‹ La France protestante (volume 4)Chapitre 35 sur 189 · DAR · texte numérisé non relu

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cette paticDce inaltérable nu milieu des plus cruelles souffrances, ce c.ilme avec le quel lu raisonnais de la maladie et de ses progrès, cette attente si simple de la mort, ne seront point des leçons perdues pour les amis !» Une parfaite modestie, une bienveillance qui venait du cœur, une bonté <iui allait souvent jusqu*àla générosité, un profond sentiment religieux, formaient avec une certaine teinle de tristesse, le fond du caractère de Fréd. Cuvier. M.Flourens lui donne ce bel éloge : « Son âme, tout h la fois douce et éneririquc , son caractère éle- Té, son cœur droit, ont laissé des sou- Tenirs ineffaçables dans tous ceux qui l'ont connu. — Sa modestie surtout aTail un cliarme particulier. Elle était si naturelle qu'il semblait que non mérite n'eût pas percé jusqu'à lui. On peut croire qu'il ne pensa jamais h sa propre gloire , mais il était passionné pour celle de son frère. C'rsl pour ce frère qu'il vivait, c'est pour lui qu'il s'était fait naturaliste; c'était un spectacle toucbant et qui avait fini par inspirer un res[iect irénéiaKque celui do cette aFnitié si tendre, si complète, si dévouée, et qui, aujourd'hui im'me, de tous les souvenirs que réveille le nom de M. F. Cuvier, est peut-être le

plus vif encore. »> Son frère fut sa dernière perisée. « Dites h mon tils de mettre sur ma tombe : Frédéric Cuvier, frère de Georges (]uvier. »> Telles furent ses dernières paroles.

Fréd. Cuvier s'était marié, en 1803, avec une demoiselle iU«c/^r de Montbéliard.Ce mariage prouve quelle était la noblesse «le son caractère. Le cœur de Cuvier avait pai lé depuis longtemps. Le jeune î.pprenli horloger avait promis un éternel amour, et le eavanl naturaliste était bien résolu de tenir cette promesse. Iladendaitqu'uneposition indépendante lui |)ermU de se marier. Sur ces entrefaites, il reçoit une triste nouvellc : h la suite de revers de commerce, la famille de celle qu'il aime est entièrement ruinée. On lui exprime des doutes sur sa constanc«î. Aussitôt, sans délibérer, il part, et ramène sa feumie à Paris. Un an après, cette épouse chérie mourait en couches, lui laissant un fils, FiiKDÉKic, né le .'i oct. 1803. sur lequel il reporta toutes ses affections, (l)

(1' M. FiTil. CuNicr lils,qiii nianlic sur Ifs Irarcs (le son dikI -, est artin*llenu*nt ronsciU.M- (l\lJl ; il a rie rliavk'i', pciulaul plusij'urs années cljusiiuVn ISVl), de la dirtMiiou dt'S cultts iioii-ca'.lioliqiii'S.

]DA«1U!)ît: (Roger), d'une famille béarnaise qui paraît n'avoir rien de commun avec celle du célèbre Ahhadie, fut n(unmé, en t.*)G9, curé de Saint-Vincent de Salliès, eu remplacement de .Uar^'» Pn^cr, (jui avait abjuré la religion catholique et venait d'être tué au siège d'Oleron. Dabbadie ne tarda pas h suivre l'exemple de son prédécesseur. Dès l.'HO, il prolesta solennellement du haut de si chaire contre « TididiUrie de Home >• el par cet acte, dicté peul-êlre moins par la conviction que par la politique, il mérita, lit-on dans Poeydavant, la faveur

i]e Jeanne d^Alhret, qui le nomma son procureur particulier, charge dont Pruer avait été revêtu avant lui. Peu de temps après, D.ibiiadie Sfi m;»ria publiquiunent dans l'égli-e de Salliès. « L'exemple de ces deux p;.steurs, continue le même écrivain , entraîna pres(|ue tous les peuples de celle église à leur parti. » Cela éli.nt, il semble tout naturel que l)abbadi(î ait voulu, comme Hordes^ Saint- Garci et beaucoup d'autres pr'Mres converti^, conserver la jouissance des revenus de sa cure, et Ton ne peut qu'approuver l'arrêt du Conseil qui lui donna gain de cause contre les

