons donc un peu de charité pour les autres» il est à présumer que nous en auront bientôt besoin pour nous-mêmes.

François I" encouragea Marot \ poursuivre son œuvre :

Puisque vonlex que Je pourtnive, b Sire, L'oeuvre royal du Pseauiler commencé, Et que tout cueur aimant Dieu le désire, D'y besongner me tiens pour dispensé.

S'en sente donc qui voudra offensé.

Car ceux a qui on tel bien ne peut plaire Doivent penser, si ja ne l'ont pensé, Qn*en vous plaisant mo plaist de leur dé-

[plaire.

Déplaire k Sorbonne pour plaire au Roi, c'était bien téméraire. Il ne tarda pas à s'en convaincre, le pauvre Marot. La suite de sa traduction n'avait pas encore paru, qu'il dut chercher son salut dans la fuite. Il se réfugia à Genève (4543), où il fut fort bien accueilli par Calvin. Le réformateur l'engagea à publier les cinquante psaumes qu'il aTtifc induits, et il mit à son recueil uue

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belle préface. Dans une Épttre aux Daines de France (4" août 4 543), Marot les pressait, elles «que Dieu fit pour estre sou temple » à renoncer au culte « de ce pelit dieu à qui les puintres font des esles. »

0 bien heureux qui voyr pourra Florir le temps que lou om Le l&boureur à sa charrue.

Le charretier parmy la rue, Et rartisan en sa boutique, Aveques un pseaume ou cantique En son labeur se soulager :

Heureux qui orra le berger Et la bergière, au boysestans.

Faire que rorhiers et entangs.

Après eux, chantent la hauteur Du saioct nom de leur Créateur.

Souffrirez vous qu'à joye telle, Plustosi que vous. Dieu les appelle?

Commencez, dames, commencez, Le siècle doré avancez, En chantant d'un cueur débonnaire Dedans re saint Cancionnaire :

Afln que du monde s'envolle Ce Dieu inconstant d'amour folle, Place faisant a l'amyabie Vrai Dieu d'amour, non variable.

Sont-ce là les sentiments d'un homme qui médite un adultère? Cayet et après lui Florimond de Rœmond Tout dit, mais personne ne les a crus. Selon eux , une sentence de mort aurait été portée contre Marot poiû* avoir débauché son hôtesse, mais par la protection de Calvin, que Ton n'a pas coutume de nous représenter si indulgent , celle sentence aurait été commuée en la peine du fouet. A ce sujet, Bayie fait la remarque que si un poète aussi fameux que Marot, et aussi haï dans la communion romaine , avait été fouelté par les carrefours d'une grande ville, toute TEurope Teût bientôt su. Mais Guyet seul Ta su et il s'est chargé de nous rapprendre. Cependant Bayle avance trop lorsqu'il prétend que les registres publics de Genève ne font aucune mention de Marot. Seulement nous verrons que c'est l'histoire des bâtons flottants :

De loin, c'est quelque chose, et de près, ce

[n'est rieu.

Bonivard dénoncé au Consistoire pour avoir joué avec un prédicant d'Orléans, nia le fait , mais reconnut qu'il avait

fait une partie de trictrac avec Clément Marot. Voilà donc le crime, voilà donc rénormilé dont les registres du Consistoire le chargent ! Cayet n'avait-il rien déplus grave à se reprocher? Nous le désirerions pour son honneur.

Quoi qu'il en soit, Marot habitué aux mœurs faciles de la cour de France ne pouvait se faire à une discipline aussi sévère que celle que Calvin avait introduite à Genève. Tous les plaisirs ne sont pas coupables. Il prit donc le parti de s'éloigner. C'est ce que marque Bèze dans son Histoire ecclésiastique, et ce qu'il répète dans ses Icônes :

«ayant esté toujours nourri en une très-mauvaise escoie , et ne pouvant assubjectir sa vie à la réformation de l'Évangile, il s'en alla, dit-il, passer le reste de ses jours en Piémont alors possédé par le Roi, où il usa sa vie en quelque seureté sous la faveur des gouverneurs. » Marot se retira à Chambéry, d'où il écrivit au Roi :

Et vous requiers de permettre qu'icy A seureté service je vous face :

Puny assez jeseray eu soucy De ne plus voir vosire Royale face.

