‹ La France protestante (volume 5)Chapitre 227 sur 241 · II. Dissert, sur les vapeurs, Yverd · texte numérisé non relu

II. Dissert, sur les vapeurs, Yverd

il l . Traité du bon chile pour laproduc- <îon c?u5an|9,Laus., 1755, 2 vol. in-1 2.

Une famille du même nom et également protestante habitait Fécamp. C'est dans cette ville que naquit Moise Firidet, qui alla faire ses études en théologie à Genève en 1664. Placé à Grosmonil, il fut libéré en I675(ylrc/i. ^^n. Tt. 517).

VIV ANS (Geoffroi de^, sieur de Doissat, un des plus actifs et des plus vaillants capitaines huguenots dans le Périgord,étaitflls de Charles de Vivans et de Louise de Cazenac. Né le 1 8 nov. 1545, il commença à porter les armes

pour la Cause des Tùge de viDgt-qua- Ire ans, et sa bravoure le fil distinguer par le célèbre Piles, qui lui donna son enseigne colonelle. Il fit, sous les ordres de ce chef intrépide, la campagne de iriG7, dans laquelle il trouva de fréquentes occasions de se signaler. Aux troisièmes troubles , il prit Belvez ou Moncuq ;mais trop faible pour défendre sa conquête, il dut bientôt Tabandoxinor et se retira dans le Quercy, où il se joignit au v icomlc de Gourdon, qu'il accompagna dans toutes sesexpéditions.

Après la Saint-Barlhélemy, Vivans fut un des premiers à reprendre les armes.

Il s'empara de Souillac par escalade et d'autres petites places, détruisit à Viminics la compagnie du sieur de Montvieil, et mérita par ses exploits Thonneur que lui fit TAssemblée de Réalmont en le nommant lieutenant de Gourdon dans le Quercy. Le 22 fév.

1574, il emporta Sarlat; mais, au retour.d'unc expédition où il avait obtenu un avantage considérable sur les Catholiques, il trouva les portes de la ville fermées par les habitants protestants en révolte et dut se retirer dans le Quercy. Il marcha avec Gourdon au secours de Clairac. Attaqué dans ses quartiers, à Libos, par des forces supérieures, il se défendit c^mme un lion et réussit à gagner Cézerac avec quelques hommes, presque lous couverlsde blessures comme lui. A peine guéri, il sercmitcncampagnect prit, le 21 juin, Monpazier, où il établit le culte prolestant, qui y fut célébré pour la première fois par Jean do La Rivière. Il marcha ensuite avec Languir an au secours de Monflanquin, dont le sieur de Boudou s'était rendu maître, et en fit lever le siège. La même année, il contribua encore à la prise de Caumonl, dont Turenne lui donna le commandement. Si nous devions rapporter tous les combats, toutes les escarmouches qu'il livra et dans lesquels il montra qu'à une bravoure héroïque il joignait les talents d'un bon capitaine, nous serions entraîné trop loin; cependant nous ne pouvons passer entièrement sous silen-

ce la réduction de Tonneins, de Nérac, de Damasan qu'il prit ou qu'il aida à prendre dans celle même année 1 574.

En 1575, il harcela sans relâche l'armée catholique, qui évacua le pays sans avoir obtenu les succès sur lesquels La Vauguyoncomptait,etaprèssa retraite, il seconda Langoiran dans son entreprise sur Périgueux, dont il fut longtemps le gouverneur. En 1576, il se rendit maître de Casteljaloux. En 1 57 7, il reprit Moncuq, où il plaça LhuillieT comme ministre , et assista au siège de Villefranche, où il fut blessé. En récompense de ses services, le roi de Navarre le nomma son lieutenant dans le Périgordetle Limousin. Dans languerre des Amoureux^ » Vivans, toujours infatigable, prit Donzenac, Brives, Lzercbe et fit sur Montignac une entreprise qu'une grave blessure le força à abandonner. Une autre entreprise sur Belvez, conduite par lui et par les sieurs de Fleuras, de BeynacaiûQ BourzoUes, échoua également et pour la mémo cause. En 1 580, àla prière de M«»«* de Cau-mont, il la remit en possession de Caumonl , Tonneins-Dessus , Caslelmoron et d'autres terres dontLaVauguyon l'avait dépouillée.

Le roi de Navarre venait de donner à Vivans le titre de chambellan, lorsque l'union de Henri 111 avec la Ligue ralluma la guerre en 1585. Jamais le vaillant capitaine ne déploya plus d'activité, de courageetd'habiletéquedans celte campagne. « 11 ne se passa guères jour ni nuit, lit-on dans les Mémoires laissés par son fils, qu'iln'y eût des quartiers enlevés ou des compagnies deiïaites. » Après la retraite de Mayenne, Vivans prit Meilban, où il laissa Pecharnaud comme son lieutenant, enleva l'église deFontgrave, que les Catholiques avaient fortifiée, et conduisit au roi de Navarre à La Rochelle un renfort de 80 maîtres et de 1 00 carabins. Nommé mestre-do-camp de la cavalerie légère sous La Trémoille, il se signala k la bataille de Centras, où il reçut de si graves blessures, qu'on désespéra on moment de le sauver. 11

no dut la vie qu'à l'habileté du chirurgien Loysean^ qui a publié cette cure merveilleuse dans ses Observât ions médicinales et chirurgicales (Bordeaux^ 1617, in-i2).

Depuis longtemps Yivans convoitait Domme, place importante par sa forte assiette. Trois fois déjà, il avait tenté sans succès de s'en emparer. Plus heureux le 35 oct. 1588, il se saisit de la ville par escalade; mais la garnison se réfugia dans le château. Pendant qu'il l'y tenait assiégée, il fut attaqué dans ses retranchements par des forces de beaucoup supérieures , mais il se défendit vaillamment sans abandonner le siège du château, qui flnit par capituler; il en confia la défense à son gendre, Montségur, En 1 590, il suivit Tarenne sous les murs de Paris à^Ia tète d'une compagnie de gendarmes, qu'il avait levée par commission du 6 mars 1590. Après la retraite du duc de Parme, il obtint la permission de retourner dans le Périgord, où les Catholiques avait rcprisle château de Domme.