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curés catholiques ; mais s'il est vrai, comme l'affirme l'historien du B6arn, que le m«^me arn*t lui accorda le droit de participer aux obits, on doit reconnaître que les conseillers de la reine de Navarre s« .laissèrent égarer par le désir de favoriser les conversions, puisque, en sa qualité de minisire prolestant , Dabbadie restait complètement étranger aux services pour le repos des âmes. — Jeaji Dabbadie, ministre de Nay, député au Synode national de Privas, était probablement fils du pasteur de Sallit'S, et nous pensons qu'on peut regarder aussi comme ses descendants Pierrt Dabbadie, ministre de Pau en 1623, et son lils David qui remplit une mission en Cour.

DVCISLI; (André), secrétaire perpétuel de l'Académie française, né ài Castres, le 6 avril 1651, et'mort à Paris, le 18 sept. 17ÎÎ.

La famille de Dacier professait le prolofclanlisme dès les premiers temps de la Réforme. Kn 1 .")7i, on trouve déjà cité dans les Arles du Synode national de Nismes, un Dacier îi qui le synode confia le soin de traduire en français une Histoire des Albigeois écrile en langue d'oc, dont Comerard de Toulouse possédait une copie; mais nous ignorons si ce projet fut mis à exécution. Quant à notre André, il était né du mariage de Jean Dacier, de Vabres, docteur en droit et avocat à la Chambre de l'édil de Castres, avec Siisanne i-^alguerolles, et, Tannée même (ie sa naissance, son père aiait présidé, en qualité de commissaire du roi, le svnode du Haut-Lanjîuedoc, dont il avait fait l'ouverture par un discours plein de sagesse et de modération.

Dacier fit ses éludes au colléj^e do Castres jusqu'en IGGi. Les Jésuites s'élant emparé de cet t^tablissement, il alla les continuer l\ l'académie de Puvlaurens, puis à Saumur sous le célèbre Tannrjjuy Le Ferre, (jui le prit en pension et (jui fut si charmé de snn application et de ses progrès, que, lorsqu'il renv(»ya tous ses élèves un an environ avant sa mort, il le garda au-

près (le lui. L'intimité dans laquelle le jeune Dacier vécut ainsi pendant plusieurs années avec la savante fille de son professeur, jointe à la conformité de leurs golîtset de leurs études, de leur âge et de leur religion, fit naître entre eux une tendresse profonde et vraie qui dura autant que leur vie.

La mort de Le Fèvre cependant obligea Dacier à renoncer à ses douces habitudes et à retourner dans sa famille, en 1672. Après un court séjour à Cas- Ires, comptant, comme tant d'autres jeunes gens de son i\ge,sur son propre mérite pour conquérir une place dans la république des lettres, il vint îi Paris, se berçant des plus belles espérances.

Il ne tarda pas îi reconnaître qu(? ses connaissances philologiques, fort capables de lui gagner l'estime des savants, lui procureraient diflicilemenl les moyens d'y vivre. Il retourna donc dans sa ville natale ; mais nourrissant encore des illusions qu'il lui était permis, ^ lui huguenot, moins qu'à tout autre, de conserver, il revint bientAl à Paris, et cette fois, il fut mieux servi par les circonstances. Le duc de Montausier, ^ qui il fut présenté, l'inscrivil sur la liste des savants occupés «^i commenter les auteurs anciens ad usum delphini, et le chargea de travailler sur PompéiusFcstus. C'était mettre son érudition à une épreuve délicate. Dacier s'en lira à son honneur, et ébloui par les éloges qu'il reçut, il se crut sur la route de la gloire et de la fortune. On rapporte qu'il épousa, en 1683, la fille de Tanneguy Le Fèvre. Que leur mariage ait été célébré dès-lors , c'est une question que nous aurons k discuter (Voy. Anne LK FÈVKE); ce qui est certain , c'est qu'à partir de cette époque , la f;iim et la soif se mirent en mén;:ge , comme le disait plaisamment le duc d'Orléans, et que la misère ne tarda pas à entrer au logis. Dacier sentit que sa religion opposait un invincible obstacle ausuccèsde ses efi'orts; il résolut donc de se convertir et s'en ouviit àDossuet, qui neput qu'applaudir à soD dessein.

