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instituée et d'offrir ce qu'il n*a pas commandé. — 2« Il ne le pouvait sans adorer l'hostie, ce qui était contre sa conscience. — 3« Il ne pouvait rester dans une communion qui prive les fidèles de l'usage de la coupe. — i» Kn persistant dans la religion romaine, il n'eût pu s'abstenir de participer à Tinvocation des saints — .')• et à Tadoralion des images .— 6» Il ne pouvait croire au prétendu purgatoire — 7" ni au mérite des œuvres. — 8" Enfin il ne pouvait plus s'assujélir h l'autorité du pape. Ce petit écrit se distingue avantageusement par un style plein de simplicité et exempt de ces violentes déclamations qui n'étaient que trop à la mode. L'évoque d'Angers ne prit pas la peine de lui répondre; mais la Sorbonne fulmina contre lui, le 15 juillet 4637, un décret par lequel elle le chassait de son sein et l'accabliiit de malédictions. Redoutant pis, Cupif jugea prudent de se réfugier en Hollande. A défaut d'une vengeance plus éclaUnte, le P. Véron répandit le bruit que, saisi de remords, il (Hait lolourné dans l'Anjou et était rentré dans le sein de TEglise romaine , en même temps que le ministre Le Veillcux qui, selon
Véron, avait poussé la ferveur religieuse jusqu'à se faire chartreux (1). ciipif le
convainquitd'imposlureparune Lettre à MM. les pasteurs et anciens assembles en consistoire à Charanton, Char., 1639, in-12. Il se préparait alors à se faire recevoir ministre. Nommé pasteur h La Haye, il y exorrn son ministère avec hcauVoup d'i-dilicalion.
Il fut marié deux fois, la première avec une demoiselle Dorsel/es, la sopondo avec une lille de Tilluslre maison de Blois de Trelton , dont le grand-père i^vail été amiral de Hollande.
CLIVSOL 1)L MOAT (Etienne dk),
(1) Voici le portrait que le nn-ilivair Tailemant drs Hraux nous ir;irc ij,' rr dcrniof ministre : « Cet iHuniin' rtoii uv pi-ii lou. « i ni priant Dieu, il deinruroit qu<'l«iiiri()i> ni extase. Il liiiëiiiappoit parloisdc lielh-M l.(.>f.s; f'etoil un Rentillionime plein <!e rli:ii Ir II tvoit près de K0,00(» livres de renie qu'il eniployuit à aksistcr les pauvres. ■
ministre de Montpellier. C'était, dit Be» nott, un homme sans jugement et de mœurs peu édilîanles; mais Thistorien de redit de Nantes est toujours disposé à juger sévèrement ceux de ses coreligionnaires qui s'écartaient de la doctrine de Calvin. Or Cursol Du Mont était anti-trinitaire; c'était là peut-être son seul crime. Quoi qu'il en soit, il fut rilé devant le synode du Bas-Languedoc, assemblé à Nismes, le 1 5 avril 4 671, pour avoir à répondre à la triple accusation d'arianisme, de socinianisme et même d'anabaptisme. Les huit jours que devait durer la session se passèrent s^nsque la cause fût appelée.
Le commissaire du roi Veiremales ordonna donc au synode de se séparer; mais celui-ci ne tint aucun compte de sesinjonctions réitérées, espérant que la natuiedel'airaire lui servirait d'excuse, puisque les Catholiques ne détestaient pas moins que les Calvinistes les disciples d'Arius et de Sociu. Il passa donc outre, et déposa l'hérétique {Archives de Genève, N« 3547). Louis XIV qui voulait être obéi, se montra fort irrité et cassa toutes les délibérations du svnode. Encouragé par cet arrêt, Cursol Du Mont se pourvut au parleipenl de Toulouse, el, de son côté, le consistoire de Monlptlliers'adressaà la Chambre de redit. Sur ces entrefaites, un orfèvre de Montpellier, nommé Rommier^ qui s'élait rendu coupabb' <• do quelque scaïubile»', fut suspendu de la cène, et il eut aussi recours au parlement, qui ne demandait pas mieux que de s'immiscer d;ins lesailairesde l'Eglise protesl inle. Le consistoire présenta une re([uCle aux commissaires du roi, qui, justfs celte fois, renvoyèrent le jugement de la cause au prochain synode, ordonnance qui fut conlirmée par le Cons<;il. Conilûen de seiTiblables querelles devaient donner de joie aux euneiiiis (le l:i Réforme! Que de maux on ei1l évilés par un peu d'indulgence !
L'elicl imméihiit de ces procédures fut qu«^ le niiiiislre de Montpellier, prévoyant que tôt oti lard il peidniil la partie, embrassa la religion romaine,
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avec sa fille Sus\x:*E-Loui?E-f!Ms\- BETU, à qui le roi accordji, on l(jU«, une pension de 300 livres (Arch. ncn.
CljVll-:n, nom d'une famille originaire du coralé (élevé plus Uird au rang de principauté) de Monlbéliard.
Claude CuTier , né à Villars-sous- Dampjoux, en ir)oi, » avait appris quelque peu de leltres chez le curé de Chûtel, où ses parents Tavaient mis, de manière qu'à son retour dans la maison paternelle, il servait et minislrait le sieur curé de Dampjoux aux divers offices, psalmodiait aux vêpres, chantait et répondait les messes , observant jeûnes cl abstinences, » Son père Tayanl envoyé, vers ce temps, à Montécheroux pour y apprendre Tétat de tanneur, le jeune Cuvier y puisa, d;Mîs les prédications du ministre Claude Wattelet^ un penchant pour la religion réformée, qu'il ne pritpas la peine de dissimuler; aussi, en 159 4, tut-il dénoncé comme hérétique, arrêté par le liscal de Baume et transféré dans les prisons de Dôle, où les mauvais traitements ne lui furent pas épargnés. Le parlement se mit h instruire son procès; mais les énergiques réclamations du comte Frédéric firent cesser les poursuites. Rendu à la liberté, après six mois de détention , Cuvier alla s'établira Montécheroux et abjura publiquement la religion romaine. Il n'eut qu'un fils, nonmié Jacques, qui se voua au ministère sacré , fut pasteur successivement à Saint-Maurice , en len; àChagey, en 1621; à lléricourt, en 1635, et mourut en 1637, laissant, entre autres enfants, de sa seconde femme Marguerite Perdrix , Daniel, né à Chagey, en I62i, ministre à Monlécheroux en 1047, puis à Brevilliers en! 053 ; Nicolas, qui suit; Jean, dont nous p:irlerons après son frère.
I. Ni^-olas (luvier, né h Cliaî:jev en 1623 , greffier de la justice, puis chûtelain de Blamont, mourut en 101)8.
11 avait épousé Marie-Madelaine IHnninger ^ qui lui avait donné six filles
et un fils , du nom de Jacqces-Curis- TOPHE. Né à Hlaniont en 1 00 i , ce dernierfut cnvové àruniversil»' de Tubingue où il étudia, pendant six années (de 10S2 à 10«8), la philosopliir et la jurisprudence. Après avoir pris le grade de licencié en droit, il retourna à Blamont et fut nommé , Tannée même, adjoint de son père, en attendant qu'il lui succédât dans son emploi. Dès !70i, il fut appelé k siéger dans le conseil de régence. En 171 i , le duc Léopold- Eherhard fenvoya , comme son charge d'alYaires, au congrès de Bade, pour réclamer la souveraineté des quatre seigneuries usurpées par Louis XIV, puis à Paris et à Londres, pour se plaindre des vexations de l'administration française et oldenir le redresseme:it de griefs nombreux. En 1719, Cuvier donna sa démission; mais après la mort de Léopold-Eberhard , dont le gouvernement n'avait été qu'une suite d'acte? arbitraires ou scandaleux, il fut rétabli dans ses emplois par Eberhard- Louis , duc de Wurtemberg. Il mourut le \ s^ept. 1737, sans enfinl de sa fer.niiv; ilargucrite Thcvcaot.
H. Né à Chagey, en 10i!8, Jean Cuvier s'établit à lléricourt où il exerça la
profession de chirurgien, et où il fut revêtu des fonctions de maire et de prévôt. Il mourut en 1675 , laissant de sa femme Anne Rosseîot: 1* Alexani>ui>i, femme de Sicolas Richardot^ receveur de la seigneurie d'IIéricourt;
— t* M.vuuuERiTK mariée à Etienne Ckaffin , notaire et receveur fiscal de la même ville; — 3' Catoerine; — 4" Marie femme ^Ahraltam Vaugris;
— 5- David , né h lléricourt , en 1 666, 'qui s'étabiit à Bhimont et devint greffier et tabellion de la cMtellenie. Lorsqu'au mois de mars 1715, au mépris des stipulations des traités de Basladt et de Bade, le gouvernement français destitua tous les officiers de justice , notaires et procureurs qui professaient la religion protestante dans les quatre seigneuries dépendantes du comté de Montbéliard, David Cuvier se retira h Montbéliard où il obtint le
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greffe de la justice de la mairio, et, eu même t«mps, le coiitrôU des actes du notarial. Il mourut le 2 nov. 4 7 43. Sa femme, Catherine M'- quill et, Fa- Tait rendu père d'une fille, nommée Catherine-Eléonore, et de deux lils:
Jean-Nicolas, qui continua la descendance, et Jean-(jeoi\ges, qui fonda un nouveau rameau.
Jean-Nicolas Cuvier , né h lîlanionl vers 1713, fut admis au séminaiKî de Tubingue en 1729. Ses éludes on Ibéolojfie terminées, il fut nommé paslcur à Uoches , en \ 637 , et après ciiH[uanle ans do ministère , il fut admis à la retraite par le conseil de réirence. Une notice généalogique que nous avons ious les yeux et que nous devons à robligeauce de M. Othon Cuviei\ pasteur à Metz, ne nous donne pas la date de sa mort, mais elle nous apprend qu'il fut le collaborateur de J.-J. Duvernoy dans la trad. d'un ouvrage de controverse du chancelier Pfalî de Tubingue. Ses deux lils, Pierbe-Nicolas et jACQLEs-CnniSTOPUE, embrassèrent aussi la carrière ecclésiastique. J/aîné fut nommé à la cure de Brevilliers en 1764 et la desservit jusqu'en 181 S qu'il se retira chez sa iille mariée à Pierre Japy , de Beaucourt. Il mourut en 18:î7, laissant outre celte fille, deux fils, CnARLES-Nicoi.vs, ministre à Bethoncourt, et Loiis-dniusToiMiE, pasteur à Brevilliers et père de. Charles, professeur d'histoire à i'acafbimie de Strasbourg. Le cadet, né h Roches en 1749, desservit l'église d'Etupes depuis 1783 et mourut en 1851. Sa femme, Charlotte- Edwige Masson, lui avait donné quatre enDinls : I^Rodolphe-Eberuard-Nicolas, né à Etupes, le 2Î janv. 1785 , pasteur de l'église évangélique de Paris ; — V Charles, mort en 1839, économe au lycée de Nancy; — 3* Fuédérique, femme de Louis Dubois, professeur de mathématiques au collège de Monlbéliard; — 4" Louise, mariée au pasteur de Seloncourt Cucud.
\\\. Après une jeunesse assez dissipée, Jean-Georges Cuvier s'engagea,
contre le trré de ^cs parents, dans un réirimcnl suisse au s«Mvic(* de Fr..nce. Sa b<!lle conduit»' pondant la guerre de Sept ans lui niéiita le grade de capitaine lieutenant et les iusiirnes de l'ordre du Mérite militaire. De retour à Montbéliard, sa ville mrtale, il y épousa, en 1 70 4 , Ch'mentine-Caiherinc (1) , fille de hdcs-Frrtlcric Chàtel , inspecteur des vignes , dont il eut trois lils : 1* Geor{;i:s-(jiarles-IIenri, mort jeune; — V OY'ory^s-LtoPOLD-CHRÉ-
TlEN-FRÉnÉRlC-DAGOBERT(^),à quisOD
génie a mérité le surnom de Grand ; — 3* Georges-Fueuéric, qui a dignement marché sur les traces de son frère dans la carrière des sciences naturelles.
Georges Cuvier, un des esprits les plus vastes, les plus lumineux et les plus féconds que la nature ait produit», l'Arislote d(?s temps modernes, naquit à Montbéliard, le 23 août 1769, dans une condition voisine de la pauvreté, et mourut à Paris, le 1 3 mai 1 832 , au comble de la gloire.
Avant d'aborder la vie si remplie de ce grand homme, il ne sera pas inutile de dissiper les illusions de certains de nos confrères d'outre-Rhin, et de venir en aide à l'ignorance, quelquefois grossière, de beaucoui» de nos compatriotes. Cuvier appartient tout entier à la France. Le comté de Montbéliard, pays de langue d'Oil, dialecte bourguignon, n'a rien de connnun avec rAIlemaguc.
Porté par mariage dans la maison de AViirtemberg, il conserva toujours ses franchises, et des franchises qui, quoi-
{\) Tous les biograplu's de Cuvier s'arcor- (lenl a lui atlribuor une grande pari dans le developpeinenl |)r(.'coce de son tils. Une de Sfs sœurs, mariée au pasteur Wallhcr, devînt luérc (le l'un des yeneraux les plus distingues de la lli'vohilioii el de IKoipire, le conile AValllier.
