‹ La France protestante (volume 3)Chapitre 9 sur 169 · T LES · texte numérisé non relu

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3552); — 4* Charles, sieur de La Plan, marié, en 4628, à Catherine de Rechignevoisin.

11 serait facile de confondre les Sa • vignac du Limousin avec les Savignac du Rouergue. Le nom patronymique de ceux-ci était Gautie. En 1562, Raimond de Gautié, seigneur de Savignac, emporta Saint-Antonin et secourut Villeneuve, dont Antoine de Peyrusse, sieur de Boisseson, s'était rendu maître. Au mois de décembre de la même année, il tenta une entreprise sur Villefranche, mais il échoua et dut s'enfermer dans le château de Granes, où il ne tarda pas à être investi. Le manque d'eau l'ayant forcé à se rendre, vies et bagues sauves, la capitulation fut indignement violée, et toute la garnison, sauf six ou sept soldats* passée au fil de l'épée. Cette trahison parut si atroce, même aux Catholiques, que la foi de Granes passa en proverbe. Quatre-vingts ans plus tard»

François de Gautié se signala sous les ordres de La Force, notamment au fameux siège de Montauban, où un autre Savignac, dit d'^Eynesse, se fit aussi remarquer par sa bravoure. Ce dernier, connu surtout par un acte de sauvage fanatisme, ne fit plus rien qui vaille, après l'assassinat de Boisse^ Pardaillan (Voy. IV, p. 544), en proie qu'il était aux terreurs d'une conscience troublée par le remords.

On ne saurait donc le confondre avec le capitaine Savignac qui se comporta vaillamment à la descente de l'ile de Rhé, en 4 627, à la tête de 500 Réfoimés français; mais ce dernier étaitil le même que François de Gautié?

C'est ce que nous ne prendrons pas sur nous d'affirmer.

L£SCU3ir (Jean-Paul de), jurisconsulte béarnais, conseiller à la cour 8ouveraineduBéarn,etconseiller d'Etat du royaume de Navarre,nousestdépeint par Benoît comme un homme vif, ferme et énergique, plein de courage, de lumière8etd'éioquence,animéd'un grand zèle pour le bien public, et tout dévoué à sa patrie et à sa religion. Lorsque l'as*

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semblée da clergé de France, à force de renouveler ses lamentations hypocrites et mensongères sur le sort déplorable des Catholiques du Béarn, soumis, disait-elle, à un esclavage pins dur que celui des Chrétiens opprimés par les Turcs, eut enûn obtenu du Conseil l'arrêt du 25 juin 1 6 H, ordonnant de rétablir l'exercice de la religion catholique dans le Béarn, et donnant main-levée des biens ecclésiastiques saisis par Jeanne d^Albret, les Etals du pays, qui, dans une assemblée extraordinaire tenue à Pau, le SI févr.1 G1 7, avaient déjà prolesté contre tout projet de réunion du Béarn à la France, se montrèrent vivement émus de cotte violation flagrante des fors et coutumes de la province. Ils s'assemblèrent à Orthez, et protestèrent de nouveau qu'ils mourraient plutôt que de recevoir cet édit. Lescun, dont l'ardent patriotisme s^était fait connaître aux conférences de Loudun, en 4 61 6 {Fonds de Brienne, N* 223), fut chargé de porter les réclamations des Béarnais au pied du* trône, et de soutenir au Conseil leur opposition. La Force et les députés généraux le présentèrent» le 17 sept., à Louis XIII ; mais ses remontrances furent inutiles. Quelques jours après, un nouvel édit confirma celui de juin, en assignant, sur le revenu du domaine, le paiement des pasteurs et des collèges réformés, qui se prélevait sur les biens ecclésiastiques. Dès le 10 nov., les Etats protestèrent à l'unanimité contre cette atteinte portée aux^ privilèges du Béarn, et implorèrent l'assistance de tous les Protestants du royaume (1).

De son côté, le Conseil souverain refusa l'enregistrement de Tédil. La résistance était légitime; car, comme le fait observer Sismondi, la principauté du Béarn était navarraise cl non française; elle était indépendante de la couronne de France, et elle jouissait

(1) Vispalie, avoctt an Conspil souveraiiif ehtrgé de porter a La Rochelle la lettre de rassemblée d'Orlhcz, fat arrêté a Bordeaux. Une copie dp cette lettre, signée Du Caste, M lit dans la CoUect. Dupuy, ^• 153.

de franchises et de libertés qui contenaient l'autorité du prince dans do sages limites, en lui défendant de rien changer à ce qui avait été établi avec le concours des Etats. Le roi de France n'avait donc le droit ni de réunir, de sa seule autorité, le Béarn à la France, ni de donner l'édit de main-levée. C'est ce que Lescun démontra avec la dernière évidence dans son Apologie des églises réformées de l'obéissance du roi et des Etats de la souveraineté de Béarn, pour justifier les oppositionspar eux formées contre V exécution de la main-levée des biens ecclésiastiques de ladite souveraineté, avec un sommaire récit des choses mémorables arrivées en Béarn et en Navarre, pour le rétablissement de la religion romaine, depuis le règne du roi Henri jusqu'à présent, Orthez, 1618, in-8". Cet écrit se ressent de la précipitation avec laquelle il fut composé; le stylo en est décousu, les raisonnements peu suivis ; mais il est remarquable par la vigueur et la hardiesse avec lesquelles Lescun s'y élève contre Tarbitraire.

