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lion d'icelle Cène (récitée et egerite par les évangéiistes* et siDgulièremenl par Tapostrc »ainl Paul) » et la célébration de la messe, parceque ce n'est point la iiiémoire du vray sacrilice, c'est à dire de la mort et passion de Jésus-Christ, comme esl la saincte Cène : ains un renoncement d'icelle, d'autant qu'elle s'attribue ce qui appiirticnt au seul sang de Jésus-Christ respandu en la croix , assavoir, sanctiûcation, purgation, at rémission des péchez avecques collation de grâce. Et qui pis est, fait adorer la créature, un morceau de paia au lieu de Jésus-Christ , Nostre Seigneur, seul Sauveur et Rédempteur.
« Je croy la troisième marque de TËgllse, qui est la discipline ecclésiastique, estre grandement utile et profitable, voire nécessaire en l'Eglise catholique , pour la consolation des bons et correction des meschans. Laquelle aussi je croy et à icelle me sousmets : sachant que c'est l'ordonnauce de Jésus-Christ en l'Evangile : laquelle a esté practiquée par les Apustres en la primitive Eglise, à ce que tout fust fuit honneslement, et par bon ordre : qui est chose hooueste et nécessaire en toute la congrégation.
« Je croy la puissance de lier et deslier, excommunier et absoudre, qu^on appelle communément les clefs de TEglise , estre donnée de Dieu : et non point à un homme ou deux, ou à aucuns particulièrement, ains à toute rSglise, c'est-à-dire à tous les ûdèles ei croyans en Jésus-Christ ; et non point pour destruire , démolir ou gaster^ ains pour édifier ou avancer le tout: pour ce dy-je et confesse que rexcommunication ou absolution d'icolle ne doit point et ne peult estre donnée à l'appétit ou au vouloir d'aucuns particulièrement, ains par le consentement de toute l'Eglise, ou au moins de la plus grande , meilleure et plus saine partie d'icelle, congregée et assemblée au nom de Jésus-Christ, avecques prières et oraisons.
«( Je croy que ceste excommun icaliou» qui est le dernier baston de TE-
gUse, ne doit et ne peult estre jettée contre personne qnel<»>nque, que premièrement elle n'ait hTou et fait confession de la foy et religion chrestienne; comme aussi elle \\v peult estre promulguée pour quelques petites choses, soyeot dcbtes pécuniaires ou autrescfaoses semblables : ny aussi Texécater contre tous pécheurs, ains seulement contre les pécheurs publiques, rebelles et obstinez , envers lesquels la Parole de Dieu et la correction fraternelle par Jésus-Christ , commandée en PËvangile, n'a point de lieu.
« Parquoy de ce baston abusent grandement tous ceux qui excommunient les Chrestiens pour petites choses, et sans avoir premièrement la correction fraternelle. Pareillement aussi ceux qui excommunient les Juifs,Turcs, Ethniques et autres ioGdèles , voire aussi les chenilles et autres bestcs brutes, voulans jetter «t mettre hors de PEglise chrestiennc, ce qui ne fut jamais dedans.
« Je croy et recoy en ceste JÉglise deux glaives, c'esl-è-dire, deux puissances. L'une eccléi^iastique et spirituelle, laquelle gist et consiste en la seule administration de la Parole et des sacremens : elle ne porte ne verge, ne baston autre que la langue , et n'use d'autre cousteau que du glaive de l'esprit, qui est la Parole de Dieu. Ensemble je confesse que tous ceux qui ont c& glaive entre leurs mains, doivent estre irrépréhensibles, tant en leur vie qu'en leur doctrine , autrement on les doit déposer et démettre de leurs offices, et y en mettre et substituer d'autres meilleurs en leurs places. L'autre puissance est politique,' assavoir, le magistrat quaat aux choses externes et civiles, pour rendre selon justice à un chacun ce qu'il luy appartient.
