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BlUabeih, feimiie de Philibert de Per* rauUy siear de Sailly (Reg. de Chttr.) Le ]eQne CHiade Sanmaise n'eut, pour ainsi dire, d'autre précepteur que SOD flère (1) ; il flt sous lui ses iinroanités. Aidé par une excellente mémoire et titeiti d'ardeur pour i'étnde, il surpassa todies les espérances. 11 n'avait guère que 1 4 ans, lorsque son père songea à fut fairA faire son cours de pbilosopliie. Les Jésuites avaient alors envahi près- (fue tout l'enseignement en France. Le collège de Dijon était aussi entre leurs mains. Le jeune Saumalse , qui avait été nourri par sa mère dans l'aversion dé ces bons Pères, sollicita la permission d'aller continuer ses études à Paris et il l'obtinL II y fut envoyéen f 604. Son rare savoir (2) dans un âge si tendre lui gagna l'alTeclion de plusieurs savants et surtout de Casaubon,qui fut en quelque sorte son introducteur dané le monde lettré. Ses goûts le portaient vers les lettres, mais son père le destinait à la carrière de la magistrature. Après avoir acbevé sa philosophie, il demanda — un peu par le conseil de Casaubon — d'aller faire son droit à l'université de Heidelberg, où professait le célèbre Denis Godefroy. Son père y flt des objections ; il aurait voulu que son fils allât à Toulouse. Mais cette ville avait une trop triste célébrité pour attirer le jeune néophyte; il insista donc et son père finit par céder. «Allez donc^ iQf écrivit-il; je vous veux monstrer en cela que je suis plus indulgent père, que vous n'estes obéissant fils. — Hais passet par Icy avant que d'y aller, et Je tons y feray conduire par la Suisse.»
Le prudent jeune homme, soupçonnant quelque retentum sous cette dernière recommandation, n'eut garde de se rendre à l'invitation ; il s'empressa de se joindreà quelques libraires qui allaient
(i) ■ Fane te solo praceptore qsiis ■ lai dit-U dans Sâ dedirace du Irailè d< Pallio.
(2) Il pirutl, d'après une lettre k Casaubon datée da 13 août 1604 (Brilish Moseam), qoMl »- TaAt édile Hirotu dans cette année; il lui ourne ((«'il a entrepris un iraTail sur le» hymnes à%
yiffftTC??* M ia| envoie un grand oombredè
à la foire de Francfort, et partit en sept. 1 606. Les lettres de recommandatiM de Casaubon lui concilièrent tous les cœurs. Dans une lettre au conseilief Lingelsheim, il lui marquait que dm jeune protégé était bien digne d'ètrè aimé de tous les gens de bien, a Je di parle pas, lui disait-Il, de son incroys* ble savoir, caché sous une modestie non moins grande ; ce que j'estime dt plus en lui, c'est qu'il n'a pas hésiléà faire récemment profession ouverte dt la pure religion, sans tenir compte 4è la volonté de son père ( patris voluot taie insuper habita) qui, sous l'empirt de considérations humaines (ivOpc&ittvo»
t( ratkôv.) désirait qn'il ne la professât que secrètement. » Gruter, qui avait la garde de la Bibl. palatine, lui facilita l'accès de ce riche dépôt. Il y passai! ses journées. On prétend que son ar* deur était si grande que de trois nultil il en consacrait deux à l'étude. Casaa*» bon parlait de lui dans une lettre à Sctliger (1607) comme d'un prodige dé science (ad miraculum doctus);a entre autres riches trésors qu'il a décotiverts dans la Bibl. palatine, se trouve^ lui marquait-ll, le recueil d'Épigrain^ mes d'Agathias. Je me suis entendit avec lui pour qu'il donnât une édition de celles qui sont inédiles, n Ce projet ne parait pas avoir été mis à exéea** tion(l). Emporté par une ardeur incoiH sidérée, le jeune Saumaise, dont la cou» stitulionse ressentait d'un développement intellectuel trop précoce, ne tarda pas à être averti par son épuisement qu'il avait entrepris au-dessus des for^ ces de son petit corps, Casaubon loi écrivait avec une sollicitude toute pa-
(i) Hienel nons apprend qne le travail de San-' maifie a patsédans la Bibl. du baronnet Thomaf Pbillipps k MiddlebiU ((*onitéd6Won!eiiter),sou ce litre : CL Salmfuii Sotœ in Antholoyiam grœcam; aceed. Epigrammata qu<rdam ex ohfhologid à Planudê mutilala^ è ftun. re$lituU^ intol. Dans une lettre à Oasaubun , de janf. 1608, Saumai»e»e plaignait des grandes diffirullés qu'il renronlrail à corriger les erreurs de Planudcs. Papillon cite une copie de l'Antbologlè faite par SaumaUe sur les mss. de la Bibl. pala^ line, et il ajoole que l'on oonnaîl pluslearii copies de rel oufra^^ plas ou moins amples, daaiMf^ ttànllenttfyé «M i GmiilMi.