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Sous le préleile de présenter sa femme à sa famille , 11 partit pour Casires i la fin de 168i (1). De Boze , dans i'Ëlogo de Dacier , prétend qu'il entreprit ce voyajçe , « pour no pas jetter un air de vanité sur le Ihéiitre de leur conversion , et pour toucher da- Tantage, par cet exemple domestique , ceux de leurs parens ou de leurs amis qui de plus loin auroient pu croire que des vues de fortune a voient délorminé leurs sentimens. » Le p:inéj,'yriste , selon Tusage, dissimule la vérité; mais Dacicr va nous la rèréler lui-m»*me. On lit, en elfet, dans une lettre qu'il écrivit de Castres à un ami, le i'i sept. 1685, et qui a été inconsi<lérémenl publiée dans le Mercure galant (octobre 168:i, pag. i79) : « MalViiime et mov sommes très-bons callioliques. Nous le serions il y a plus de quatre mois , si nous d eussions mnagé les choses pour rendre nostre conversion plus agr/ahle à Dieu et auroy^ et plus utile à nostre pans.

Cela nous a heureusement réussy. l£n nous déclarant, nous avons obligé la plus grande partie de la ville à nous suivre. Jeudy dernier, nous leur fismes signer une dclibêration trèsconforme à la volonté du roy. OAa entraîne tout le reste, et tout Castres sera catholique dans quatre jours ; Ton a sujet d'espérer que ce bon exemple

(1) Ctlte mèiDf tnnée, son père, îist^ de 73 anic. avait ete misen arcusation, parrr que^ en I68.'i, ii avait oie adresser au parlrnicnt de Touloust*, au nom des Protestants de (Castres, m Acte oii on lisait : • Uu'on voyoit clairemfnt qn'on travailloit a détruire les édiis quoiqae perpétuels et irrévocables...., que lc> nouvelles déclarations, quelque sévèrr* qu'elles fas«^ent, étoieul enrore a::*s'ravfe'î rt étendues par les parlemens.. ., qu'il etolt inutile de se défendre, puisqi:e h-ur défense (di*s Protestants] éloit un moyen sûr el e.onimodea leurs ennemis pour les ojipriiner S(»us prétexte de ju>tire ; quMfs s'abamlonnolent done a la discrétion des juges elde leurs concitOTens, se coiitenianl de prote<;ier contre le ren^er^eJn^*nl de> edits. » Uien n'etaii plus vrai; niaig toutes vérités ne sout pas bonnes a dire, le Mi/uyer demanda au serreiaire d'état qu'il vo lîùt bien lui prescrire «e qu'il devait faire, en insinuant qu'un peo de sévérité ne nuirait pas. {Arihir, yi-n. M. 070).

servira d'instruction aux villes voisines et peut-estrtî mcstne à tout le Languedoc. » N'est-il pas clair que la Cour voulait que cette conversion eût du retentissement, et que Dacier , acceptant le rôle peu honorable qu'on lui imposait, partit de Paris, non pas, ainsi que le dit de Boze , a lin de n(* pas jeter un air de vanité sur sa conversion, ni, comme il l'écrivait lui-m^Mneh son père « pour fuir un apast qu'il croidit empoisonné», mais avec la mission d'y ruiner rKglise protestante "? « Le roi, lit-on dans les Mémoires do Danjreau, sous la date (hi * oct. !68:'>, eut nouvelle à s«)n lever quit toute la ville de Castres s'étoil convertie. ■ Dacier méritait bien une récompense.

Au^si le bigot monarque lui lit-il expédier, dès le mois de novembre, deux brevets de pensions, l'une de 1500 livres pour lui, l'autre de 'iOO pour sa femme , et il ne cessa depuis de le combler de faveurs.

