II. Noé Rousseau épousa, le 18 fév
1672, PemetteBuffe, dont il eut, outre une fille, nommée Lydie, qui devint la femme d'Amed Marchand, deux fils appelés Jean-François et Jacques.
Du mariage de Jean François avec J?enée Berjon (1721) naquirent Jean, mort à Londres sans enfants, et Théodore, né en 1 7 29 . Marié, en 1 7 60, avec Anne-Jeanne Bouet, Théodore Rousseau fut père de Jean-François, né le 9 janv. 1763, à qui Marie-Sophie Valleton, sa femme, donna deux enfants :
Edouard-Louis, né le 9 août 1 81 1 , et Barbe-Angélique-Aimée. Quanta Jacques Rousseau, fils cadet de Noé, il quitta sa patrie, en 1 703, pour venir en France exercer sa profession de joaillier. Il s'attacha au «ervice de Fabre, que Louis XIV envoya en Perse en qualité d'ambassadeur, et arriva à Ispahan en 1708. Son talent lui valut la confiance du schah, qui le nomma chef des joailliers de la couronne, et il sut conserver son crédit auprès des différents princes qui se succédèrent sur le trône de Perse, jusqu'à sa mort arrivée en 1 753. Il avait épousé, en 1 737, Reine de L'Etoile, fille d'un négociant lyonnais, établi à Ispahan, et en avait eu un fils unique, Jean-François-Xavier, qu'il laissa élever dans le catho" licNiM/
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ROUSSEAU (Jxàn-Jacquss), un des plQS illustres représentants des doctrines philosophiques du XTUi^siècle, le fervent apôtre du spiritualisme et de la démocratie^ delà tolérance religieuseet de l'égalité civile^ Técrivain qui peutêtre a exercé la plus profonde influence sur les mœurs^ le gouvernement et la législation des peuples civilisés, naquit à Genève^ comme nous l'avons dit^ le S8 Juin 1712, non pas dans la rue qui porte aujourd'hui son nom, ainsi qu'on le croit généralement, mais dans la Grand'rue (l). Il vint au monde mourant, et ne dut la vie qu'aux tendres soins de sa tante Susanne, pour qui n conserva toujours une sincère affection et une reconnaissance qu'il lui témoigna autant que le lui permit l'insuflQsancede ses moyens. A l'âge de sept ans, Jean-Jacques savait lire, et il lisait après souper, avec son père, des romans auxquels ils prenaient l'un et l'autre un intérêt si vif, qu'ils passaient quelquefois les nuits à cette occupation frivole et dangereuse. De semblables lectures, faites probablement sans choix et bien certainement sans méthode, donnèrent à l'enfant une Intelligence unique à son âge sur les passions. « Je n'avais, dit-il dans ses Confessions, aucune idée des choses, que tous les sentiments m'étaient déjà connus. Je n'avais rien conçu,J'avais tout senti. p£t, tout en développant à l'excès sa sensibilité, elles lui donnèrent aussi de la vie humaine des Idées bizarres et romanesques, dont l'expérience et la réflexion ne purent Jamais le bien guérir.
Plus lard, ses lectures heureusement devinrent plus sérieuses. Dans la portion de l'héritage paternel qui était échu à sa mère se trouvaient de bons livres, l'Histoire de l'Eglise et de l'Empire par Le Sueur, le Discours sur l'histoire universelle par Bossuet, les Vies de Piutarque, l'Histoire de Venise par Nani^ les Métamorphoses d'Ovide,
(i) G*ni ce qotDOCrt asi, M. Tb. Heyer.ar* elimite àOcaèTt, • deoMotrè ïïftt nne conpIèM hiêmutê, La tuAitm foTM !•«•§.
les Caractères de La Bruyère, les Dialogues des Morts et les Mondes de Fontenelle, quelques volumes de Molière.
