‹ La France protestante (volume 5)Chapitre 22 sur 241 · SA · texte numérisé non relu

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de rOnUoire» le Jeune Saint*HyaeiDthe y eot de si grande saccès qu'on chanoine de la collégiale de St.-Elieone se cbargea des frais de son éducation. Tout allait bien» mais les mères ont pour leurs enfants le cœur ambitieux. Il»* Cordonnier rêvait pour son fils les plus hauts emplois. Le nom de son père é* tant trop vulgaire, elle commença par lui faire prendre celui de chevalier de Thémiseul» et elle lui obtint un brevet d'officier de cavalerie. Il n'avait que 1 9 ans, mais comme 11 était doué de quel* que esprit et d'une figure almable^cela lui devait suffire pour réussir. Sos débuts ne furent pas heureux ; il assista à la malheureuse bataille d'Hochslett en ITOi^etfutfait prisonnier.Conduit en Hollande 9 il y Ait retenu quelque temps, puis remis en liberté sur paru* le. 11 retourna à Troyes , où ii passa plusieurs années, «les plus heureuses de sa vie,» aimé et recherché par la meilleure société. Mais quelque enivrants pour sa vanité que fussent les petits triomphes qu'il obtenait, ce n'était point là le brillant avenir que sa mère avait rêvé pour lui. Il résolut donc de tenter de nouveau la fortune et par* tit pour aller offrir ses services à Char^ les XII. Nouvelle déception 1 à peine arrivé à Stockholm, il apprit la défaite de Pultawa (1109). Renonçant alors à set rêves de gloire, il se rendit en Hol* lande, où, pendant son séjour forcé comme prisonnier de guerre. Il avait Hé connaissance avec quelques hommes de lettres. Les secours que son bienfaiteur, le chanoine de Troyes, continuait à lui faire passer,iui permirent de vivre modestement ; il apprit l'anglais, l'Italien, l'espagnol, et se remit aux langues anciennes. Cependant la modicité de ses ressources finit par le contraindre aux derniers expédients de la misère : Il dut mettre ses effets en gage. Une conrlière Juive, touchée de sa détresse, le recommandai la femme de l'ambassadeur d'Espagne au congrès dlJtrecht, la duchesse d'Ossone. Une entrevue eut lieu. Le chevalier de Thémlseul était bien fait de sa personne,

sa conversation était ei^ouée, spiritueftle, et de plus il n'était pas gâté par la fortune; c'était plus qu'il n'en fallait pour monter l'imagination d'une fem« me sensible, pour ne pas dire galante.

Un premier mouvement de compassioii fut l'avant-coureur de sentiments plus tendres. La duchesse fit présent au panvre chevalier d'une écritoire qui con* tenait dans un tiroir on rouleau de 50 louis. C'était une fortune, mais pensant qu'on les y avait oubliés, il s'empretsa de les reporter. La duchesse doubla la somme ; elle fit plus, elle obtint pour son Jeune protégé la table et le couvert à l'hôtel de l'ambassade. Son sort paraissait assuré; mais par malheur Tam»

bassadeur coitçut des soupçons, et H fil signifier au séducteur l'ordre de quitter la Hollande. Quel réveil I le voilà de nouveau errant et sans ressources.

Il se rendit à Troyes, où il retrouva sa mère et ses anciens amis. De nouvelles aventures l'y attendaient; il y avait en lui plusd'un trait de ressemblance avec l'auteur des Lettres à Sophie. Chargé de doimer des leçons d'italien à la nièce d'une abbesse, il s'éprit d'une belle passion pour son élève, et son élève y répondit. L'affaire fit du bruit; un décret de prise de corps ayant été lancé contre lui, il n'eut que le temps de repasser en Hollande. Ce fut alors qu'il s'associa aux auteurs do /oumol/ttlérotre, dont la première livraison parut en 1713. Son premier écrit, le Ch^f'd'<Buvred*uninc(mnu(\l\ 4) jfonda à bon droit sa réputation d'homme d'esprit. C'était une satire, parfois un peu graveleuse — ce qu^ en Franoe nuit rarement au succès, — dirigée contre les Yadius, les Trlssotins de l'é- * rudition, et qui trouverait encore son application de nos Jours. Comme l'auteur s'était gardé d'y mettre son nom, on alla Jusqu'à l'attribuer à Fontenelle. Dès qu'il fut connu, on l'invita à se rendre à Paris. Chacun lui fit fête; mais, comme il était toujours sous le coup du mandat qui avait été décerné contre lui, il dut, crainte de mésaventure, retournerpromptement à La Haye .

