II. Branche de Sailloux
Cette branche fut fondée par Etienne Du Bourg, frère puiné du chancelier.
De ses onze enfants, trois au moins embrassèrent les opinions nouvelles , savoir Anne, conseiller clerc au parlement de Paris, Claude, sieur de La Guérine, trésorier de France à Lyon, et Gabriel, conseiller au parlement de Toulouse.
I. Né i Riom vers 1520, Anne Du Bourg étudia la jurisprudence, et, après avoir exercé quelque temps avec distinction la profession d'avocat, ii fut nommé professeur de droit civil â Tuniversité d'Orléans. On conserve dcins la Bibliothèque publique de cette ville (Jurisprudence N' 209), un vol. infbl. msc. qui contient un commentaire sur deux livres du Code, fait par Du Bourg, pendant cette période de sa vie. En voici le titre : Comment, ad tit.
XVIIJ lihri I Codic, dejuris etfacAi ignorantiâ et ad VI lib, Cod. tit. de collationibus. Selon La Croix du Maine, il avait encore écrit plusieurs autres ouvrages tant en latin qu'en français, mais aucun n'a été imp., à l'exception de sa Confession de foi, publ.
d'abord à Anvers [Gen.], 1561, in- 12, et plusieurs fois réimprimée depuis.
Il serait difficile de déterminer l'époque précise où Anne Du Bourg em-
(1) Uae famille dn Limousin qui portait a peu près le même nom, professa aussi le protestanlismo. Selon Marvand, Lnfitfijrie Du Saillnnt, qui romballit les Ligueurs dans le Bas-Limousin, nes'eiaii conveiii que par intérêt.
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brassa les doctrines de la Réforme; mais il est vraisemblable qu^il les professait déjà ou que sa conscience les approuvait lorsqu'il fut appelé à siéger au parlement de Paris en qualité de conseiller-clerc, le 49 oct. 4557 (4).
Les Mémoires de Condé nous le peignent comme « un homme paisible et peu aheurtéà ses opinions au jugement des procès, de bonne vie et conversation, de grand zèle en la religion, amateur de Dieu et de son Eglise. » Il était donc de ces conseillers «non ignorans le bon droit de la cause», qui blâmaient en leurs cœurs la sévérité excessive des ordonnances contre les hérétiques et inclinaient vers Tindulgence. Les bons^ comme les appelle Crcspin, remportaient par le nombre 5 La Tournelle ; mais ils étaient en minorité à la Grand'Chambre. en sorte que, dans le même temps que la Graud'Chambre faisait impitoyablement brûler Pierre fihevetj La Tournelle cassait une sentence de mort portée contre trois Réformés par des tribunaux inférieurs, et commuait la peine en celle du bannissement. Pour faire cesser ce conflit, on résolut de convoquer la mercuriale, pour le dernier mercredi d'avril 4 5.')9.
La cour du parlement s'assembla donc en séance solennelle, et la discussion commença avec une entière liberté. Laissons parler un auteur contemporain (2).
« Bourdin , procureur général du roy , proposa avec grand artifice d'oraison qu'il y avoit eu, puis quelques jours , quelques conlrariétez d'arresls enicelle cour pour le fait de la religion;
(1) Ce qui nous porte a le croire, c'est sa réponse k la question des inquisiteurs; Pourquoi il avait reçu les saints ordres, s'il ne croyait pas que l'ordre fût un sacrement. Il ne les avait pris, dit-il, que pour lever les difficultés qu'on Taisait de le recevoir comme conseiller, « ayant aprins qu'en la primitive Eglise véritablement il y a eu des ordres, comme diacres et sous-diacres, lecteurs et autres. >
(2) Voici le titre de l'écrit anonyme où nous puisons ces détails : La rratic kitioirej contenant Viniqne jugement et fausse procédure faite contre te fidèle serviteur de Dieu Anne
que la Grand^Chambre , en laquelle seend les plus anciens, faisoit sans difficulté brusler les Luthériens, et que la chambre de La Tournelle , en laquelle présidT)yent Séguier et Du Harlay, avoit, puis peu de jours, tant seulement banny deux hommes luthéiiens et contraires à l'Eglise romaine; que cela estoit un scandale au peuple, et aux subjets du roy. A ceste cause requiert que l'on advisast de doresnavant se conformer ensemble, et user de pareilles loix et ordonnances , disaat que le roy avoit fait certaine ordonnance, par laquelle il vouloit que ceux de ceste secte , qui estoyent persévérans en icelle doctrine , fussent condamnei à mort, et qu'il falloit tenir et maintenir cette ordonnance comme loy certaine.