Le Jeune Jean-Jacques faisait tous les Jours une lecture à son père durant son travail. Plutairque surtout devint son auteur favori ; il lui inspira pour les vertus antiques un respect qui tenait presque de l'idolâtrie. C'est « de ces intéressantes lectures, dit-il, des entretiens qu'elles occasionnaient entre mon père et moi, que se forma cet esprit libre et républicain, ce caractère indomptable et fier, impatient de Joug et de servitude, qui m'a tourmenté tout le temps de ma vie, dans les situations les moins propresà lui donner l'essor.»
Après l'exil volontaire de son père, Jean-Jacques fut mis en pension àBossey par son oncle Bernard, sous la tutelle de qui 11 était resté. Il y passa deux ans« qui adoucirent un peu son âpreté romaine et le ramenèrent à l'état d'enfant.» C'est dans ce village qu'il commença ses études de latin, qu'il quitta et reprit plusieurs fois avec autant d'obstination que de patience. C'est là qu'il trouva, dans les leçons du pieux ministre Lambercier, Toccaslon de fortifier le sentiment religieux qui était puissant dans son cœur, si puissant qu'il résista à l'influence des plus déplorables exemples. C'est encore là qu'un châtiment, trop fréquemment infligé, à cette époque, dans les écoles, éveilla son imagination sensuelle et décida « de ses goûts, de ses désirs, de ses passions pour le reste de sa vie. » C'est là enfin qu'une punition rudement administrée pour une faute dont il n'était pas coupable, lui inspira une haine profonde contre l'abus de la force et l'injustice; mais lui apprit, en même temps, à être a moins honteux de mal faire et plus craintif d'être accusé. »
Retiré de cette pension au bout de deux ans, Jean-Jacques resta deux ou trois ans chez son oncle, qui lui fit apprendre un peu de dessin et les Eléments d'Euclide.a Cependant on délibérait si on le ferait horloger, procu^ fevr ott mloif tti. Il aiiMll mfevx 4lN
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ministre, car il trouvait bien beaa de prêcher; mais le petit revenu du bien de sa mère à partager entre son frère et lui ne suffisait pas pour pousser ses études. «On se décida enfin à le placer chez un greffier, qu'il dut quitter en 1725^pourentrerenapprentissagechez un graveur pour l'horlogerie, nommé Abel Du Commun. L'état eût assez con* venu à ses goûts; mais la brutalité de son maître a finit par lui rendre insupportable un travail qu'il aurait aimé, et par lui donner des vices qu'il aurait haïs, tels que le mensonge, la fainéantise, le vol. nLes mauvais traitements auxquels il était en butte auraient immanquablement corrompu un cœur encore pur et abruti une intelligence d'élite, si, pour échapper à une affreuse réalité, le Jeune apprenti ne s'était réfugié dans un monde imaginaire, qu'il peuplait des souvenirs de ses lectures et quesa vive Imaginationembellissait.
Encore sa position devint-elle si intolérable, qu'il ne vit plus d'autre moyen de se soustraire aux coups et aux injures, que de s'enfuir de Genève au mois de mars 1728. 11 était alors âgé de moins de 16 ans.
Sans famille, sans amis, sans expérience^ sans état) sans asile, mais ne s'inquiétant guère de son dénuement absolu dans Tenivrement de la liberté qu'il venait de conquérir, Rousseau orra quelques jours aux alentours de sa ville natale, tout en s'abandonnant aux rêveries de son imagination, et il finit par arriver à Gonflgi)on,chez le curé, M. de Pontverre, qui ne voulut point laisser échapper cette belle occasion de faire une conquête sur l'hérésie. «Il me reçut bien, raconte Rousseau, me parla de l'hérésie de Genève, de l'autorité de la sainte mère £glise, et me donna à dîner. Je trouvai peu de choses à répondre à des arguments qui finissaient ainsi.» —Après avoir été si bien régalé, Rousseau eût cru manquer à tous les devoirs de la politesse, s'il avait refusé la proposition que lui fit le curé d'aller à Ann^ cy« chUL ODfl bonne dame bien chari-
table, que les bienfaits du roi mettaient en état de retirer d'autres âmes de l'erreur dont elle était sortie elle-même.»
