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Vienne^ et Guillaume GuérouU , son beaa-frère^ tooe deux protestants secrets^ poDr le faire imprimer en cachette à ses frais. Cet ouvrage, qui parut au commencement de 1555 sous ce litre : Chris tianismi resiitutio. Toiius ecclesiœ aposlolicœ ad sua limina vocatio, in integrum restituid cognitione Deiy fidti Chrisii, justificationis nostrWf regenerationis baptismi , et cctnœ Domini manducationis. Resti' iutio denique nobis regno cœlesti, Babylonis impiœ captivitate solutd, et Antichristo cum suis penitùs destructo,s. \,f\ 555, in-8«, a été supprimé avec tant de soin qu'il n'existe plus que deux ou trois exemplaires de l'édition originale; mais il a été réimp.
ligne pour ligne, sur l'exemplaire de la bibliothèque de Vienne en Autriche^ par de Murr^ Nuremb., 1791, in-8<».
Il n'est pas facile de se faire une idée claire et nette du système de Servet, tant il s'exprime d'une manière confuse, dans un style incorrect, presque barbare. Nous essayerons pourtant de l'analyser en peu de mots. Parlant du principe de l'indivisibilité absolue de Dieu, il arrive, d'mduction en induction, à nier les dogmes fondamentaux du christianisme. Dieu, être abstrait, parfaitement un et simple, n'exerce pas directement son action sur le monde, dont il est séparé par un abîme incommensurable. L'intermédiaire dont il se sert, le lien qui rattache le fini à l'infini, est le monde des Idées, êtres personnels et actifs, émanant de l'essence de Dieu et types éternels des choses.
Distinctes de Dieu, sans être séparées de lui, elles viviflent la matière et l'unissent à Dieu II y a donc trois mondes à la fois distincts et unis : Dieu , les idées, les êtres. Les êtres sont contenus dans les idées, les idées le sont en Dieu, donc Dieu est tout et tout est Dieu. Celle théorie panthéiste n'est au fond que le système du philosophe alexandrin Philon, avec lequel le système de Scrvet offre les plus frappantes analogies, non-seulement au point de vue de la métaphysique^ mais à ce-
lui de la christologie, comme nous allons le démontrer.
Le centre du monde idéal, du monde des forces divines, desittributi divins^ des paroles, des anges, pour parler le langage biblique, est le Logos^ la Parole par excellence, le Christ, qui résume en lui toutes les paroles ou idées : Chrisius ipse est idearum pelagus œlemum. Comme bypostase ém^ née immédiatement de la substance de l'Etre absolu. Christ est le fils de Dieu, contenant en soi tous les êtres : Non solùmin se ipso humanœ commiscei et unit, sed et divinœ humanisin unam veram substantiam, SansleChri8t,Dieu serait resté un principe inaccessible à l'inleliigence humaine : Quid enimpoluit unquam homo de Deo imaginari, priusquam se illi visibilem prœbuit ?
C'est lui qui l'a révélé ; il est la lumière de Dieu, sa manifestation la plus parfaite; il est Dieu : Verè adorandusverusque Deus, — consubstantiel : Exverâ Dei substantid genitus, — et coéler* nel au Père, comme Verbe : Verbum in Deo proferente est ipsemet Deus loquens; mais ce Logos éternel n'est devenu Fils qu'eu se manifestant dans le temps, pour relever la nature humaine de l'état d'abaissement où l'avait réduite la chute d'Adam, la ramener à sa pureté primitive et, par sa médiation, faire les hommes flis de Dieu. De même que Dieu se manifestant au monde est le Verbe, il s'appelle le Saint-Esprit, en tant qu'il se communique au monde, qu'il exerce une action morale sur l'esprit de l'homme. Ainsi, comme Sabellius^ Servel ne voyait dans les trois personnes de la Trinité que trois différents modes de manifestation de l'Etre absolu : Multiformes deitatis aspectus, diverses faciès et species. Il ne pouvait concevoir un Dieu en trois hypostases:
Veri hi sunt tritheitœ et athei, qui Deum non habent, nisi tripartitum et aggregaiivum.
