II. Frère cadet d'Elie^ Joseph Saarft
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aaqnit àCourlczonet fat baptisé le !•' sept. 1655. On ne nous apprend pas où il Ht ses études. En 1 685, il fut admis au ministère et placé à Eurre en Dauphiné. D'un caractère vif, ferme et, comme le ditFonienelle, noblement audacieux, plein de feu, d'ardeur et de courage, très-jeune encore, et par conséquent imprudent, il laissa échapper dans un de ses sermons quelques paroles qui déplurent au prieur d'Eurre.
Accusé d'avoir prêché contre l'Eglise romaine et tenu des discours séditieux^ Saurin se hâta de fuir à Genève, d'où il passa à Berne, et, peu de temps après, il fat placé comme ministre à Bercher. Entouré de la considération que lui méritaient ses talents, il y menait une vie calme et studieuse, lorsqu'on ordre du sénat de Berne (16 juin 1685) vint brusquement troubler sa tranquillité. A la sollicitation du clergé bernois, qui redoutait la propagation des doctrines de l'Académie de Saumur par Tinfluence des pasteurs réfugiés, imbus en majorité des opinions à*Amyraut et de Cappel, il était en- Joint à tous les ministres de signer la fameuse Formula consensus. Après avoir hésité près d'un an et employé divers subterfuges pour s'en dispenser, Saurin flnit par suivre le conseil de Merlat et la signa à son tour avec quelques restrictions, le 8 fév. i 686. Jusque-là sa vie avait été sans reproche ; mais, quelque temps après son mariage avec une demoiselle de Crousaz , les bruits les plus défavorables commencèrent à se répandre sourdement sur son compte. AencroireFontenelle,son panégyriste, la conscience de Saurin Taccusait d'avoir trahi ses convictions en signant la Formule, et comme» l'apparence d'une lâcheté blessait sa gloire », il crut de son honneur de protester, au moins en termes couverts, contre la contrainte morale qu'on lui avait imposée, et cela non -seulement dans des conversations particulières . mais du haut de la chaire. Celte imprudence ayant irrité ses collègues, les tracasseries qu'il essuya développèrent dans
son cœur les sentiments favorables k l'Eglise romaine qui y avaient pris racine depuis longtemps. 11 quitta donc la Suisse sous prétexte d'un voyage en Hollande, où était sa famille, rentra en France et flt abjuration entre les mains de l'évèque de Meaux, sinon tout à fait convaincu de la vérité de certains dogmes, de celui de la présence réelle par exemple, au moins parfaitement soumis à l'autorité infaillible de l'Eglise par cet incroyable argument de Bossuet : Quiconque, vivant en dehors de l'Eglise, reconnaît la nécessité de s'y réunir, doit admettre sans discussion tout ce qu'elle enseigne et dont elle exige la créance, autrement la réunion, nécessaire d'un côté, devient impossible de l'autre, ce qui implique contradiction. 11 est évident que, pour se laisser terrasser par un semblable sophisme, Saurin devait sentir bien vivement la nécessité de se réunir, et, en effet, il ne lui restait pas d'autre parti à prendre.Tout ce qu'il nous raconte luimême dans son Mémoire contre J.-B.
Rousseau touchant les prétendus motifs de sa conversion, n'est qu'une espèce de roman dévot, un tissu d'inventions reposant sur une très-petite base historique, et c'est cette narration captieuse que Fontenelle a copiée fidèlement dans son Eloge, en la parant des charmes de son style. Dans le temps même où, selon l'illustre académicien, l'apparence d'une lâcheté blessait sa gloire, Saurin commettait la plus ignoble des actions; il se rendait coupable de filouterie. Nous savons très-bien qu'on a traité cette accusation d'inrâme calomnie inventée par les ministres calvinistesen haine de sa conversion. Mais ces récriminations n'ont aucune valeur en présence de la Lettre que Saurin écrivit de Zurich, le 13 ou 14 juillet 1689, à son ami Gonon, ministre réfugié à Lausanne, lettre où il lui confesse son crime en offrant d'en faire réparation publique. Cette lettre, qui fut imprimée pour la première fois dans le Mercure Suisse ou Journal helvétiqae,damois d'avril 1 736, et qui aété
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réimpr. en entier dans les œuvres de L. Baulacre (Gcn., 1857,2 vol. in-8»), n'a point été désavouée par Saarin, qui n'est mort qu'en 1 737 . Il est vrai que Voltaire en a nié l'authenticité, prétendant avoir consulté à ce sujet le seigneur de Bercher et les doyens de la classe dnfverdon, qui tous se seraient récriés contre une accusation aussi a- Iroce ; mais nous tenons pour très-suspect dans ce cas le témoignage de Voltaire, parce que nous savons que Polier lui ayant communiqué le procès-verbal constatant un des vols de Saurin, commis dans la chambre même de la dame de Bercher, Il avait abusé de sa confiance en déchirant ce document accusateur. Et en admettant même, contre toute vraisemblance, que -c^lle lettre ait été fabriquée par les ennemis de Taposlal, ne resterait-il pas, pour établir avec évidence la culpabilité de Saurin, la procédure criminelle commencée contre lui en 1689, et qui se voit encore, au rapport de Baulacre, dans la chancellerie bernoise, ainsi que Tordre adressé par le sénat de Berne aux baillis du pays de Vaud, en 1 7 1 2, d'arrêterSaurin(l), «jadis ministre de Bercher, qui, pour plusieurs méchantes actions, et à cause de la procédure souveraine faite contre lui » , était sorti du pays en 1 689? Tel fut, en effet, le vrai motif de la fuite de Saurin, qui se sauva à Zurich?! précipitamment qu'il n'emmena ni sa femme ni son enfant. La réparation publique qu'il offrait n'ayant pas eu lieu, il gagna la Hollande ; mais on y connaissait déjà le scandale qu'il avait donné, et malgré le crédit de son frère Èlie, il dut bientôt renoncer à l'espoir de s'y placer. Que lui restait-il à faire, sinon à rentrer en France et par conséquent à abjurer? C'est ce qu'il fit le 21 sept. 1690. Bossuet présenta a sa conquête »à Louis XIV, conquête que Voltaire réduit à ses proportions naturelles : « L'évêque de Meaux, dit-il, crut avoir converti un ministre, et il ne fit
(1) Saurin se disposait k aller recaei 111 rsr part dans la succession de soo beau-père. Il rebrousM pradenneDi chemin.
T. IX
que servir à la petite fortune d'un philosophe. » Le roi, en effet, s'empressa d'accorder à Saurin une pension de 1,500 livres, et le fit entrer, en 1 707, à l'Académie des sciences en qualité de géomètre.