Cette dame charitable n'était autre que Mme de Warens, jeune vaudoise, âgée de 28 ans, d'un esprit cultivé, d'un cœur excellent, mais de mœurs dépravées, que des fautes et des chagrins domestiques avaient poussée à se retirer en Savoie et à changer de religion. Rousseau se mit en route, porteur d'une lettre de If. de Pontverre, dans laquelle on lisait : a Ayez soin d'intercepter toutes les lettres qu'on pourrait lui écrire de son pays, parce que se croyant abandonné, il abjurera plus têt. » Mni« de Warens l'accueillit avec bonté. Mais au bout de trois jours, révêque d'Annecy le fit partir pour l'hospice des Catéchumènes de Turin, ou il fut catéchisé pendantquinze jours, et d'où il sortit, le 27 avril 1728, converti, mais non convaincu de la vérité de la religion catholique, qu'il n'avait embrassée que pour ne pas mourir de faim.
Rousseau retomba bientêt dans la misère à laquelle il avait cru échapper par l'apostasie; il dut donc songer à trouver une occupation qui le fit vivre. Tour à tour, commis dans un magasin, laquais chez M»* de Vercellis, où il se rendit, par fausse honte, coupable dtme atroce calomnie, qu'il se reprocha plus tard amèrement, domestique chez le comte de Gouvon, dont le fils sembla deviner son génie et lui rendit un grand service en lui apprenant à lire moins avidement, il se fit chasser de la maison de Solar, où il était regardé «comme un jeune homme de la plus grande espérance, qui n'était pas à sa place et qu'on s'attendait d'y voir arriver, » pour retourner auprès de M»« de Warens, en compagnie d'un jeune genevois, nommé BAcic. dont il s'était engoué, et sans autre ressource pour vivre en route qu'une fontaine de Héron !
M»* de Warens le reçut avec la tendresse d'une mère, et le logea dans sa maison. Il trouva dans la chambre
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qui lui éUit destinée, quelques livres, le Spectateur, Puffendorf, Saint-Evremoud, La Heuriade, et il les lut par désœuvrement, mais avec fruit, a Je m'accoutumais, dit-il, à réfléchir sur rélocution, sur les construclious élégantes.QuelquefoisJe causals avec maman [M^* de Warens] de mes lectures, quelquefois Je lisais auprès d'elle : J'y prenais grand plaisir; Je m'eierçalsà bien lire, et cela me fut utile aussi. » Rousseau aurait désiré que cette douce vie durât toujours ; mais sa maman plus prévoyante 8entit,auboutdequelques mois, qu'il était temps de lui choisir une carrière. Elle pria donc un de ses parents, M. d'Âubonne, d'interroger son protégé et de voir à quoi il serait propre. Après examen, M. d'Aubonne déclara que Rousseau était un garçon sans idées, très-borné, sinon tout à fait inepte, et bon tout au plus à faireuncuré de village. Enconséquence, Rousseau entra au séminaire d'Annecy, où il s'occupa moins de latin que de musique, art pour lequel il se prit bientôt d'une violente passion. Il avait reçu de la nature à un degré éminent, au Jugement de H. Féiis, l'instinct et l'amour delà musique, et cependant il y Ot peu de progrès. Ses professeurs finirent par se rebuter et on le rendit à M»' de Warens qui, se persuadant qu'il était né pour être musicien, le plaça dans lamatfn'se des enfants de chœur; mais bientôt, redoutant pour lui les suites d'une liaison trop intime avec un aventurier débauché, du nom de Yenture, elle jugea prudent de Téloigner. Elle exigea donc qu'il suivit en France M. Le Maître, maître de musique de la cathédrale, qui, pour se venger des mauvais procédés du chantre, prit la résolutionde décamper nuitamment, la veille même des fêtes de Pâques, en laissant son ennemi dans rembarras. Rousseau obéit; mais arrivé à Lyon, il abandonna honteusement son compagnon, tombé d'une attaque d'épilepsie au milieu de la rue, et retourna à Annecy. M»* de Warens étant absente, il consentit i
accompagner Jusqu'à Fribourg sa jeune femme de .chambre qui désirait r«tourner dans sa famille, et il profita de la circonstance pour aller voir son père à Nyon. De Fribourg, il se rendit à Lausanne, où il eut l'audace de s'annoncer, sous l'anagramme de Vaussore, comme professeur de musique, bien qu'il ignorât même les principesdu solfège. Qui ne connaît l'issue de son fameux concert chez M. de Treytorrens, dont il nous a laissé une relation si comique? C'est pendant son séjour à Lausanne, que l'ardent désir de visiter les lieux où était née M^^ de Warens,le conduisit à Vevay, dent les sites enchanteurs lui fournirent plus tard le cadre de sa Nouvelle-Héloïse.