« Et pour ce, je croy que le magistrat est une ordonnance de Dieu en son Eglise, pour défendre les bons et gens de bien, chasUer et punir les meschans : auquel aussi faut rendre le tribut, honneur et mérence, et ol»éir en toutes ctioses qui ae sont poiut cuntrevenan-
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les ^ la Parole de Dieu. Et cela entenje, nou-seulemeDt du magistrat tidèle, ains aussi do Tinfidèle, inique et tyran, auquel aussi faut obéir, comme au Seigneur, en tout et partout : supposé qu'il ne commande rien contre la Parole du Seigneur. Car lors devons plus obéir à Dieu qu'aux hommes , à Texemple des apostres Pierre et Jean.
« Je croy qu'au magistrat appartient non-seulement avoir regard sur la politique, ains aussi sur les choses ecclésiastiques, pour ester et ruiner toutes idolâtries et faux services de Dieu : pour destruire le royaume de TAntechrist et toute autre doctrine fausse : promouvoir la gloire de Dieu, et avancer le royaume de Jésus-Christ; faire prèscher la parole de l'Evangile partout, et icelle maintenir jusques à la mort; chastier aussi et punir les faux prophètes qui mènent le povre populaire après les idoles et dieux estranges : et au lieu de l'Evangile, preschentet enseignent les fables et traditions des hommes, au déshonneur de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, au grand scandale des auditeurs et à la ruine de toute l'Eglise. À iceluy magistrat, toute personne de quelque estât, sexe ou condition qu'elle soit, doit estre subjette et luy obéir en toutes choses honnestes et raisonnables , d'autant qu'il représente la personne du grand Seigneur, devant lequel toutgenouil doit fléchir : pour ce, ne doit-il point estre oublié en noz oraisons, à ce que le Seigneur le vueille diriger en toutes ses voyes et que nous puissions vivre en toute paix et tranquillité sous iceluy.
«Je croy que le magistrat sainetement peult présenter le jurement aux fidèles en jugement, pour cognoistre la vérité et mettre fin à toutes les contre versies ou différons entre les hommes : lequel doist estre fait par le seul nom du Dieu vivant, d'autant que c'est le troisième commandement de la première table. El combien que la perfection chrestienne soit dire Ouy, ouy, non, non, sansjurer aucunement : loutcsfois le fidèle pourra fidèlement user
de jurement en lieu et temps, avecques discrétion à la crainte du Seigneur, pour choses honnestes, justes et véritables, pour conformer la vérité, quand l'honneur <]u Seigneur, ou bien le salut du prochain y pend, et non point autrement. Car l'homme qui s'accoustumera de jurer, sera remply d'iniquité.
« Et confesse aussi que comme tous juremens, vœus ou promesses faites selon la Parole du Seigneur, soit à Dieu ou aux hommes, sont obligatoires et doivent estre gardées et observées inviolablement : qu'aussi ceux qui sont faits sans ou contre la Parole et commandement de Dieu , comme sont les vœus monastiques et autres semblables, qui promettent choses impossibles et contrevenantes à la Parole du Seigneur, n'obligent ny ne lient aucunement, ains sainctoment sont rompus et violez.
Car en promesses iniques et vœus sols et indiscrets, l'homme fidèle, prudent et sage, doit changer propos.
« Quant au purgatoire, je croy que le sang de Jésus-Christ nous purge de tous nos péchez, par la foy que nous avons en luy. Sainct Pierre dit^ Sachez que vous avez esté rachetet de votre vaine conversation^ non point par chose corruptible, comme par or a»
argent, mais par le précieux sang de Jésus, Aussi il n'y a que deux voyes en l'Ëscriture, savoir : Qui mourra en foy, et en invoquant le Seigneur, sera sauvé ; mais qui ne fera cela , il sera condamné. Voyez le larron, qui avoit fait tant de maux, il luy fut dit, 7» seras aujourd'hui/ en paradis. Et parlant de l'histoire du mauvais riche , le povre fut ensevely au sein d'Abraham, et le riche en enfer : où vous trouvez les deux voyes seulement Puis donc qu'il n'y a en toute l'Ëscriture que ces deux lieux, et que les Apostres n'ont enseigné de prier pour les morts, je rejette toute telle oraison, comme frivolle.