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ternelle : « Memiiitsti^ doctlssime Salouisi^qaoties tecam per litterasegerim, ut te respiceresy et corpuscoli lui valetDdini consuleres. Noram animi tui impetum : quem sciebam norpori plura imperare^ qnàm vires ejus Terrent. »
Sauinaise n'écouta pas ces sages conaeils et il tomba dangereusement malade. Les médecins lui ordonnèrent un repos absolu. Ses ennemis ont prétendu que son incontinence avait été la seule cause de sa maladie. Mais c'est évidemment une calomnie à laquelle a pu donner lieu le genre de distraction iiu'il choisit pour oublier l'étude; il se mit, écrivait-il, « non pas à aimer, mais à faire l'amoureux, et, à l'exemple des autres étudiants qui Tréquentaient l'académie, à courtiser les jeunes filles et à Jouer. «Etrange moyen de guérison, qui lui réussit. Sa première publication Tut un coup porté à la papauté. Par ce début dans la carrière de la critique littéraire, le jeune savant promettait tout ce qu'il a tenu depuis. Arrivé au plus haut de sa gloire, il ne jugea pas ce premier essai indigne d'une réimpression. Florus suivit de près. Ce n'étaiiencore que l'œuvre d'un Jeune homme, mais d'un Jeune homme qui allait marcher sur les traces des Scaliger^ des Juste-Lipse, et il lui valut les éloges de Casaubon. Après trois années de séjour à Heidelberg, Saumaise songea à retourner dans sa famille en Bourgogne. On raconte qu'avant de revoir ses pénates, il eut le désir de visiter Rome. Déjà il était entré en pourparler avec des marchands qui se rendaient en Italie. A cette époque, on voyageait encore en Europe, pour plus de sûreté, comme on voyage dans le désert. On était à la veille de partir, lorsque, dans la nuit, notre Jeune homme fut agité par des songes clTrayants; il pensa entendre une voix amie qui le dissuadait de ce voyage. Il n'en fallut pas davantage pour le faire renoncer à son projet. La peur aime le merveilleux et rend crédule. Saumaise se résigna donc à reprendre le chemin de la Bourgogne (il éttii à Dijon en mars ie09)» Par con-
descendance pour son père, il se fit recevoir, le 1 9 joi 11. 1 61 0, avocat au parlement de Dijon. La chicane n'était pas dans ses goûls, il se tint éloigné de la cour et s'adonna tout entier aux lettn's. De temps en temps, il se rendait à Paris, dans l'intérêt de ses études. Il eut ainsi l'occasion de nouer connaissance avec un grand nombre de savants, avec lesquels il se mit en correspondance. Par le moyen de Nie. Rigault, qui avait succédé à Casaubon dans ia garde de la Bibl. du Roi, il obtint la faveur d'emporter des livres chez lui. Le séjour de la province lui en devint plus supportable. Sa correspondance le tenait d'ailleurs au courant des nouvelles littéraires. Nous renverrons, pour ses publications de cette époque, à notre Notice bibliographique; la principale fut son édition avec commenlaires des écrivains de l'Histoire Auguste, dits minores. Le 5 sept. 1625, il épousa Anne Mercier, une des filles du savant Josias Mercier, sieur des Bordes, et vécut avec elle dans la terre de Grigny, près Paris, que possédait son beau-pcre. Celte union futassiiezmai assortie ; on représente Anne Mercier comme une autre Xantippe. Les malicieux ont remarqué que notre savant finit par prendre en haine deux de ses amis qui s'étaient plus spécialement entremis pour ce mariage, La Muletière et Didier Hérauid, et ils y ont vu le contre-coup d'épreuves domestiques. Ce que nous voyons par les lettres de Saumaise, c'est que c'était une femme qui voulait être «persuadée plus lost que forcée. » Au mois d'août 1 629, Bénigne Saumaise voulut résigner à son fils sa charge de conseiller. Mais il y avait une difficulté, c'était sa religion, et pour rien au monde Saumaise n'aurait voulu capituler avec sa conscience. Par vénération pour leur collègue, les membres du parlement « passèrent pardessus cette considération, et en écrivirent à M. de Marlllac, garde des sceaux; mais cet illustre magistrat, plus zélé, au rapport de Paqoot, que les conseillers de Dijon pour les intérêts de la Fol, tai inexorable sur la
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promotion de Sanmaise, qui» se voyaal déchu de sesespéraDces^ne songea plus qu'à se livrer à ses études Tavorites.» Ce fut vers ce temps seulement qu'il se mit, avec sa fougue accoutumée, à l'étude des langues orientales. 11 écrivait à Grotius, sons la date de mai i 630, que depuis peu il se livrait «i tout en« tierà Thébreu età rarabe»^ et il se Télicitait que sa mémoire n'eût pas faibli. Il étudia de méme^ et sans maître, Tassyrien, le chaldéen, le persan (l) , le copbte. 11 est probable qu'il n'acquit jamais qu'une connoissance imparfaite de ces langues, et si, comme le remai^ que Ant. Clément, il était en état d'en apprendre , surtout pour Tarabe et le persan, à des savants qui avaient passé leur vie à les étudier, il faut croire que sa perspicacité et son habitude des études philologiques lui faisaient entrevoir, de prime abord, des rapports qui échappaient à d'autres. 11 connaissait aussi plusieurs langues de l'Europe* Les universités de Padoue et de Bologne cherchèrent toutes deux à Taltirer; mais il refusa leurs offres, non pas qu'il eût été trop vain, comme le dit Paquot, pour accepter le titre de professeur^ son amour de la liberté était une raison suffisante pour le déterminer à ne pas aller affronter Tlnquisition ches elle, et, en outre, il se peut que, comme Scaliger, il ne se soit pas senti de vocation pour renseignement public.