« Sur cest article la cour assemblée commence à délibérer, et premièrement, selon la coustume d'icelle, demande l'opinion aux plus anciens conseillers d'icelle ; lesquels jnsques an nombre de quatre ou cinq sont d'advis en la première session que l'on doit se conformera l'édit du roy> qui impose peine de mort à ceux qui tiennent Popinion de Luther , s'ils sont persévérans en icelle , et qu'il faut ainsy juger. A Pautre et deuxiesme session, un nommé [Arnaud] Du Février, président en l'une des chambres des enquestes d'icelle cour, homme docte an droit civil des Romains et qui a recen la lumière de l'Esprit, estant en son rang de dire son opinion , fut d'advis qu'il falloit, suivant le concile de Basle et de Constance , assembler un concile pour extirper les erreurs et hérésies
Du Bourg f conseiller pour le roff en /• comr i* parlement de Paris^ et les diverses ûpiuiùM des prêsidens et conseillers touchant le fmt ie la religion chrétienne. Les demandes (dites audit Du Bourg et les responses d'iceluff: êrec sa confession de foy, son constant martyre ef heureuse mort pour souslcnir la tfnereUe de M. 5. J.-Ch, Semblahlement ce qui a esté fmt contre quatre desdits conseillers ;»nimMAV pour la mesme cause, Anvers [Geo.], 4S61, in-1'2: réimp. dans le T. I des Mémoires de Condé, édit. de Londres, et en partie éiwi le Martyroloîîc de Crcspin.
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^pnllnloyent 60 l'Eglise; etfulceste opÎDÎon suivie par plusieurs. A une autre session , un nommé Le Goicu fui d'advis que l'on devoit donner terme de six mois aux Luthériens pour se desdire et revenir de ccsle opinion ; et 81, les six mois passez, ils pcrsistoycnt en leur opinion, ils fussent bannis du royaume de France et chassez d'iceluy, leurs bagues sauves , c^est à dire ce qu'ils pourroyent emporter. Un nommé Antoine Fumée , après avoir remonstré plusieurs abus et erreurs en FËgli- 86, et discouru Torigine d'iceux, après avoir aussi magnifiquement parlé de la Cène de Nostre Seigneur Jésus-Christ, la cérémonie do laquelle avoit esté appelée par les Grecs liturgie, et déduit lort amplement les causes des erreurs et abus qui sont en TËglise, fut d'ad- Ti8 pour y pourvoir, de supplier au roy qu'il lui pleust procurer un concile général, auquel se déterminassent les articles qui se révoquent aujourd'huy en doute , et fussent les hérésies et abus descouverts et condamnez , et cependant faire sursoir la persécution et jugemens capitaux contre ceux qui tiennent les propositions qui n'ont encore esté jugées ny déterminées hérétiques par le jugement de l'Eglise catholique.
« Geste opinion fut suivie de pluaienrs, et des plus doctes et mieux fumez d'icelle compagnie. Il est vray qu'elle excita grand trouble et grande tempeste : tellement que le premier président d'icelle cour, nommé Le Maistre, homme de nulles lettres et sans Jugement, mais caut et astut, mesmement en matières bénéficiâtes , et pareillement un nommé Minard, aussi président en icelle cour , homme fort voluptueux et de nulle érudition, mais gradd faiseur de menées et factions , désirans faire chose agréable au roy et aux principaux de l'Eglise de Rome, craignans que ceste opinion ne fust la pins grande , et qu'il ne fallust conclure selon icelle, diflerent les autres sessions tant qu'ils peuvent; et cependant font entendre au roy que les conseilliers de sa cour sont presque tous lu-
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thériens, qu'ils luy veulent oster sa puissance et couronne, par eux sont favorisez et soustenus les Luthériens qui sont au dedans de son royaume, et que s'il ne rompt ceste entreprinse de ceste mercuriale, toute l'Eglise est perdue sans espérance aucune : que c'estoit horreur d'ouïr les aucuns d'iceux mal parler de la saincte messe , qu'ils ne tenoyent aucun conte de ses loix et ordonnances , et se mocquoient de ceux qui jugcoyeni selon icellcs, et que l'un d'entre eux avoit dit en son opinion, qn'iis s'abilloyent à la morisque, que la plus part d'entre eux alloit aux assemblées, et n'alloit jamais à la messe. »
Ces insinuations perfides ne pouvaient manquer d'émouvoir Henri H, prince d'un esprit borné , sans prudence et sans discernement, qui se laissait gouverner par le cardinal de Guiso et la duchesse de Valentinois. Il résolut d'aller au parlement tenir un lit de justice; le cardinal espérait que la présence (lu maître intimiderait les conseillers et les forcerait à voter dans le sens de la rigueur. Mais son atlento fiit déçue. « Un profond sentiment religieux, dit Sismondi, commençoit 5 inspirer aux François un esprit nouveau et un nouveau courage. Plusieurs magistrats osèrent opiner devant le roi avec une noble liberté, et accuser la dépravation de la cour romaine, ou les abus qu'elle avoit introduits, comme.