Ses leçons ne lui rapportant pas de quoi vivre, il alla à Neuchâtel, où il réussit mieux. Il apprit ainsi insensiblement la musique tout en l'enseignant ; cependant il ne fut Jamais qu'un mauvais lecteur et un médiocre harmoniste, parce que, si l'on n'apprend pas à vaincre dans Tenfance les premières difficultés de l'art, il est à peu près impossible de les surmonter ensuite. Sa vie était donc assez douce; a un homme raisonnable, dit-il, e&t pu s'en contenter; » mais son humeur inquiète le rejeta dans les aventures.
Il se lia, dans une promenade à Bondry, avec un moine grec qui faisait en Europe une quête pour le rétablissement du S. Sépulcre, et qui lui proposa de l'accompagner dans ses tournées en qualité de secrétaire interprète. La proposition fut acceptée sufr-le-champ, et dès le lendemain, le voilà parti pour Jérusalem ; mais à son arrivée à $oieure, l'ambassadeur de France l'y retint, en lui promettant de s'occuper de lui. Peu de temps après, en effet, on l'envoya à Paris pour être le mentor d'un Jeune Godard, qui devait entrer au service. Rousseau fit la route à pied, bâtissant les plus magnifiques châteaux en Espagne, ne rêvant que sièges et batailles et se voyantdéjà maréchal de France en imagination; mais l'avarice da colonel Godard tU
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promptement évanouir ses chimères.
Désappointé, il se vengea par une satire, la seule qu'il ait Jamais faite, et reprit le chemin de la Savoie, où H">* de Warens était de retour.
A Lyon, il apprit que celte dame s'était établie à Ghambéry, et il alla l'y rejoindre. Par son crédit, il obtint un emploi dans le cadastre, qu'il occupa moins de deux ans ; il s'en démit dans l'intention de se livrer exclusivement à son goût tenace pour la musique. 11 se remit donc à donner des leçons, et comme dans le royaume des aveugles les borgnes sont rois, avoue-t-il luimême, il eut bientôt des écoiières dans les meilleures familles de Ghambéry.
A l'exception de quelques petits voyages déplaisir ou d'affaires, Rousseau ne s'éloigna plus de M"« de Warens, avec qui il alla habiter les Charmettes,àlafln del'étédei73e,unemaladie de langueur, qui le conduisit au bord de la tombe, l'ayant forcé de renoncer à donner des leçons. G'estdans cette paisible solitude, qu'il prit le goût des études sérieuses et que son caractère aeheva de se former. Sans aucun doute, comme l'a fait observer M. Villemain, dans son Gours de littérature, hà vie qu'il avait menée jusquelà, « cette vie de lecture et de travail, coupée par tant d'incidents romanes* ques et de courses aventureuses, avivait bien autrement l'imagination et la rêverie qu'un cours régulier d'études au collège du Plessis,» cependant pour occuper dans la littérature la place à laquelle son génie l'appelait, un fond solide de connaissances lui était nécessaire, et c'est aux Gharmettes qu'il l'acquit, an sein d'un bonheur sans dignité, il est vrai, mais qui devait suffire à son âme tendre et rêveuse, Jusqu'à ce qu'il eût appris à réfléchir sur ses devoirs et à régler sa conduita sur les lois sévères de la vertu.