Ce syslème,mélange des idées de Philon, de SabclliQs et de Photin, devait produire un scandale horrible chez les Protestants comme chez les Catboii-
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ques. Servetn'en doatait pas, et cependant, soit désir de faire parler de lai, 80it besoin de répandre ce qu'il croyait la vérité, il ne craignit pas de se Jeter dans un danger presque inévitable, seulement il prit les précautions nécessaires pour que Tauteur du livre ne fût pas connu : il en envoya tous les exemplaires à Lyon avec ordre de les expédier en Italie eten Allemagne. Jean Frellon en fit tenir un exemplaire à Calvin (i ). Peu de jours après, le 26 fév. 1553, Guillaume de Trie y répondant à un de ses parents, Antoine Ameys, de Lyon, qui lui avait écrit pour Texborter à rentrer dans le sein de TEglise romaine, lui disait : a Je me suys csbay comment vous m'osez reprocher entre aultres choses que nous n'avons nulle discipline ecclésiastique ny ordre, et que ceulx qui nous enseignent ont introduit une licence pour mestre confusion partout; et cependant je veois, Dieu mercy, que les vices sont mieux corrigez de pardeça que ne sont en toutes vos ofQciali lez. » Et pour le prouver, «Je vous puys, ajoutait-il, alléguer ung exemple qui est à vostre grande confusion, puisqu'il le fault dire. C'est que Ton soutient de par delà un hérétique qui mérite bien d'estre bruslé par tout où il sera. Quand je vous parle d'hérétique, j'entends ung homme qui sera condamné des papistes aultant que de nous ou pour le moins qui le dolbt estre. Car combien que nous soyons différens en beaucoup de choses,si avonsnous cela commun que en une seule essence de Dieu il y a trois personnes, et que le l'ère a engendré son flis qui est sa sagesse éternelle devant tout temps,
(1) Cet eiemplaire, dil-on, esl le même que celui qui se irouTeaujoard'huiàU Bibliolhcqoe nationale. On prétend qu'il a été retiré du bûcher de Servel. 11 suffit d'un léger examen pour se conTaincre que c'est là un conte fait à plaiajr. Qu'il ait été en la posseiaion de CoUadon, qui y a joint un index de m propre main, on ne saurait en douter ; mais si c'est Texemplaire donné par Frellon à CaWin, comme il est complet, il ea résulte que de Trie détacha d'un autre exemplaire la feuille qu'il envoya à son parent, ce qui Tient ù l'appui do notre opinion, que Calrlii oe i'e^t pas faille dcnonciaicurda malheureux Servet.
et qu'il a en sa vertu étemelle qui edt son Sainct-Esperit. Or quand ung homme dira que la Ternité laquelle nous tenons, est un cerberus et monstre d'enfer et desgorgera toutes les villainies qu'il est possible de penser contre tout ce que l'Escripture nous enseigne de la génération éternelle du fils de Dieu, et queleSainct-EsperitestlavertuduPère et du fils, et se mocquera à guaulle desployée de tout ce que les anciens Doc* teurs en ontdict,je vous prye en quel lieu et estime l'aurez-vous?.... Quelle honte est-ce que l'on face mourir ceulx qui diront qu'il ne fault invoquer que ung seul Dieu au nom de J.-Ch., qu'il n'y a aultre satisfaction que celle qui a esté faicte en la mort et passion de J.-Ch., qu'il n'y a aultre purgatoire qu'en son sang, qu'il n'y a aultre service agréable à Dieu que celuy qu'il commande et approuve par sa parole; que toutes peinctures et images que les hommes contrefont sont autant d'idoles qui profanent sa Majesté ; qu'on doibt garder les sacremens en tel usage qu'if a esté ordonné de J.-Ch. Voire et qu'on ne se contente poinctde faire mourir telles gens d'une simple mort, mais qu'on les brusle cruellement. Cependant voilà qui nommera J.-Ch. idole; qui destruira tous les fondemensde la foy ; qui amassera toutes les rêveries des hérétiques anciens; qui mesmecondemnera le baptesme des petits enfans l'appelant inventions diaboliques, et celluy-làaura la vogue entre vous elle supportera-t-oncommes'iln'avoit point failly. Je vous prye, où est votre zèle que vous prétendez et où est la police de cette belle hiérarchie que vous magnifiez tant? L'homme dont je vous parle a esté condemné en toutes les églises lesquelles vous reprouvez. Cependant il est soufifert entre vous, voire Jusques à y faire imprimer ses livres, qui sont si pleins de blasphèmes, qu'il ne fault point que J'en die plus. C'est un espagnol porlugailois nommé Michaël Servelus de son propre nom, mais Use nommeVillcncufvcà prcscnl, faisant le médecin. Il a demeuré quelque
