‹ La France protestante (volume 5)Chapitre 190 sur 241 · AU · texte numérisé non relu

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sa réputation distinguée, de la grande utilité que pouvoient retirer de ses talens la \ille et l'académie, » et la Vénérable Compagnie des pasteurs lui donna entrée dans son corps. L'année suivante, le Conseil le nomma directeur de la Bibliothèque « eu égard aux marques d'intérêt qu'il avoit données à cet établissement, et au présent qu'il lui avoit fait du Catalogue de la Bi« blioth. des. M. T. G.»

Ce Catalogue, dont le don était une faveur fort recherchée non-seulement des savants, mai s des grands seigneurs, avait été envoyé àTronchin pendant un séjour qu'il fit à Paris, où le duc d'Orléansl'avait appelé, en 1 756,pour qu'il inoculât ses enfants. La découverte de l'inoculation était toute récente; elle venait d'être introduite en Angleterre; la Hollande, la Russie même l'avaient adoptée ; Tronchin en avait fait l'expérience sur sa propre famille; mais en France, oii Ton se méfie outre mesure des inventions les plus utiles, personne ne la pratiquait. Le médecin gé« nevois ne négligea rien pour détruire le préjugé et propager Tlnappréciable découverte, en dépit de la médecine systématique et routinière. C'est là un de ses plus beaux titres de gloire et un des plus grands services qu'il ait rendus à l'humanité. Quelques années a* près, en 1764, le duc de Parme suivit l'exemple du duc d'Orléans, et le susces que Tronchin obtint mit le comble à sa réputation. Dès lors il devint le médecin à la mode dans le grand monde; on le consultait de tous les pays de l'Europe, les femmes surtout raffolaient de lui, et l'on doit convenir qu'il justifiait l'engouement général par son heureuse physionomie, ses manières nobles et gracieuses , sa conversation délicate et polie, à laquelle une teinte d'indépendance républicaine ajoutait un nouveau charme. Sensible et bienfaisant, il consacrait régulièrement deux heures par jour k ce qu'il appelait son bureau de philanthropie, c'est-àdire à donner des consultations gratuites aux malades pauvres, à qui il

fournissait même l'argent nécessaire pour les médicaments. Prodigne en bienfaisance, comme dit Condorcet dans son Ëioge, il ne mettait point de bornes à ses libéralités, aussi ne laissa-t-il qu'une fortune médiocre, malgré les sommes énormes que lui rapportait l'exercice de son art. « Il faisait le bien en silence, lit-on aussi dans une lettre de Thomas à M">« Necker, toujours utile, toujours calme, aussi indifférent à l'admiration qu'à l'envie, n'ayant pas plus le faste des paroles que celui des actions, ne confiant qu'à l'infortune le secret de ses vertus, et ne révélant au public son génie que par ses bienfaits. »

Tronchin n'a point dû son immense réputat ion à un nouveau système de médecine ; il n'a rien inventé, il s'est contenté de simplifier le traitement des maladies. Partisan d'une hygiène simple et naturelle, exempt de préjugés, ennemi des mixtions et des incommensurables recettes, attendant plus de la nature que des médicaments, il n'administrait que peu ou point de drogues^ mais il recommandait fortement la sobriété, un exercice modéré au grand air, la propreté, le renouvellement fréquent de l'air dans les appartements^ comme les moyens les plus eflicaces de prévenir l'invasion de la maladie. Au lit des malades, il se contentait de préparer les crises, de seconder les efforts de la nature, et ce traitement échouait rarement. Comme son compHtriote/^aa- Jacques Rousseau, dont il fut longtemps l'ami, il s'occupa beaucoup aussi delà santé des enfants et des mères. H adoucit le régime des femmes en couches, leur prescrivit l'allaitementet témoigna en toute occasion sa sollicitude pour le développement physique des enfants.

Tronchin mourut à Paris le 30 nov.

1 78! . Il était venu s'y établir en 1 766, comme premier médecin du duc d'Orléans, titre qu'il avait fini par accepter, après avoir refusé les offres brillantes de la czarine Elisabeth, qui aurait voulu l'attirer dans ses Etats. Tout occupé de sa pratique^ il a peu écrit. Outre une

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èdU. des œavres defiaillon : GuiL Bal' lonii Opéra omnia, cum prœfatione, Gen.y 1762, 2 vol. in-i», des articles de médecine dans l'Encyclopédie et des Observations dans le T. V des Mémoires de i'Acad. de cbirurgie, on ne cite de lui que deux thèses : Denymphd et De cliioridey Leyde, 1736, in-4*, et un traité Decolicà Pictonum, Gen., 1 757, in-S»; Amst., 1758, in-4(»;nonv.édit., lens, 1771, in-8*; trad. en allem., Leipz., 1 784, in-S«, qui a été vivement critiqué par Bouvard.

Trois enfants naquirent du mariage de Tli. Troncbin avec Hélène de Witt, qui mourut à Paris, le 17 août 1767 : une filie,llARiB-ELiSAB£TH,qui épousa Jean Diodati, et deux fils. Le cadet, FRANÇOi8,trésorier du marc d'or, mourut sans enfants. L'alné, Jeàn-Robbrt, né à Amsterdam, le 2 juillet 1741, fut père de quatre filles et de deux fils, nommés Aogustb et Alphonse. Le premier suivit la carrière des armes. Capitaine dans les gardes du corps du roi de Prusse, chevalier de SaintrJean et de Saiule-Anne, il épousa J?mma de Hagen, dont il eut Armand et Fêdor.