Le maréchal de Matignon l'en remit en possession en 1592; mais, peu de temps après, il le vendit à Thémines au prix de 40,000 livres. 11 continuaà servir sous Matignon et le suivit au siège deViliandraut, où il fut tué, le 21 août de la même année.

Dans les A/émoirw surlatne de Geo^ froy de Vivons qu'il nous a laissés et dont une copie assez mauvaise se conserve au départ, des Mss. de la Bibliothèque nationale (Fonds du Périgord, N<> 5), son fils Jean trace ce portrait de son père :« Il éloit hardy, courageux, vigilant, entrepreneur, heureux, commandoitabsolumcntet impérieusement à la guerre ; homme de bon jugement partout. 11 étoit blond, beau de visage, bien formé et de belle taille, courtois, hayssant et punissant le vice, et craignant Dieu, qu'il invoquoit règlement soir et matin dans son logis, faisant faire la prière à la teste de sa trouppe publiquement, la mettant en bataille pour cest effect; lorsqu'il marchoit, la tenant toujours en ordre et en bon es-

tât de combattre. Aussi n'a-t-il Jamais esté surpris àla campagne ny au logis, ny rcceu affront ny défaite , et se remarque qu'en tant d'occasions où il s'est trouvé fort ou folble, il a toujours rendu des effets généreux et rapporté de l'avantage sur ses ennemis.»

Geoffroi de Yivans avait épousé, en 1563, Jeanne de Cladech^e-Pécluiud, dont il eut plusieurs enfants, entre au* très : 1« Jean, qui suit ; — 2° Hbnri^ sieur deLaunay,tué à l'âge de 2 2 ans;

— 30 Bernard, sieur de Grives, mort dans Ostende, étant âgé de 18 ans;— 4<» Jeanne, mariée au sieurde Picquet;

— 50 Madelaine, épouse de Saint-Ligier ; •*? 6° Susanne, femme du sieur de Montségur; — 7* Simonne, mariée .au sieur de Feyrac ; — 80 Anne, femme du sieur de Roquepiquet ; — 9* E8- THER, épouse du sieur de Bagat.

Jean de Vivans, sieur de Doissal, commença à porter les armes en 1 585 et prit dès lors une part active aux expéditions de son père. En 1588, il alla trouver à Thouars La Trctnoille, ' colonel de la cavalerie légère, qui l'avait nommé cornette. Après la bataille de Coutras , où il se signala, il resta dans l'armée du roi do Navarre et servit à la prise do Thouars, à la défense de Tours, au combat contre Saveuse, au siège de Paris. Il retourna dans le Périgord avec son père, succéda à ses charges, en 1 592, et assista au siège de Blaye. La Ligue abattue, il déposa les armes pour ne plus les reprendre. En 1599, Benri IV lui accorda une pension de 3000 livres , soit comme récompense de ses services, soit comme dédommagement des sacrifices qu'il lui avait imposés pour mettre un terme à de longs et fâcheux procès. En 1 601 , il assista en qualité de député de la Basse-Gnienne à l'Assemblée de Sainte-Foy, et, en 1 605, à celle de Ghâtellerault. En 1607, Henri IV le nomma gouverneur de Tournon, une des places de sûreté. Après l'assassinat de ce prince, il fut envoyé en cour par l'assemblée de Bergerac pour complimenter Louis XllI et lui réitérer l'assuraii-

ce « des très-fldëles services » de ses sujets de la Religion. En 1612^ il se démit du gouvernement deTournon en faveur de son flis aîné, et, en 1620, il fut nommé conseiller du roi en ses conseils et capitaine de 50 hommes d'armes. On ignore Tannée de sa mort; mais on sait qu'il vivait encore en 1627 De son mariage,conclu en 1 587, avec Catherine de La Duffuie , dame du Bosc, naquirent quatorze enrants :

l«GEOFFROi.qui suit; — 2o Jean, sieur de Nouailhac, né Ie7 juill. i595, mort Jeune; — 5<> Jacques, qui suivra; — 4^ Charles, sieur de Castelvieil, né le 9 mars 1 600,et pourvu, en i 626, d'une charge de cornette de cavalerie ; — s» Henri, sieur du Bosc, né le 21 juin 1607, qui mourut jeune ; — 6° Joseph, 8ieur de Castelvieil, dont nous parlerons après ses frères; — 7° Jaquelin, Bieur de Villefranche , né le 6 avril 1613, capitaine au régiment de Picardie, qui épousa, en 1641, Catherine de Beynac, et, en secondes noces, pn 1658, Marguerite deLescours, Il vivait encore en 1 666 ; c'est apparemment do lui que descendait le capitaine Pierre de Vivons, qui figure parmi les officiers du régiment de Schomberg {Voy. IX, p. 252), cl que nous trouvons porté sur une liste de Réfugiés du Languedoc [Arch. Tt. 322); — 8« Job, mort au berceau en 161 G. — 9« Henriette, née le 25 fév. 1598;

— 1 Qo Louise, morte enfant en 1 599 ;

— 11» ËSTHER, née en 1 605 et morte jeune ; — 1 2° Simonne, née en 1 602 ;

— 1 3° Marguerite , née le 19 août 1611; — 1 4» Françoise, née en 16U.

1. Né le 16 oct. 1593, GeofTroi de Vivans, sieur de Doissat et gouverneur de Tournon depuis 1612, fit, en cette qualité, assurer, en 1621, l'Assemblée de La Rochelle de son dévouement. Il testa en 1627 , laissant deux fils de son union^ célébrée, le 10 juill. 1617, avec Jeanne de Pardaillan-de- Panjas, fille de François- Jean-Charles de Pardaillan et de Jeanne Du Monceau, L'alné, Jean, sieur de Doissat, fut nommé y le 8 nov. 1631^ premier

chambellan de Gaston de France. Il servit sous Gassion avec le grade de capitaine de cavalerie et fut tué à la bataille de Rocroi en 1 6*3. Le cadet, Joseph-Gboffroi ou Henri {i), comte de Panjas, après son frère, épousa, en i 6 A4, Jacqueline de Canmont-La Force. Il était alors âgé de 40 ans (?). En 1 685, il demanda la permission de venir à Paris, sous prétexte d'y suivre un procès, mais en réalité pour s'y procurer les moyens de sortir du royaume. L'ayant obtenue, il se mit en rente avec sa femme , sa mère et un médecin de Montpazier, nommé DuCondut.

