‹ La France protestante (volume 5)Chapitre 239 sur 241 · BEAU · texte numérisé non relu

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Alexandre d'Yze, ministre à Gresl, en 1 637, puis professeur de théologie à Die , où il remplissait les fonctions de recteur en 1644, était un bâtard de cette noble famille. On sait peu de chose sur sa vie, quoiqu'il ait Joui d'une assez grande considération dans sa province. Chargé de porter aux Vandols horriblement persécutés par le duc de Savoie, l'argent d'une collecte faite en leur faveur dans les églises du Daaphiné, il fut accusé de malversation, comme le furent aussi Léger et d'autres pasteurs vaudois,et comme eux, il n'eut pas de peine k se Justifler : il lui suffit de présenter ses comptes. Le président de Périssol, qui le haïssait, fut le seul qui ne voulut pas se rendre à l'évidence ; 11 l'accusa, s'il fkat en croire Ailard, devant la Chambre de Castres, qui « trouva^ dit le biographe, ses fautes minutieuses, p Ce qui, dans notre opinion, prouve sans réplique Tinnocence d'Yze, c'est sa nomination à l'église de Grenoble, sa députalion au Synode national de Loudun, en 1660, et le choix que le synode fit de lui pour porter au roi le cahier des plaintes. La harangue qu'il prononça en celte occasion a été Imprimée sous ce titre : Harangue faite au roi étant à Aix en Provence par MM* Dize, pasteur de l'église de Grenoble, et de Foissac, ancien de l'église d'i7se3,Paris,0.deVarennes, 1660,8».

D'Yze fut, plus tard, rappelé dans sa chaire de Die, vraisemblablement après le départ de Créyut, à qui il n'avait pu pardonner d'avoir pris sa place, et dont il s'était vengé par des tr.i casser ies. Benoit affirme, du moins, qu'il Toccupait de nouveau, lorsqu'il publia ses Proposi lions et moyens pour parvenir à la réunion des deux religions en France, [Paris] 1677, in-4». Ce livre, écrit avec beaucoup de science et de modération, mécontçQt^ lef Prçtestaiits sans plaii^

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aox Catholiques : Bossuet le déclara tràs-dangereat; aussi Ta-t-on supprimé avectant de soin qu'il est de venu extrêmement rare. Le synode provincial, de son c6té^ n'aurait pas hésité à déposer l'auteur^ s'il n'eût craint de mécontenter la Cour. H dut se contenter de

prendre avec lui un arrangement, par lequel il renonça à sa Chaire en conservant son traitement. D'Yze mourut peu de temps après, et répara sa faute, dit Benoit, par une déclaration de ses sentimens qu'on trouva fort édifiante.

ZBONSKI (Mathurin), dit de Passebon, gentilhomme polonais du palatinat de Kalisch, qui s'attacha à Henri de Valois et le suivit en France, lorsque ce prince vint prendre possession du trône laissé vacant par la mort de Charles IX. Malgré cette preuve assez rare de dévouement à sa personne, Qenri III le disgracia pour le punir d'avoir embrassé la religion réformée.

Zbonski fit, sans hésiter, le sacrifice de la faveur du maître à ses convictions nouvelles; il quitta la Cour et entra dans le régiment de Champagne, où il obtint bientôt le grade de major. Plus tard, il s'attacha au duc de Bouillon, qui le nomma commandant du château de Montvalent enQuercy.Son fils aîné, Jban-Fràkçois, gentilhomme de la duchesse de Bouillon, puis capitaine des gardes de Turenne, épousa Elisabeth Zossin, fille d'honneur de la princesse de Sedan, dont il eut i» Henri, qui entra dans la marine et abjura à la révocation;—2« Frédéric, colonel au service de Hollande, mort sans postérité; — 30 David, mort en bas âge.

ZELL (Matthieu), premier apôtre de la Réforme à Strasbourg, théologien encore plus remarquable par sa piété et ses vertus que par ses talents et son savoir, naquit à Kaisersberg en an. il commença ses études à Erfurt, o\x il eut pour condisciple Capiton; mais il alla les continuer à Fribourg en Brisgau. Après avoir pris, le 1 8 janv. 1 505, le grade de maîtreès-arts, il s'appliqua avec ardeur à là Rhéologie ^ et avec plus 4'ar4<dur ei^