François 4*' qui avait eu la faiblesse de ne pus le proléger contre ses ennemis, eut, à ce qu'il parait, la généro • silé de respecter son exil. La bataille de Cérisoles s'étant donnée, le \ 4 avril 4 544, Marot se rendit au camp et, ûdèle à ses habitudes de poète de cour, il chanta le héros de lu journée, le jeune comte d'Enghien (t). Ce fut vraisemblablement à son retour qu'il tomba malade à Turin ; il mourut dans celle ville, après une courte maladie, à l'âge d'enviroRcinquante ans. Son ami Lyon Jametj qui lui avait succédé comme secrétaire auprès de Renée de France, lui Ht son épitaphe; elle fut gravée sur son tombeau dans l'église de Saint- Jean. Ce tombeau et celte épitaphe ont été détruits. Le prodigieux succès des

(1) Trois mois auparavant, il avait chanté la naissance du fils du dauphin, François, dans une Eclogue que Du BeUay trouve > un des meilleurs petiz oovraiRes • de{noire poète. Que pleust aux Mums, s'écrie-t-il, que nous eussions beaucoup de telles inunitttions !

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ouvrages de Marot n'avall pas conlribué à Tenrichir. A celte époque, la propriélélitléraire était mal garaulie; il semble même que les auteurs se coqtentaieulde recueillir la gloire de leurs œuvres, eu abaDdonuanl les bénéGces matériels aux imprimeurs. Heureux lorsqu'ils parvenaient à attraper quelque gratification pour prix d^une dédicace mercenaire! Condamné à vivre au jour lo jour, Marot se trouvait donc dans la plus grande gène quand ses appointemeuts de valet de chambre venaient à lui manquer. C'est pourquoi ses bio^'raphes se seront crus autorisés à dire qu'il mourut dans la misère, mais on n'en sait rien Ce qui est plus certain, c'est quMl avait beaucoup dV mis, et nous avons une assez bonne opinion de l'humanité pour croire que tous ne Tabandonnèrent pas dans le malheur.

La gloire do Clément Marot n^était pas de ces gloires éphémères qui meurent avec le jour qui les a vues naître, elle a triomphé des vicissitudes des mœurs et du langage, et n'a nullement souiïerl du grand éclat que la Poésie française a jeté auxvii' et auxviii' siècle. « Le nom de Marot, au jugement de La Harpe, est la première époque vraiment remarquabledans rhistoire de notre poésie, bien plus par le talent qui lui est particulier, que par les progrès qu'il fit faire à notre versification. Ce talent est infiniment supérieur à tout ce qui Ta précédé et même à tout ce qui l'a suivi jusqu^à Malherbe. La nature lui avait donné ce qu^on n'acquiert point : elle Tavait doué de grâce. Son style a vraiment du charme, et ce charme tient à une naïveté de tournure et d'expression, qui se joint à la délicatesse des idées et des sentiments : personne n'a mieux connu que lui, môme de nos jours, le ton qui convient à Tépigramme, soiL celle que nous appelons ainsi proprement, soit celle qui a pris depuis le nom de madrigal, en s'appliquaut à Tamouretà la galanterie. Personne u'a mieux connu le rhythmedu versa cinq pieds, et le vrai ton do genre épislo-

laire, à qui celle espèce de vers sied si bien.» Tous les critiques s'accordent à le placer à la tête des poètes de soa siècle. « Mallre Clément, dit M. Sainte-Beuve, n'était pas un poète de génie ; il n'avait pas un de ces talents vigoureux qui devancent les âges et se créent des allés pour les franchir. Une causerie facile, semée par intervalles de mots vifs et fins, est presque le seul mérilequi le distingue, le seul auquel il faille attribuer sa longue gloire, et demander compte deson immortalité.»

— Nous demanderons à notre tour à M. Sainte-Beuve, si parmi nos poètes on compte beaucoup de ces génies dont il parle? les Marot môme y sont trèsrares. Marot, selon M. Géruzez, « n'a pas été surpassé dans les genres où il a pleinement réussi, l'épigramme, le rondeau, lo madrigal etl'épUre badine.