Il ne suffit pas de savoir et bien savoir pour professer avec fruit. Il rejeta do même, au rapport de Clément, les offres qui lui vinrent d'Angleterre. Les Provinces-Unies, sur les instances de leuranibassadeur en France^d'Aersscn, ne tardèrent pas à lui faire des propositions qu'il devait accueillir plus fa-
(l) I Je me suis aussi an peu adonné à testa langue depuis peu, à cause que lous les noms des simples dont se serTent les Arabes, principale* nienl ceui qui sont composez sont quasi persans,» écrlTait-il le S sept. 1634. Quant au copbte, U parati qu'il ne s'y adonna qu'à la un de l'annéa suivante. Sous U date de Grigny, 15 oct. 1635, il krivait & Peyresc:* J'attends tousjonrs arec grande impatience une Grammaire copblique avec leLeiicon. Ce peu que tous m'en ttèi (ait foir m*lbo t enotic* ticill rartfeor, ett> •
vorablement. L'honneur d'occuper, auprès de l'académie de Leyde, le poatt éminent qu'avait rempli Jos. Scaliger^ avait bien de quoi flatter son ambition. On ne sollicitait de lui que sa préscncei « ut nominis sui bonorem Académie impertiretfScriptiseandemillustiaret»
prœsentià condecoraret (i). » Ses appointements, fixés d'abord à 2,000 florins, indépendamment du logement el de l'exemption de tout subside, furent portés dans la suite à 5,000. Saumaisa se rendit à son poste, avec safamille, en 1652. Il fut reçu comme en triomphe. (iQuanto applausu,quanto gandio»
quanta exultatione, quanlo honore j quauto omnium ordinum et aelalumconfiuxu exceptus sit, longum foret hic referre, » s'écrie Clément avec enlhon» siasme. U s'accommoda d'abord asaet bien de sa nouvelle position. La longueur de l'hiver,» c'est tout ce qui me desplalt de ce païs , oii toutes choses au reste m'agréent fort , et surtout la liberté, écrivait-il à Dupuy, prieur de Saint-Sauveur (dov. 1652) (2), et, dans une lettre du 15 janv. 1655 : « Osté cette douceur de la patrie qu'il est difAciie d'oubi ier, je suis ici assez bien pour mon contentement, p Mais dans cette dernière lettre, il laisse déjà entrevoir des ombres au tableau. La supériorité en tout genre a toujours offusqué le médiocrité; Scaliger l'avait éprouvéi et Saumaise devait en faire à son tour la triste expérience. « Le mal que j'y trouve seulement, ajoutait- il, est que je ne puis contenter tout le monde, et que j'en voi qui no m'y voient qu'a regret et d'un fort mauvais œil. — Je porte tout patiemment, et peut-être qu'à la fln je les vaincrai ou je crèverai de courtoisie. » Daniel Heinsius était à la tête do la coterie. Saumaise lui avait été préféré pour la place qu'il occupait^ et il n'en fallut pas davantage pour faire
(1) Il est très-TraisemhIable que Pai(aot •• trompe lorsqu'il dit qu'on lui demanda de réfolar les Annales de Baronius. Celle demande luiaTail été faite par le Sjnode de Cbarenlon, en 1631.
