‹ La France protestante (volume 5)Chapitre 46 sur 241 · I. Branche du Dauphiné · texte numérisé non relu

I. Branche du Dauphiné

Le chef de cette branche, dans la

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première moitié do xvii* siècle, était Pierre Saurin, pasleur instruit, plein de probité, de sagesse cl de prudence, qui desservait, en 1 057, l'églised'Oulx.

Appelé un peu plus lard à Usseau, puis à Courlezon, il mourut au service de l'église de Grenoble, laissant de son union avec Susanne Maili deux (ils, EliB et Joseph, qui se sont rendus célèbres, le premier comme théologien, le second comme géomètre.

I. Elle Saurin naquit à Usseau, le 28 août iG39. Son père prit soin lui-même de son éducation jusqu'à làge de 18 ans, puis il l'envo) a achever sesétodes à Die, à Nismes et à Genève, où nous avons trouvé le nom d'Elie Saurin inscrit sur le registre matriculedes étudiants à la date de 1659, à cùléde celui d'un François Saurin, qui nous est entièrement inconnu (3fSS. de Genève, N» 151*'). On assure que dès lors le Jeune Saurinse fit remarquer par son aptitude pour lacontroverse. Admis a^ ministère, en 1061, par le synode de Die, il fut placé à Venlerol; mais, dès l'année suivante, il reçut vocation d'une église plus considérable, de celle d'Embrun. Nous l'avons déjà dit, plus on pasteur avait de talent,plusil était exposé aux tracasseries du clergé romain et des tribunaux. Ce qui arriva à Saurin, quelques mois seulement après son installation à Embrbn, en Tournit une nouvelle preuve. Ayant rencontré un jour le curé qui portait le viatique à un malade, il refusa de se découvrir, et cela suffit pour le Taire condamnée» le 4 août 1664, à Tamende lionorable, à 500 livres d'amonde, au bannissement perpétuel et aux dépens.

La sentence ne put élre exécutée, Saurin, de l'avis des principaux prolestants de la province, ayant prévenu le jugemenl par la fuite. 11 se retira à Genève, d'où il se rendit en Hollande à la fin du mois de juin. Au bout d'un an, au mois de juillet 1665, il fut appelé au ser\ice de Téglise de Delft. C'est pendant qu'il y excicait son ministère qu'eut lieu le procès de Labadie (Voy,

nom), dans lequel il intervint si ac-

tivement qu'on peut dire qu'il en fut l'âme. Après la déposition du célèbre théologien mystique, on lui offrit de le remplacer à Middelbourg, mais il eut la pudeur de refuser la dépouille du vaincu, et par cette prudente conduite il éloigna de lui le soupçon de n'avoir agi avec tant de passion que dans un intérêt personnel. Les mêmes considérations ne s'opposaient pas à ce qu'il acceptât la place de Wolzogen, lorsqu'il quitta l'église dX'Irecht pourcelle d'Amsterdam en 1671; mais il n^ut pas à s'applaudir de l'échange, au moins en ce qui touchait son repos.

Tant que dura l'occupation d'Utrecht par les troupes franiaises, il vécut dans une inquiétude continuelle, craignant à tout moment qu'on ne vlntrarréter pour le ramener en France et le livrer au parlement de Grenoble. Cependant, on doit le dire à son honneur, sescramtes, qui n'étaient peut-être pas aussi chimériques qu'on pourrait le croire, ne lui firent jamais négliger ses devoirs; au contraire, il continua à remplir ses fonctions avec un redoublement de zèle; il poussa même le courage ou, si l'on veut, rimprudence jusquà se livrer en chaire, comme d'habitude^ àlacontro* verse, quoiqu'il n'ignorât pas combien les Catholiques en murmuraient. Ce fut dans ces circonstances difficiles et dangereuses, qu'on lui offrit une autre église, mais il refusa noblement d'abandonner son troupeau, en disant a qu'il ne sauroit accepter Tbonneur qu'on lui faisoil,sanss'altirerlesjustes reproches que leseuverain pasteur fait au berger mercenaire qui, voyant ses brebis menacées, s'enfuit lâchement, au lieu de sacrifier sa vie pour leur défense. »

L'évacuation de la Hollande par les troupes de Louis \1Y ne rendit point la tranquillité à Saurin, qui éprouva toute sorte de chagrins et d'ennuis par suite des prétentions sans fondement d'un vieux ministre, nommé Payen, qui lui avait été adjoint comme proposant. Mais que ces tracasseries étaient frivoles en comparaison des inquiéta-

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dMy des agitations, des tourments, que lui causèrent ses iongues querellesavec Jurieu, dans lesquelles Tun et l'autre laissèrent paraître plus de passion et d'animosilé qu'il ne convenait à des personnes de leur caractère. C'est Saurin, il faut l'avouer, qui engagea le combat, en 1 691 , par une attaque directe contre la théologie de Jurieu. Là lutte fut vive, acharnée.A près plusieurs tentatives faites inutilement par les synodes pour réconcilier les deux adversaires, celui de Leuwarden essaya de meUre un terme à ces déplorables querelles par un coup d'autorité, au mois d'août 1695. Il leur défendit d'écrire l'un contre l'autre sous peine d'excommunication et de suspension du ministère. Jurieu était homme à se soucier médiocrement de semblables défenses; aussi coolinua-t-il à traiter Saurin de la manière la plus insultante. Ce fut en vain que le synode de La Brille, au mois de septembre 1696, s'entremit denouveau entre lesdeux antagonistes.

Le pasteur d'Utrecht reprit donc la plume, et le dernier mot lui resta.

Saurin consacra les dernières années de sa vie à la publication de quelques traités de théologie , qui ont fondé sa réputation. Au retour d'un voyage qu'il fit à Campen, au mois d&sept. 1702, pour assister à un synode, il fut attaqué d'une maladie qui unit par le conduire au tombeau, le dimanche de Pâques 1 705. 11 n'avait point été marié.

Cbauflepié lui accorde un génie vaste et profond, un discernement exquis, un jugement net et solide, une belle imagination, une heureuse mémoire, une présence et une vivacité d'esprit admirables, une droiture inflexible, une fermeté de caractère qui ne ployait devant aucune considération; nous sommes disposé à souscrire à tous ces éloges, qui nous paraissent pourtant exagérés; mais quand le savant biographe ajoute qu'il aimait pa>sionnénienl la liberté civile et rcclésiastique, l'assertion nous parait extraordinaire, mise en regard de la conduite que Saurm tint envers Labadle.

Elle Saurin se livrait à Kétudeavee passion. 11 apprit sans maître les mathématiques et la physique expérimentale ; mais la théologie eut constamment ses préférences. Voici la liste de ses ouvrages.

I . Examen de la théologie de M. Jurieu, ou l'on traite de pltisieurs pointt trèS'im portons de lareligion chrétien^ ne y comme du principe de la foi , d$ Vidée de l'Eglise, de la justification , de l'efficacité du baplémey de la poUf^ garnie , de l'amour du prochain, ete.

Et où l'on fait voir que la doctrine de M. Jurieu sur ces articles est non^seulement contraire à celle des Eglises ré" formées, mais aussi d'une ires-dangêreuse conséquence y La Haye^ 1694^ t vol. in-8».

II. Défense de la véritable doctrine de l'Eglise réformée sur le principe de la foiy IJtrechI, 1697, in-8».

III. Justification de la doctrine du sieur Elie Saurin contre deux libelles de M, yMn>w,Ulrecht, 1697, 2 vol. B:

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