(2) l.e nom de (Irorgcn ne lui appartienl proprenu-nl pas. Sa mèie avait riiabilude de l'appeler de ce nom en ^ouvenir de son û\> aînc qu'elle avait perdu. Lors de son mariage, Cuvier demanda et obtint ^aulori^ation de te ]*oiler- i^UAiil au nom de Da^ubert, il lui fui impose parson parrain lecolonel ùoWalduer, oncle de .M"' la baronne iVObcrkinh dont on vient de publier les intéressantâ Mémoires.
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que datant du XIII* siècle, pourraient paraître cxorbilanhis aujourd'hui {\).
La lan|][ue nationale était seule usitée dans tous les actes de l'administration; J'allemand nV'lait pas mCme enseigné dans les écoles. Le petit état de Mont- J»éliard ne se distinguait donc des provinces soumises à la domination française que par des institutions plus libérales et par un gouvernement plus paternel. L'instruction, favorisée par les principes d'une religion plus éclairée, était aussi beaucoup plus répandue que dans les provinces limitrophes, et ce qui est à remarquer, le goût et l'esprit des études se portaient plutôt vers les scien- • ce» exactes et d'observation que vers les sciences spéculatives , vers les arts mécaniques que vers les arts d'imagination. Le génie des Hauhin (Voy.) semblait toujours souffler sur leur patrie d'adoptioa(î). Telles sont les considérations qui nous portent à dire que la patrie de Cuvier n'eut pas seulement la gloire de l'avoir vu naître : les mœurs et les institutions du pays où nous ivoDi passé notre enfance et notre jeu- Desse , laissent nécessairement leur empreinte sur notre caractère.
Od rapporte que le goût du jeune Cuvier pour les sciences naturelles se révéla, dès l'enfance, à l'occasion des figures d'un Buffon qu'il entreprit de copier, en s'aidant des descriptions de Tauteur pour les enluminer. Sa passion du dessin lui ouvrit ainsi les portes du temple. A quelques années de là, le génie du plus grand botaniste du siècle, àQCafidolle (Voy.), devait suivre la même marche. Mais les parents de Cuvier ne durent voir dans cette occupation du jeune enfantqu'une distraction propre à le reposer d'études plus sérieuses, et peut-être même le futur Linaé s'attira- t-il plus d'une répriman-
(l)Dans TArt. que nous consacrerons aux princes de la maison de VViirtruihcri^-Montbéîiard, qui apparlienitcnt à la France prota^tanip, uou» tiuireroiis dans plus de détails.
(i) Recemmpiil encore une Sociéle scicnlîfiqae, iransformée, en 18oî, en Sorietë d'é- Dolalion, s'y est rnndcr, ri nou< avons sujet d'ea atiendre de bons friils. Mobîesse oblige.
de de la part de ses régents. 11 est vra qu'alsrs, plus encore qu'aujourd'hui, les sciences naturelles ne paraissaient une carrière que pour un homme de loisir, et rien ne promettait un semblable avenir au jeune Cuvier. Ses parents le destinaient h la théologie; non qu'il manifestât quelque vocation , mais c'était un état honorable, et à leurs yeux, cela sufllsait. EtranirtT k l'Allemagne par sa langue, à la France par sa religion, h l'une cl h l'autre par des institutions qui lui étaient propres, le pays de Montbéliard, condamné en quelque sorte k se sufiire à lui-nilîme, n'offrait pas d'autre carrière libérale où un jeune homme pauvre pût rattacher ses espérances d'avenir. Un certain nombre de bourses au séminaire de Tnbingue étaient réservées aux étudiants delà principauté que la fortune avait déshérili's de ses dons, et qu'une Providen<^e çlus généreuse avait comblés des siens. Sous l'un et l'autre rapport, Cuvier avait des droits. Une conception prompte , un jugement pénétrant , unis à la mémoire la plus heureuse , lui rendaient l'élude facile en m»^mc temps qu'attrayante. 11 avait terminé ses éludes classiques de la manière la plus brillante. Mais, û fatalité à laquelle le monde entier a applaudi ! soit distraction causée par quelque passage trop attachant de Buffon, soit désir immodéré de troj) bien faire — piège que l'ambition tend quelquefois à notre amour-propre, — il arriva que, dans la composition quidevaitdécider de son sort, il échoua, et contre toute attente, il n'obtint que la 3"" place. Ce n'était pas une petite défaite, car les jeunes candidats en théologie étaient pourvus d'une chaire dans l'ordre de leur mérite, au sortir du gymnase. Cuvier n'avait donc à espérer que la troisième cure vacante , et la position de fortune de ses parents lui faisait un devoir d'arriver le plus promptement au but.
Heureusement que, vers ce temps, le duc régnant de \Viirtemberg vint visiter ses possessions françaises. On lui parla du jeune Cuvier , il le vit, il lui
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plut, cl il lui arrorda une bourse h son acadt^mie. Caroline, plus connue sous la dénomination de la Solitude , parce qu'elle était établie dans le château de ce nom ï Stuttgard. Cette académie modèle réunissait les différents degrés dans son CBseignement encyclopédique.
Plus de quatre-vingts maîtres y étaient attachés. I/instruction supérieure comprenait le droit, la médecine, la science des finances et de Tadministration (Caraeral - Wisscnschafl) , la science militaire, l'aménagement dos forêts, la science du commerce , les beauxarts. Aucun établissement d'instruction n'avait encore été conçu sur un aussi vaste plan. Cuvicr y fut admis, le 18 mai 1784. Après examen, on lui assigna la classe de philosophie. Il n'avait encore aucune connaissance de Pallemand, mais, avec sa merveilleuse facilité, il ne tarda pas ^ s'approprier cette langue. Son année de philosophie écoulée, il eut à se déterminerpoiir une des sept carrières qui se présentaient à lui. Le choix n'était pas facile, car, toutes choses égales, il n'avait de préférence pour aucune; se» alVeclions étaient ailleurs. Dans cette position délicate , il imagina un moyen détourné qui montre combien la passion a de ressources. Dans les études consacrées aux sciences administratives, on avait compris, nous ne savons trop pourquoi , la zoologie et la botanique avec le dessin des plantes. Ce fut cette carrière que Cuvier choisit, c'est-àdire qu'il se résigna à apprendre l'administration pour devenir naturaliste.
Dans cette branche de l'enseignement, on avait réuni , comme à plaisir , un grand pèle-mole de connaiss.mces. On y enseignait le droit et la science des finances , le droit naturel , la pratique de la chancellerie , la science de la police, l'économie théorique et pratique, la science des eaux et forêts, la science du commerce d'Etat, la géographie commerciale, la minéralogie, la chimie , l'hydraulique , la numismatique, l'architecture civile, l'arpentage, la technologie, etc. Telle est la filière
par la quelle Cuvicr dut passer. Pour embrasser une telle masse de connaissances il fallait au moins la vaste capacité de son intelligence. Cependant son espoir futcn partie déçu. Le professeur de zoologie étant mort, sa chaire resta vide pendant toute la durée de son séjour h la Solitude ; la chaire de botanique seule fut remplie. Pour y suppléer, Cuvier rechercha les conseils de personnes versées dans les sciences naturelles, et quelques condisciples qui partageaient ses goûts s'étant joints à lui, ils fondèrent entre eux une petite académie. Chaque semaine, ils se réunissaient et mettaient en commun leurs lumières. Les cahiers où Cuvier déposait ses observations existent encore , ils sont surtout remarquables par la rare perfection des figures; tout ce qu'il représentait était animé (I). Ce talent pour le dessin ne fut pas un des moindres avantages du naturaliste. « 11 a servi de fondement, dit M. Duvernoy (2), h tous les ouvrages systématiques que M. Cuvier a publiés, et il a beaucoup contribué à l'effet magique de
(1) le plus ancien de ces cahiers, h notre rotiiuissniice, est celui que possède M. Denis, ancien dcputé sous le gouvernement de Juillet, 'lui a eu roblircance de nous en donner commuaication. Il n'est personne qoi ait visité la ville d'Hyères, sans avoir emporté quelque souvenir de sa gracieuse hospitalité. Voici le titre de ce précieux mse. in ï^iDiarinm zoologicum prarstrtim eulomnlogicttm exhibent animalia in hyrtne 1786-87 à D, df Mnrsckafi [un de ses condistiples] et me einminata ; iltorumque dcsmpliuncs et effigies ad vivum depictHity Slutlgardi», 29 janv, 1787, C. I. Cui'.cr. Un second titre porte : Diarium zooloiiicum à die \IV nept.M^h initum. Le nombre des insectes Qgurès est de 210 et celai des insectes décrits de 2ô3. Les descriptions sont en latin Dans sa Notice sur Cuvier, lue à U Société rntomulo^ique. M, Victor Aodouta entre dans quelques détails sur plusieurs de tesUiaria; mais celui que nous citons lui était inconnu.
(!2) Dans cette Notice, i>ous suivrons plus parliculièremônt, pour les détails biographiques, la Notice de .M. Vuvtrnoy qui, de toutes eelles que nous avons sous les yeux, est la plus tidéle et la plus complète, et, pour les détails scientifiques, les travaux de M. Floo« rens. Notre insurOsance et le respect que nous professons pour la parole de ees savants éminents, justifiera aux yeux de nos lecteurs Its nombreux emprunts qne nous leur feroas.
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ses leçons, où dos esquissns |)nrr;nlos, exécutées à la craie avec une rapidité surprenante, donnaient un entraînement irrésistible à ses démonstrations orales. » Plus tard, il s'adonna aussi ï la gravure. Un grand nombre de planches qui ornent ses magnifiques publications sont dues h son burin.
Ses travaux d'histoire naturelle , quoique suivis avec ardeur , ne le détournèrent cependant pas de ses autres études, qui lui valurent di' la part de ses maîtres les témoignages de salisfaclioa les plus flatteurs. Ce fut en profitant de leurs leçons qu'il se familiarisa avec cette universalité de connaissances, dont plus tard , dans son célèbre Rapport sur les sciences naturelles, et surtout dans ses Analyses des travaux de l'Académie des sciences, il donna des preuves si éclatantes. Ses études administratives étaient h peine terminées, qu'une place de prccepleur dans la maison du comte (ïllrricy, gentilhomme protestant de Normandie, lui ayant été offerte, il s'empressa de Tacceptcr. Il arriva à Caen en juillet 4788, et remplaça dans ses fonctions pédagogiques un de ses amis et compatriotes G.- F. Parrot , qui s'est fait connaître par d'importants travaux sur les sciences physiques. Le comte d'Héricy résidait habituellement dans son château de Fiquainville , près de Fécamp. Placé dans le voisinage de la mer , le jeune savant vit s'ouvrir devant lui tout un monde nouveau d'observations. Jusqu'alors il ne s'était guère occupé avec suite que de botanique et d'entomologie. Désormais, il allait interroger le règne animal tout entier. Quelques collections, mises à sa disposition , vinrent aussi fort à propos suppléer ^ son manque complet de livres spéciaux. Un Linné, — souvenir précieux du naturaliste allemand Abel, qui avait reconnu par ce présent les obligations qu'il lui avait, pour avoir traduit son cours en français, — un Linné composait ï peu près toute sa bibliothèque. Il devait donc tout demander à la nature. Tel est le livre de vie
où Cuvier puisa sa science , car où la nature p;irle , la sci<'nce elle-même a parlé. Tous les systèmes qui ne reposent pas sur celte base solide, s'écroulent au premier souffle. Les lois qui régissent les «*lres, ne s'inventent, ni ne se devinent, elles s'observent. C'est par l'observation que Cuvier allait grandir, c'est par elle qu'il allait illuminer la science, révéler les secrets de la création, repeupler des mondes détruits, retrouver l'histoire de notre globe dès avant la naissance du monde.
Son activité était incroyable. 11 menait de Iront, avec un égal bonheur, toutes les branches de la science. Conchyliologie, ichthyologie, entomologie, anatomie, botanique, il étudiait tout h la fois, et cette masse de connaissances venait se ranger sans confusion dans sa t<^te. Une bonne méthode, au service d'une mémoire qui embrassait tout sans rien oublier, peut seule avoir conduit à un semblable résultat. Dès 1189, il avait «décrit, disséqué et dessiné de sa main presque tous les poissons de la Manche. » Déjh ses travaux anatomiques lui faisaient pressentir les grandes vérités qu'il proclama plus tard. « Depuis la mort de Linnée, écrivait-il en 1790 ï un de ses amis de Stuttgard, l'histoire naturelle n'a plus de législateur, chacun suit son caprice, et si cette anarchie dure encore longtemps , la science deviendra un labyrinthe dont on ne pourra sortir. » Plein de respect pour Linné, le jeune naturaliste n'ambitionnait encore que l'honneur de marcher ï sa suite ; mais ses travaux anatomiques le mettant fré.quemmcnt dans l'impossibilité de concilier ses observations avec les préceptes du maître , sa foi fut peu -h peu ébranlée. A l'exemple des botanistes, les zoologistes se bornaient encore, dans leur classification du règne animal , aux caractères extérieurs. La réforme introduite, vers cette époque, par Jussieu dans la botanique , ouvrit la voie à une classification plus rationnelle. Cuvier comprit que l'anatomio seule fournirait des classes naturelles.
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L'élude approfondie de rorganisalion des inollus(iues lui permit de faire à celle classe la première application de sa mélhode. Mais i.'<;iilicipons pas. Qu'il nous suffise d'avoir indiqué que ce fut dans sa solitude en Normandie, loin des livres, loin des collections, loin des savants, face à face avec la nature, qu'il ût les observations qui allaieni servir de base à la réforme générale des sciences naturelles.