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temps à Lyon, mainctenant il se lient àVienne^oîi le livre dont je parle a esté imprimé par un quidam qui là a dressé imprimerie,nomméBaUhazardAmoQllet. Et afin que vous ne pensiez que j'en parle à crédit, je vous envoyé la première feuille pour enseigne. » L'abbé d'Artignyadribue sans aucune hésitation celte lettre à Calvin ; Castaliondli seulement qu'on croyait y reconnaître son style ; pour nous, jusqu'à preuve du contraire, nous n'y verrons que la réponse d'un protestant instruit dans sa religion et au courant des controverses du temps, qui rétorque avec une certaine habileté les arguments de son adversaire. Or, à celte époque, les gens même du peuple (nous en avons donné des preuves) savaient» raisonner en théologiens »et même avec une étonnante sagacité,sur de subtiles questions de métaphysique ; comme,de nos jours, on a vu des ouvriers développer avec un remarquable talent leurs idées sur les problèmes du socialisme. Guillaume de Trie d'ailleurs n'était ni un homme de métier, ni un marchand en faillite, comme le suppose très-gratui lemenl M . Saisset. Seigneur de Varennes, il descendait de l'illuslre maison de Trie et s'était ail ié ou s'allia quelque tempsaprèsà lacélèbrefamilledeBuc/é(Yoy.II,p.74).
Une de ses filles, MARiE,épousa en 1 575, Jeande Normandie, et une autre, Annb, se maria en premières noces avec Mat^ thieu Sève, échevin de Lyon, dont les descendants occupèrent à Genève un rang très-distingué. Un gentilhomme, dans une position sociale aussi avantageuse que la sienne, ne devait pas l'abandonner à la légère, et avant d'y renoncer pour embrasser la religion protestante et se retirer à Genève, il est permisdecroirequ'ilavaitétudiéàfond les ouvrages de polémique. En supposant mèmequ'il n'eût pas reçu, lui aussi, un exemplaire du Chrislianismi restitutio, ne pouvait-il pas connaître la doctrine de Servet parla lecture de ses premiers écrits? N'aggravons pas les torts de Calvin, en le chargeant, sans preuve suffisante, du rôle honteux de délateur.
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Il se peut même que de Trie n'ait nullement eu rintenlion de provoquer dos poursuites; autrement (Nicéron l'a déjà fait observer) , pourquoi se serait-il adressé à Lyon et non pas à Vienne? Quoi qu'il en soit, après avoir lu la lettre de son parent, Arneys, piqué sans dontedes récriminations qu'elle contenait, s'empressa de la communiquer à l'inquisiteur Matthieu Orry, qui commença sans retard une enquêté ; mais l'information la plus sévère ne fit rien découvrir qui prouvât que Servet était l'auteur de l'ouvrage en question. Orry retourna donc à Lyon et fit écrire par Arneys à de Trie pour réclamer de plus amples informations. De Trie répondit le 26 mars : « Quand je vous escripvis la lettre que vous avez communiquée à ceulx qui y estoicnt taxé de nonchalance , je ne pcnsois poinct que la chose dcust venir si avant. Seulement mon intention estoit de vous remonstrer quel est le l)eau zèle et dévotion deceulxquisedisentpilliersderEglise, bien qu'ils souffrent tel désordre au milieu d'eulx, et cependant persécutent si durement les pauvres chrestiens qui désirentdesuyvreDieuensimplicité.Pour ce que l'exemple estoit notable et que j'en estois adverty, il me sembla que l'occasion s'ofTroit d'en toucher en mes lettres selon la matière que je traitois.» Arrivant ensuite à l'objet de la lettre de son cousin qui lui demandait de lui envoyer l'exemplaire entier du livre de Servet,ils'excusadene pouvoir le faire; mais, lui dit-il , « je vous mettray en main plus pour le convaincre, assavoir deux douzaines de pièces escriptes de celui dont il est question, où une partie de ses hérésies est contenue. Si on luy mettoit au devant le livre imprimé, il leponrroitregnyer,ce qu'il ne pourra
faire de son escripture Je vouscon-
fesseray une chose, que j'aye eu grand peine à retirer ce que je vous envoyé deM.Calvin;nonpasqu'ilne désire que tels blasphèmes exécrables ne soyeot reprimez,mais pour ce qu'il luy semble que son debvoir est, quant à luy qui n'a poinct de glaive de justice, de couvain-
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ore plustost les hérésies par doctrine^ que de les poursuy vre par tel moyen ; mais jeTay tant importune luy remonstrant le reproche de légicreté qui m'en pourroitadvenirs'ilneni'yaidoit,qu'en la On, il s'est accordé à me bailler ce que verrez. » Avoir consenti, pour éviter à un Adèle de son église» le reproche de légèreté, »à se dessaisir de lettres qui lui avaient été écrites par un hérétique, son ennemi, bien qu'il siît que cette complaisance devait conduire le malheureui au bilieher, tel a été le crimecommis dans celte atTaire par Calvin contre les lois de rimmanité et de la charité chrétienne. Quanta de Trie, toute sa conduite trahit un prosélyte fanatique.