Une épttro en assez mauvais vers, qui date de cette époque et qui a été publiée sous ce titre : Le Verger de$ Charmeitês, nous off^ le curieux ca* lalogM des oivtâfn qu'il r éil4UHt4
Sous un onbrne inif , untôt Je me délaiM; Ttntdl aTCC Leibnlti, lliUebimch» et Newton, Je monte ma raiion inr on rabllme ton, Pexamlne les loix det corps et des pensées; Avec Loclce, je ftis Thlstoire des Idées : Aiee Kepler, Wallis, Barrau, Rainand, Pascal, Je devance Archtmède et je sais L'Hôpital. Tantôt à la pliysiqae appliquant mes problèmes, Je me laisse entraîner a l'esprit des systèmes : Je tâtonne Descartes et ses ègaremens, Sublimes, Il est vrai, mais (rïTOles romans. J'abandonne bientôt l'hypotbèse inftdelle. Content d'étudier l'histoire naturelle.
Là, Pline et Nieuwentit, m'aldant de leur saToir, M'apprennent àpenfer,ounir les yeuxetioir... Onelquel6is« m'amusant, jusqu'à la fiction, Télémaque et Séthos me donnent leur leçon ; Ou bien dans Glételand j'obserre la nature. Qui se montre à mes yeui touchante et toujourt Tantôt aussi, Spon,psjroonrant tes cahiers, [pure. De ma patrie en pleurs je relis les dangers... 0 TOUS, tendre Racine I ô tous, aimable Horace, Dans mes loisirs aussi tous trouiei votre place : ClaiiUe, Saint-Aubin, PloUrque, Idéxerai, Despréaux, Glcéron,Pope, RoUIn, Bardai, Et TOUS, trop doux La Mothe, et toi, touchant
[Yoltolra, Ta lecture à mon cour restera toujours chère. Mais mon goût se refuse è tout frtfole écrit, Dont l'auteur n'a pour but que d'amuser l'esprit.
Ce singulier péle-méle de noms si disparates nous montre que Rousseau ne suivait aucun plan dans ses études.
Faute d'un guide éclairé, il s'égarait souvent, mais doué d'une patience, d'une ténacité sans égale, il n'hésitait Jamais à revenir sur ses pas, et il finit par trouver une bonne méthode, qui lui permit d'avancerplus sûrement. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que dans le temps même où il s'appliquait avec ardeur à acquérir des connaissances, il se croyait atteint d'une maladie mortelle. L'espoir d'en guérir l'engagea à partir pour Montpellier, où il passa environ trois mois, et quand il retourna aux Gharmettes, il trouva sa place prise auprès de M"* de Warens. Le coup ftit afff^ux, d'autant plus aChreux qu'il arrivait tout fier d'une victoire qu'il avait remportée sur lui-même pour lui res> ter fidèle. Ne pouvant se résoudre à partager avec un autre la possession d'une femme pour qui il ressentait l'affection d'un fils plutôt que la passion d'un amant, il prit la résolution de renoncer tout à fait aux droits qu'elle lut avait donnés sur sa personne. Il ne tar- M patà •'«periivflo k ta frtkleir 4«
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la dame» qu'elle ne lai pardonnai^jMS cette résolution^ en sorte qu'il se décida enfln à s'éloigner» et qu'il accepta la place de précepteur dans la famille de M. de Mably, grand prévôt du Lyonnais. Un Mémoire» qu'il écrivit à cette époqae sur les méthodes d'éducation»
et qui « annonçait» au jugement de H. Villemain» l'exactitude et la pureté du style» mais sans éclat» sans chaleur» » prouve qu'il prit au sérieux son difficile emploi; cependant il sentit bientôt que sa vocation n'était pas la pédagogie. Il retourna donc» en 1741»
anx Charmettes où il retrouva les mêmes dégoûts» les mêmes ennuis.