II. Louis Tronchin, théologien célèbre, naquit le 4 déc. 1629. Il fit sesétudes en partie dans sa ville ualale sous les yeux de son père, en partie à Saumur sous la direction spéciale dMmyraut. Admis au ministère au mois de Juillet 1651, il consacra trois années environ à des voyages en France, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, dans le but de perfectionner ses connaissances, en sorte qu'il ne retourna à Genève qu'en 1 654. Bientôt après, il reçut vocation de l'église de Lyon, et il l'accepta du consentement du consistoire genevois. En 1657, l'académie de Saumur lui offrit la chaire laissée vacante par la mort de La Place, On ignore le motif qui le porta à refuser ce poste, qu* Amyraut et Cappel l'engageaient à accepter; car nous ne pouvons admettre laraison qu'on endonne, qu'il aima mieux se consacrer à sa patrie, puisque ce fut en nov. 1661 seulement qu'il fut rappelé à Genève, com-

me successeur de Léger. « On est si sa-

tisfait de l'examen de professeur de théologie de L. Troncbin, lit-on dans les Reg. du conseil sous la date du 14 déc, qu'on le reçoit dès à présent sans nouvel exercice. » Mais cette nomination ne fut pas vue avec plaisir parFr. Turretin, le zélé partisan de la prédestination absolue, qui prévit que son nouveau collègue propagerait dans l'académie genevoise lesdoctrines de Sau-' mur contre lesquelles il était lui-même fort prévenu. La division ne tarda pas, en effet, à éclater entre les deux professeurs.

Troncbin possédait toutes les qualités requises pour bien remplir sa place. Il était versé dans les belles-lettres, leslanguesorientales,rbistoire,lapbilosophie, et surtout dans la théologie qu'il était chargé d'enseigner et qu'il contribua puissamment à débarrasser des questions vaines et scolastiques, dont on se plaisait à la hérisser. Il ap vait un excellent Jugement, une rare modestie, beaucoup de défiance de ses propres lumières, un amour sincère de la vérité. Animé de pareils sentiments, il devait désapprouver la rigueur dont on usait à Genève envers les disciples de la philosophie cartésienne et de la doo* trine d'Amyraut, et comme il ne oralgnai t point d'avouer hautement ses prin« cipes de tolérance, il osa, de concert avec Philippe Neslrezat, demander, aa mois de juin 1669, l'abolition du serment exigé,depuisi 64 7,des proposants reçus au ministère. Le consistoire ayant rejeté leur demande, ils s'adressèrent au Conseil et en obtinrent un arrêt qui défenditde réfuter ladoctrinedelagrÂoe universelle; mais les partisans de la prédestination absolue le firent révoquer bientôt après, et forts de l'appui qu'ils trouvèrent facilement auprès des CaiH tonsévangéliques etdes églises suisses, tous opposés à la tolérance, ils en ioipétrèrent un autre dans un sens tout différent, par lequel il fut enjoint ani professeurs et aux pasteurs de promet^ tre d'enseigner la doctrine de la grâce suivant l'ancienne tradUive de l'église

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genevoise. Tronchiaetsoncollègnese •oamirent après qaelque hésitation.

Cependant le parti orthodoxe ne fat point satisfait avant d'être parvenn à rendre obligatoire la signature dn Formula consensus. La mort de Tarretin fit plus pour le rétablissement de la paix que toutes les formules. Des idées plus libérales se répandirent peu à peUji etTroncbin^qui ne mourut que le 8 sept. i 705^ eut encore la satisfaction de voir triompher la tolérance par Tabolition du Consensus.

« Tronchin^ lit-on dans Sénebier^ montra le zèle le plus vif pour sa patrie^ une douceur angélique pour tous ceux quifnrej^t assez malheureux pour le combattre, une fermeté inébranlable dans la défense de la vérité^ un jugeaient sain^ un savoir profond et une critique lumineuse.» Cet éloge estcon« Armé par Bnrnet, évéque de Salisbu* ry, qui y ajoute de nouveaux traits.

«M. Troncbin, dit-il , est homme de bonne télé et d'un jugement droit et clair, qui sait bien ce qu'il sait et dont la conversation a des charmes auxquels il est impossible de résister. Ce n'est pas tout, il est d'une vertu extraordinaire et se porte le plus facilement du monde à obliger et à servir les gens.

Il prêche d'une telle force que ses sermons, qui sont du genre sublime, entraînent l'auditeur autant qu'ils l'édifient; ses pensées sont nobles, et son éloquence mâle ; il a en cliaire beaucoup de majesté^ laquelle étant mêlée d'une douce persuasion^ fait que nonseulement il convainc les cœurs, mais qu'il en triomphe et les range à tout ce qu'il veut. »

Tronchin, qui fut agrégé, en 1702^ à la Société anglaise pour la propagation de la foi, entretenait une correspondancesuivieavec plusieurs évêques anglicans, et jouissait auprès d'eux d'une haute estime. Il était aussi en commerce épistolalre avec un grand nombre de savants, et peut-être faut-il chercher dans l'étendue de sa correspondance une des causes pour lesquelles il n'a presque rien fait imprimer.

Volei les seuls ouvrages que Sénebler lui attribue.

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