A la réception de ces nouvelles picces d«; conviction, Orry lii arrêter Serve!; mais trois jours après, le 7 avril, leprisonnicrréussil à s'évader des prisons du palais de Vienne, probablement de connivence avec le vibaillif son ami. Le i 7 juiu,une sentence par contumace le condamna à étrebrîiléu à petit feu»
sur la place Charneve. Elle fut exécutée le même jour. H fut brûlé en elfigie avec cinq ballots d'exemplaires de son livre, qu'on avait saisis à Lyon, et ses biens, montant à quatre mille écus, furent coulisqués au protit du ûls de Maugiron.
Après s'être tenu caché pendant trois mois sur le territoire français, Scrvet, craignant de retomber entre les mains de la justice, se décida à passer en 1- Idlie, et pour sy rendre, il prit, résolution inexplicable ! le chemin de la ville où résidait Calvin, Calvin qui venait de le livrer en quelque sorte à rinqulsition et qui, plus de six an^: auparavant, avait fait contre lui celte terrible menace : Si venerit, modo vor leai mea authoritasy vivum exire non patiar !
Dans sa Relation du procès criminel intenté contre M. Servet (Gen., 1844), M. Uilliet suppose avec assez de vraisemblance, qu'il fut appelé ou du moins retenu à Genève par le parti libertin, qui avait alors pour chef Ami Perrin,
premier syndic et capitaine général, et qui faisait une rude guerre au réformateur (Vuy. 111, p. 125), guerre dans laquelle il remporta, à cette m^ me date, quatre avantages notables :
Exclusion du Petit-Conseil prononcée contre une partie des adhérents de Calvin, Exclusion du Conseil général donnée aux ministres de l'Evangile, Désarmement des Réfugiés, Droit d'excommunier enlevé au consistoire et transféré au Petit-Conseil. Ce qui est certain, c'est que Servet, arrivé à Genève le 1 7 juillet, y prolongea son séjQur, sans nécessité apparente, jusqu'au 15 aoiîl, qu'il fut reconnu, au sortir de Téglise, dit Castalion, et arrêté à la demande de Calvin. La loi voulait qu'en matière criminelle, Taccusaleur se constituât prisonnier pour subir, en cas de calomnie, la peine réservée au coupable* Calvin, au plus fort de sa lutte contre les Libertins, ne pouvait quitter le champ de bataille^ mais il chargea son secrétaire, le proposant Nicolas de La Fontaine, de Salnt-Gervais au Vexin, do se porter partie. Dès le lendemain, 1 4 août, La Fontaine dénonça Servet au Petit-Conseil comme a semmateur de grandes hérésies, » et sur Tordre des magistrats, il présenta un acte d'accusation en 38 articles, rédigé avec une précision, une clarté et une exactitude qui décèlent la plume de Calvin. Le mêmejour, Servet subit un interrogatoire, dont le procès- verbal fut communiqué aux syndics, juges de toutes les causes criminelles. L'après-midi, ils se transportèrent à la prison pour commencer une procédure en règle. A Vienne, Servet avait mis beaucoup d'adresse et de dissimulation dans sa défense, protestant à plusieurs reprises qu'il n'avait jamais voulu ni dogmatiser ni rien soutenir de ce qui «se pourroit trouver contre l'Eglise ou la religion chres tienne ; » à Genève, il ne nia rien, il nerétracta rien, pas même ce qu'il avait dit contrôle baptême des enfants : Paîdobaptismum esse dico detestandam abominationem, Spiritùs
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sancti extinctionem, Ecclesife Dei desolationem, totias professionis Christian» confusionem, invocalionis per Gbrislum Tacts abolilionem, ac totiDS regni concalcationem^ d analhème qui donnait à sa doctrine une couleur d'anabaptisme très-dangereuse. Il s'attacha surtout à se montrer comme la victime delà haine personnelle deCalvin. Les syndics, jugeant Taccusation bien fondée^ le maintinrent en prison, et remirent La Fontaine en liberté sous la caution d! Antoine Calvin, A l'audience du i 6, La Fontaine se présenta, assisté de Germain CoUadon, son avocat. Servet comparut seul ; mais il trouva un appui en Ph. Berthellcr, qui présidait alors le Petit-Conseil. Calvin pensa qu'il était temps d'intervenir; il demanda donc et obtint Tautorisation d'assister aux interrogatoires.