Il est probable que Cuvier, indépendamment de tout secours étranger, serait facilement parvenu ù se faire jour, car il avait le sentiment de sa force ; mais une heureuse circonstance vint hâter cet événement. On en était à répoque la plus terrible de la Révolution. La petite ville de Valmont, dans le voisinage du château de Fiquainville, avait aussi son club. Chaque soir , le comte d'Héricy et Cuvier s'y rendaient pour ne pas C*lre taxés d'incivisme. Mais par un heureux retour aux idées d'ordre, le club s'était transformé en une paisible Société d'agriculture, dont Cuvier avait été nommé secrétaire. Ce fut dans cette société que Tcssier fit sa connaissance. Ce savant estimable s'était réfu^né dans la médecine militaire pour échapper aux persécutions. Le 10 févr. 1795 , il écrivait à Jussieu : « A la vue de ce jeune homme, j'ai éprouvé le ravissement de ce philosophe qui, jeté sur un rivage inconnu, y voit tracées des figures de géométrie. M. Cuvier est une violette qui se cachait dans les herbes. Il sait beaucoup, il fait des planches pour votre ouvrage. Je l'ai prié de nous faire pour cet été un cours de botanique ; il le fera, et j'en félicite les élèves de notre hôpital; car M. Cuvier démontre avec beaucoup de méthode et de clarté. Je doute que vous puissiez mieux avoir pour l'anatomie comparée.
C'est une perle digne d'être recueillie par vous. » Tcssier le mit aussi en rapport avec Geoffroy Saint-llilaire.
Après avoir pris connaissance de quelques mémoires que Cuvier lui avait communiqués : « Venez à Paris, lui
écrivait Geoffroy, venez jouer parmi nous le rôle d'un autre L innée, d'un autre législateur de l'histoire naturelle. » Cuvier avait peine à comprendre cette admiration du jeune professeur. Ces mémoires n'étaient pour lui que des études. Privé de livres et de collections, il croyait que la science en était arrivée bien au-delà. « Et cependant dans ces précieux manuscrits, ajoute M. Geoffroy, dans son Discours prononcé aux funérailles de Cuvier, au nom de l'Académie des sciences, je trouvai presque à chaque p;ige des faits nouveaux, des vues ingénieuses :
déjà ces méthodes scientifiques, qui depuis ont renouvelé les bases de la zoologie, étaient indiquées. Ces premiers essais étaient déjà supérieurs à presquetous les travaux de l'époque. »
L'éducation du jeune d'Héricy étant terminée , après six années qu'il y avait consacrées, Cuvier céda aux instances réitérées de Tessier et partit avec lui pour Paris. Il y arriva au printemps de 4 795. Les honneurs vinrent bientôt au devant de lui. L'empressement de ses nouveaux amis à le servir, n'est pas seulem(;nt un hommage rendu à son savoir; sa modestie, sa candeur y ont aussi leur part. Millin, Jussieu, Lacépède, Geofiroy , s'employèrent activement pour lui. Dès son arrivée, il fut nommé membre de la Commission temporaire des arts, puis professeur à l'Ecole centrale du Panthéon.
La bienveillance empressée que tant de savants lui témoignaient, le mettait dans l'obligation de répondre promptement à leurs espérances en donnant des gages à la science. Son premier travail fut un Mémoire sur le larynx i./f'rirur des oiseaux, qu'il lut à la Société d'histoire naturelle dont il était membre, et par lequel il fait connaître d'une manière générale la structure des organes de la voix des oiseaux et en explique le mécanisme. Ce n'était encore (ju'un essai. Trois ans plus tard, il reprit ce sujet dans son traité Sur les instruments de la voix dans les oiseaux, qu'il lut à l'Institut.
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Un travail plus important fut son Mémoire sur ujif! nouvelle classification des mammifères et sur les principes gui doivent sertir de hase dans cette sorte de travail, qu'il lit en société avec Geoffroy et qui fut lu à la Société d'hist. nat., le 20 avril. 11 n'est pas poisible de discerner dam ce mémoire ce qui appartient à Tun ou à l'autre savant; mais si Ton songe que Geoffroy avait déjà acquis un nom et une position dans la science, tandis que Cuvier, provincial ignoré, venait à peine de débarquer à Paris, on comprendra que la plus grande part doit nécessairement en revenir à ce dernier, car, pour l'ordinaire, ce ne sont pas les patrons qui se mettent sous la protection de leurs clients. Dans ce Mémoire , on trouve les premiers essais qui aient été faits de la méthode naturelle en zoologie. Le principe de la subordination des caractères y estdéjà proclamé. La route une fois reconnue , la lumière allait se faire de plus en plus aux yeux de Cuvier. Dès le 4 0 mai , c'est-à-dire un mois à peine après son arrivée à Paris,il donna lecture à la Société d'bist. nat. de son célèbre Mémoire sur la structure interne et txterne, et sur les affinités des animoMXOMxquels on a donné le nom de vers. Ce mémoire fait époque dans les sciences naturelles; c'est la pierre angulaire sur laquelle Cuvier a fondé l'éternel monument consacré h sa gloire.
Des six classes dans lesquelles Linné divisait le règne animal, les deux dernières, les insectes et les vers, qui comprenaient tous les animaux sans vertèbres, offraient la plus grande confusion. Ces deux classes étaient, en outre, désignées sous la dénomination impropre d'animaux h sang blanc, par opposition aux animaux à sang rouge qui comprenaient les quatre autres classes ou les vertébrés. Cette division gé- Déralcment admise était tout à fait arbitraire. L'auatomie comparée pouvait seule débrouiller le chaos. C'est ce que comprit Cuvier. « Ayant examiné, dit-il, les modiiications qu'éprouvent dans les animaux sans vertè-
bros les ort^anos de la circulation, de la respiration et dos sensations, et ayant calculé les résultais nécessaires de ces modiiications, il en déduisit une division nouvelle où ces aiiimiiux sont rangés suivant leurs véritables rapports. » Sa distribution était si rationnelle, ou pour mieux dire si naturelle, que dès son apparition elle fut généralement adoptée. Toute une révolution venait d'être opérée dans la zoologie.
«Assurément,ditM. Flourens,nul bomme encore n'avait porté un coup d'œil aussi étendu, aussi perçant sur les lois générales de l'organisation des animaux ; et il était aisé de prévoir que, pour peu qu'il continuât à s'en occuper avec la même suite, celui dont les premières vues venaient d'imprimer à la science un si brillant essor, ne tarderait pas à en reculer toutes les limites. »
Dans un second mémoire, lu à la m(^me Société, le 31 mai {Second mémoire sur V organisation et les rapports des animaux à sang blanc, dans lequel on traite de la structure des mollusques et de leur division en ordres) , Cuvier, reprenant une des classes qu'il avait établies , celle des mollusques, « jeta les premiers fondements de son grand travail sur ces animaux ; travail, continue M. Flourens, qui l'a occupé pendant tant d'années, et qui a produit l'ensemble de résultats le plus étonnant peut-être, et du moins le plus essentiellement neuf de toute la zoologie, comme de toute l'anatomie comparée moderne.» Une suite de monographies, auxquelles ce travail donna liea, parurent successivement jusqu'en 4 815, et furent réunies, en 1847, en h vol. in-4", sous le titre : Mémoires pour servir à l'histoire et à Vanatomie des mollusques.
Parmi les mémoires qui suivirent à de courts intervalles ces trois premiers, nous ne citerons que ceux qui ont fait faire le plus de progrès à la science (4). Tels sont : Mémoires sur la maniè-
(1) Lo nombre des Mémoires qoe ('uvier pui)lia dans le cours de sa rarrii're scientib* que, est vraiment prodigieux, ils parurcut
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redont se fait la nulrition dans les insectes» lu h rinslilut en sept. 1797; Mémoire sur les vaisseaux sangxùns des sangsues et sur la couleur ronge du fluide qui y est contenu, lu h la Société d'hist iiat. en sept. 1798, et Mémoire sur les vers à sang roiige, dans lequel V auteur réunit ces vers en une classe distincte, impr. en juill. 1802. Dans le premier de ces Mémoires, Cuvier prouve que les insectes n'ont aucune circulation ; qu'ils respirent par des trachées qui portent Tair dans toutes les parties de Téconomie, et que l'absorption se fait par imbibition. Ces savantes observations ont servi de base à la séparation qui a été faite plus tard des insectes d'avec les autres articulés.
• Des d<' buts aussi brillants désignaient Cuvier «au choix du gouvernement pour la chaire d'anatomic comparée.
Mcrtrud, vieux et valétudinaire, en fut pourvu ; mais sur les instances de Geoffroy, il consentit à accepter Cuvier pour son suppléant (juillet K 795). A la mort du titulaire, en 1802, Cuvier fut appelé à le remplacer. Parvenu ainsi au comble de ses vœux, le jeune savant n'avait plus désormais qu'à poursuivre sa lumineuse carrière. Au mois de décembre, il ouvrit son cours au Muséum d'histoire naturelle (1). «Le débit de M. Cuvier, dit M. Flourens, était en général grave et môme un peu lent, surtout vers le début de ses leçons ; mais bientôt ce débits'animait parle mouve-
succe<sivemcnt dans le Journ. d'IIist. nat., le Magas. Encycl., la Décade philos., le Joiini. de pliys., le liulleiin de la Sor. pliiloiu., les Annales et les iMemoires du Muséum, les Annales des scienc. nalur. On comprend que nous ne pourrons citer dans relie Noiice que ceux des ouvrages du grand n^tu^ali^te, qui sont signalés comme les plus importunts. I.a liste complète de ses travaux est parfaitcmenl dressée, par ordre chronol., dans la iNotice de M. Duvemoy ; elle ne contient pas moins dclKpages in-8". M. Flourens la donne é;.'al(*ment a la fln de son ilist. de5 iravatix de Cuvier, en suivant l'ordre des Matières. >ous ne pouvons qu'y renvoyer.
fl) .Nous rapporterons l'apptecialion de Mislress Lee, dans ses Nemoirs of baron (!. « The very slighl accent of Monlbéliard (accent traînant et quelque peu empâ'à] wliicli
ment des pensées ; et alors ce mouvement qui se communiquait des pensées aux expressions, sa voix pénétrante, Tinspiration de son génie peinte dans ses yeux et sur son visage, tout cet ensemble opérait sur son auditoire l'impression la plus vive et la plus profonde. On se sentait élevé, moins encore par ces idées grandes, inattendues qui brillaient partout, que par une cert;iine force de concevoir et de penser que cette parole puissante semblait tour à tour éveiller, ou faire pénétrer dans les esprits. Il a porté dans la carrière du professorat le même caractère d'invention que dans la carrière des recherches et des découvertes. Après avoir créé l'enseignement de Tanatomie comparée au Jardin des Plantes, il a fait au Collège de France d'une simple chaire d'histoire naturelle une véritable chaire de la philosophie des sciences : deux créations quipeignentson génie et qui, aux yeux de la postérité, doivent honorer notre siècle. » Cuvier avait l'habitude d'improviser ses cours sur de simples notes. Ses leçons d'anatomie comparée furent publiées , avec son concours et sous sa direction, par deux jeunes savants, MM. Duméril et Duvernoy (ce dernier actuellement son successeur dans les deux chaires qu'il a illustrées) qui,par leur collaboration à ces magnitlques travaux, ont éternellement associé leurs noms au nom impérissable du créateur de la science. Jusqu'à Cuvier, l'anatomie comparée
niipht be traced in his conversation, entirelj di^appeared wliilo reading or speaking in public ; his voice could be heard every where without being pitchcd in too cle\ated a key, his articulation was remarkably rlear and distinct without beins aiïectcd, so thaï foreigncrs found il easier to comprehend him than mosl of thc French oralors, and there was a tone of feeling, a certain play ofcountcnance, whtch carried his auditors with him in ail the sentiments he iried to inspire. There was nothing in the least declamatory or theatrical, in order to arrest the attention ; but his melodious tones, his élégant turn of expression, and natural grâce of manner, gave a charm to the shortest phrases. > La notice de M™*' Lee n'a rien de commun afcc les Mémoires mss. que Cuvier a laisses sur sa vie» et dont parle M. Floorens dans son Eloge.