Quelques années se passèrent avant que la contestation fût terminée. C'est seulement à la fin de 1620 que, malgré la promesse faite en son nom à l'Assemblée politique de Loudun {Voy, Vï, p. 206), qui, sur les pressantes instances de Lescun, avait pris en main TafTaire du Béarn et demandé la révocation deréditdemain-levée,LouisXni se crut assez fort pour briser la résistance des Béarnais. Il fit entrer une armée dans le Béarn sans éprouver la moindre résistance de la part des habitants, surpris par cette attaque, et ordonna au parlement de Pau, dont l'organisation fut complètement changée, d'enregistrer en sa présence redit sur la restitution des biens ecclésiastiques, en môme temps qu'un aulro édit du 20 oct., qui réunit la Navarre et le Béarn h la couronne de Franco.

« Tout ce voyage fut un tissu do violences, ditBenott dans son llistoiro de l'édit de Nantes. On n'entendait

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sortir de la bouche des plus modérés qae des mcDaces do puuilion exemplaire, de pendre, de trancher la tôte, d'abolir partout le royaume la religion réformée, quMls appelaient maudite religion, de chasser tous ceux qui en feraient profession, ou de leur faire porter quelque marque d'infamie. Le»

soldats rompaient les portes des temples, démolissaient les murailles, déchiraient les livres et les tableaux ok les commandemens de Dieu étaient écrits. Ils volaient,et frappaient à coups de bâtons et d'épées les paysans qui venaient au marchéàPau,présupposant qu'ils étaient tous huguenots. Les gens même qui portaient les couleurs du garde-des-sceaux étaient aussi furieux que les autres. Ils forçaient les Réformés qui leur tombaient entre les mains à faire le signe de la croix et à se mettre à genoux quand la procession passait. Les femmes n'osaient paraître dans les rues, de peur d'être poursuivies comme des débauchées, avec de sales injures et des cris insultans. Il y en eut quelques-unes qu'on fit jurer, parce qu'elles étaient grosses, de faire baptiser leurs enfants à l'église romaine, quand elles seraient accouchées. On enlevait les enfants sans qu'il fût possible aux pères de les recouvrer : et tout cela se faisait sous les yeux du roi, sans qu'on pût obtenir même qu'il en écoutât les plaintes. Dans le reste du pays, les soldats vivaient à discrétion, publiaient que le roi leur avait donné le pillage des Huguenots, chassaient les ministres , outrageaient leurs femmes, menaient hommes et femmes à la messe à coups de bâton, attentaient à l'honneur des femmes et venaient même quelquefois aux mains avec les maris qui avaient le courage de les défendre. On vit alors un essai des conversions forcées , dont nous avons aujourd'hui devant les yeux des exemples tout nouveaux. »

Lescunqui, depuis plusieurs mois, était sous ie coup d'une sentence rendue contre lui par le parlement de Pau, et qui avait dû fuir à Hontauban, fut

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dépouillé de sa charge de conseiller.

Cette injustice le rendit plus cher à ses coreligionnaires. L'assemblée de Milhau, qui se tint le 42 nov. sous la présidence de Causse, et à laquelle il assista, lui témoigna l'intérêt le plus sincère, et celle de La Rochelle, à laquelle il fut député par les églises béarnaises, ainsi que Rostolan, Casauhon.Capdeville et Loubie, lui donna la plus haute marque de son estime en l'élisant président, le 25 déc. 4624, avec Rostolan pour adjoint, La Goutte et Riffault pour secrétaires. Les premiers jours de sa présidence se passèrent en délibérations touchant le tarif des droits à percevoir sur les navires qui abordaient dans l'Ile d'Oléron, ou qui remontaient la rivière de Bordeaux, tarif qui souleva des réclamations de la part des ambaiiHdêurs de Hollande et d'Angleterre, et qui fut maintenu néanmoins, vu la nécessité de se procurer des ressources pour soutenir la guerre, et même élevé de 3 4/2 pour 4 00, «pourlespersonnesdecontraire parti.»