Le 17, raudience fut reprise. Les deux adversaires y luttèrent corps à corps. Leur dispute roula principalement sur la fertilité de la Terre-Sainte, qu'une note de la Géographie de Ptolémée contestait. Il eût été facile à Servet de prouver que cette note n'était pas de lui, puisqu'elle se trouve déjà dans l'édition de Ptolémée donnée par Pirckheimor h Strasbourg en ir> 25; mais il ne daigna pas employer un moyen si simple de repousser une accusation, qui n'était pas, comme ie pense M. Saissct, « une atroce chicane, «puisque nier la véracité de Moïse, c'était accuser de mensonge le Saint- Esprit ou tout au moins révoquer en doute l'inspiration des Livres saints; loin de là, il donna assez clairement à entendre qu'il partageait l'opinion de l'auteur de cette note. On ne s'explique cette étrange conduite qu'en supposant avec Calvin « qu'il s'étoit forgé quelque vaine confiance de je ne sais où. » En tout cas, c'était prendre une voie périlleuse. A la suite de cet interrogatoire, le Conseil, le jugeant coupable, mit hors de cause La Fontaine et sa caution.
Le procès ne fut repris que le 21.
Calvin, qui, la veille, avait écrit à Fa-
rel : taSpero capitale saltem judicium fore, pœnœ verà atrocitatem remitH cupio, y> se rendit à l'audience escorté des ministres ses collègues, et dispata avec Servet sur la nature de Jésus- Christ. Le 23, le procureur général Rlgot, devenu partie instante parla mise hors de cause de l'accusateur, présenta un nouvel acte d'aceusation qui s'at^ tachait moins aux doctrines hérétiques de Servet qu'aux résultats dangereux de ses opinions. Servet répondit avec beaucoup d'habileté aux questions qui lui furent posées sur ses antécédents, ajoutant que, s'il avait failli, il était prêt à s'amender. Le lendemain, il fit présenter au Conseil une requête dans laquelle il exposait que c'était une pratique nouvelle, inconnue à la primitive Eglise, que de traduire devant les tribunaux séculiers les personnes suspectes d'hérésies; qu'il n'avait commis aucun crime à Genève ; qu'il n'était ni séditieux, ni perturbateur du repos public, et en conséquence, il demandait à être mis hors d'accusation, ou, en cas de refus, à obtenir au moins l'assistance d'un avocat. On ne lui accorda ni 1 une ni l'autre de ces justes demandes ; au contraire, on redoubla de rigueur envers lui. Il y a quelque chose d'émouvant dans le sort déplorable de cet homme isolé, sans appui, sans conseil, au milieu d'une ville étrangère, plongé dans un cachot et traité avec une inhumanité révoltante, au point que^ malgré ses prières, on le laissait couvert de vêtements en lambeau^et de vermine, et qu'on lui accordait avec peine le papier nécessaire pour écrire sa défense. Aussi l'opinion, qui manque rarement de se prononcer pour Topprimé contre l'oppresseur, semblait-elle se déclarer en sa faveur.