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n'était encore qu'un recueil de faits particuliers. Cuvier en a fait la science des lois générales de rorjranisation animale. C'est lui qui a révélé et rendu sensibles ces grandes vérités : « que chaque espèce d'organe a ses modiûcations fixes et déterminées; qu'un rapport constant lie entre elles toutes les modifications de l'organisme ; que certains organes ont, sur l'ensemble de l'économie, une intluence plus marquée et plus décisive, d\)ii la loi de \e\iT subordination; quecertains traits d'organisation s'appellent nécessairement les uns les autres, et qu'il en est, au contraire, d'incompatibles et qui s'excluent , d'où la loi do leur corrélation ou co-existence; et tant d'autres lois , tant d'autres rapports jrénéraux , qui ont enfin créé et développé la partie philosophique de celte science. » Les Leçons d'anatomie comparr> furent publiées en 5 vol. in-S" ; les 2 premiers, en 1800, par M. Duméril, et les trois suivants), en 1805, par M. Duvcrnoy. Cuvier ne se borna pas ik sun-'eiller cette publication; les généralités et quelques le<;ons sont entièrement de sa main. Du reste, il laissa une certaine latitude à ses collaborateurs. C'est ce qu'il constate dans son célèbre Rapport, en reconnaissant que MM.Duméril et Durenioy ont enrichi son ouvrage de leurs propres observations. Cet ouvrage fut jugé digne d'un des grands prix déciîmiaux. Cuvier en préparait une nouvelle édition (pi'il comptiiit enrichir de toutes les observations qu'il avait fai!e? depuis trente années; dès 1827, il en avait écrit à M. Duvcrnoy pour l'associer de nouveau à son œuvre; déjà il avait revu tout le premier volume, lorsque la mort Tarrcta dans sa tiche. Celte seconde édition, considérablement améliorée et augmentée, forme 8 lum. en 9 vol. in- 8% 1835-4:). Le l'^ vol. seul est entièrement de la rédaction de Cuvier; les t' et 3" ?ontdus l\ MM. Laurilhrd et Fréd. IJivier fils : ces trois premiers vol. correspondent aux deux premiers de la 4'' édit.; les six dernier! sont
dus à M. Duvcrnoy, qui, tout en améliorant son œuvre, s'est appliqué à conserver religieusement tout ce qui appartenait h son illustre ami.
Quant aux leçons que Cuvier professa dans la chaire qu'avait illustrée Daubcnton au Collège de France, et dont il fut pourvu à la mort de ce savant, en 1799, elles n'ont été recueillies qu'en partie et sans son concours. Kt cependant, suivant M. Flourens, ces leçons forment peut-être la plus brillante partie de son enseignement. Cuvier y suivait l'histoire des sciences naturelles depuis leur première origine jusqu'à nos jours. «Jamais spectacle plus beau, dit-il, ne sera sans doute donné aux hommes que celui d'un enseignement si haut. — Cuvier a eu la gloire, gloire immense dans un siècle aussi savant que le nôtre, de donner au grand enseignement une forme nouvelle. On se bornait à l'histoire des choses: il a joint à l'histoire des choses celle des hommes; à l'histoire de chaque doctrine, celle de son auteur, à l'histoire du fait, celle de l'observatciir. Son génie semblait avoir reçu la mission de nous révéler la marche des autres génies. »
Un des premiers soins de Cuvier, dès qu'il futinstallé au Jardin des Plantes, futde créer un musée d'anatomie digne de porter son nom, où la science zoologique *piit en quelque sorte se toucher au doigt. C'était là son orgueil. « J'allai chercher dans les combles du cabinet, raconte-t-il dans ses Mémoires, quelques vieux squelettes de Daubenton, que M. de Bulfon y avait fait entasser comme des fagots, et c'est en poursuivant celte entreprise, tantôt secondé par quelques professeurs, tantôt arrêté par d'autres, que je parvins à donnera cette colliMtion assez d'importance pour que personne n'osât plus s'opposer à son agrandissement (1).» La nature ne se débarrasse jamais sans elTort; la routine fait toujours valoir ses droits de préséance. M. Duvcrnoy qui, à la dc-
(1 ) On lit «lans Ie> Annales du Muuiini(T. lï, 1803) uno ÎSolice de Cuvier ?ur h forniilioii de ce cabinet.
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mande dfr Cuvier, cl avec le concours de son friîrc Frédéric, se chargea de dresser, en 1803, un catalogue raisonné du cabinet d'analomie, nous apprend qu'à celle époque, des 586 squelettes qu'il contenait, il n'y en avait que 102 d'anciens, qu'encore avait-il fallu remonter en entier, et des 463i préparations molles, plus de quatorze cents étaient nouvelles. Un grand nombre de ces préparations avaient été faites par Cuvier lui-même. Dès lors, ce Musée n'a cessé de s'enrichir sous son habile direction. Aussi avail-il accoutumé de dire : « qu'il ne croyait pas avoir été moins utile à la science par ces collections seules que par tous ses autres ouvrages. »
L'Institut venait d'ôtre créé. Cuvier fut compris , au commencement de 4796, dans la classe des sciences physiques et mathématiques avec Daubenton et Lacépède, deux vétérans de la science. Le t\ janv., il lut, en séance publique, son Mémoire sur les espèces d'éléphants virantes et fossiles, où il démontre que l'éléphant fossile appartient à une espèce détruite que Ton ne saurait confondre avec l'espèce vivante.
Déjà il pressent que tous ces débris fossiles « ont appartenu à des Otres d'un monde antérieur au nôtre.» «Singulière coïncidence! remarque M. Flourens, dans ce même jour où l'Institut ouvrait la première de ses séances publiques, s'ouvrait aussi la carrière des plus grandes découvertes que l'histoire naturelle ait faites dans notre siècle. » Dans cette première organisation de Tlnstitut, les secrétaires d«i la classe à laquelle Cuvier appartenait, étaient renouvelés de deux en deux ans. En 1800, il fut élu secrétaire. Il en exerçait les fondions, lorsque Bonaparte, premierconsul, eut la noble ambition do se faire nommer président de coite classe de Tlnslitut.
Le docte corps ayant reçu bientôt après (-1802) une nouvelle organisalion, Cuvier, quoique alors en mission, fut choisi par ses collègues pour une des deux places do secrétaire perpétuel de la section des sciences. Sa lâche princi-
pale, comme secrétaire, était de rendre compte des progrès des sciences physiques, dans la séance publique annuelle de l'Académie. Ses Rapports portaient sur la météorologie et la physique générale, la chimie et la physiqtie proprement dite, lorsque l'explication des faits n'exigeait point l'usage du calcul, la minéralogie et la géologie, la physique végétale et la botanique, Tanalomie et la physiologie, la zoologie, les voyages, lorsquMls concernaient l'avancement des sciences naturelles, la médecine et la chirurgie, l'art vétérinaire, l'agriculture. « L'Analyse de la partie physique des travaux de l'Académie des sciences, que M. Cuvier a rédigée pour les trente premières années de ce siècle, fera, dit M. Duvernoy, l'un des plus beaux monuments de sa gloire. » Ces rapports, de 1806- 4 830, furent réunis sous le titre : Histoire des progrès des sciences naturelles, 4 vol. in-8\ L'imparfialité des appréciations n'est pas un des moindres mérites de ces analyses. On en voit, entre autres, une preuve dans le compterendu des débats qui eurent lieu dans le sein de l'Académie entre Cuvier et son ancien ami (icotlroy Saint-Hilaire (Analyse de 4 830). Ce dissentiment a eu un tel retentissement dans le monde savant que nous ne pouvons le passer tout à fait sous silence. On sait que Cuvier, se fondant sur l'observation, admet quatre types ou plans principaux de composition , déterminant quatre groupes d'êtres organisés séparés entr'eux par une sorte de circonvallation, tandis que Geoffroy, se plaçant en dehors du fait, à un point de vue métaphysique, prétend ramener tout le règne animal h un seul plan, à une unité de composition correspondant à l'unité du règne. Au premier aspect, la conception de GcoUroy a je ne sais quoi do séduisant; notre esprit, entraîné par sa nature même, se porte volontiers audevant d'un système qui lui présente l'unité, la simplicité pour but, car toute? SOS opérations ne tendent, en dé(înitive, qu'à dégager cette unité dont il
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a rinslincl. Mais il ne suffit pas do proclamer Traie une proposition, il faut la prouver. Or la preuve est juslenientce qui fait défaut aux partisans de ce système. Pour ne citer qu'une objection, comment reconnaître, en ctfel, une imité de plan de composition entre Thomme et Toursin? Evidemment Tunité ({ne cherche Geoffroy est ailleurs. Les exceptions qu'il est forcé d'admellro, pour échapper h Tévidenrc des faits, font crouler son système. En saine philosophie , U7ie loi 71 admet pas d'exception. Loin de confirmer la règle, l'eiceplion la détruit.
Le Rapport historique sur les progrès des sciences naturel/es depuis 4789 et sur leur état actuel, que Tempereur avait demandé à rinstilut et dont Cuvier fut chargé en sa qualité de secrétaire perpétuel, rentre \)ut «a nature et par sa forme dans la calé^'orie de ses Analyses; mais comme l'auteur y embrasse une période de près de ÎO années, et expose, en tant qu'ils lui sont connus, les travaux scienliliques faits il l'étranger, ce matjnifique Rapport a une bien plus grande portée.
' « Nous en avons entendu la lecture , dit M. Pasquier dans son Eloge de Cuvier, prononcé à la Chambre des Pairs, lorsqu'il fut présenté à l'empereur en conseil d'Etat ; de sembl.iblcs scènes ne s'effacent jamais de la mémoire.
Napoléon n'avait demandé qu'un rapport, et, sous ce titre si modeste, le savant rapporteur a élevé un monument tjui, placé comme un phare entre deux siècles, montre à la fois et le chemin parcouru et la route h suivre. » Cuvier ne se chargea d'abord de ce travail qu'avec répugnance, il lui en coûtait de snsjjendre ses travaux de prédilection; mais il finit p;ir y prendre iiil'-rr't. « J'espère, écrivait-il à son ami M. Du- Ternoy, que ce sera un morceau marquant d'histoire littéraire et jdiilosophique. Je tâche surtout d'y indiquer les véritables vues qui doivent diriger les recherches ultérieures. •> Dan^; v.n Avertissement mis en trie de son Rapport, Cuvier reconnaît tout ce qu'il doit
à se? confrères de l'Institut « qui l'ont aidé d(î leurs conseils et de leurs renseignements. » Néanmoins, ileonvienlque «malgré les soins qui ont été pris pour recueillir tous les faits et pour profiter de toutes les lumières, il n'a pas été possible, dans une matière aussi vaste, d'éviter ni toutes les erreurs, ni toutes les omissions ; et ce n'est qu'en tremblant qu'on soumet au public un ouvrage encore si imparfait. » Une des plus grandes difficultés de ce travail provenait de l'ignorance où l'on était de l'état réel des sciences chez nos voisins. « Pendant quinze années de guerres et de défiance, disait Cuvier, les difficultés naturelle? que la différence des langues oppose à la propagation des découvertes, ont été augmentées par la cessation presque absolue de tout commerce littéraire... L'impartialité qui nous est recommandée et qui s'accorde si bien avec nos propres sentiments, ne pourra donc pas tou jours nous préserver d'une injustice apparente envers ceux dont les écrits nous sont moins familiers. » A ce sujet, nous nous permettrons d'émettre quelques idées que Cuvier eût comprises, et dont un gouvernement fiivorable à l'avancement des sciences ne manquerait pas de tirer profit. Le bien qui est résulté, par une plus grande difl'usion des lumières, de l'invasion des laniîues vulîjairesdans ledomainedela science, est sans contredit inappréciable, mais quand on songe qu'il a été acheté au prix de la cessation de cet échange non interrompu d'idées qui avait lieu entre les lettrés de toutes les nations au moyen d'un idiome commun, on trouve qu'il a été payé bien cher.O^e dt^ travaux importants restent ignorés, m(*me de nos savants; que <!c découver les dont nous ne profitons pas; que du temps souvent perdu à déhlayerdes terrains déjiuléblayés avant nous! Actuellement, on peut dire que les sciences sont tributaires de l'ignorance : des comauMçants qui souvent n'ont pas la plus légère teinture des lettres, décideront si les llumboldt doi-
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Ycnl être connus en France ! C'est tout juste le monde renversé. Ne serail-cc pas au contraire à un corps savant, à des hommes entendus dans la matière, 5 diriger,;! régulariser le mouvement scientilique, et à un gouvernement sensé d'y pourvoir? car ce qui ferait sa gloire ferait aussi sa force.