étant la cause de toutes les dissensions qui troubloient alors l'Eglise. » •
« Etentr'autres, continue notre anonyme, opina un nommé Claude Viole, homme de grandes lettres, de bonne vie et conversation , qui fut d'advis du concile : et après lui un nommé [Louis] Du Faw\ homme jeune, mais de bon entendement et bien éloquent, lequel, après avoir fait quelque discours dos abus de l'Eglise , et ayant dit qu'il falloit bien entendre qui estoycnt ceux qui Iroubloyenl l'Eglise , de peur qu'il n'advînt ce que Élie dit à Achab : Cest toy gui troubles Israël, fut aussi d\ulvis du concile, et de suspendre cepen-
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daât les peines capitales contre ceux qu'on disoit estre hérétiques. »
Ce fut alors le tour de Du Bourg de faire connaître son sentiment. Après s'être étendu d'abord sur la providence étemelle de Dieu , à laquelle il fallait que tout rendu obéissance, il ajouta qu'il y avait un nombre infini de crimes condamnés par les lois , pour lesquels ni le gibet ni tous les supplices des esclaves n'étaient sufBsans : comme les blasphèmes horribles contre la majesté de Dieu , les panures , les adultères , les débauches effrénées et les débordements de la chair ; que non seulement ces vices demeuraient impunis , mais qu'on les nourrissait par une honteuse licence, et qu'en même temps on inventait tous les jours de nouveaux supplices contre des gens qu'on n'avait encore pu convaincre d'aucun crime ; qu'on ne pouvait accuser les Luthériens du crime de lèse-majesté , puisqu'ils ne parlaient du roi que dans leurs prières pour lui souhaiter toutes sortes de prospérités; qu'ils n'étaient pas violateurs des lois; qu'ils n'avjiienl pas tenté de corrompre la fidélité des villes , ni porté les esprits des habitants du royaume au crime ; que par tous les témoins qu'on avait sollicites et subornés contre eux, on n'avait pu encore découvrir qu'ils eussent môme de cela les moindres pensées ; que leur crime consistait donc en ce que par la lumière de la Parole de Dieu qu'ils prenaient en main , ils découvraient les vices énormes et honteux de la puissance romaine qui roulait dans la décadence, et demandaient la réformation ; que c'était là ce qui les faisait accuser de sédition. « Ce n'est pas chose de petite importance , dit-il en terminant , que de condamner ceux qui invoquent au milieu des flammes le npm de J.-Ch. »
Les oreilles dn roi n'étaient pas habituées à un langage aussi ferme et aussi sincère. Peut-être vit-il dans les paroles du vertueux conseiller une allusion à sa passion adultère pour Diane de Poitiers; c'est ce qui explique le furieux courroux dans lequel il entra.
au point quMl Itii échappa de dire qu'il verrait de ses yeux brûler Du BÔui^.
Anne Dubourg fut arrêté séance tenante, avec son collègue Du Faur, et remis entre les mains de ÈÊontgom^ fnery, capitaine des gardes, pour être conduit à la Bastille. Le même jour, Antoine Fumée, Eust<tehe de La Porte et Paul de Foù^ allèrent rejoindre leurs collègues dans les cachots de la forteresse, bu Val, Du Ferrier et Viole furent assez heureul pour éviter le même sort, en se cachant chez lèuis amis. « La plupart, lit- on dans de Thou , jugèrent de celte action da roi d'une manière différente et suivant qu'ils étaient disposez. Mais les pliis sensez voyoient avec douleur que le roi poussé par de mauvais conseils fit venu au parlement, pour renverser l'ordre des loix , dont il detoit être le protecteur. » Lorsque un mois pltis tard , Henri II mourut de la biessnre qu'il avait reçue dans un tournoi de la main du même Montgommety, on ne manqua pas de remarquer cette toinddence étrange , et l'on voulut y ttir un châtiment du ciel irrité.
Ce ne fut que le neuvième joqr 4e son incarcération que Du Bourg suKt un premier interrogatoire; jusque liîl avait été tenu au secret le pltré ab^lu. Une commission de six membfes, daés laquelle fipraient l'évêque de Paris , Eustache Du Bellay, et l'inquisiteur Démocharès, fut déléguée par le roi pottr lui faire son procès, ainsi qu'aux qfuàtre conseillers arrêtés comM lui. Vn Bourg récusa ces commissaires et demanda à être renvoyé devant son jtl||e naturel, la cour du parlement. Vais Ûxs lettres- patentes émanées du roi en sod conseil lui enjoignirent d'accepter les juges qui lui étaient donnés, sois peine d'être tjéclaré atteint et cai^ vaincu des crimes k lui imputés et it rébellion au roi. Il se soumit.
Interrogé s'il croyait aux traditions de l'Eglise , il répondit qu'il n'était p&s très-versé dans les Ecritures saintes, et qu'il voudrait avoir employé à les étudier le temps qu'il avait consacré au