core â la lecture de la Bible et des sermons de son concitoyen Geiler, vaillant soldat de cette troupe d'élite de prêtres éclairés et vertueux qui osèrent, dans le xv« siècle, flétrir les vices du clergé romain et rappeler au monde chrétien que le seul culte agréable à Dieu est le culte en esprit eten vérité. Nommé professeur, Zell se lassa bientôt d'enseigner les subtilités creuses et arides de la théologie scolasllqae, qui n'offlraient aucun aliment au sentiment religieux, et quoiqu'il eût été élevé, en 151 7, à la dignité de recteur, il résolut de quitter Fribourg. Pendant un an environ, il parcourut rAllemagne, sans se fixer nulle part. Vers 1518, on lui offrit la place de prédicateur de la chapelle Saint- Laurent dans la cathédrale de Strasbourg; il l'accepta, et, pendant trente ans, il la remplit avec un succès prodigieux, malgré la haine de ses ennemis. Ses sermons, qu'animait une éloquencechalenreuse, se distinguaient par leur clarté et leur simplicité des prônes de ses confrères tout hérissés de subtilitésdogmatiques, en sorte qu'il ne tarda pas à devenir le prédicateur le plus populaire du diocèse.

A la charge de prédicateur, Zelljolgnait celle de pénitencier. Appelé, en cette qualité, h absoudre des cas réservés, il n'eut que trop souvent Toccasion de s'indigner du Joug pesant sous lequel le clergé retenait le peuple. La lecture des écrits de Luther acheva de l'éclairer. Dès 1521, comme il nous l'apprend lui- hième dans son Catéchisme, Il commença à pr^Bf contre les abmi

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de l'Eglise en prenant pour texte l'Epttre de Saint-Paul aux Romains. Encouragé par le succès qu'il obtint^ il se mit ensuite à expliquer la Bible aux fidèles qui accouraient en foule à ses prédications^ en ayant soin toutefois^ nous dit-il, de ne pas surcharger les faibles. Bientôt la chapelle Saint-Laurent fut trop petite pour contenir ses auditeurs. L'évèque s'émut y il ordonna de destituer Zell ; mais le chapitre craignit le peuple :1a popularité du réformateur le sauva. L'évéque eut alors recours au magistrat, qui lui répondit que Zell prêchait l'Ecriture sainte et que tant qu'il ne commettrait pas d'autre crime, il le protégerait. Le prédicateur continua donc en paix son œuvre.

Cependant deux partis se formaient dans la ville etles esprits s'aigrissaient de plus en plus. Les moines, se voyant menacés dans leurs intérêts les plus chers, mettaient tout en œuvre pour exciter les craintes superstitieuses de la multitude; d'un autre cété^ beaucoup de citoyens éclairés, comme Matthias Wurm de Geudertheim et Eckard zum Treu&6/,prenaient vaillamment le parti de Zell, et par leurs écrits satiriques sapaient la tyrannie cléricale. Dans ces circonstances difDciles, l'évéque crut devoir agir avec énergie; il ordonna encore une fois à son chapitre de déposer le prédicateur. Pressé, d'un côté, par son supérieur ecclésiastique, craignant, de l'autre, d'irriter le Conseil qui menaçait de lui retirer sa protection, le chapitre ne savait à quoi se résoudre. Pendant qu'il hésitait, Zell fitparallre une réponse aux accusations dont il était l'objet. Celte justiflcation, oh il revendique avec une noble fermeté les droits de la vérité et de la justice, et où il fait une peinture émouvante du triste état de l'Eglise en Alsace, eut le plus grand succès. Après ravoir lue, le fiscal, Gervais Sopher, qui avait dressé l'acte d'accusation contre Zell, se convertit. Il est hors de doute que cet écrit contribua puissamment aaxprogrèsdelaRéformeàStrasbourg, ou elle obtint, le l^^déc. 1 523,

droit de cité par nne ordonnance du Conseil, enjoignant à tous prédicateurs de ne prêcher que le saint Evangile et la Parole de Dieu, et défendant aux laïques toute parole de mépris envers ceux qui ne pensaient pas comme eux.

Cependant le chapitre s'était enfin décidé à agir, mais avec circonspection et prudence. Il avait mandé Zell en sa présence et l'avait engagé à quitter Strasbourg^ en faisant appel à son amour pour la paix. Zell y avait consenti, mais la diflicuUé était de le remplacer. Dans son embarras, le chapitre adressa des représentai ions à l'évéque , qui voulut bien accordera Zell un délai d'un an, et qui consentit même, sur la demande du Conseil, à lui ouvrir la chaire de la cathédrale.

Cette étonnante modération de l'évéque n'eut d'autre résultat que de précipiter la marche de la Réforme. Le 3 déc. 1 523, Zell fit une démarche décisive ; il imita Bucer et Fim en se mariant avec CatJ^erine SchUtz aux applaudissements de toute la population.