Les Eloges que Cuvier prononça en sa qualité de secrétaire perpétuel, pendant une période de plus de trente années, né sont pas, non plus, un de ses moindres titres de gloire. Ils eussent sufti à eux seuls pour lui faire une réputation de grand écrivain et lui ouvrir les portes de TAcadémie française (il y entra en 1818). Le style de Cuvier reflète toutes les qualités de son esprit : il est simple comme la vérité, clair comme le bon sens, tempéré comme la raison ; il a , en un mot , toutes les perfections que donne au style cette qualité rare, qui se rencontre plutôt chez les savants, de posséder également bien toutes les parties de son sujet, d'écrire, en un mot, comme la vérité parle. Aussi, quel esprit universel ! Quelle immense variété de connaissances ne trouve-t-on pas dans ces trente-quatre Vies dont se compose son Recueil des Eloges historiques des membres de l'Acad. des sciences (Paris, 18-27, 3 vol. in-8«) (1). Nous emprunterons h un savant de la trempe mCmie de Cuvier, à de Candolle, l'appréciation de ces Eloges. « A la profondeur avec laquelle Cuvier rend compte des travaux d'Adanson, on comprend qu'un naturaliste du preniier ordre a pu seul écrire ces éloges; mais ou voyant ceux de Bonnet, ou de Priest-
(I) Ce recueil ne contient pas les Eloges <lc linmond, Hosc, Davy^ Vau<juriin,Laviai<'k. qui furent prononcés après 18*27. ^ous rapporterons, dans leur ordre, les noms des savants auxquels ces éloges sont consacr' s : Datilcnton, Lemonniery L'Héritier, diiherl, Jenn Durent, PricAlley, Ct-ls, Àdaus.u, lirous.\»nnet, Lasxus, Vnilnuit, lionurt, II. B. Sou.s.virf, Fourcrotj, CnretKUxh, Dcxesnart^:. Pallnx, Partncnfirr, liunil':nl, Olivirr, Tenon, Wcrnrr^ Di'sDimrxl, Jiriii:iuiis, UimUs, Duluih.ri, Ilaûff, Hnlhnl'i't, Hiihtir't, Thuuin, La(\'jirile, llalit*, Corvisart, Pinel.
ley, on sent qu'aucune branche des connaissances humaines ne lui était étrangère ; en lisant celui de Lemonnier, on reconnaît l'homme sensible, l'homme de goût et l'imagination riante et gracieuse d'un littérateur. Partout se trouvent eutremClées les réflexions les plus profondes sur la marche des sciences, les allusions les plus piquantes sur la nature humaine et l'état social de l'époque. Partout perce surtout cet amour de la vérité, ce sentiment de la dignité des études intellectuelles, qui était une de ses plus vives impressions : c'est à ce sentiment élevé qu'on doit rapporter, et l'impartialité de ses éloofcs, de ses comptes- rendus, de ses jugements littéraires ou scientifiques, et i'éloignemont qu'il a toujours montré pour toute intrigue quelconque, et le zèle qu'il portail aux établissements qui lui étaient conliés, et l'ardeur qu'il témoignait h protéger, îi encourager les jeunes gens qui annonçaient des talents, et le noble désintéressemeol avec lequel il n'épargnait aucune dépense pour développer ses travaux scientifiques. » Ces nobles qualités que de CandoUe reconnaît dans son illustre ami, lui étant à lui-même familières, il n'aurait pu s'abuser. M. Flourens ne professe pas une moindre estime pour les Eloges académiques de Cuvier. «On ne peut trop y admirer, dit-il, cette verve, ce feu qui y répandent tant de mouvement et de vie ; cet art de raconter une anecdote, un trait, d'une manière si piquante ; cette vigueur de conception qui lie toutes les parties du discours en un ensemble si fortement constrtiit qu'il semble avoir été créé d'un seul jet; cette singulière aptitude enfin à s'élever aux considérations les plus variées, et h peindre tant de personnages divers d'une manière également juste et frappante. » On y retrouve, selon lui, la même sagacité d'observation que dans ses autres écrits, la mrmo (inesse de rapprochements, le mriuo art de comparer, de subordonner, de remonleràce que les faits ont do plus général, et, par-dessus tout.
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ces traits lumineui, profonds, qui saisissent loul-à-coup le lecteur et le transportent dans un grand ordre d'idées.
En 1798, Cu\ier publia un pr^^ris do ses leçons à TErole centrale du Panthéon, sous ce titre : Tableau élémentaire de V histoire naturelle des ayiimauœ^ Paris, an VI, in-8% pp. 710 vrec pi. « C'est, dit Cuvier dans son célèbre Rapport, le premier écrit méthodique de ce genre qui ait paru en Wance. » Un premier essai sur une matière aussi yaste et aussi compliquée ne pouvait être qu'imparfait. De nouvelles observations moditièrent sr.ccessWement les idées de l'auteur. L'amélioration la plus importante, qu'il introduisit dans sa méthode do classilication date du mémoire qu'il publia, en 1812, Sur un nouveau rai'iprochement à établir entre les classes qui composent le règne animal , mémoire dans lequel il recounaU quatre formes principales, quatre plans généraux, d'après lesquels tous les animaux semblent avoir été modelés et dont les divisions ultérieures ne sont que des modifications fondées sur le développement ou sur l'addition de certiiines parties, mais no changeant rien à l'essence du plan. Et la raison de cette ressemblance entre les animaux do chaque forme , il la trouTe dans le système nerveux. « Le système nerveux est le même dans chaque forme. Or, le système nerveux est au fond tout l'animal; les autres systèmes ne sont là que pour le servir ou l'entretenir; il n'est donc pas étonnant que ce soit d'après lui qu'ils se règlent. » Cette importante vérilé avait déjà été pressentie par Virey. D'après la méthode naturelle, le système nerveux donne les embranchements ; les organes de la circulation et de la respiration les classes ; les organes , de plus en plus subordonnés, les ordres^ les familles, les tribus ^ \qs genres, etc. M. Flourens n'hésite pas à placer à côté des plus belles découvertes de Cuvier cette découverte qu'il lit de la vraie méthode de classitication , a par
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OÙ il a rendu un service éternel nonseulement à l'histoire naturelle, mais à toutes les sciences. « Les sciences, disait Bacon, ne sont que les faits généralisés ; or Cuvier est le premier qui ait fait de la méthode un instrument de généralisation. En 1817 parut Lr Règne animal distribué d'après son organisatio/i, pour servir de base à V histoire iiatureUc des animaux et d* introduction à Vanatomie comparée, ?i\ns, i \o\. in-8"; 2* édition, 1829-30, ;•) vol. in 8'. Dans cette dernière édit., le 1" vol. est consacré aux maminiféies et aux oiseaux; le 2' aux reptiles et aux piussons; le 3" aux mollusques, aux annélides et aux zoophytes, et les deux autres aux crustacés, aux arachnides et [-ux insecles. Ces deux derniers sont dus h Latreillo , « l'homme de l'Kuropequi, au jugement de Cuvier, av;i.t le plus profondément étudié ces animaux, (l)» Cet ouvrage capital ne se recommande pas seulement par le mérite d'une classitication établie sur des principes philosophiques, « c'est , dit M. Duvernoy, une œuvre de génie où le naturaliste consommé se montre dans tous les détails, et qui se distingue aussi bien par la netteté du style que par la perfection des descriptions. » Cependant Cuvier n'était pas entièrement satisfait de son œuvre. Ce n'était encore qu'un système abrégé y et le grand homme efit voulu un système complet des animaux où toutes les espèces fussent non-seulement indiquées et classées, mais représentées et décrites dans toute leur structure. Ce fut ce qu'il tenta plus tard pour une classe entière des vertébrés, dans son Histoire naturelle des poissons.
La plus belle application que Cuvier ait faite des règles qu'il avait posées
(1) Depuis I» innri de Cuvier, une réunion de savant.'; jialiirali>tes, MM. Victor Audouin, BlaïK'Iiard, Desbayes, de 0"alrefjRe», d'Orbigny, Dup.'s, Duvernoy , Laurillard , Milnc-Edwards, Rnulin, Valenrieiines, ont donné une uonvolle édition de cel ouvrage, en 11 vo!. H'. in-' •, qu'ils ont enrichie de 11 atlas de piaut-iic.s.
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dans SCS Leçons d'anatomie comparée, concerne la détermination des ossements fossiles. A répoquc où Cuvier parut, les savants eux -mftracs n'étaient pas trop éloignés de croire encore à dos jeux de la nature. 11 est bien vrai que quelques hommes de génie, et le premier de tous Bernard Palissy, avaient pressenti la vérité. Mais ces idées n'avaient point germé. Avant tout, Tanatomie comparée était à créer ; seule , elle pouvait donner le fil conducteur qui devait nous tirer de Terreur. Dès que Cuvier eut parlé, la lumière se fit; une création entière d'animaux, détruits par quelque révolution, avait dû précéder la création actuelle. Mais cette vérité n'était encore qu'à Tétat de problème ; elle renoontra tout d'abord une foule d'incrédules, surtout h rinslitut. Les savants ne croient bien que ce qu'ils ont touché, et souvcntils se refusent h toucher pour ne pas croire. Il s'a laissait donc de les convaincre. A cet elfet, il lui fallait réunir une assez grande masse de faits pour que sa conclusion eût autant que possible le caractère d'une solution.
Dans celte œuvre, toute de création, Cuvier a été trois fois grand. « Pour Lien concevoir toutes les difficultés de cette méthode, de cet art nouveau, continue M. Flourens, il suffit de remarquer que les débris, que les restes des animaux dont il s'agit, que les ossements fossiles, en un mot, sont presque toujours isolés, épars ; que souvent les os de plusieurs espèces, et des espèces les plus diverses, sont mêlés, confondus ensemble (I); que presque toujours ces os sont mutilés, brisés, réduits en fr.igmeiits. 11 fallait donc imaginer une méthode de reconnaître chaque os, et de le distinguer de tout autre avec certitude ; il fallait rapporter chaque os à l'espèce à la-
(1) t'oe inaloRie nous en feri comprendre la MU51'. Cv&l sans aucun doute dans rel élit que se Iroiiveul au foml de nos morsjcs débris des cadaNres qui snnl devenu^ la pâture des animaux marins. D'aulies fuis, as u^scmeuUs ont dû èlre roulés cl dispersés rnv des courants.
quelle il appartient ; il fallait reconstruire enfin le squelette complet de chaque espèce, sans omettre aucune des pièces qui lui étaient propres, sans en intercaler aucune qui lui fût étrangère. >» Le résultat obtenu tient du prodige. Cuvier arriva, par la seule puissance de sa science, à déterminer un animal quelconque par un seul os, et même par une seule facette d'os.
Une résurrection de plusieurs générations d'êtres détruits s'opéra ainsi à la voix de son génie. Cuvier compte jusqu'à cinq âges successifs de notre globe. Dans le premier , la vie organique n'a pas encore paru : c'est Page des terrains primitifs. Passant aux terrains de transition, on aperçoit des zoophytcs, des mollusques, des crustacés; puis, traversant les coucbes de houille, pour pénétrer dans les terrains secondaires, on trouve d'abord des poissons, puis des reptiles, puis des mammifères marins, puis, dans les couches supérieures, des mammifères terrestres ; arrivant ensuite aux couches meubles et superficielles, on rencontre des pachydermes gigantesques, des chevaux, des ruminants, des carnassiers, des édentés, des rongeurs, et finalement on parvient au cinquième ûge, qui correspond à la création actuelle et est caractérisé par l'apparition de l'homme sur la terre. Entre chacune de ces créations successives, la mer a été précipitée sur les terres et y a laissé des traces de son séjour. Un fait non moins curieux et digne d'attention, c'est que les diliï'rences qui existent entre les espèces fossiles et les espèces vivantes augmentent en raison de l'âge des couches qui les recèlent. Il y avait toia de cette théorie aux rêveries de Voltaire et aux jeux de la nature. Oo finissait par com; rendre que la nature ne se joue jamais que do notre présomption et de notre ignorance.
Cependant le triomphe du grand naturaliste fut aussi troublé par les clameurs des envieux et des détracteurs.
IléUs! cst-rc une loi sur noire paavrc (erre
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Que loujoars deux voisins auront rntr'oux la
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Lfts lauriers de Miltiade ne permettaient pas h Thémistoclc de dormir.
Depuis queCuvier avait trouvé le nœud de raffaire, M. de Ulninville avait perdu le sommeil. La lutte que (leoffroy avait engagée pour ru/ùté de plan, M. de Blainville rengagea pour runitJ de règiie : h la théorie de la succession des êtres, il opposa la théorie de rnnité de la création. L'idée n'était pas neuve, c'était une vieille querelle renouvelée des Grecs :
Aristote admettait, avant lui, la continuité des g r ad a^ ions . Leibnitz, Linné, Bonnet y av;ii(Mil cru également; la théorie de Cavier sVînnonçait donc comme un progrès. M. de Blainville aimait le progrès, au moins d;ias les sciences, mais esprit contradicleiir par excellence, il eût préféré perdre sa cause, plutôt que d'ctre de l'avis do tout le monde. Aux p;utisan:> de />'chelle continue des titres. i\(' l'unité de ligne, Cuvier object lil : « Si vous remontez des e.six'^'i's inrérie'ires vers les supérieures, voim trouvère/, autant de lignes de romplicilian que vous trouverez d'organes. Si vous considérez le système nerveux, vtnis mettrez les insectes au-dessus des mollusques; si vous considérez la Circulation, les sécrétions, etc., vous mettrez lesmollusques au-dessus des insectes ; si vous considérez la respiration, l'oiseau aura le pas sur le mammifère; si vous considérez l'intelligence , la mammifère aura le pas sur l'oiseau; le reptile est an-dessus du poisson par la respiration, il est au-dessous parla circulation, etc. Il n'y a donc pas de développement gradïiel, uniforme, de la totalité des organes. » En outre, le*^ combinaisons organiques ne sont pas arbitraires; certaines parties s'appellent, d'autres s'excluent. Toutes les combinaisons, possibles pour l'esprit, ne le soni pas physiologiquement. Il y a des lois, pur conséquent il y a d-'s homes. De ce (juc certiins organes s'excluent, il y a des combinaisons impossibles, et de ce qu'il
y a des combinaisons impossibles, il y a des interruptions, des hiatus. M. da Blainville ne veut ni de ce parallélisme des ^tres, ni de ces interruptions, de cas sauts de la nature. Les faits sur lesquels vous fondez votre théorie, ditil à sou antagoniste, sont insuffisants, incomplets; votre conclusion pèche donc par la base. « A défaut de faits complets, qu'il n'a pas plus que M. Cuvier, M. de Blainville, dit M. Flourens dans son Eloge de ce savant, cherche une raison supérieure qui puisse lui en tenir place, et délivrer son esprit impatient du tourment d'attendre. Cette raison supérieure luiparaîtr»tre dansl'ttnité du règne.» M. Flourens lui-môme semble être revenu de ses anciennes convictions, ou tout au moins, il a un pied dans le camp ennemi. « Et ici, conli^iue-t-il, la science doit à M. de Blainville un de ses grands progrès.