Pour la ramener, Calvin n'eut pas honte de convertir la chaire chrétienne en une arène, et se donna la triste satisfaction de terrasser son ennemi enchaîné ! De son côté, le procureur général repoussa la requête de Servet par un nouveau réquisitoire, qui de-
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vinl le Icxtc d'un nouvel inlerrogaloire,oiiScrvet fil preuve, dit M. Rilliel, de beaucoup de tact et de finesse ; mais, comme il savait fort bien qu'il s'agissait pour lui de la vie, il n'osa pas dire toute la vérité.
Cependant le Petit-Conseil avait demandé au tribunal de Valence la communication des pièces du procès qui avait été intenté à Servet dans celte ville. La réponse arriva le 31 août.
Le procureurdu roi refusait cette communication ; mais il remerciait les magistrats genevois d'avoir fait arrêter l'hérétique, et demandait son extradition. Le I>elit-Conscil, qui sentait peutêtre rillcgalitédesa procédure, laissa à Servet le choix d'être envoyé à Valence ou d'être jugé à Genève. Pouvait-il hésiter? Il se jeta à terre, fondant en larmes, et supplia le Conseil de ne point le livrer à une mort certaine. L'extradition fut donc refusée.
« Qui sait, fait observer M. Rilliet, jusqu'à quel point la crainte de paraître moins bons chrétiens et magistrats moins scrupuleux que les gensde Vienne agilsurl'esprit des juges genevois?»
Avant de passer outre, le Petit-Conseil, ne se trouvant peut-être pas suffisamment éclairé, ou sentant qu'une condamnation justifierait les persécutions des Catholiques contre les Protestants, et ne voulant pas supporter seul la responsabllitéd'une monstrueuse inconséquence, désira consulter les autres églises de laSuisse. Parsonordre, Calvin releva dans les écrits de Servj^t les passages, selon lui, hérétiques. Servet y répondit par écrit. Calvin fil une réplique qui fut communiquée au prisonnier; mais, au lieu de la réfuter, Servet, comme s'il eût pris à lâche d'irriter de plus en plus son terrible adversaire, se contenta de mettre en marge de courtes noies, où il accablait d'outrages Calvin et lui prodiguait les épithètes les plus injurieuses. Toutes ces pièces, qui ontétéimp.
dans les Opuscules de Calvin, furent communiquées aux églises de Berne, Bàlc, SchafThouse et Zurich. Elles n'é-
taient point encore parties que Calvin 8 'empressa d'écrire aux pasteurs de ces quatre églises, dans le but évident de se les rendre favorables. Les réponses arrivèrent le 18 oct.; elles étaient unanimes sur la culpabilité de Servet et demandaient une punition sévère.
Les magistrats des quatre villes se prononcèrent dans le même sens. Fort de cet appui, le Petit-Conseil, qui venait de rejeter une nouvelle requête de Servet tendant au renvoi de sa cause devant le Conseil des Deux-Cents, rendit enfin, le 26 oct., à la suite d'une discussion orageuse, Tarrêt qui condamna le malheureux à être brûlé vif avec ses livres. En entendant la lecture de cette abominable sentence, Servet s'abandonna au désespoir; mais il ne tarda pas à reprendre foule sa fermeté, et sans rien vouloir sacrifier de ses convictions i>our obtenir une commutation de peine, il marcha au bûcher avec le courage d'un martyr. A Vienne, sa mort aurait passé inaperçue comme celle de tant d'autres vie-
times du fanatisme catholique; mais à Genève, dans une ville protestante, elle causa un scandale immense, parc« qu'elle établit une contradiction révoltante entre la conduite des Réformés et les principes de la Réforme.
Outre les ouvrages que nous avons mentionnés, on attribue à Servet un ouvrage ascétique, le Jrt^^or de Vame; mais Mosheim a prouvé qu'il n'en est pas l'auteur. Tout au plus en a-t-il donné une traduction.
SEUVIN (Louis), sieur jdePinochcs en Vendomois, mort avocat général au parlement de Paris, en 1 626, était, li(-on dans un libelle écrit par un jésuite et reproduit dans les Mémoires de Condé, le fils d'un ministre qui depuis fut pendu. Nous rapportons le fait sans le garantir, ne connaissant de toute la parenté de Louis Servin que son oncle, Claude Servin y de Blois, contrôleur de la maison de la reine de Navarre, et époux de Madelaine Des Champs, dame qui a joui d'une certaine réputation à cause de son talent