Quelque imprudence de ce médecin, qui parait avoir fait des prières dans des assemblées secrètes, sous le nom de guerre de DuClusel, le fit arrêter en 1 689 et enfermer à Vincennes {SuppL franc, 3854). Peu de jours après, Vivans, arrêté à son tour, fut jeté à la Bastille où il gémissait encore en 1 694 (Arch. E. 3380), et où il mourut peutêtre. Sa veuve lui survécut jusqu'en 1699. Elle avait abjuré le 13 nnars 1 686 ; mais le remords l'avait ramenée à la religion dans laquelle elle étaitnée. Atteinte d'une grave maladie à Tâge de 87 ans, elle refusa de recevoir les sacrements de l'Eglise romaine, en sorte que le roi ordonna de lui faire son procès. Comme elle était trop faible pour être conduite en prison, et que le procès ne pouvait se juger sans que l'accusée fut ouïe sur la sellette, il fallut forcément la laisser mourir en paix, au grand regret de i'évêque de Sarlat, qui désirait passionnément a que l'on flst une (sic) exemple sur une personne de cette qualité »(i4rcA. gén, M. 667). II. Né le 12 nov. 1596, Jacques de Vivans, sieur de Launay, étudia le droit et suivit avec éclat le barreau jusqu'en 1620, qu'il fut pourvu d'une charge de conseiller à la Chambre de l'édit de Guienne. 11 épousa, en 1619, Marie Denis (aliàs de Danis), de Clairac, dont il eut : 1° Jean, sieur de Launay,

(1) Nous soopçonDons ici quelque l>éTiie commise par les généalogistes; mais nous n'avons «o enn moyen do décoaTrir la Tèrilé.

conseiller à la Chambre de Tédit^ marié, en 1 656^ Si\ecAnne de Vivons , dame de Nouailhac^ et mainlenu dans sa noblesse en 1666 ; — 2^ Henri, sieur de Saint- Christan et marquis deVivans^ qui suivit avec distinction la carrière des armes. Gapitainede cavalerieau régiment de Créquy, dès 1646, il servit^ la même année^au siège d'Orbitello, et^ en 16 47, à celui de Crémone. En 1G48, il passa à Tarmée de Catalogne et assista au siège de Torlose Envoyé, en 1 650,à Tarméede Flandres, il secvitau siège de Vervins et à la bataille de Rètbel.En 1655, il fut de nouveau attaché à l'armée d'Italie. Sou régiment ayant été réformé après la paix des Pyrénées, il leva, par commission du 7 déc. 1G65, une compagnie qui fut incorporée au régiment de T h langes, dont il fut nommé major Tannée suivante, et il tlt avec ce grade la campagne de Flandres.

Créé meslre-de-campd'un régiment de cavalerie de son nom par commission du 15 mars 1672, il le commanda au siège de Macslrieht en 1675, à la bataille de Sénef en 1674, au combat d'Altenheim en 1615, à celui de Kokesberg en 1676. Nommé brigadier de cavalerie par brevet du 25 fév. 1677, il fut employé en Allemagne sous Créquy. En 1682, il se trouva au camp de la Saune ; en 1 685 , au siège de Courtray ; en 1684, il servit dans Tarmée de Flandres qui couvrit le siège de Luxembourg. A son retour en France, il abjura. On lit dans les Mémoires de Dangeau, à la date du 25 nov. 1685 :

« Le roi a donné 2000 écus de pension à Vivans, ancien brigadier de cavalerie, qui s'est con\erti depuis deux mois )) ; et dans ceux de Sourches, sous celle de sept. 1685 : « On vil paroltrc à la Cour M. de Vivans, mestre-decamp de cavalerie des plus estimés , lequel vcnaitdefaireabjuratiun de Tliérésie de Calvin. » Son exemple fut, sans aucun doute, imité par sa femme, ^Susanne de Capvert, qui fut inhumée, en 1704, à Saiul-Sulpicc, et par son fils Jean, marquis de Vivans, qui lit ses premières armes dans le régiment de

son père et s'éleva par ses talents militaires au grade de lieutenant-général.

Ce dernier mourut le 7 nov. 1 719, ne laissant de son mariage avec Louise de Meuves , descendant comme lui d'une famille protestante^ qu'une fille, Susaune-Marie, qui épousa Pierre-Antoine de Jaucourt.

III . Joseph de Vivans, sieur de Castelvieil, naquit le 22 déc. 1 608. 11 suivit la carrière des armes. Capitaine au régiment de Picardie , puis aide-decamp des armes du roi, il épousa, en 1646, dans le temple de Charenton, Louise Daussy, veuve de ^Jean Danssy, sieur des Coulures, lieutenant-colonel du régiment de Balilly. ^cs enfants furent Jacques, Joseph, baron de Bagat, aide de camp des armées du roi, Marie-Anne, Louise et Jacqueline Cette branche se convertit aussi à la révocation.

VIVEI^S (François), né,vers 1 664, d'une honnête famille de Valleraugue, exerçait dans son lieu natal les modestes fonctions de maître d'école, lors(|ue redit de Nantes fut révoqué.