Comprenant que son bonheur avait fui sans retour» il songea à se créer promptement une existence indépendante»
dans l'espoir surtout de pouvoir venir au secours de sa bienfaitrice» dont il voyait la ruine imminente. Ne se croyant ni assez d'esprit ni assez de talent pour suivre la carrière des lettres» il se flatta de mieux réussir par la musique : il lui restait encore à apprendre par une dure expérience que le génie lui-même a beaucoup à lutter pour frayer sa route dans le monde.
Riche de quinze louis d'or» d'un projet de machine pour voler dans les airs et d'un système de notation musicale dont il se croyait l'inventeur» il partit pour Paris» et obtint la faveur de lire son manuscrit à l'Académie des sciences» le 22 août 1742. Son système avait pour objet de simplifier la notation musicale en substituant aux signes en usage les chilDres 1 à 7. L'Académie accorda des éloges à son travail ; mais elle ne le trouva ni neuf ni utile. Trèsmécontent de cet arrêt» Rousseau en appela au public et fit imprimer son mémoire» refondu et développé sons ce litre : Dissertation sur la musique moderne, Paris» 1745» in-8*. Le public fut de l'avis de l'Académie» la méthode nouvelle du pauvre Rousseau n'eut aucun succès» et tous ses essais pour s'élever dans l'air échouèrent. Déçu dans son double espoir» Rousseau îûi heureux d'accepter la place de se-
crétaire du comte de Montaigu» qui nait d'être appelé à l'ambassade de Venise. Pendant les dix-huit mois qu'il passa dans cet emploi» il sut se concilier l'estime générale par la fermeté de caractère» l'esprit de conduite et les talents diplomatiques dont il fit preuve en diverses circonstances» et gagner en même temps raflTection d& tous les Français établis à Venise par le zèle qu'il mit à proléger leurs intérêts.
L'ambassadeur seul» peu reconnaissant des services qu'il lui rendait journellement» l'abreuva de dégoûts» au point que Rousseau se décida à revc* nir en France pour demander justice de ses mauvais procédés. Le premier commis des affaires étrangères» chargé de l'intérim » n'eut aucun égard à ses justes plaintes» et ce déni de justice laissa dans son Ame» nous dit-il^ « un germe d'indignation contre nos sottes institutions civiles» où le vrai bien public et la véritable justice sont toujours sacrifiés à je ne sais quel ordre apparent» destructif en effet de tout ordre» et qui ne fait qu'ajouter la sanction de l'autorité publique à l'oppression du faible et à l'iniquité du fort. »
Son traitement ne lui ayant pas même été payé» Rousseau tomba bientôt dans une grande gêne. Pour en sortir»
il voulut encore une fois essayer de tirer parti de ses talents pour la musique, qu'il avait continué de cultiver à Venise au milieu des affaires et des plaisirs. Lors de son premier séjour à Paris» il avait été reçu dans les salons de M">« Dupin» où affluait unesociété brillante.