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Dans le cours de sa carrière littéraire^ Saint-HYacinthe soigna plusieurs éditions de son Cbef-d'œnvre^ qu'il enrichit de quelques remarques et de pièces nouvelles. Il poursuivait sa vie laborieuse de critique, lorsque Tamour^ce tyran des âmes sensibles, vint de nouveau troubler son existence. Susanne de Marconnay, une des filles du colonel de Marconnay, sieur de Cbàteauneuf, lui tourna la tète, et, de son consentement, il l'enleva (1722). Les deux amants passèrent en Angleterre, où ils firent bénir leur mariage. La place étant ainsi prise par stratagème, le colonel n'eut plus qu'à s'exécuter de bonne grâce ; il donna son consentement. Par le crédit de ses amis, Saint-Hyacintbe obtint, dit-on, une pension sur le fonda destiné aux Rérngiés protestants. A quelle époque de sa vie aventureuse avait-il embrassé le protestantisme?

Aucun de ses biographes ne nous Tap* prend; mais nous voyons par les traits qu'il décoche à l'Eglise catholique dès 1714, qu'à celte date, il ne devait plus être un fils soumis de l'Eglise; il était tout au moins un partisan du libre examen. Au dire de M. Welss (Biogr. Univ.], Saint-Hyacinthe aurait été admis dans la Société royale de Londres (nous ne savons trop à quel titre), et^ flatté de ce témoignage d'estime, il aurait résolu de se fixer à Londres. 11 resta, en efiTel, en Angleterre jusqu'en 1734. Revenu à Paris, il ne tarda pas à s'y déplaire ; ses démêlés avec Voltaire, dont nous dirons un mot dans notre notice bibliographique , ne devaient pas contribuer à lui en rendre le séjour agréable. Les étonnants suc- •cès d'un ad\ersaire qu'il avait osé accuser de ne pas savoir sa langue et do n'avoir jamais su écrire, devaient singulièrement humilier son petit amourpropre. Il se retira donc dans la patrie de sa femme, à Genecken, prèb de Breda, ou il mourut en 1746, ne laissant qu'une fille qui , après la mort de sa mère, alla s'établir à Troyes sous le nom de M^* de Marconnay , et fut pensionnée comme nouvelle catholique.

IfOTICB B1BLI06EÀPHIQUI.

I. L$ chef-d'œuvre d'un inconnu , pOëme, heureusement découvert et mis au jour avec des remarques savantes et recherchées, par M, le docteur Ma^ tanasius; on trouvera dans ce volume une lettre à Monseigneur le duc D...

Trois Tables très-amples et une Dis»

sertation sur Homère et Chapelain :

Infelix eoram igQortntla, qai e* damnaiil Ou» non intelUgnnl. Lib. Inc. § l,art.XY.

La Haye, ann. i£. V. I7i4, ab instauratione Litlerarum primo, in-l2; portrait de Gbrysostomus Matanasius D' Q. S. M. D. L. L. avec cette épigraphe : Nil volentibus arduum; ApeUes pinxit, Calotin sculpsit; 4« édit., rev., augm. etdimin., La Haye, P. Husson, 1716, in-8* ; 5« édit. , augm. de la Déi» fication d'Aristarchus Masso [ le rédacteur de l'Histoire critiq. de la aépubliq. des lettres], Londres, 1732, 2 vol. ln-8«. C'est dans cette dernière pièce que Saint-Hyacinthe fait allusion à l'indigne traitement que Voltaire avait essuyé de la part des gens du duc de Rohan. « Cet oubli de toute convenance de la partd'un homme qu'il n'avait jamais oflrensé,dit H.Weiss, indigna justement l'auteur d'OEdipe et de la Henriade. Il s'en vengea par le mépris dont il ne cessa d'accabler Saint- Hyacinthe, qui, de son côté, ne le ménagea pas. » Ceux qui désirent de plus longs détails, les trou veront dans la Lettre de Burigny à l'abbé de St-Léger sur les démêlés de Voltaire avec St-Hyacinthe, Paris, l780,in-8».— 9«édt<. [II«] dans laquelle on trouve, outre lespiè»

ces qui ont paru dans toutes les éditions précédentes, l' Ànti-MatfMnase ou Critique du chefd'ceume d'un inconnu, une Notice sur la vie et les ouvrages de M. de S. Hyacinthe et des Notes, par P. X. Leschevin, Paris, 1 806, 2 vol. ln-8« de CXLVIII— 355 et 568 pp., ornés de 3 gravures. — Satire sonvent spirituelle, quelquefolsiM>uffbnne, dirigée contre les annotateurs, scoliastes,commenlateurs,fxira/^(t«fM(qu'on nous permette ce mot, faute d'autre], qui parviennent à énerver les meilleurs