Pour échapper aux missionnaires bollés, Vivens, qui était doué d'une grande force d'àme et qui y joignait un zèle ardent pour sa religion, se sauva dans les montagnes, où un grand nombre de ses coreligionnaires allèrent aussi chercher un asile. Habitués, dès leur enfance, à un culte public, animés d'une foi vive qu'exaltait encore la persécution, ces fugitifs ne tardèrent pas à se réunir pour prier Dieu en commun. A défaut de pasteur, le plus éloquent d'entre eux montait sur un rocher et prêchait la constance à la foule attentive. Telle fut l'origine de l'église du désert. Parmi les prédicateurs ou prédicants,tous gens du peuple, sans science théologique et trop souvent sans aucune espèce d'instruction, Vivens ne tarda pas à se distinguer par la chaleur de ses exhortations et la ferveur de ses prières 11 parcourait les Cevemies, ten»tnl de fréquentes et nombreuses assemblées : le 20 mars 1086, à Saint-Marlin-de-Boubeaux; le

samedi suivant, à SaInt-Privat-de-Valonprne ; le 13 avril, dans les environs de Mialel; le samedi après Pâques, à Sainl-Gcrraain-de-Calbci le; le 23 avril, près du villapic de Curcèrc. L'attention du gouvernement de tarda pas à ôtreéveillée. La déclaration du !•' juillet défendit de nouveau les assemblées sous les peines les plus sévères; mais la violence, comme toujours, échoua contre le zèle religieux. Il fallut que Basville, le farouche intendant, humIliAlson orgueil, jusqu'à entrer en négociation a- Yccle prédicanl. Vivens consentit à sortir de France, à condition qu'il lui serait permis d'emmener tous ceux qui voudraient l'accompagner. L'accord conclu au mois d'août 1687, il donna une liste de 270 personnes disposées à le suivre. On les classa en plusieurs catégories, qui devaient être successivement déportées. Les deux premières troupes, fortes l'une de 48, et l'autre de 22 personnes, y compris les cinq prédicants Vivens, Lapierre, liringuier, Chapus et Bvrihezhie, se mirent immcdialcmcnt en roule ; mais, par une insigne perfidie, au lieu de les conduire hors du royaume i)ar la voie la plus courte et la plus sûre, celle de Genève, on fit passer la troupe la plus nombreuse, oii se trouvait Yiveus, par l'Espagne, dansTcspoirqu'elle serait détruite par les mlquelcts ou qu'elle tomberait entre les mainsdo l'Inquisition. La Providence déjoua cet airoce calcul. Les malheui eux exiles eurent sans doute à courir de grands dangers, à supporter d'exlrémcs faligues,niais ils ne périrent pas tous ; quelques-uns réussirent enfin à aborder en Hollande. La seconde (roupc fut débarquée sur les côtes d'Italie, et parvint, non sans peine, à gagner la Suisse à travers les Apennins et les Alpes. Vivens parli, on refusa de? passeports \\ SCS disciple? qui restaient; bien plus, on cul l'infamie de publier qu'il avait acheté la permission de sortir de France par la trahison, et l'on se servit de sa liste pour persécuter ceux qui y étaient dénommés. Plusieurs furent transportés en Amérique.

Arrivé en Hollande , vivens rendit compte de ce qu'il avait fait au synode "«vallon. Encouragé à continuer son ministère, et se regardant comme délié de ses promesses par la mauvaise foi de Basville, il résolutde rentrer en France pour se vouer au service des églises sous la croix. 11 part donc de Hollande avec Lapierre, au commencement de 1 G89^ traverse TAllemagne et la Suisse, reparaît dans les Cevenncs au mois de Juillet, et recommence à y tenir des assemblées de pins en plus nombreuses. C'est dans une de ces assemblées, au mois de décembre, qu'il consacra Brousson an ministère par une ardente prière. Pendant plus de deux ans, il échappa aux plus actives recherches, quoique Basville eût mis sa tête au prix de 5,000 livres, tant il tenait à se débarrasser d'un homme, qui, au rapport de M. Peyrat, fomentait dans les Cevennesune insurrection des Protestants, et comptait déjà quatre cents combattants sous ses ordres. La proclamation qui le mettait hors la loi, donnait ainsi son signalement : Petite taille,maigre, le poil chastain , portant perruque , les sourcils grands et épais, visage ovale et basané, menton pointu, nez grand, yeux de même et bruns, joues enfoncées, deux os paroissant au haut des joues,dcnts blanches, jambes cagneuses qui le font botter en marchant (Arch. gén. M. G 70).

Vivens exaspéré résolut d'user de représailles et de venger la mort de plusieurs personnesexécutéessurlesimple soupçon de lui avoir donné asile. Les curés de Saint-Maicel et de Conqueyrac furent égorgés; le vicaire do Soudorgues reçut un coup de poignard en plein jour; le ministreapostaliapart/, devenu consul de La Salle, et trois officiers de la milice furent trouvés morts dans leurs maisons ou dans les champs. Il ne s'en tint môme pas àces actcsde sauvage vengeance,qui rappellent les mystérieuses exécutions du tribunal véhémique, il conçut le plan d'une invasion du Languedoc qu'il communiqua à Schombery par l'intermédiaire de François Hue, soldat de son régiment. Un

corps de dix mille hommes devait dé* barquer entre Aigucs-Morles et Montpellier, marcher sur Calvisson, de là sur Durfort et La Salle, où Vivons irait le rejoindre à la tète des insurgés. Ce plan, approuvé par Schomberg, fut envoyé à Piclet à Genève; mais Gabriel FiCy qui s'était chargé de le lui porter, fut arrêté aux portes de la ville, et le mémoire Tut envoyé à Basville parle résident de France, avec le porteur, qui fut pendu à Montpellier. Laconjuration fut ainsi découverte, et ce premier revers fut bientôt suivi d*un autre. Un jeune homme de Valleraugue, appelé Valdeyron, dans le vol. 39 des Blss. de Court, où se trouve une notice biographique sur Vivons, cl Languedoc, par M. Peyrat, dans son Hist. des pasteurs du désert, fut arrêté, et succombant à la violence des tourments qu'on lui fit subir, il révéla Tasile de Vivons. C'était une caverne entre Aiiduzc et Alais, près de Saint-Sébastien. Un nombreux détachement se mit en campagne, le 26 fév.

i692, sous les ordres du gouverneur d'Alais. Vivensavait avec lui Carrière, Cajncu, Delors et Masbernard , dit Saint-Paul. Deux autresdeses compagnons, G'araMon,dit LaVérune, et La Bouvière, \ond\ch\ de le quitter pour lui préparer une autre retraite. Surpris et hors d'état de fuir, il se hâta de brûler tous ses papiers, se jeta à genoux pour prier Dieu d'agréer le sacrifice de sa vie, et saisissant un fusil, il se posta à l'entrée delac^averne, eu défiant sesennemis. Plusieurs soldats périrent sous les balles des cin(| cévenols ; mais VIvens tomba à son tour frap|)é par l'apostat Jourdan, de Bagards, qui avait réussi à gagner le sommet d'un roclier au dessus de la caverne .BasN ille fit faire le procès à son cadavre, qui fut traîné sur la claie et brûlé à Alais. Ses compagnons furent pendus, quoique le commandant du détachement leur eût promis la vie sauve.