Tant qu'il s'était borné à l'étude des espèces actuelles, la série animale lui avait offert partout des lacunes, des vides. Partout des êtres manquaient. C'est alors que dans un éclair de génie, il voit et retrouve dans la nature perdue les êtres qui manquent h la nature vivante, et qu'il intercale avec une habileté surprenante, parmi les espèces actuelles, les espèces fossiles ( 1 ), saisissant,dès ce moment même, et, le premier entre tous lesnaturalistes,nous découvrant l'unité du rèirno. Le règne animal est donc un. L'unité de règne semble le premierpoint démontré de l'unité de la création. »
Dans ce conflit, nous ne savons pas ce que deviennent les objections que M.
Flourens faisait, il y a quelques années, aux partisans de V échelle continue, et que nous avons rapportées plus haut.
D'autres objections se présentent encore à l'esprit, mais nous ne pouvons
(1 ) L'idée de celte intcrralaUon a pu lui ôlrc suiîirérce par Cuvier iui-ni<^me. Voyez, l. IIÎ. p. iîfiO de>esReih. sur les ossem. foss., un |>.i<sa;;(' irï's-explioito :i ce sujel. — Kt quant a ccwo hypolin-se de l'unité de la crcalion, nul mieux que lui n'a compris el rendu sensible cette vorilé que îles révolutions locales, iMrtiellcs oui pu causer la disparition de cerialues espèces. Voy. Discours sur les révol. du globe, p. 135.
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nous y arrêter. Après a^oir exposé les opinions contraires des deux adversaires, M. Flourens examine leurs méthodes, qu'il résume ainsi : « C'est tou* jours, d'uu côté, la marche expérimentale avec son procédé sûr et ses résultats incertains; c'est toujours, de l'autre, la marche dogmatique, avec son résultat présenté comme certain , mais obtenuparunprocédéquin'estpassùr.»
Entre ces deux méthodes contradictoires, l'erreur a toujours suivi la dernière. En commençant par le faite, on ne construit que sur le papier. L'idée qui révoltait surtout M. deBlainville, c'est qu'à chaque révolution nouvelle, le grand ouvrier aurait dû recommencer son œuvre. Mais il s'abuse. Etant ici, plus particulièrement, surnotre terrain, sans avoir la prétention de décider la question , nous croyons pouvoir au moins la circonscrire. Nous sommes tous, plus ou moins, sous l'empire des idées anthropomorphiques de la Genèse; nous nous représentons toujours Dieu conversant avec Adam et Eve dans le paradis terrestre. Le lini n'embrasse que le fini , et pour conii)rendre, il faut embrasser; Timmensité do Dieu nous échappe. La succession des créations n'entraîne pas nécessairement des interruptions, des intervalles ; la nature entière subsiste par une succession alternative de destructions et de créations. Chaque destruction, chaque création nouvelle, ne nécessite pas un acte particulier de la volonté divine. Tout se iie^ tout se tient, tout se coordonne, tout est nécessaire, en vertu de lois éternelles quisontcontemporainesdeDieii,qni sont unes avec Dieu. La théorie de M.
de Blainville ne contredit donc pas la théoriedeCuvier, si l'on comprend bien le véritable sens de Tune et de l'oulro. La géologie aussi a grandcinent profité des découvertes do Cuvier. Ses idées sur les âges relatifs des diUérentes couches de terrains de sédiment paraissent mCme avoir servi de. base au système qui prévaut aclueileinent, et qui explique la formation des chaînes de montagnes par des soulève-
ments successifs. Pour s'éclairer, il avait entrepris, avec M. Bron^niart, son ami, d'observer et de décrire une localité circonscrite , les environs de Paris. Leurs recherrlies, exposées dunsla Description géologique des eur irons de Paris, in-8" avec atlas, eurent pour principal résultat géologi([ue de signaler au-dessus de la craie des dépôts successifs de terrains d'eau douce, séparés par des dépôts marins. « C'était un fait tout nouveau en géologie, dit M. Duvernoy, et l'une des plus grandes découvertes qui aient été faites depuis longlempi dans cette science, que l'existence bien constatée de certains terrains de sédiment déposés dans l'eau douce. »
Les recherches de Cuvier sur les ossements fossiles donnèrent lieu à une nombreuse suite de mémoires, (Annales du Muséum), qu'il réunit, en 181Î, sous le titre de Recherches sur Us ossements fossiles de quadrupèdes^vic.^ 4 vol. in- 4"; mais ce n'était encore là qu'une partie des matériaux qu'il devait mettre en œuvre dans son grand ouvrage, Recherches sur les ossements fossiles, où Von rétablit les caractères de plusieurs animaux dont les révolutions du glohe ont détruit les rçj/?c^5, nouvelle édit. entièrem. refondue et considérabl. augm., Paris et Amst. 18it-24, 7 vol. en 5 tomes, gr. iu-i**; une 3' édit., complétée au moyen de notes et d'un supplém. laissés par l'auteur, en a été donnée en 183i, 10 vol. in-S", par les soins de Frédéric Cuvier. Celle dernière édit. se distingue de la i'"" par quelques développements ajoutés au célèbre Discours sur les révolutions de la surface du globe [}<' édit., ^1840, in-S" avec pi. par les soins de M. Fréd. Cuvier iils), qui s»*-rt d'introduction à l'ouvrage. Les recherches de Cuvier portèrent surtout sur deux classes de vertébrés, les mainniifères et les reptiles, qui, ayant été n.ieux étudiées, lui olîraient des points plus sûrs de comparaison. Il reconnut 1G8 espèces , formant environ bO genres, dont 4 5 au moins sont nou-
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vciiui. Un grand nombre de firairo? et môme beaucoup de gravures (si^i^nres CV)sontduesàCuvierlui-mOnje.Ouant à Ja magnifique collection d'osseinonts fossiles qu'il était parvenu h réunir à ses frais, il en lit rabandon au Muséum.
Avant (le songer à étendre à la classe des poissons ses travaux de r»^urreclion , \in premier travail était nécessaire: il s'a«:issait de déterminer, d'une manière au'^si complète que possible, quelles étaient les espèces vi^'anles.
Telle fut la pcn:^îo qui présida à sa grande entreprise d'une Histoire iiaturelle des poissons, Paris, 1 828-33, 9 vol. in-8v Dès le principe, Cuvier sentit qu'il no pourrait exécuter ua pareil travail sans secours étranger; mais il fut assez heureux pour trouver un aide, «qui, au besoin, dit-il, l'aurait lui-môme composé tout entier. » Dans le Prospectus de son ouvrage, il fait connaître les immenses ressources qu'il a eues à sa disposition et les travaux préparatoires auxquels il s'est livré.
« Pendant trois ans, dit-il, M. Valeaciennes et moi , nous n'avons cessé d^examiner un à un tous nos poissons, de les rapprocher suivant leurs ressemblances, de marquer toutes les distinctions que nous apercevions entre leurs groupes, de rechercher s'il en existait des figures et des descriptions dans les auteurs et d'en prendre nous-mêmes des descriptions abrégées... Ce n'est que sur la collection ainsi disposée que nous avons commencé 5 rédiger nos descriptions définitives, k faire nos dissections, h compléter noire synonymie et à écrire enfin nos histoires. Bï. Valenciennes s'est cliargé, en général, de mellre par écrit nos observalions sur IfF- viscères; il a rédigé aussi plusieurs arliclcs sur dfîs genres considérables: t(>i:l ce qui est de sa main sera signé (1<* lui. Je signerai également tous mes arliriesqui, pour la rédaction, forme ron l If^. grand nombre, mais qui n'en auront pas moins pour base, conilue les siens, nos éludes préîiiuirnircs faites en commun. » Les vol. I. lil. IV.
et V. sont entièrement de la rédaction de Cuvier; h sa mort, l'impression du V(d. IX était commencée et loul le msc. étaitprr;t. Conformément aux dernières v(dontés de son illustre maître qr.i lui a légué ses mss., M. Valenciennes a continué la publication. Le nombre des poissons connus n'était encore que de 1-400, Cuvier le porta h plus de cinq mille. Dès la première a[q)arilion de son prospectus, les oITrandes alfluèrent de toutes les parties du monde.
Plusieurs naturalistes s'empressèrent de lui communiquer des collections qu'ils avaient faites au péril de leur vie, avant même do les avoir publiées.
Quel magnifique hommage rendu, nonseulement 5 la science, mais à l'homme qui lui servait d'interprète I
Dans ses rapports avec Cuvier , Bonapirte avait eu plus d'une occasion d'apprécier sa vaste intelligence. Il comprit les services qu'il pourrait en tirer. En 180"2 , il le nomma un des six inspecteurs généraux chargés d'organiser les lycées en France. Cuvier présida pour sa part ^ la Fondation des lycées de Bordeaux, de Nice et de Marseille.
Ce temps n'était pas entièrement perdu pour SCS travaux zoologiques. Pendant un séjour de plusieurs mois qu'il fit dans cette dernière ville, il en profita pour étudier les poissons do la Méditerranée. En outre, il envoyait an Die tionnaire des sciences naturelles , dont il était un des collaborateurs, des articles pleins de science qu'il composait, pour ainsi dire, en courant, u C'est une occupation, écrivait-il à M. Duvernoy, qui pourra remplir beaucoup de mes moments perdus. Pour les mollusques nus , je me propose de les faire tous; envoyez-moi les mots h mesure.
J'en ai l'histoire extérieure et intérieure complète dans la tête, et je serais fâché qu'elle ne ft^t pas écrite au moins en abrégé , s'il devait m'arrivor malheur. » C'est ainsi que Cuvier portait dans sa l*te toute la science que d'autres ont dans leurs collections et dans leurs livres.
Lorsqu'il eut été nommé secrétaire
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perpétuel, il renonça h ses fondions d'inspecleur des éludes. Il ne rentra dans les affaires administratives qu'eu 1808, avec le titre de conseiller de rUniversité. En cette qualité, il fut chargé, en 1809 et 1810 , de réorganiser les académies de Tltalie supérieure. Bien différent de ces esprits brouillons qui, pourfaire valoir leur importance, auraient sapé à tort età travers, Cuvier respecta avec une sorte de religion tout ce qu'il trouva de bon dans ces établissements. « Qui aurait le courage, écrivait-il dans son Rapport, de toucher lég^renlent ài des institutions fond'' es et soutenues partant de grands hom'vrs?» L'annte suivante, il visita les à'jles de la Hollande et de la Basse AU- magne. Ses Rapports, qui ont été publiés , jouissent d'une juste célébrit;''. Il signala à l'attention du grandmaître Fontaues Texcellente organisation des écoles primaires de la Hollande. Les vainqueurs, sous ce rapport, avaient tout à apprendre des vaincus.
A l'Allemagne, Cuvier aurait voulu emprunter surtout ses écoles d'administration ; il ne comprenait pas que l'on pût administrer en France , sans avoir appris. En 1813, il fut chargé de constater l'état de l'instruction publique dans l'Etat de l'Eglise et d'indiquer les moyens propres à en rattacher les établissements à l'Université de France. Sa qualité de protestant ne nuisit en rien à sa mission , tant son caractère était élevé et son grand nom respecté .Ce fut pendant son absence que Napoléon le nomma maître des req unités. A la chute de l'Empire, la Restauration l'appela dans le Conseil d'état. Eliminé pendant les Cent-jours , il y rentra après l3 retour de Louis XVIII. Une Commission d'instruction publique ayani été substituée au Conseil de l'Université, il en lit partie avec le titre de chancelier, et môme, il en exerça la présidence parintérim à deux reprises différentes et pendant un espace de plus de deux ans. Dans celte haute position, il chercha à faire pénétrer de bonnes méthodes dans l'enseignement ; il contribua à la créa-
lion de rhairo< spéciales d'hiî>li)ire, d'hiftoire nntnrcUe, de [ihysiqiie et de langues vivantes dans les collèges royaux; il fil les plus grands efforts pour obtenir rétablissenicnl à Paris d'une haute école d'administration: déjà son projet avait été mis à l'étude, lorsque un changement de ministère le lit ajourner; l'institution des agrégés est son Q'uvre; la création des Comités canlonnaux, on la lui doit; enlin, en 1821 , ce fut lui qui fui chargé de rédiger un plan d'instruction primaire pour toute la France.
En 1819, Cuvier fut appelé k présider la section de l'intérieur au Conseil d'état. Puis en 1 824, lorsqu'on eutcréé un ministère des affaires ecclésiastiques, conlié au grand-maître de l'Uoiversité, on détacha du dépai;tenientdece dernier lesfacul'és de théologie protestante poiy;lui en donner la grande-maîtrise. On joignit, en outre, à ses attributions, le 1 \ janv. 1 828, la direction générale des cultes non-catholiques. Hremplit ces diverses fondions jusqu'à Sii mort,et les services qu'il rendit nesont ni moins importants ni moins nombreux, que ceux qui honorèrent son passage au Conseil de rUniversité(1 ) .Dans deux occasions sui tout il signala l'indépendance de son caractère. Lors de la réaction de 18t.'), il combattit de tout son pouvoir les lois d'exception, et contribuai adoucir d'une manière notable les rigueurs de la loi sur les cours prévotales. Plus tard, lorsque, la réaction triomphant de plus en plus dans les conseils de la Couronne , on proposa
(1) I/Kgliseprolcslantoluidoil la création (le 50 nouvelles places de pastcMir, ci le de\eloppenieiii du radre des éludes dans ses Facultés de ihéolo^^ie. A l'époque de sa mort, il préparait la révision de la loi organique du culte protestant, dont tout le monde, les îi'> leurs de la loi eux-mêmes, reconnaissaieni, depuis trente ans, les ;Trossières imperfections, tendant, disait le ministre dans un rapport "a l'empereur en 18h2, a la désorîranisalion totale du culte luthérien dans l'empire. Mais, en France, les révolutions sont plus faciles que les reformes. Cuvier mort, le projet fut de nouveau abandonné, et ce n'est que recemnieni , après deux nouvelles révolutions, que justice a été enfin rendue.