Il y retourna» bien qu'il commençât à se sentir a dégoûté de la sociéié et du conuuerce des hommes» » et^ vers le même temps» il fut introduit dans la maison de La Poplinière. C'est chez ce fermier général qu'il Ut jouer pour la première fois» en 1 745» son opéra des Muses galantes, qu'il avait commencé avant son départ pour Venise. Cet opéra eut peu de succès ; cependant le duo de Richelieu chargea l'auteur de retoucher.la princesse de Navarre» intermède de Voltaire et de Rameau» qu'on de-
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vait donner à Toccadion de ia victoire de Fontenoy. Konssean ne reçnt pas une obole pour la peine qu'il avait prise. Découragé par ces écbecs^ il abandonna pour quelque temps ia musique et accepta chez M">t Dupin une place de secrétaire au traitement de 900 francs. C'était peu^ trop peu pour l'entretien de deux personnes^ car^ depuis quelque temps ^ Rousseau n'avait plus à songer qu'à lui seul ; son ami Diderot avait une Nanette^ et 11 avait pris une Tbérèse.C'étaitune Jeune couturière ( l ) d'une famille médiocre^ bonne et douce de caractère , mais sans beauté ^ sans esprit^ sans instruction^ à qui il s'était attaché par compassion^ plus que par amour . Cette liaison eut non-seulement la plus triste influence sur sa destinée, mais ses suites naturelles Tentrainèrent à commettre l'acte peut-être le plus coupable de toute sa vie^ et celui dont il s'est le plus amèrement repenti. Ecoutez le cri de sa conscience qui s'échappe dans l'Emile : a Rien ne dispense un père de nourrir ses enfants. Lecteurs, vous pouvez m'en croire, je prédis à quiconque a des entrailles et néglige de si saints devoirs, qu'il versera longtemps sur sa faute des larmes amères et n'en sera Jamais consolé. »
Ses ennemi8,et 11 en eut beaucoup,n'ont eu gardedelaiEser échapper une si belle occasion de condamner sévèrement le ph ilosophe de Genève^ sans tenir compte de l'aveu public qu'il fit de sa faute ni des remords cuisants qu'il enéprouva; ses admirateurs se sont, de leur c6té, donné beaucoup de mal pour excuser sa conduite; pour nous, nous nous contenterons de rappeler à ses inexorables Juges les paroles du Christ aux accusateurs de la femme adultère :
Que celui de vous qui est sans péché lui Jette la première pierre.
Rousseau vivait ainsi avec sa Thérèse dans un état voisin de la misère.
Il supportait courageusement sa pauvreté, soutenu qu'il était par la conscience de son génie ; mais en même
(1) Marie Thértse Le Testeur, née à OrléeM le il lapi. 1721.
temps, il travaillait avec ardeur pour en sortir, «c Ce qui fermentait Icplus dans son espritactif et laborieux, ditM. Villeroain, c'était le goût de la philosophie et des lettres. A Venise, il projetait déjà le plan d'un ouvrage sur les institutions politiques. A son retour d'Italie, malgré sa vie dépendante et précaire, il s'exerça au grand art de bien écrire.» La connaissance de Diderot lui avait procuré celle de d'Alembert,qui le chargea de rédiger pour l'Encyclopédie les articles de musique.Ce travail, qu'il fit vite et mal, ne lui rapporta aucun profit, mais il eut au moins pour lui cet avantage de le forcer à des études approfondies et d'étendre ses connaissances dans cet art. Au bout de bien des années, Rousseau reprit ces articles, les refondit et en composa son Dictionnaire de musique, Gen., 1767, in-i«, qui a été l'objet de critiques très-vives et en partie fort injustes, car, dit M. Fétis, « il ne faut pas oublier que la rareté des livres spéciaux et des autres matériaux en France, à l'époque oii il fut écrit, rendait un semblable travail fort difficile; qu'il fut terminé dans une solitude oiiranteur était dépourvu de tout secours, et qu'enfin une partie des erreurs de Rousseau sont celles de son temps. Dans toute la partie esthétique, il montre d'ailleurs un rare instinct de l'art et des vues fort élevées.» Au reste, quelque jugement que l'on porte sur Rousseau comme musicien, on ne peut lui refoier la gloire d'avoir exercé par ses écrits la plus heureuse Influence sur le goût des Français et sur la musique de son temps.
Les liaisons de Jean-Jacques avec les Encyclopédistes ne purent que fortifier son goût pour les lettres. Décidé à suivre cette carrière, il n'attendait plus qu'une occasion propice pour descendre dans ia lice ; l'Académie de Dijon la lui fournit, en 1749, en mettant au concours cette question quelque peu sophistique : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs?
Rousseau était admirablement pré-
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