VIVES (Antoim:), du Languedoc, ministre de la Parole de Dieu, homme docte et de bonne vie, fut envoyé comme miuistreà Issouduû au mois dejoln

1557 (Arch, de laComp, despasteurê de Genève, Reg. B) . Plus tard, en 1 56 1 , il organisa l'église de Béziers,qul comptoil déjà un si grand nombre de fidèles que, dit Bèzc, « on n'oyoil chanter qae psaumes en public et en particulier, mesmes en la grand 'place de la ville sur le soir, là où le peuple se promroenoitparesbat.» L'accroissement de son troupeau détermina Vives à prêcher à huis ouvert, au commeuccmeut d'octobre, dans la maison d'un habitant, nommé Pierre Du Roux. A cette nouvelle. Joyeuse, lieutenant du roi en Languedoc, se hâta d'accourir, et fil enlever le ministre qu'il envoya à Narbonne; mais ceux qui étaient charges de Uy conduire, regorgèrent en route après ravoirdévalisé,etle précipitèrent dans la rivière du Pas-du-Loup. Le lendemain, 10 ocl., toute la population protestante, instruite de la disparition de son ministre et croyant qu'il était en prison, alla le redemander à Joyeuse, (|ul, saisi de crainte, se réfugia à l'évéché, manda en toute hùle des troupes et du canon, dispersa la foule et sortit de la ville. Quelques jours après, les Prolcslanls, Instruits que Laudun, lieutenant de Joyeuse, était chez lu viguicr, résolurent de s'assurer de sa personne comme otage de leur ministre. A leur approche, Laudun se sauva au haut de la tour de la maison, cl demanda à parlementer. On lui envoya Jian Lyon, greffier de Béziers^el deux ou trois des principaux huguenots; mais il tomba sur eux à coups de poignard, tua Lyon et en aurait fait autant aux autres, s'ils ne s'étaient enfuis criblés de blessures. BientcMaprès, un Corps de gendarmes, envoyé par Joyeus^j dissii)a rémeute, cl le lendemain, les tM'otestants désarmés furent chassés de Béziers.

VIVIE\' (Ulie), cordonnier de Maronnes, Agé de 78 ans, condamné, le !«»■ août i 74G, par sentence de Barentin, inlendant de La Rochelle, à faire amende honorable, nu-tête et en chemise, la corde au cou, tenant en main une torche de cire ardente^ devant la

VOl

porte de Téglise cathédrale de La Rochelle^ et « là étant à genoux, dire et déclarer à haute et intelligible voix, que méchamment et comme mal avisé, il avoit assisté à différentes assemblées de religionnaires, y avoit prêché, et

composé plusieurs écrits dont il se

repeuloit, et de là conduit à la place Royale de La Rochelle où tous lesdits écrits seroient en sa présence jettes et brûlés dans un feu, qui seroit dressé et allumé à cet effet par l'exécuteur de la haute justice ; et ensuite, continue Barentin, sera ledit Vivien pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'en suive à une potence où son corps mort demeurera pendant vingt-quatre heures, et sera après porté aux fourches patibulaires pour y resler jusqu'à entière consommation. » La sentence fut exécutée le jour même. L'assemblée, à la suite de laquelle Vivien avait été arrêté, en même temps que Louis André, marchand de Saiiit-Just, Pierre Gailliot (Voy. ce nom) et Pierre Manseau, s'était tenue le 10 juillet. André, qui l'avait convoquée fut condamné « à accompagner Vivien à l'amende honorable et à Texecution dudit Vivien, à être flétri et marqué par l'exécuteur de la haute justice, d'un fer chaud en forme des lettres G. A. L. et à être conduit à la chaîne pour y être attaché et servir S. M. couuue forçat sur les galères à perpétuité. »

VIVIER (Sara), femme de Jean- Pierre Lapadu, de Sallics, cl victime des dragonnades en 1 085. Le président Gassion, qui avait à faire oublier son origine huguenotlc, voulut accompagner rinlcndant dans cette ville pour travailler avec lui aux conversions, et il s'en acquitta de manière à mériter les éloges de Dalon (Voy. V. p. 229).

C'est sous les yeux même de ces deux hauts fonctionnaires que les dragons se mirent à l'teuvre; aussi se surpassèrent-ils. r>icn peu résistèrent à leurs moyens de persuasion. De ce nombre fut Sara Vivier el Jeati La Cose. La première, bienqu'enceinte de plusieurs mois, fut rouée de coups et précipitée

du haut en bas d'un escalier ; elle cii mourut. Le second, pour échapper aux mauvais traitements dont on l'accablai t, promit d'aller à la messe et fut traîné à l'Eglise; mais en route, il vint à résipiscence. On recommença donc à le battre si cruellement qu'il expira au bout de vingt-quatre heures.