Il a tout le sel et toute la grâce de l'esprit gaulois, mais il manque d'élévation, et lorsqu'il a essayé la haute poésie sur les traces d'Ovide, de Virgile, et de David, il a perdu sa naïveté sans atteindre la noblesse.» N'est-ce pas lui reprocher de n'avoir pas eu la langue de Raciue à son service? Nous pensons, et ses contemporains ont peDs6 comme nous, que Marot a su tirer tout le parti possible de la langue qui se parlait de son temps. Si la noblesse y manque, à qui la faute ? « Ces genres secondaires, ajoute M. Géruzez, sont le domaine propre de Marot: il les a consacrés et les maîtres qui l'ont suivi ont respecté le moule qu'il avait fa* çonné, et conservé autant qu'ils l'ont pu la langue môme qu'il avait parlée»

vocabulaire et syntaxe. L'idiome de Marot s'est maintenu à l'état de langue spéciale, et il n'y en a pas qui la vaille pour l'épigramme^ la ballade et le roQ<» deau. Le conte môme et l'épltre fami • lière gagnent beaucoup à s'en rapprocher. » M. Henri Martin a fort bien apprécié le caractère de Marot comme poète. « Ce ne fut point un génie créateur, dit-il : Marot n'innova guère, ni dans la forme du vers, ni dans la langue, ni dans le ton général de la poé*

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sie; il se serrit des instraments littéraires qui lui avaient été transmis et qui suffisaient aux besoins de son talent, et laissa à d'autres la périlleuse entreprise d'élever la langue poétique au style héroïque, dont noire poésie était alors plus éloignée encore que notre prose; mais s'il ne créa point une poésie nouvelle, il porta la vieille poésie k toute ta perfection dont elle était Msceptible; il en résuma tous les mérites; il eut la chaude couleur de Villon sans sa grossièreté, le naturel de Froissart, la délicatesse de Charles d'Orléans, et le bon sens d'Alain Chartler avec bien plus de mouvement, de précision et de clarté, le mordant de Jean de Meung sans ses longueurs et son pédantisme. Il surpassa et absorba tous ses devanciers, et n'a jamais été surpassé en malice naïve et piquante, en grâce, en facilité ; ses œuvres sont restées le modèle de la poésie légère , et l'un des plus fidèles reflets de l'ancien esprit français. » Chacun connaît les vers que Boileau a consacrés à notre aimable poète dans son Art poétique. Seulement il va trop loin lorsqu'il dit que M arot « montra pour rimer des chemins tout nouveaux. » Marol se contenta de suivre le chemin battu, mais il le fit de façon à faire oublier ceux qui y avaient passé avant lui, et à désespérer ceux qui devaient y venir à sa suite.

Nous avons vu que Marot était marié. On ignore quel était le nom de sa femme. Il n'en parle nulle part ; mais il nous apprend qu'il avait plusieurs enfants. L'un d'eux , Michel, le seul dont le nom soit connu, promettait de marcher sur ses traces. Il faut qu'une mort précoce l'ait surpris au début de la carrière. On sait peu de chose sur son compte. En 1534, la reine de Navarre le prit ï son service en qualité de page ; ce fut pour Marot , alors en fuite , un grand sujet de consolation. Serait-il entré plus tard au service de Renée de France? On l'ignore; tout ce que l'on sait, c'est qu'il paraît avoir été à Ferrare à l'époque de la mort de son père.

Dans un billet en vers à Antoine Couillard, sieur du Pavillon-lès-Lorris en Gâtinais, il lui marque, qu'à son retour du païs de Ferrare, passant par Chambéry, il avait trouvé au cabinet de son père une épUre à lui adressée qu'il lui fait parvenir (1). Le sieur du Pavillon répondit « à son amy maistre Michel Marot, fils unique du prince des poètes françois ressuscité. » Ce billet, plus deux dizains et une Ode à la reine de Navarre, sont tout ce que l'on possède de Michel Marot. Ces quelques poésies parurent d'abord avec les Conlredicls à Nostradamus par le sieur du Pavillon (Paris, <560), et furent réimprimées dans diverses éditions des Œuvres de Jean et de Clément Marot. Michel Marot prenait ces mots pour devise : Triste et pensifs ce qui ferait supposer qu'il n'avait pas hérité de cet esprit de douce philosophie dont maître Clément savait se faire un bouclier contre la mauvaise fortune. Aussi la devise de ce dernier était-elle plus brave que celle de son fils : La mort n*y mord, comme pour témoigner qu'il avait foi dans l'avenir.

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