«Ilestditenl'Ecclésiaste, Ilyaçtidque espérance à celuy qui est aesocié avecques les vivons^ car il taiU
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mowrra, mais le mort ne sait rien; earsamémoireestmiseen(mbly,etn*a plus nulle part au monde, ny en ce qui se fait sous le soleil. Les Apostres ont recommandé les œuvres de miséricorde et charité : mais ils ne font aucune mention des morts : ce qu'ils n'auroyent oublié. Mais, au contraire, il est défendu de se soucier des morts, Dentéron. xv etxxvi, Lévit ixi, Ezéch.
« Ne plorez point le mort ^ dit le Sage, car tu ne luy profiteras rien. Les Apostres parlans des trespassez, ont bien dit que les âmes des justes sont en la main de Dieu : mais ils n'ont jamais commandé de faire oraison pour eux, ce qu'ils n'auroyent oublié : n^is au contraire, il est dit en l'Apocalypse, chapitre xiv : Bienheureux sont les morts qui meurent à nostre Seigneur, r Esprit dit qu'ils se reposent de leurs labeurs.
« Item, le Sage dit : Si le juste est prins de la mort, U sera en refrigeration. EiT^MÏs donc qu'ils ne souffrent plus de douleur, et qu'ils sont en repos, ils ne sont pas tourmentez en un purgatoire. Car Dieu est si doux et si miséricordieux, que dès que le pécheur luy demande pardon, il luy ottroye. Si TOUS m'alléguez le livre des Machahées, je vous respon qu'il est apocryphe, et non des livres crédibles pour confirmation : comme mesme l'accorde sainct Hiérome , en la préface des Pro- Terbes. Lequel livre a esté fait sous le nom de Judas Machabeus et ne fut trouvé avec les autres. Parquoy et veu qu'il n'en est fait mention aux Livres saincts, je dyque c'est invention humaine, inventée pour avoir argent des messes.
Je vous pourroye alléguer plusieurs autres passages de la saincte Ëscriture, mais mon ignorance ne le permet.
« Moy donc cognoissant les grans erreurs, abus et superstitions auxquels j'ai esté plongé parcy-devant, maintenant je renonce à toutes idolâtries et fausses doctrines qui sont contraires et contrevenantes à la doctrine de mon maistre Jésus-Christ, qui est la saincte
et pure Parole de Dieu, contenue aux livres canoniques du Vieil et Nouveau Testament, révélée par le Sainct-Ësprit; laquelle je pren pour ma guide et conduite en ceste vie mortelle , comme la colomne de feu conduisant les enfans d*lsraél par le désert , jusques en la Terre promise et désirable : ce sera la lanterne de mes pieds.
« Ensemble je promets pour l'adve • nir et le résidu de ma vie, cheminer et vivre selon sa doctrine , le mieux que sera k moy possible, moyennant l'Esprit de Dieu, qui m'assistera et dirigera en toutes mes voyes, sans lequel je ne puis rien, avecques lequel je puis tout: tellement que tout sera à la louange du Seipeur, à l'advancement du royaume de son Fils, à l'édification de toute son Eglise, et au salut de mon ame. Auquel seul je ren grâces éternelles , lequel aussi je prie au nom de son Fils Nostre Seigneur, me vouloir confermer et entretenir par son Sainct-Esprit, en ceste foy jusques à la fin, et me donner grâce, vertu et puissance de la confesser de cœur et de bouche, tant devant fidèles qu'infidèles, tyrans et bourreaux de l'Antéchrist, eticelle maintenir jusques à la dernière goutte de mon sang.
«Je désire grandement vivre et mourir en ceste foy, sachant et estant bien asseuré qu'elle a pour fondement ' la seule Parole du Seigneur, et qu'en icelle ont vescu et sont morts tous les saincts Pères, Patriarches, Prophètes et Apostres de Jésus-Cbrist. C'est la vrayc cognoissance du Seigneur, en laquelle gist et consiste la béatitude et félicité de l'homme , comme dit Jésus- Christ : Ceste est la vie étemelle , 6 Pire , qtte Von te cognoisse seul vray Dieu, et celuy que tu as envoyé, Jésus-Christ.