VOISIN (Lakcblot) ou De Vobsin, sieur de La Popelinière, un de nos meilleurs historiens, naquit à La Popelinière-de-Sainte-Gemme-La Plaine^ en 1541, du mariage de Joachim Voisin et de Marie Le Tourneur; il eut pour parrain Lancelot Du Bouchet, sieur de Sainte-Gemme. Doué d'heureuses dispositions pour les lettres, La Popelinière fit de fort bonnes études dans les plus fameuses universités de France et se familiarisa avec les bons auteurs de l'antiquité classique , qu'il lisait assidûment. Il se trouvait à Toulouse , lorsque les Protestants essayèrent de se rendre maîtres de la ville [Voy. SALX), et prit part à la lulle, comme capitaine de la légion des étudiants poitevins, saintongeois, angoumois et rochellois. Depuis celle fatale entreprise , douze années s'écoulent sans que le nom de La Popelinière reparaisse dans Thistoirc. Il est probable qu'il les passa dans sa famille, uniquement occupé de travaux littéraires et se préparant par la lecture de ce que la Grèce et Rome nous ont transmis de meilleur sur la politique, l'histoire et la stratégie, au triple rôle qu'il fuC appelé à jouer. En 1574, nous le trouvons à La Rochelle. Envoyé dans le Languedoc avec Pierre Le Fècrc , dit Du Tilleroles, pour travailler de concert avec les Protestants de cette province « à faciliter une bonne paix, »

il fut arrôlé près de Caussade, malgré le sauf-cohduit du feu roi dont il était muni, et ne fut remis en liberté qu'au bout d'un mois, sur Tordre de la reinemère. Il se hàla de partir pour Milbau, où se tenait alors une assemblée politique, aux délibérations de laquelle il s'associa. De retour à La Rochelle, Il se mit sous les ordres de La Xoue et

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se signala en diverses rencontres, notamment à la prise de Saint-Jean-d'Angle et à celle de Tonnay-Boutonne.

Chargé delà garde du fort de Charron, il sut contenir la garnison catholique de Marans^ qui faisait des courses fréquentes Jusqu'aux portes de La Rochelle.

Sur ces entrefaites, Tlle de Ré tomba au pouvoir des Catholiques. Les Rochellois, qui avaient conçu une haute opinion de son courage et de ses ta« lents militaires , Jetèrent les yeux sur lui, en l'absence de La Noue, pour lui confier le commandement de l'expédition destinée à les en chasser. La Popelinièrc se hàla d'assembler un petit corps de troupes, débarqua à La Flotte, où il fut rejoint par le capitaine Fromentinière, et, ne voulant pas laisser à Landereau le temps de se fortifier, il marcha , la nuit même , sur Saint- Martin. A la tôte des enfants perdus, qui étaient commandés sous lui par Car^ billac, do Gascogne, il se jeta avec im* pétuosité dans le bourg, l'emporta, avant que Landereau pût se reconnaître, et tailla en pièces ses soldats. En moins de 24 heures, l'ilc fut ainsi perdue et reconquise. Cet exploit ayant redoublé la conhance que les Rochellois met* talent en lui, ils lui donnèrent le commandement d'une flottille , qui devait aller surprendre la flotte royale dans le port de Nantes ; mais l'ennemi prévenu par ses espions, se tint sur ses gardes et Texpédltion échoua. La Popelinière voulut se venger de cet échec sur deux grands vaisseaux qu'il rencontra à l'embouchure de la Loire : il leur livra un vif combat, oîi Carbil* lac fut tué , sans réussir à s'en emparer. Quelque temps après, Condé l'envoya aux Étals de Blois porteur de sa protestation contre les actes de cette assemblée [Voy. II, p. 467), mission dangereuse dont il s'acquitta avecautant defermetéque deprudence.

Nommé, à son retour, gouverneur de l'importante place de Marans, il y sou* tint bravement les attaques des Catholiques, et, lorsque Mayenne en personne alla l'y assiéger, il prit toutes les me-

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sures que put lui suggérer son expérience militaire pour se bien défendre.

La l&cheté de sa garnison déjoua ses plans. Terriflée des rapides succès du duc, qui enleva coup sur coup les forts des environs, elle abandonna honteusement la place, et La Popelinière, pénétré de douleur , fut obligé de la suivre. Arrivé à La Rochelle, oii il fut reçu, seul de tous les fuyards, parce qu'on y connaissait sa belle conduite, il se plaignit hautement et librement de la couardise de ses officiers et de ses soldats. Valzergues-de-Séfé, irrité de ses amers reproches, l'appela en due et le blessa d'un coup d'épée. Celte aventure semble avoir fermé la carrière militaire à La Popelinière, qui s'y était acquis la légitime réputation d'un capitaineaussi prudent que brave.

Mais ce n'est pas seulement de son épée que La Popelinière a servi la cause protestante, il Ta servie encore et plus noblement de sa plume. Dès 1571 , il s'était fait connaître comme écrivain par la traduction d'un ouvrage de Bernardin de Roque, de Plaisance, imprimée à Paris, 1571, in-4«, sous ce titre : Des entreprises et des ruses de guerre et des fautes qui par» fois surviennent es progrès et exécution d'icelleSf ou le vrai Portrait d'un parfait général d'armée ^ divisé en cinq . litres avec des sommaires. La même année, il avait fait paraître à Cologne, in-S», La vraye et entière Histoire des derniers troubles advenus tant en France qu'en Flandres et pays cireon* voisins depuis l'an 1568 jusqu'en 1570, en dix livres. Le succès qu'obtint cette publication l'engagea à en donner*, dès Tannée suivante, une nouvelle édit. plus ample sous ce titre :

La vraye et entière Histoire des troU' blés et choses mémorables avenues tant en France qu'en Flandres et pays circonvoisins depuis l'an 1562, comprise en quatorze livres, les trois premiers et dernier desquels sont nouveaux : les autres revus et augm. de plusieurs choses notables. Avec les considérations sur les guerres civiles

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desFtançois,Btis\e, 1572, in-12. Dfe»

que cette nouvelle édition parut , Le Frère de Laval, assisté de Piguerre^ conseiller au Mans, la contrefit, mais à la manière jésuitique, c'est-à-dire en altérant impudemment les faits, en supprimant tout ce qui était favorable aux Huguenots et désavantageux aux Catholiques, en intercalant les injures les plus grossières à l'adresse des Prolestants. Cette contrefaçon, où tout* est pillé jusqu'au titre, parut à Paris, 1 573, in-8«. La Popelinière ne réclama pas d'abord , il se contenta de faire réimprimer son livre avec de nouvelles augmentations qui portèrent le nombre des livres de 1 4 à 22 et conduisirent le récit des événements jusqu'en 1577. Cette se édit., qui parut à Bàle, 1579 , 2 vol. in-8<>y no tarda pas à être traitée par les deux effrontés plagiaires comme l'avait été la seconde.La contreraçonfutmiseen vente à Paris, 1584, 2 vol. in-8«; mais avant même qu'elle parût , La Popelinière avait refondu son livre sous ce nouveau titre : Histoire de France, enrichie des plus notables occurencea survenues es provinces de l'Europe et pays voisins , soit en paix , soit en guerre, tant pour le fait séculier qu'ec^ elésiastique , dejmis 1550 jusqu'en 1577, [La Roch.] Abr. Haultin, 1581, 2 vol. in-fol. ; Paris, 1 582, 4 vol. in- 8»; Paris, Jean Pouppy, 1583, Infol., selon Oraudius; La Rocb., 158T.