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de livrer en partie ren?cijrnonienl public entre les innins des Jésuilos, il so prononça avec force contre un tel avenglement duPouvcrir, drclnranl qu'il se démettrait de tous ses emplois pluttM que d'y souscrire. Ses raisons entrainèrent le Conseil, et le projet fut abandonné. Ecoulons M. Pasquier : « On no Ta pas connu tout entier, dit-il, quand on no Ta pas vu et entendu dans ces séances de comités où se font les affaires. Rarement empressé de dire son avis, il y paraissait mfnic un pou distrait : on aurait [)U lo croire occupé de toute autre matière que de celle dont on délibérait, et souvent il Tétait ^ écrire l'arrêté ou le règlement qui devait sortir de la délibération; son tour n'était venu que lorsque les raisoni étaient échangées de part et d'autre, lorsque les paroles inutiles étiient Ix peu près épuisées; alors un jour noufeau se levait pour tous les esprits, les idées qui étaient confuses auparavant se démêlaient, les conséquences en sortaient inévitables, et la discussion était terminée quand i) avait cessé de parler. Quel était donc le pouvoir qu'il Cierrait?On ne l'expliquera point assurément par l'artifice de sa parole : ses eiprcssions étaient simples, quelquefois négligées ; aucun trait , aucune image; il dédaignait en pareil cas tout ce qui ne se serait adressé qu'à l'imagination. Ainsi donc, aucun prestige de rarl, mais toujours l'ordre et la lumière, ce premier besoin, ce plaisir le plus puf de l'esprit et de la raison. » C'est celle hauteur de vues, cette parfaite rectitude d'esprit que l'on remar([uc constamment en lui, qui aurait du faiie suspendre leur jugement à ceux qui l'ont accusé « d'avoir eu p.ir nature le culte du Pouvoir. » Sans doute , dans le cours de sa carrière administrative, Cuvier a pnHé trop complaisamment lo secours de sa parole à des projets de lois que l'opinion publique repoussait ; mais depuis un demi-siècle que nous marchons de déceptions en déceptions, nous CD sommes venus h nous défier de notre propre jugement : peut-ùlre« co
cela comme en tantd'autres choses, Cuvier avait-il encore raison ! 11 n'est guère de projets de lois un peu importants que le gouvernement ne fait cbar^'é de soutenir devant les chambres en qualité de commissaire, l'n des reproches les plus graves qu'on lui ait adressés, c'est d'avoir contribué à fair adopter la loi du douhle vote. « Ilesl des circonstances, disait-il, h celte occasion, à la tribune de la chambre des députés (25 mai 1S20), où il serait honteux de faire un retour sur soimême, et lorsque, dans un moment de danger, on a l'honneur d'être désigné pour concourir à la défense d'un dépAt sacré [la charte] , il faudrait être lâchement égoïste pour regardera quel poste on nous place. « Cuvier, nous en avons la conviction, était parfaitement sincère, et toutes les opinions loyajes et sincères ont droit à nos respects, si non à nos hommages. Sa sincérité éclate à chaque page de son discours ; on sent que l'orateur n'estpas seulemenlhabile.
Cuvier so préoccupait surtout de l'avenir de la royauté, parce que pour lui la royauté c'était l'ordre, c'était le progrès, c'était la liberté. 11 avait assisté aux bouleversements de la Uévolution, il avait vu [»ar trois fois crouler le tronc et il pressenl.iit une quatrième chute qui, à son point de vue, devait êlrefatalo aux libertés publiques. Il terminait son discours parcelle apostrophe: «Le sentiment de la modération exclurait-il les talents et l'indépendance du caractère?... Je me rassure, Messieurs, Cicéron était dans le parti modéré ; sans doute, Catilina et Marins eurent aussi des talents ; César et Antoine en eurent, et de plus d'un genre. Vous savez de quel parti ils étaient. Choisissez. » L'élévation de Cuvier h la pairie, eu 1831 , fut le couronnement de sa carrière politique.
Nous avons vu le savant et Thomme d'état; il ne nous reste plus qu'à dire quelques mots de l'homme privé. «Son air grave et préoccupé a souvent été pris, dit M. Laurillard (I), pour de lu (1)ËlogcdcC.coarouuèpari*Arad. de Be^
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froideur ou de rindiff^^rence; mais en réalité personne n'avait plus de bienveillance, et la beauté de son âm<^ se montre tout enliore dans le Discours prononcé à la distribution des prix de vertu, le 25 août 1829. On devine queThomme (pii peint sous d'aussi brillantes couleurs la charité, la pratiquait souvent. >» M. Pasquicr loue en lui son égalité d'humeur, sa rare modestie, sa bienveillance, son hospitalité. Son salon était le rendez-vous des savants du monde entier, (^uvier ne fuyait pas le monde. « 11 n'était pas connu tout entier, nous apprend M. Villemain dans ses Souvenirs, de qui ne l'avait pas entendu dans un salon, chez M"' de Lavoisier, chez M*"' de Duras, rhez M. de Marbois, ou chez lui, au milieu de sa digne et spirituelle famille, h son cercle du soir, causant des heures entières avec la liberté d'un homme dcli)isir, la facilité d'un grand esprit qui sait tout et l'agrément d'un esprit naturel qui veut plaire.» Son activité était prodigieuse. Par une bonne distribution de son temps, il avait l'art de doubler ses journées. H ne reposait jamais son esprit qu'en passant d'un travail à un autre.
Le 8 mai 1832, après une assez longue interruption, Cuvier avait rouvert son cours au Collège de France, et, en terminant sa leçon , il avait exprimé le désir que ses forces pussent suffire à la tûche qui lui restait. Ce vœu ne devait pas être accompli. Dès le soir
sançon. Par unede 8esderni<Tesdispo«:liions, Cuvier chargea >I.C/i.L<iur/'/an/ de la piibliration de ses porte-feuilles. M. L,iurillaril, «lue la science vieul de perdre, a passe près de trente années auprès de la personne de sou illustre maître et ami. De siiuplo dessinateur, il s'était élevé au rang de naturaliste. Tout ce qui approchait de Cuvier grandissait. Kn t-onformilé des vœux du testateur, il publia : Anntomie comparée ; îievueil ilr plnncho: de m-fthloflie dessinées par G. Cuvier et eitHutres *(>?/.» f-t iieui par M. Lnnrillnrd , publ. b-ous les auspices du Min de Tlnst. publ. et sous la direction de iM.M. Laurillard, conserv. du cabinet d'anat. comp.et Mercier, statuaire, Paris, gr. in-fol., en cours de publication. Le texte est dû a M. Laurillard. Depuis sa mort, M. Focillon s'en est charge.
m^^me. il éprouva les premières atteintes de la paralysie, qui, en moins de huit jours, devait le conduire au tombeau. II fut des premiers à comprendre toute la gravité du mal; mais commo il ét;iit dans son caractère « de se résigner promplement aux maux qu'il ne dépendait pas de lui d'écarter, » il se soumit sans murmurer , suivant pas à pas les progrès de la maladie avec un calme , une résignation antique, comme une dernière étude physiologique sur luim«*'mo. Il expira après cinq jours de soufTranccs. (1)
Cuvier fut enterré au cimetière du Père-La-Chaise. Le deuil fut conduit par le pasteur Boissard,Jo\i*è> les grands corps de l'Etat, tous les corps savants de la capitale furent représentés à son convoi. Lo cercueil fut porté par les ('loves des Ecoles. Plusieurs discours furent prononcés sur sa tombe. 11 n'y eut qu'une voix pour déplorer la perte irréparable que la science venait d'éprouver. Un vide s'était fitit partout où Cuvier avait laissé des traces de son passage. Plusieurs monuments furent érigés à sa mémoire. Une statue en bronze, œuvre du sculpteur David, lui fut élevée, avec le produit d'une souscription, dans sa ville natale, en face de lu maison où il a vu le jour. L'Institut et plusieurs sociétés savantes s'associèrent par des députations à ce dernier hommage rendu au grand homme.
Outre les dignités dont nous avons parlé dans notre Notice, Cuvier était membre de toutes les sociétés savantes du monde civilisé ; il appartenait à trois des académies de l'Institut, exemple unique avant Itii d'un tel honneur ; il était grand-ofticier de la légion d'hountrur (1824); il avait été créé baron
(1) Le cerveau de Cuvier était d'un volume considérable. A l'autopsie, on trouva qu'il surpassait d'environ un tiers le poids des cervcanxordinaircs, cl ce qu'il y a de remarquable, « cet excès de poids tenait presque exclusivement ^ l'énorme développement des lobes cérébraux,» que l'on regarde comme étant plus pirticulièremeut le &iege des ficaliés intallectaelles.
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par Louis XVIIl (1819); mais toui ces titres s'effacent devant réclat que jette son nom.
De son union, en 1803, avec la veuve du fermier-général Duvaurel, mort sur Téchafaud en 1794, et qui ne possédait pour tout bien que les quatre enfants qu'elle avait eus de son premier mariage, naquirent deux lils, dont l'aîné, né en 1804, mourut pou aprî-s sa naissance, et deux filles. Mais ce qui aurait dû combler Cuvior de bonheur, fut la source de ses plus amères tristesses. Ces trois enfants lui furent successivement ravis : 1" Clémentine, que l'on citait comme un modMo de toutes les perfertions du cœur et de l'esprit, née en 1805, mourul en st\:>l. 4 827, au milieu des préparatifs de son •managers" Anne mourut en 1812, âgée seulement de 4 aui?, et 3" Gr.oii- GBS, qui annonçait de rares facuUrs, fut enlevé, en 1813, par une tièvro cérébrale, à l'âge de 7 ans.
Un vote des Chambres, provoqué par le gouvernement de Louis-Philippe, accorda une pension de six millo francs à la veuve du grand naturaliste, cl une somme de 72,000 fr. fut allouée pour Tacquisition de sa bibliothèque dont on enrichit la bibliothèque publique du Jardin des Plantes.
Digne frère du grand Cuvier, Georges-Frédéric, membre de l'Acad. des sciences (1826) et delà Soc. roy. de Londres, officier de la L('gion-d'honncur, naquit à Montbéliard» le 28 juin 4773, et mourul à Strasbourg, le 24 juillet 1838.
Bien différent de son aîné,Frédéric Cuvier se montra d'abord rebelle aux études classiques; le grec et le latin lui souriaient médiocrement; ses goûts le portaient de préférence vers les arts mécaniques. A la lin, son père le retira des écoles et le mit en apprentissage.
L'horlogerie étant à peu près la seule industrie du pays, on le destina à l'horlogerie. Plusieurs hommes marquants ont commencé par là leur carrière.
Cuvier travailla quelque temps de son état d'horloger à Mulhouse, à Stras*
bourg, et, tel que le oéli'bre Beaumarchais, il promettait ix'auroup dans son art. Quelb^s que fussent rependant ses dispositions, sa destinée raj)pelait ailleurs.
Georjres Cuvier avant obtenu au Muséum du Jardin des Plantes une position à peu près indépendante, son premier mouvement fut de songer à sa famille. 11 appela auprès de lui son vieux père et son frère. 11 avait eu la dtiulcurde perdre sa mère en 1793. Fréd. Cuvier se rendit donc h Paris vers la lin de 4797, et dès lors il renonça h sa pro fession d'horloger. Dès son arrivéedans laca[utale, on le compte parmi les élèves les plus assidus des cours de physique, de chimie , d'histoire naturelle.