« Voicy la foy en quoy je veux vivre et mourir et ay signé cest escrit de mon seing, prest à le sceller de mon propre sang, pour maintenir la doctrine du Fils de Dieu. »
En lisant cette profession do foi, on ne sait ce que l'on doit le plus admirer de la parfaite sérénité d'âme de Du
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feourg en face de l'écbafaud ou de la profonde érudition théolojpque qu'il y déploie. Elle devait être Men ardente et bien ferme à la fois la conviction de cet homme pour lui inspirer un pareil courage, et ce courage ne faiblit qu'un inâtant. Dès que ses amis eurent connaissance de cette pièce , ils coururent à la Bastille, réussirent i pénétrer jusqu'à Du Bourg qu'on traitait avec une extrême rigueur , et le supplièrent de substituer i cette profession de foi une autre confession conçue en termes ambigus. Du Bourg céda à leurs prières après une longue résistance ; mais une lettre de Atarlorat lui rendit toute sa résolution; Regardant comme indigne de lui et de la cause dont il était l'athlète , d'approuver, ne fût-ce que par son silence, le système de défense de son avocat qui avait sollicité la pitié des juges et la miséricorde du souverain , en présentant comme une indiscrétion condamnable sans doute, mais excusable dans un homme aussi éminent et de mœurs aussi pures, la vertueuse indigiuUion qu'il avait témoignée en présence du monarque, il désavoua son défenseur ; bien plus , il érrivll aii parlement que s'il avait jusque là interjeté tant d'appels, ce n'avait point été pour prolonger sa vie, mais pour ne rien omettre de ce qui j)ouvait soutenir la justice de sa cause, et pour que son affaire, plusieurs fois discutée , fût mieux éclaircie. En même temps , il fit remettre à la cour sa première confession qui, il nePignoraitpas, était une sentence de mort. Il ne voulut pas davantage céder aux instances de ses amis qùTavaienl sollicité et obtenu à prix d'argent l'évocation de la cause de Rome, et qui avalent pris les mesures nécessaires pour l'enlever en chemin. N>ût-ce pas été reconnaître au pape une autorité qu'il lui refusait, que de tenter cette voie de salut? Il attendit courageusement l'instant de sceller sa foi ûe son sang.
Le 24 décembre, le parlement rendit l'arrêt suivant :
•« Veu par la court le procès crimi-
nel et extraordinaire faict à rcnconlrè de M* Anne Du Bourg , conseiller dit roy de ladicte court, accusé du crime d'hérésye; .... et tout consulté, il sera dit que ladicte court a déclaré et déclare ledict Du Bourg attainct et convaincu du crime d'hérésie plus à pfaîn . mentionné au procès criminel contre luy faict, et que hérétique , sacramentayre, pertinax et obstiné, a condamné et condamne à estre pendu et guindé à une po lance qui sera mise et plantée en la place de Grève devant l^hostal de ceste ville de Paris, lien ph»
commode, audessoubz de laquelle sera faict un feu dedans lequel ledict Dô Bourg sera gecté , ars , bruslé et consommé en cendres; et a déclaré et déclare tous et chacuns ses biens estans en pays où confiscation a lieu , acquis et confisquez, suyvant les édictz et ordonnances du roy. » Signé De Tho* et Barthélémy.
Par une clause spéciale, la cour déclara en même temps que son inlentiOB était que Du Bourg ne sentît aucunement le feu , mais qu'il fût étranrii avant d'être jeté dans les flammes, faveur dont il fut sans doute redevable k ces lâches et vils conseillers de La Tournelle qui, par leur indulgence, avaient occasionné la mercuriale et ^oi n'hésitèrent pas à signer la sentence de mort de leur collègue , « tant desnu dit Crespin, les menaces, la crainte cl les promesses avoyent changé les affections de ceux qui sembloyent an commencement vouloir porter le bpn parti. »
Cependant lorsqu'ils entendirent Du Bourg prier Dieu de pardonner sa mort à ses juges égjirés, en se réjouissant «d'une si heureuse journée par lui tant désirée » ; lorsqu'ils l'entendirent leur reprocher d'une voix vibrante le sang innocent qu'ils répandaient, les exhorter à songer au jugement de DieiL ou. s'ils avaient « esgard aux hommes plus qu'à Dieu, » h l'opinion des princes et des peuples étrangers; protester qu'il mourait pour la doctrine de PEvangile ; les supplier de cesser «leurs