11 en envoya un exemplaire à Théodore de Bèze , en le priant de lui dire son avis sur son travail. «Considérant, lui écrivait-il, que les Catholiques se destournoient par les injures et passions trop évidente8,desquelles lesescrils de nos frères estoient remplis , j'ay pratiqué ce nouveau moyen de présenter les desseins et actions d'une part et d'autre, comme neutre et indifférent aux deux partis, tel que doibt estre l'historiographe, n A cette lettre, datée du 15 janvier 1581, Bèze répondit, le 29 mars, en le remerciant de son présent, « qui, lui disait-il, m'est cher et précieux, tant pour la eonteaii qiie pour

la main dont il vient, m et après s'être excusé sur les devoirs de sa chai ge qui ne lui avaient pas permis de lire le livre toutentler^il lui adressaltquelques obsen'ations critiques qui, dans notre opinion, portent à faux pour la plupart. Du reste, il le louait de ne s'être a formalisé pour les uns ny pour les aultres, pourveu c«pendant,ajoutait-il,que rien ne soit teu ny dissimulé de ce qui so doit dire pour la pure et simple vérité requise pour la perfection. nLe roi de Navarre, qui n'était pas aussi ami de la vérité que Bèse et qui avait plus d'intérêt à la dissimuler, le prit sur un autre ton. Le 3 juin, il adressa aux magistrats de La Rochelle une lettre où perce son courroux, pour se plaindre a d'ung nommé Popellynyère, »qui &• vait osé écrire contre la religion réformée et contre ceux de sa maison , el les prier « de vouloir faire faire telle et si exemplaire justice d'ung Popellynyère et de son imprimeur, qu'elle donne occasion de retenyr les aultres en leur debvoir. »U n'existe aucune preuve, à notre connaissance, que les magistrats rocheUois se soient mis en peine de donner satisfaction à l'irascible susceptibilité du prince; ce fut le consistoire qui s'en chargea à sa honte. Du temps d'Arcère, un volume de l'exemplaire sur lequel travaillèrent les censeurs existait encore à La Rochelle, chargé sur les marges de notes presque toutes insigniflantes. C'est ce travail qui servit de base à la condamnation du trop véridique historien. La sentence tut conflrmée par le Synode national, dans les actes duquel on lit cet étonnant article .'« Le Synode... afaint vu un ter» tain livre intitulé ruistoire de France, Imp. en cette ville, sur les plaintes qui en étolent faites de plusieurs endroits de ceroïaume etaïant examiné les pro* cédures faites par le consistoire de cette église sur ledit livre, a trouvé qu'en beaucoup d'endroits il parle très-mal et sans respect des matières sacrées de la religion, et qu'il contient plusieurs choses vaines,profan6s,pleines deliaus»

setez et de calomnies, âupréfwUoeé»

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la vérité de Dieu, au désavantage et déshonneur de la sainte doctrine de la religion rérormée^ et qu'il diflame plusieurs gens de bien vivaas et morts.

C'est pourquoi ledit S)Dode a juge que toutes les églises en doivent être averties, afln de s'en donner de garde et de supprimer ce livreautant qu'il leur sera possible. £1 par le même jugement il a déclaré l'auteur dudit livre, s'il est du rang des ministres, indigne d'être reçu à la communion des saints, ou admis à la participation des sacremens, jusqu'à ce qu'il ait reconnu sa faute et réparé, par des moyens convenables, le scandale qu'il a donné aux églises. » S'il faut en croire d'Aubigné, la sentence du synode n'était pas tout-à-fait injuste ; le /<26on6tia: Poupelinière,comme il l'appelle, aurait vendu ^a plume et se serait mis ainsi dans la nécessité de dissimuler quelquefois la vérité. K ce témoignage unique il est facile d'en opposer vingt autres qui le démentent* Selon Sorel, La Popeiinière doit passer (( pour un auteur exact et un diligent historien.^ Le P. Daniel le tient pour tt l'historien le plus digne de foi de tous ceux du parti huguenot qui nous ont rendu compte des guerres civiles.)) Tout en blâmant sa prolixité. Le Gendre loue sa sincérité et son exactitude. Arcèro déclare que La Popeiinière a traité son sujet avec toute l'intelligence d'un négociateur qu'on avoit employé en certaines occasions, avec toute l'autorité d'un témoin qui avoit vu bien des choses, avec le courage et l'impartialité d'un historien philosophe, qui ose dire la vérité, qui loue sans bassesse, qui blâme sans aigreur, qui admire la vertu et les talens, et n'encense pas de vains simulacres, qui sait enfin s'élever audessus des préjugés d'éducation, d'é* tudeetdeparli. L'Etoile enfin, le sage et impartial L'Etoile, porte ce jugement sur l'œuvre de La Popeiinière, qu'il regardait aussi comme le meilleur historien des guerres de religion :a Si les derniers livres de son histoire eussent respondu aux premiers, on l'eusl pu Justement appeler le premier et le