Le mariage fut béni par Bucer,el,pour la première fois, la Cène fut donnée aux nouveaux époux sous les deux espèces. Peu de jours après, son exemple fut suivi par Wolfgang Schultheissy ancien moine augustin, Conrad Spatzin^ ger, un des vicaires delà cathédrale, Alexandre de Villingen, ei-chevalier deSaint-Jean-dc-Jérusalem./eafiA7^6ling, prédicateur de la chapelle Saint- Erhard, et par d'autres encore, comme par Lucas Hackfurt on Bathodius, administrateur des établissements de bienfaisance et auteur d'un Recueil des libertés de la ville de Strasbourg, resté inédit.

L'évéque indigné cita les sept prêtres à comparaître devant son tribunal à Saverne pour s'y entendre condamner. Les inculpés répondirent à cette citation par un appel au magistrat de Strasbourg, se déclarant prêts à subir le dernier supplice, si l'on trouvait qu'ils avaient agi, en se mariant, contre la Parole de Dieu. La procédure ecclésiastique n'en continua pas moins

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son cours^ en sorte que> le 3 avril 1 524^ la sentence d'excommunication lancée contre les coupables fut affichée aux portes de la cathédrale. Cette mesure^ que. révéque ne pouvait se dispenser de prendre^ fut fatale à sa cause. Les sept prêtres s'empressèrent de protester par- devant notaire et en appelèrent à un concile libre dans un écrit qui fut publié sous ce titre : Appellatio sacer* dotum mariiorum urbis Argentinœ adversus excommunicationem epiaco»

pi, Arg., 1524, ln-12, et qui, traduit immédiatement en allemand, fut répandu à profusion parmi le peuple.

Non-seulement l'excommunication épiscopale n'eut aucun effet, mais l'on vil, dès le 19 avril, Théobald Schwartz ou Nigri, de Haguenau, ancien dominicain, alors pasteur de Saint-Pierrele-Yieux (1), célébrer, dans cette église pour la première fois la messe en allemand, en présence d'un immense concours d'habitants des deux sexes. En désespoir de cause, révéque porta ses plaintes au légat Campeggi, qui, dans une conversation qu'il eut à ce sujet avec Bemhard Wurmser et Daniel i/i>^, députés de Strasbourg à la diète de Nuremberg, s'oublia Jusqu'à prétendre que c'estun moindre péché pour un prêtre de vivre dans le concubinat que dans le mariage.

Ainsi soutenu par le Conseil, au sein duquel la Réforme comptait dès lors de nombreux partisans, entre autres, Ege* nolph Rôder'de»Thierspurgy vieux guerrier qui vota le premier l'abolition de lu lacssc, Louis Bôcklin-de-BôcklinsaUy Hans de Bock-d'Erlenburg^ qui se montra d'autant plus zélé qu il avait d'abord été le plus grand adversaire de Zell, Claits Kniebs, Mathds Pfarrer et surtout Jacques Sturm, Zell poursuivit paisiblement son œuvre, et jusqu'à la fln de sa carrière, il resta l'idole du peuple, dont il avait gagné l'affection par son courage, sa

(i) Nigri qaitu cette église, où II fut remplacé par Isaac Keuler oa Akenariutf poer celle do Sainte-Aorélie en 1964. Il rnoorut, en iS6i,daiit en ftge trèe-ataneé.

piété, son affabilité et sa bienfaisance. Il n'eut pas la douleur d'assister aux troubles causés par l'Intérim, étant mort le 9janv. I548,àrâgede7]ans.

Bucer prononça son oraison funèbre, et le poète Abraham Lôscher, de Zwickau , composa en son honneur un Eplcedion, qui a été imp. à Strasbourg, 1548, in-12.

Melchior Adam trace ce portrait fidèle de Zell : Fuit homo non doctrinA lantîim, scd etiam christianfs virtutibus, ac prsesertim modestià, tcmperantiâ et caritate insignis; temperati ingenii, vita^ innocentis, doctrine parae, vir ab omni fastu alienus. Non theoreticus tantîim, sed et practicus theologus; ea quœ docebat ipse primus fecit, et inprimis pauperum ratlonem habuit. »

Zell, qui ne considérait la religion qu'au point de vue de la pratique^ a* yait en horreur les disputes théologiques, qu'il regardait comme l'œuvre du diable. Il blâmait les tentatives de conciliation faites par Bucer aussi vivement que les violences du réformateur de Wittenberg ; aussi s'est-il bien gardé de se jeter dans la mêlée, et comme ses sermonsn'ont point été recueillis, ses publications sont en trèspetit nombre. Voici celles que nous connaissons.

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