\i\\ i69"), Dacier fut nommé membre de l'Académie des inscriptions et de l'Académie française. Peu de temps après, Louis XIV le gratifia d'une nou velle pension de 2000 livres. En nOi, il le nomma garde des livres du cabinet du Louvre, par brevet de retenue du tl mars {Arch, gr'n. K. 3388). Eu 1713, PAcadémie française le cboisit pour secrétaire perpétuel. Enfin, verg la fin de 1717, il obtint un brevet de retenue de i 0,000 livres sur sa charge de garde des livres du cabinet, et lorsque cette charge fut réunie, eu 1750, à celle de bibliothécaire, non-seulement il fut maintenu dans les prérogatives de son emploi, mais par une faveur sans exemple, la survivance en fut accordée 5 sa femme. La mort de M*' Dacier, qui arriva en 17*20, lui causa une vive don leur. Que ce fût la suite du ch;igrin ou de la vieillesse, il ne lit plus qu(t languir, ('epend.int dans les derniers mois de cette vie languissinle. le temps ayant produit son etfet ordinaire, il songeait h se remarier avec M'" de Launay, célèbre depuis sous îe nom de M"" de Staal, lorsjpi'un ulcère au go-

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sier le conduisit au tombeau à Tâge de 71 ans.

Dacier avait le visage long et sec, la taille au-dessous de la movenne. Son abord était froid; sacouvers:ition, lourde et posante, ne s'animait que quand il s'agissait de défendre les auteurs anciens pour qui il professait une espèce de culte voisin du ridicule. Il était, au reste, extri'mement laborieux, et ce qui lui manquait du cMé du {zénie, il le remplarait par le travail. Son style est dillus, terne, sans cbuleur. On a dit avec esprit qu'il connaissait tout des anciens, hors la grâce et la finesse.

Hoileaua eu raison, dans sa Préface sur Longin, de vanter ;• la très-grande érudition » de Dacier ; mais louer « sa crilique très-iine » , c'était pure Halterie. Voici la liste de ses ouvrages ;

I. Sexti Pompeii Festi et Marci yerf'ii Flacci de verhorvm significat'wne lih, XX, cura notis et emendatiodihuSj Paris., 1681, in-4»; Amst., 1G99, in-i'. On préfère cette dernière édit. qui est enricbie des notes de Scaliger^ d'Ursinus et d'Antoine Augustin, et de nouveaux fragments de Festus.

Les annotations de Dacier sont judicieuses et ses additions considérables.

II. Œuvres d* Horace en latin et eii français, avec des remarques critiques et historiques» Paris, 1G81- 4()80, 10 vol. in- 12; nouv. édit., corrigée et augm., Paris, 1709, 10 vol.

Jn-12. La meilleure édit. est celle d'Amst., 1726, 10 vol. in-12, avec de nouvelles corrections et additions. — On ne peut refuser à Dacier le mérite d'avoir éclairci quelques passages d'Horace ; mais d'un autre cftté, on doit avouer qu'il n'a pas toujours bien saisi le sens du poëtp, et l'on chercherait vainement dans la trad. quelque chose de cette grâce, de celle élégance qui fait le charme de l'original. En revanche, l'érudition abon(le; mais on serait curieux souvent d'apprendre où Dacier a puisé des histoires dont on ne trouve de Irace que dans sos écrits.

Jean Mdsauji, ministre réfugié en Angleterre, ayant critiqué quelques-unes

de ses notes dans sa Vie d'Horace (Leyde, 1708, in-8*), il lui répondit avec emportement dans une Lettre contenant quelques nouveaux éclaircissemens sur les œuvres d'Horacey Paris, 1708, in-12.

III. S. Anastasii Sinaïta anagogicarum contemplationum in hexaherneron liber XII hactetiùs desideratuSy grœcè et lati7iè ex versione et cum notis A . Dacerii ; oui prœmissa est ExpostulatiodeS, JoannisChrysostomi epistolâ ad Cr^sarium monackum adv. Apollinarii hœresirn, à Parisiensihus aliquot thcologis non ità pridem siippressâ, Lond., 1682, in-i". — Nous avons raconté ailleurs (Voy. i, p. 64) l'hisloir»' de celte lettre côlèhrc.

I \ . Il ('p.exio n s mo ra les de V empercur Marc-Antoniu acec des remarques. Paris, 1691, 2 vol. in-12; Paris, 17i2, in-12. — M"" Dacier eut part h cet ouvrage.

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