dernier historiographedenostre temps, et qui avec le plus de hardiesse, liberté et vérité (dont il cuida fortune de sa vie à La Rochelle, en aiiant receu pour paiement ung coup d'espée au travers du corps), sans flatterie et dissimulation, a traicté ce notable subject, mais ennuieus et espineus pour la saison du Siècle. M A ces témoignages imposants nous sera- 1- il permis de joindre humblement le nôtre. Nous avons feuilleté mille fois l'histoire de La Popeiinière, nous avons eu mille occasions de comparer son récit avec celui des autres écrivains contemporains , et presque toujours nous l'avons trouvé exact et fidèle. S'il a fait, comme d'Aubigné rapporte qu'il le lui avoua» la larme à l'œil, » quelques concessions aux circonstances, nous ne le louerons pas de celte faiblesse, mais nous ferons observer qu'il y a loin de la circonspection au mensonge. A tout prendre, le travail de notre historien, malgré la roideur un peu soldatesque de sa phrase et quelques erreurs de détail, est digne de grands éloges ; tel a été le jugement de la postérité qui n'a nullement confirmé l'absurde sentence du Synode de La Rochelle, sentence dictée, selon nous, par le ressentiment d'hommes puissants dont l'historien n'avait pas craint de dévoiler les turpitudes, et par l'esprit de secte qui ne pouvait lui pardonnera de n'avoir pas, en mentant, gardé l'avantage de son parti. »

Soit soumission, soit prudence, La Popeiinière renonça momentanément à l'histoire. Sous le titre desTroiA Mondes, 11 publia, à Paris, 1582, in-40 et in-8o,une description des trois parties du monde comiues des Anciens, en y ajoutant ce que l'on sa valide son temps sur l'Amérique et les terres australes.

Si l'on peut s'en rapporter au Catal. de la Diblioth. de Grenoble, il traduisit aussi du latin en franc. l'Atlas niinor de Gérard Mercator, Amst., sans date, in-40. Son génie cependant le ramena bientôt à l'histoire. En 1 584, il fit paraître à Paris, in-s© et in-40. L'amiral de France et par Qccas¥>n de celui des

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autres nations, livre plein de recherches curieuses, qui est devenu trèsrare ; puis il fil suivre cet ouvrage de Uhistoire des histoires avec l'idée de l'histoire accomplie. Plus le dessein de l'histoire nouvelle des François, et pour avant' jeu la réfutation de la descente des fugitifs de Truye aux Palus-MéO' tideSy Italie, Germanie, Gaules et autres pays pour y dresser les plus beaux Etats qui soient en Europe et entre autres le royaume des François, Paris, 1599, in-80, critique savante, quolqu'en dise Bailiet, et souvent Irès-judicicuse de beaucoup d'historiens de toutes les nations, dont il apprécie le mérite avec équité. La Méthode pour étudier l'histoire, par Lenglet-Dufresnoy (Paris, 1729-41, 6 vol. in-4°), a fait oublie rie travail de La Popelinière, mais il reste au moins à ce dernier le mérite de l'antériorité.

La Popelinière couronna son honorable carrière littéraire par l'Histoire de la conqueste des pays de Bresse et de Savoye, Paris, 1 601 , G7 fit., sans la Préf. et TAvis au lecteur, in-S»; Lyon, 160J, in-8»; dédiée à monseigneur de Rosny. Ne pouvait- il pas espérer, en célébrant les victoires de Henri IV, qu'il parait avoir suivi dans cette campagne comme historiographe, d'obtenir du prince quelque pension qui soulageât sa misère? Si tel fut son espoir, il fut trompé. Cet homme d'un vrai talent, si mal récompensé de ses travaux et de ses services, vécut encore plus de six ans dans Tindigence, et mourut enfin, le 8 janvier 1 608, à Paris, dans sa chaise auprès du feu, « d'une maladie, comme le dit L'Etoile, assés ordinaire aux hommes de lettres et vertueux comme il estoit, àsçavoir de misère et de nécessité. » Selon le Borboniana, il fut enterré au cimetière prolestant du faubourg St-Germain parles soins du pasteur Du Moulin, 11 avait été marié deux fois, la première avec Marie Bohineau, de La Rochelle; mais ces deux mariages restèrent stériles.

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d'ÂMfiRES, capitaine d'une des compagnies de cavalerie levées par les Protestants de Castres, en 1562, se distingua dans la première guerre de religion par son activité et son courage. Il s'emparadu château de La Case, qui appartenait à l'évèque et qui fut démoli. Quelques jours après, lise rendit maître de Venez^ dont la garnison, conduite prisonnière à Castres, y fut mise à mort, le 15 juillet 1562, quoiqu'on lui eût promis la vie sauve. On aimerait à se persuader que ce fut celle abominable violation du droit des gens qui porta d'Ambres à s'éloigner et à aller rejoindre Beaudiné dans le Bas-Languedoc. Il surprit Aniane, et, de concert avec La Gade, gouverneur de Béziers, il se saisit par escalade, le 28 déc.^ de la ville de Puy-Laurens. Chargé par Crussol de ravitailler Montauban, il s'acquitta avec succès de cette tâche difficile,malgré le cardinal d'Armagnac, dont les troupes tenaient la campagne.

Au mois de fév. 1563, il tailla en pièces les hablUmts de Viviers, qui allaient au secours de Saix assiégé par Guillot-dc-Ferrières. Dans la seconde guerre civile, d'^lcter, son parent, le nomma gouverneur du Castrais, sans préjudicier à l'autorité de Ferrières* Dans la troisième, il marcha au secours de Condé à la tète d'un régiment d'infanterie (Voy. IV, p. 134). S'il est identique avec d'Ambres que La Popelinière cite parmi les chefs protestants qui attendaient en Alsace l'arrivée des Allemands, il faut supposer qu'il était rentré dans le Languedoc après la bataille de Jarnacet peut-être avant. Dans tous les cas, il combattit à Moncontour à la tête de son régiment {Voy, III^ p. 392). Quelque temps après, Coligny l'envoya comme gouverneur à Aur illac^ à ce que rapporte M. Imberdis^ qui l'accuse de s'y être montré inhumain et froidement cruel, surtout envers les prêtres. Il est possible que d'Ambres ait été en Auvergne pour prêter main forte au lieutenant-criminel Lamire (Voy. VI, p. 360); mais, dans ce cas, il ne resta qne quelqiiies jours à Aa-

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