Le4"janv. 4 622, l'assemblée renouvela le conseil de justice, qui se trouva composé de Malleray, Guérin et Savary, ainsi que le conseil adjoint au maire de La Rochelle, dans lequel entrèrent Saint-Simon, La Muce, Rossel, La Grange et Casauhon, Vers le même temps arrivèrent des lettres de l'ambassadeur d'Angleterre, qui exhortait les députés à se soumettre aux ordres du roi. Avant d'y répondre, l'assemblée crut nécessaire de consulter le corps-de-ville, qui fut d'avis qu'on envoyât des députés au roi, « s'il y avoit de la seureté.» En conséquence, l'ambassadeur fut prié d'obtenir des saufs-conduits «pour ceux qui seroienl envoyez vers S. M. pour lui demander la paix et faire les submissions requises. » L'assemblée vota en môme temps une humble requête que l'ambassadeur devait présenter au roi. Le 24, elle prouva de nouveau ses dispositions pacifiques en autorisant Rohan à entamer des négociations, sous la réserve, toutefois, que rien ne se con-

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durait sans lo consentement des dé-

£utés des provinces fidèles à la Cause, e lendemain, elle révoqua les provisions précédemment accordées à Châtillon^ et confirma la nomination de Rohan au généralat du Bas-Languedoc et du Vivarais ; puis elle fil écrire à Parabère, qui offrait de s'entremettre pour la paix, qu'elle le remerciait de sa bonne volonté. Ce fut le dernier acte 4e l'assemblée do La Rochelle pendant la présidence de Loscun, qui, lo 25 janvier, céda le fauteuil à La Miice, et se joignit à l'expédition conduite par Pavas dans le Médoc, espérant réussir à pénétrer dans le Béarn. La défaite de Favas le força à modifier son itinéraire. 11 rebroussa chemin pour prendre la route do Boyan à Clairac, où il comptait rencontrer La Force ; mais il eut le malheur de tomber, près de Cozes, dans un parti ennemi qui le fit prisonnier, après une Taleureuse défense. Ou le trouva porteur de vingt-quatre commissions toutes signées de sa main, en sa qualité de président de l'Assemblée de La Rochelle. Il fut envoyé à Bordeaux.

En vain réclama- t-il les droits de la guerre ; en vain invoqua-t-il l'article de redit de Nantes qui attribuait aux Chambres mi-parties la connaissance de toutes les causes où des Huguenots seraient impliqués. Le parlement de Bordeaux qui , dès le 4 mai, reçut ordre de le juger toutes affaires cessantes {Fonds de Brienne,^*%\\), le débouta de sa demande, et le condamna, comme criminel de lèse-majesté, à avoir la tôle tranchée, après avoir souffert la question et fait amende honorable. En outre, sa postérité fut déclarée ignoble et tous ses biens coufisqués. La sentence fut exécutée le 4 8 mai 4 622. Lescun fut traîné au lieu du supplice sur une claie avec cet écriteau : Criminel de lèse-majesté et président de l'Assemblée de La Rochelle. Les commissions qu'il avait signées et son livre de la Persécution des églises furent brûlés par le bourreau sous ses yeux, cl sa léle, séparée

du tronc, resta exposée sur la porte de Royan.

Outre l'apologie dont nous avons parlé plus haut, on a de ce martyr de la liberté du Béarn :

L Généalogie des souverains sei* gneurs de Béarn, Paris, 4616, in-4*.

II. Requête contre le livre intitulé Le Moine au surveillant endormi, Paris, 1616, in-8*. — Le Moine est une satire violente contre les Protestants publiée par un prêtre catholique sous le pseudonyme de Banère.

III. Avis d'un gentilhomme de Gascogne à MM. des États- Généraux du royaume de Navarre et de la sou^ ver aine té de Béarn sur la main-le^ vée des biens ecclésiastiques, entrée au Conseil ordinaire et cour souveraine et présidence aux États et autres octrois obtenus par les évêques d'Oleron et de Lescar ^» 4 64 7, Paris, 4647,in-8».

IV. Mémoires de Jean-Paul de Les^ cun sur les oppositions aux poursuis tes des évêques d^Oleron et de Les^ car, et les demandes faites par les églises réformées» depuis le 4 •' juin U\6 jusqu'au \ 3 avril 4647, Paris, 4617, in-8-. — Recueil d'édits. d'arrêts et d'autres pièces officielles.

V. Demandes des églises ré for * mées du royaume de Navarre, Paris, 4618, in-S"».

VI. Défense contre les impostures, faussetés et calomnies publiées con»

tre le service du roy et de la souveraineté de Béarn et contre V auteur de deux libelles intitulés Le Moine et La Mouche, Orlhez, 4619, in-8\

VII. La persécution des églises de fi^arn, Montaub., 1620, in-8'.

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