(3) Nous croyons ces lettres inédiles (Cotl, Dmptiy,Tol. 713). Nous leor ferons de nombreux < prooti dtfi le «mrt de ctM» mUco.
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ée lai un ennemi Implacable. Il n'est Sorte de vilenies qn'il ne se permit pour la satisfaction de son amour- propre blessé. Nous en rapporterons un trait.
Comme il avait la garde de la bibliothèque de Tuniversité, 11 alla Jusqu'à refuser à Sanmaise les livres dont il avait besoin , tellement que notre savant dut s'adresser à des amis pour les prier de lès emprunter en leur nom. Bn un mot , il lui suscitait toutes les tracasseries que peut Inventer la ma« lignite d'un petit esprit ou une mauiraise éducation. Dès son arrivée en Hollande, on avait fait courir le bruit qu'il ne savait pas même parler latin.
«Ils ne peuvent plus se mocquer de ■loi de ce costé-là, écrivait-il le 29 Janv. 1634 y car ]e m'en escrime à présent aussi bien qu'eux.» A la première oceasion, Heinsios et sa coterie chercbèfentà l'humilier publiquement. Âu mépris des conditions de son engagement, Ils voulurent l'obliger à marcher à la faite des professeurs de l'académie dans une cérémonie publique. Sau- Dialse protesta et raffaire fut portée devant les autorités supérieures. Bientôt la maladie vint sejoindreà tous ces ennuis, pour lui rendre le séjour de la lollande désagréable. «L'air d'ici commence à ne m'estre guères favorable et moins encore à ma famille, écrivait- Il à la date du 23 janv. 1633. Je taselierai néantmoins à m^y accommoder •t aocoustumer. J'aime mieux vivre ici que vivre en France, mais J'aimerois ùieux vivre en France que de mourir Ici. » L'élé se passa sans de trop grandes incommodités; mais vers l'automne.
Il tomba assez gravement malade, on craignit une bydropisle. Tons les «médecins galénisles» l'avalent condamné, lorsqu'un allemand de sa connaissance, grand orientaliste et grand chimiste, le guérit «au moyeu de pilules de son secret, extraites des eaux de Spa. » L'idée de renoncer à sa place préoccupait souvent notre savant. «Je fais estât, écrivait-Il à Dopuy (26 sept. .1633), di passer encore tout i'by ver [ Ici ] à ituM de qaalqieilltreiqw jb m tron^
terois point en France, et pour voir achever l'édition de mon Arnobey duquel le texte est desja fait, et d'un aul- Irede Plantes et AromateSy et de quelques aultres, mais tout cela va fort lentement,comme il plaît à nos imprimeurs d'ici, etc.» Pendant tout l'hiver, sa santé «empira plutôt que d'amender.»
Il écrivait encore au retour du printemps qu'il était « plus empesché après la cure de son corps qu'à la culture de son esprit. » L'été lui apporta peu de soulagement : « Je ne suis pas sorti d'un mal que je rentre en un aultre. » Dès qu'il put reprendre ses travaux, il se mit à l'ouvrage sur la Milice des Romains, que le prince d'Orange lut avait demandé (i) Cet ouvrage lut eoûta de grandes recherches. « Je suis fort avant dans ma milice, écrivait-il le 20 mars 1 635, je crois que j'en sortirai mieux à mon honneur que je ne pensois, pour ce qui est des paroles ; car pour la chose, je croi la posséder en perfection; pour le moins, si on considère ce qui s'en est fait josques ici. » Ayant obtenu un congé des curateurs de l'académie, il se rendit en France dans le courant de sept. 1635. Nous avons dit quelles misérables tracasseries Saumaise avait eu à essuyer dans àa nouvelle position. Au lieu de chercher à verser du baume sur la plaie, H»« Saumaise ne travaillait qu'à l'envenimer. Une question de préséance s'était aussi élevée entre ces dames.
La femme d'un fonctionnaire tient toujours très-haut le drapeau de son mari.
Yoici comment Saumaise raconte le fait dans une lettre à Dupuy (Dijon, 25 déc. 1635). Nous n'entrons dans ces petits détails que pour faire connaître i'ori-
(1) De même que sod prédécesseur Scaliger, «rec qui il aTall de grauds traits de ressemblauee, Saumaise s'abstenait le plus qu'il pouvait d'aller à la cour. 11 avait trop d'iDdèf^ndaDredanf fesprit et trop de franchise dans lecfliur pour se tlalre dans le commerce des Grands. «Je suis de retour de mon voyage à La Baye et pense atoir fait anegraiidecourvee, ayant donné bult jours ànostre court après un an tout entier que je n'y atoii esté, » écrivait-il le 29 mars lOSS. A celte date, R n'aralt pu encore ttéH n frlnce wn litre 4elftMiUei.
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