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écrits à force de les étirer. Pour que la leçoQ soit plus parlante , il les imite, et leur dit : regardez-vous^ nous sommes frères de lait ! Il choisit pour tbëme de ses remarques critiques une romance^ en cinq couplets, qui peut a- YOir eu cours au village du temps de nos grands-pères. L'auteur, qui était né poète, est resté parfaitement inconnu. En voici le premier couplet :

L'totre jour Colin mtlide

Dedans MO lit D'une grotse maladie,

Pensant mourir, De trop songer à ses amours

Ne peut dormir, Il vent tenir celle qa'il aime

Tonte la nuit.

La naïveté est sans contredit le principal mérite de cette pièce, mais le critique y découvre mille beautés cachées au commun des lecteurs. Il reprend chaque mot à part, un à un, et sous sa conduite savante et réglée,ron est tout surpris de trouver un monde là où l'on n'avait aperçu qu'un grain de poussière. Les rapprochements heureux, les citations érudites, y abondent. Matanasius est toujours posé, grave, sentencieux : c'est le propre du savant. Lui seul ne rit pas, quand ses oracles tombent de sa bouche. S'il lui arrive quelquefois (le siget y prêtait) de jeter son bonnet par-dessus les moulins, c'est 8érieusement,magistralement. Mais on doit le dire à sa louange, ses traits a* cérés tuent sans blesser. C'est sans doute à tort que l'on a prétendu que s'Gravesande,Sallengre, Pro^per Marchand et autres collaborateurs de St* Hyacinthe au Journal littéraire, avaient eu part à cette satire. La pièce principale doit être sortie d'une seule et même main. Quant aui accessoires qu'on y a cousus, tels que la Dissertation sur Homère et Chapelain, attribuée à Van Efleu, nous les abandonnerons volontiers aux futurs Matanasius. Noos ne quitterons pas cette analyse sans rapporter un fragment de poëme que cite notre malin critique et qui prouve qu'en 1114, il n'était plus catholique. Il s'agit du massacre des Vaudols.

...On eattû, des Nêrons resasitant(l) la rage. Ces presehenrs mesurer le supplice an conragis; El des Chrétiens, souffrez par ces pienibooreani, Eiposex dans lannit pour servir de fanaux. On entTÛd'un roiber rouler dans les talées lilaris, enfans , aux yeux des mères empalées. ...On eut vA des Fransais devenir des Sautagae, Des Chrétiens remporter sur des antropophagei. Le Catholique (on tremble à ces affreux récits) Manger dn Huguenot, et le mettre en hachis. Tant d'antres faits hideux séans à l'Athéisme, 0 ciel ! à juste ciel I sont les jeux du Papisme.

L'auteur mettait en note : a Par le papiisme, l'on n'entend pas ici la Religion catholique telle qu'elle est expliquée dans le Concile de Trente. Mais l'on entend la religion de la Cour de Eomcy dont le bol est de tout perdre pour tout avoir. » Cette note disparut dans les éditions suivantes. L'ouvrage supprimé en France ne s'en répandit pas moins ; il fut réimprimé à Rouen et à Orléans.

II. Lettres à Af«« Dacier sur son Hvre Des causes de la corruption dn goût, La Haye, ni 5, in-i2. — Ces deux lettres (en tout pp. 46) ont trait à la dispute touchant la supériorité des Anciens ou des Modernes. De même que Fontenelle, St-Hyacinlbe prit fait et cause pour ces derniers. Soitparti pris, soit disposition maladive^ il en est que la lumière offusque, le demi-jour leur platl.

III. Mémoires littéraireSy La Haye, 1716, in-80. — Cette publication n'eut pas de suite. En 1740, elle fut reproduite sous le titre de Matanasiana ou Mémoires littéraires, histor. et criti^ ques du doct. Matanasius , La Haye, 2 vol. pet. in-8«. — Recueil de dissertations sur diverses questions de science ou d'art, d'analyses, de critiques on d'extraits d'ouvrages.

l\. Entretiens dans lesquels on traite des entreprises de l'Espagne, des pré* tentions de M. le cheoatier de St-Geor* ge, etc, La Haye, A. de Rogissart, i 7 1 9, In- 1 2. — Relatif à la conspiralion de Cellamare.

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