Bientôt (1801), nous le voyons associé au savant M. Biot pour des rech«'rches sur les propriétés de la pile de Voila, recherches qui aboutirent à <• montrer que l'oxidalion des plaques métalliques n'est point la cause essentielle de l'électrisation, quoiqu'elle la favorise; et que c'est par cette oxidalion que la pile altère Pair où on la renferme.» Une découverte intéressante marqua ainsi ses premiers pas dans la carrière des sciences. En 4 802, la Société d'encourag.
pour l'industrie nationale le chargea de la rédaction de son journal. A celte époque, Cuvier lùlonnail encore pour reconnaître la direction qui convenait à son génie; mais ses incertitudes ne tardèrent pas à cesser. Lo Dictionnaire det sciences naturelles venait de s'annoncer sous les auspices de son frère, qui en avait rédigé le Prospectus. Sa collaboration h ce grand ouvrage dont il eut plus tard, en 18!(), après une suspension de plusieurs années, la haute direction contribua à l'allacher de plus en plus k la zoologie. On lui doit un grand nombre d'articles de ce dictionnaire. Vers le môme temps, un travail dont Georges Cuvier l'avait chargé en commun avec M. Duteriioy, un catalogue raisonné du cabinet d'anatomie comparée qu'il venait de fonder, le mit sur la voie d'une découverte qui devait illustrer son nom. u C'est à cette oc-
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Cfjsion, (lit M. Duvcriioy, que niudilant sur les moyens de mieux c;irarlériser qu'on ne l'av;iil lail jusqu'à lui, les genres de mummifère.s, il al;, uvé, dans une délerminalion plus exarle des dillérentes sortes de dents et desdillérences essentielles q'ie présentent celles (fune mônie sorte, le moyen de cararAériseravcc précision tous les genres de mammifères. » Cuvier réalisa dans son travail ce mot fameux du naturaliste Duverney :
Qu'on me présente la dent d'un animal, et je dirai qu<îlles sont ses mœurs. Ses reclierehes parurent d'abord dans les Annales du .\Iuséum, 1807, 8 et 1i; il les compléta par lasuile dans son grand ouvrage : Des dents des mammifères^ considérc'es comme caractères zoologiques, <8i5, in-S", avec M 7 planches. « Cet ouTrige, dit M. Flourens, dans son Eloge historique, est devenu fondamental en zoologie . C'est, en elfet, l'étude la plus complète des caractères lires des dents; c'est l'application la plus habile de ces caractères à la formation des genres. Par celte application habile, M. F. Cuvier a presque tout changé dans plusieurs ordres de mammifères, nommément dans les carnassiers et dans les rongeurs; et ces changements qu'il a opérés, sont ad(q)tés aujourd'hui par presque tous les zoologistes. » Le principe fondamental auqufil il est arrivé, c'est que jamais un genre naturel ne contient des espèces dontlesdents molaires ditl'èrent, ou, en d'aulrestcrmes, que les espèces dont les dents molaires diffèrent, doivent former des genres ditférents. Ses recherches sur les formes de la tn'eosscmc, (|u'il exposa dans divers niémoircs , en Ire autres sur les Vhoqucs » sur les Mn'moltcs, sur les Vorcs-t'pics, et dans son llist. naturelle des cétacés y ou Recueil et examen des faits dont se compose Vhistoire naturelle de ces animaux, 1836, in-8% avec 22 pi.
(Suites h HulTon), lui fournirent aussi des diagnoses sûrs pour la détermination des genres.
En 4804, Fréd. Cuvier fut chargé de la direction de la ménagerie du Mu-
séum d'iiisloire naturelle. Cette position lui permit de se livrer avec persévérance à ses intéressantes études sur le moral des b»*tes, c'est-à-dire sur le principe de leurs actions. Nul observateur ne montra plus de sagacité; nul psycologiste n'analysa avec plus de sûreté les opérations de l'esprit. Des vérités, à la recherche desquelles les philosophes s'étaient perdus, apparurent pour la première fois à nos yeux comme des vérités de sens commun. Ce que Georges Cuvier fut pour la scienc<î zoologique proprement dite, Frédéric le fut pour la partie psycologique de cette science: l'un et l'autre furent une lumière.
Le savant M. Flourens a résumé dans un volume, qui a eu deux éditions, les observations de Fréd. Cuvier sur l'instinct et l'intelligence des animaux. Nous lui emprunterons son appréciation : « F. Cuvier a cherché des faits et des limites. H a cherché les limites qui séparent l'intelligence des diflférentes espèces, les limites qui séparent l'instinct de l'intelligence, les limites qui séparent rintelligoncc de l'homme de celle des animaux. Et ces trois limites posées, tout, dans la question si longtemps débattue de l'intelligence des animaux, a pris un nouvel aspect. »
Cuvier, après une suite d'observations pleines de sagacité, est arrivé à établir l'échelle suivante de l'intelligence pour la classe des mammifères. Les rongeurs sont au bas de l'échelle ; viennent ensuite les ruminants; puis les pachydermes, à la télé des quels on doit placer le cheval et l'éléphant; puis les carnassiers, aux quels le chien sert de chef de lile, et finalement les quadrunîiiiies, sous la conduite de l'orangoutang et du chimpanzé qui occupent le haut de l'échelle. Pour trouver la limite qui sépare l'instinct de l'intelligence, Cuvier s'adresse au castor qui passait jusqu'h ces derniers temps pour le plus industrieux des animaux et qui se trouve rejeté au bas de son échelle dans l'ordre des rongeurs. Après lui avoir fait subir un sevèro examen, il
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le convainct (1«î slupidilé, et prouve jusq^rà la demièn» évidence, que toute son industrie dépend de son instinct. Orrintelligen'c etrin«:tinrt diffèrent essentiellemonl, tellement qu'ils sont toujours en r;:is(»n inverse dans les bêles. Dans Tinslincl , tout est machinal, nécessaire, invariable; dans Tintelligence, au contraire, tout est électif, conditionnel, variable; tout, dans l'instinct, est inné; tout, dans l'intelligence, est acquis. La liberté est le propre de rintelli^'cncc, la dépendance est le propre do Tintlinct ; cellelà a plusieurs voies, celui-ci n'en a qu'une. Par Tintelligence, Tanimal se rapproche de l'homme; par Tinstinct, il touche à la plante. L'instinct de la brute prouve donc seulement un ouvrier, un créateur intelligent. Cette vue 8i simple, si vraie, si naturelle, (lu'il semble au premier aspect qu'elle nous a toujours été familière, a dissipé toutes les incertitudes. « Par la distinction, dit M. Flourens, qui sépare les actions aveugles et nécessaires des actions électives et conditionnelles, ou, en un seul mot, l'instinct de l'intelligence, toute contradiction cesse, U clarté succède à la confusion : tout ce qui, dans les animaux, est intelligence, n'y approche, sous aucun rapport, de l'intelligence de l'homme; et tout ce qui, passant pour intelligence, y paraissait supérieur à l'intelligence de Tbomme, n'y est que l'eUct d'une force machinale et aveugle. »
Cuvier cherche ensuite la limite qui sépare l'intelligence de l'homme de celle des animaux, et il la trouve dans la réflexion , « cette faculté juprôme qu'a l'esprit de l'homme de se replier sur lui-même et d'étudier l'esprit. » L'animal, en effet, n'a proprement que Tintelligence que donnent les sens fortifiés par la mémoire; il a des idées, mais il ne raisonne pas ses idées ; il pense, mais il n'a pas la conscience de ses pensées. Tel est, en résumé, le résultat auquel Fréd. Cuvier est arrivé, et Ton peut dire, avec M. Flourens, qu'il a posé « les basef de cette étude des fa-
cultés et des actions des animaux, qui avant lui, coFuplait à j)eine pour une partie de l'hisloire naturelle, et dont il a t'iiit une science distini'te, une science profonde, une science ([ui, soiiiaellant à l'expérience des questions réputées jusque Ih de pure philosophie, a réellement étendu le domaine de l'observation » . Parmi les idées neuves et pleines de sens dont Fréd. Cuvier a semé ses écrits, il en est une surtout que nous ne devons pas passer sous silence. Jusqu'à lui, on ne voyait dans le fait de la domesticité <lcs animaux qu'un résultat de l'empire de l'homme sur les bêtes. M;iis alors, pourquoi cet empire sur quelques espèces seulement? Il es!
vrai , qu'il l'exerce également sur les espèces les plus farouches, il les apprivoise, mais est-il parvenu à les rendre domestiques? Cuvier fut le premier qui comprit qu'il y avait là une question à résoudre. Après examen, il trouva dans la sociabilité la seule cause de la domesticité. En effet, il n'est pas une seule espèce devenue domestique, qui, dans l'état de nature, ne vive en société. « L'homme n'est donc pour les animaux domestiques qu'un membre de la société ; tout son art se réduit à se faire accepter par eux comme associé. »» l'nc fois admis dans l'association, il lui devient facile, avec son plus haut degré d'intelligence, de se faire reconnaître, de gré ou de force, pour le chef de la troupe. L'usurpation est alors consommée. Lesobservalions de F. Cuvier parurent dans une suite de mémoires (l ) qu'il se proposait de compléter et de réunir en un corps d'ouvrage, mais malheureusement la mort ne lui en a pas laissé le temps.
Son frère Georges avait publié, avec Lacépède et Geoffroy. La Ménagerie du Muséum national d'hist. naturelle^ ou Description et histoire des animaux qui y vivent et qui y ont r 'eu ; 2' édit. Paris, an xii, 2 vol. in- 1 2,
(1) Annales du Mnsé'jm, 1808, vol. M; 1810, vol. XVI; 1811, vol. XVII; Méinoirrs du Muséum, 1823, vol. X;1825, vol. XIII; el I)ict. des sciences naturelles, art. Instinct,
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avec figg., peiiiles d\ipr(;s nature (1); r.ugm. on 1817, de plusieurs articles.
F. Cuvier eut Tidée de continuer celle utile publication dans son Histoire naturelle des mammifères avec desfigg, originales^ coloriées , dessinées d'àj)rès des animaux vivants, par MM.
^jeoffroy-St.-llilaire et Frédéric Cuvier, 1818 à 1837, 70 livr. in-fol., IV séries en VII tomes. La collaboration de GoolTroy se réduisit 5 peu de chose (2). Les lijrg., qui sont très-bonnes, sont dues à M. Werner. Fréd.Cuvier laissa ce niagnilique ouvrage inachevé; son fils, M. Frédéric Cuvier, composa et lit paraître le texte de quelques planches, qui étaient déjà exécutées. Les descriptions de Cuvier sont des modèles de narration. Sous sa plume, la science devient aimable. On sent en lui quelque chose qui miinquaità notre grand Buffon. Là oùIîufTon fait admirer, Cuvier fait aimer. Nul plus que lui n'aurait réussi h rendre la science populaire. C'est que F.
Cuvier, comme le remarque fort bien M. Flourens, entraîné par sa nature aimante et contemplative, s'attachait aux êtres qui lui étaient confiés. Il passa plus do trente années de sa vie à étudier les mœurs et les instincts de ses animaux, et comme il n'apporta dans cette étude ni idées préconçues, ni système arrêté, demandant tout k l'obscrvation, il arriva aux résultats les plus neufs et les plus curieux. Aussi son Histoire naturelle des mammifères est-elle au jugement de son panégyriste, l'ouvrage io plus important qui
(1) ('.elle publication avait clé fiiireiirisi? par le peintre Marécliai el le graveur .^llkjer; <ieorgesCuvieravait bien voulu la seconder, en se chargeant du texte, mais son nom ne parut pas d'abord sur l'ouvraiic. Plus lard, Larcpèdc et Geoffroy se joignirent a Ini.DesIiS morceaux que coolienl l'ouvr., 4 app.irtiennent il Lacepède^ 5 il Geoffroy et tous les au* 1res à Cuvier.
(2) Comme la ménagerie élaii sou*^ la dire.'tion suprême du professeur des niaiiiHiHVles et des oiseaux, (direction c|ul ne revint a I'. (-u\ier (|u*après sa nomination connue pio îCsseur,) cela explique pourquoi îj p.(im de Geoffroy se trouve placé avant ceiiiide i". Cuvier dans un ouvrage qui, a pari un urticle ((•alago du Sénégal), est tout entier de ce dernier.
ait paru sur cette matière depuis Buffon (1).
InsperteurdeTacadémie de Parisdès ^810, Fréd.Cuvier fut nommé, en 1831, insp'Tteur général de rUniversité. Ce n'était pas pour lui une sinécure. Il porta dans cette autre carrière , selon M. Flourens , la môme conscience d'honnCte homme, le même coup d'œil profond , la môme habitude des pensées utiles , que dans ses autres fonctions, qualités dont il a laissé des traces précieuses dans son beau travail Sur l'enscignementde Vhist. natur. dans les collèges [Journal des Savants, 1838].
Fréd. Cuvier venait enfin de recevoir la juste récompense de ses travaux.
Le 24 déc. 1837, il avait été nommé professeur-administrateur au Muséum d'hist. naturelle. 11 devait traiter do la Physiologie des animaux, partie des sciences naturelles ^ laquelle se rattachaient ses études de prédilection. La chaire était nouvelle; elle avait été instituée pour lui. C'était le rêve de toute sa vie qui venait de se ré.iliser. il allait enfin enseigner la science qu'il avait en quelque sorte créée, tant il l'avait dégagée de ses langes. Mais hélas!
ce n'était qu'une douce illusion qui devait voiler à ses yeux une triste réalité. Quelques mois à peine , et il n'existait plus. Il était à Strasbourg, en tournée d'inspection, lorsqu'il ressentit les premières atteintes du mal, (assez semblable hceluiqui avait emporté son frère), auquel il succomba après quatre jours de soulfrauces. Sa mort fut celled'un sage. « Ta mort, lui disait son collègue M.
Dutrev, dans ses derniers adieux sur sa tombe, a été celle du juste et du sage: <ille nous a ai \'v\% la fermeté. Cette résignation religieuse à la volonté de Dieu,
(\) On doit encore a Fréd. Cuvier: l'Swpplrm.àl'hist. mit., gcnàrale et parlic.de Buffon, offrant la dcfuription des mammifàres et des oiseaur les plus reiuar'/. (h'cnur.jnsqn'àce jour, r/rt<Tom/;.(/tf(?r/j/«rt'.t, 1831-32, 2 vol. in-8*'av. pi.;el2", avec le doct.Dumezillc : llist. natur. des mammifères, 1834. i vol. in-18 (dans la Bibl. populaire). Ces deux ouvrages ne sont pas cités dans la liste des écrits de F. Cuvier que M. Flourens a mise à la suite éa son Eloge.