‹ La France protestanteChapitre 102 sur 303 · ARNAULD (ou Arnaud et Arnaut · texte numérisé non relu

ARNAULD (ou Arnaud et Arnaut

Illustre famille qui compte quelques hommes de guerre, quelques avocats, quelques diplomates, et brilla surtout par une intensité d'esprit religieux à qui elle dut de grands théologiens et d'admirables femmes. Elle se disait originaire de Provence, et à la lin du XVe siècle était établie en Auvergne, particulièrement à Riom , où elle figurait avec les ;\iarilluc, les Du Bourg, les Duprat, les Robertet, parmi les ofliciers et favoris d'Anne de Beaujejp iilh'de Louis XI, du comte de Beaujeu son mari et du

connétable de Bourbon leur gendre.

Henri Arnauld, écuyer du comte et gouverneur de Hermant, près Riom, était lié d'une étroite amitié avec Florimond Robertet, qui se rendit maître d'abord, par la supériorité de son esprit, des volontés du comte , dont il était secrétaire , puis fut successivement le pins iidèle conseiller de Charles VIII , de Louis XII et de François Ier. Arnauld eut deux fils, Jean, gouverneur de Hermant, mort sans enfants, et Antoine; c'est ce dernier qui fut la tige de cette famille aussi considérable par le nombre de ses rejetons que par les rôles divers qu'ils ont joués. Or, il était huguenot, ou du moins il le fut une partie de sa vie ; il était même beau-frère du martyr Anne Du Bourg, et sa descendance tout entière en garda quelque empreinte ; ceux même des Arnaud qui furent les plus fervents dans le catholicisme l'étaient avec un esprit d'indépendance que le catholicisme moderne hait et réprouve; ils défendirent la France contre les jésuites, le jansénisme contre Rome, l'abbaye de Port-Royal contre le grand roi. Aussi, en commençant l'histoire qu'il a composée de cette maison religieuse, Sainte-Beuve, le plus lin critique de notre temps, dit-il avec sa clairvoyance habituelle (t. I, p. 63) : «Ce coin (le protestantisme delà famille Arnauld) voilé le plus possible par les petits-fils de Port-Royal (ceux d'Antoine), relevé malignement par les jésuites, doit être indiqué de loin au fond de notre tableau, et y tient plus peut-être que les Arnauld eux-mêmes ne le croyaient. »

2. Antoine Arnauld [Haag 1, 128 a] , fils cadet de Henri, s'établit à Paris vers 1547, appelé par la reine Catherine de Médicis, qui le connaissant capable et fidèle, le lit son procureur général et procureur du roi au présidial de Riom. Elle lui envoya une sauvegarde personnelle à la S. -Barthélémy pour le sauver du massacre, et depuis lors il abjura. Il prenait, dans les actes passés en son nom. les qualités de seigneur de La Motte, de Ghantegrenelle , de Fontaincbelleau, de Pessac et de Bonnelilles . qui sont des fiefs et châteaux: à une demi-lieue de Riom. Cependant un savant généalogiste ^voy.Baylejle déclare anobh en l'aiiin'^

ARNAUD

1037. = Armes : D'azur au chevron d'or, accompagné en chef de deux palmes adossées et en pointe d'une montagne ou rocher d'or.

Antoine Arnauld mourut en 1585, auditeur en la chambre des comptes de Paris, et âgé de cent et un ans. D'un premier mariage avec Marguerite Meusnier Du Bourg, sœur du célèbre Anne Du Bourg, il eut Jean, seigneur de La Motthe, qui, en 1500, fit lever le e d Issoire par les troupes de la Ligue, après avoir tué de sa main dans une sortie le comte de Randan qui les commandait. Ce combat, qui se livra le jour même de la victoire d'Ivry, assura à Henri IV l'entière possession de l'Auvergne. Mézerai raconte différemment cet heureux événement. Selon lui , « le comte de Randan avoit surpris la ville d'Issoire et y avoit basti une citadelle, les gentilshommes royalistes et les bourgeois de Clermont, qui, en hayne de ceux de Rion, avoient beaucoup de chaleur pour le purty du roy, surprirent la ville par l'intelligence d'un consul et assiégèrent la citadelle. Florat, séneschal d'Auvergne, commandoit en cette entreprise ; Randan accourut à son secours, et l'investit luy et les siens dans la ville. Les seigneurs du pais, entre autres Rastignac. lieutenant du roy. le vicomte de Lavedan, le baron de Chaseron, le marquis de Curton qui commandoit cette petite armée, et d'Effiat, vinrent pour dégager leurs amis. Cela ne se pouvoit sans combat : il fut fort opiniastre,mais enfin ies Ligneux succombèrent. Il leur en cou s ta 500 hommes, dont il y avoit cent gentils hommes, et entre autres le généreux comte de Randan, qui ayant esté fait prisonnier mourut de ses blessures dan? Issoire. Ceux de la citadelle ayant appris sa deffaite capitulèrent et les vainqueurs retournèrent en grand triomphe à Clermont. »

D'un second mariage avec Anne Forget, fille du procureur du roi au présidial d'Auvergne, Antoine Arnauld eut au moins ' onze enfants, dont sept garçons et quatre filles.

- récits, a cet égard, no sont pas concordant». \Miii MM. Uaag, mais Sully, qui avait parftitenn.'nt connu cette famille, cite dans ses Mémoires un liis aine qui serait uiort avant ioiv

;ils furent : 1° Antoine, né en I5G0 [VI, 17 a], avocat au pari, de Paris. Il s'acquit une grande réputation par son éloquence. Ses talents étaient encore rehaussés par un grand fonds de probité et un rare désintéressement. On cite surtout le plaidoyer qu'il prononça, en 1594, pour l'université de Paris contre les jésuites. Les Révérends Pères se vengèrent de leur défaite en l'accusant (et avec raison selon nous^ d'être huguenot. Mais il ne paraît pas que l'éloquent avocat ait persévéré dans la foi protestante. Il mourut le 29 décembre 1619, ayant eu de sa femme Catherine Marion vingtdeux enfants dont l'ainé fut Robert Arnauld d'Andilly, père à son tour de cinq filles toutes religieuses à Port-Royal, et de plusieurs fils, dont Simon Arnauld, marquis de Pomponne, ambassadeur et ministre d'Etat. Le vingtième enfant de Robert fut Antoine, dit « le grand Arnauld, » et le champion du jansénisme.

•1° Isaac. né vers : VI.

195 b; VIII, i:,ii: IX. 79 a; ; d'abord avocat ', puis attaché à l'administration financière par le crédit de Sully, et peu d'années après, créé intendant des finançait un esprit éminent.

Sul'y, dans ses Mémoires, s'est plaint de lui avec amertume, en disant qu'il oublia ses bienfaits lorsque après la mort de Henri IV les finances lui furent ôtées pour être données au président Jeannin, et il dépeint son ancien protégé captant les bonnes grâces de la reine par la faveur de l'indigne Concini. La mau-

humeur de Sully, ou plutôt du secrétaire auquel on doit la rédaction de Mémoires *, semble avoir exagéré les faits. Isaac était huguenot, et Tallemant dit (III. lOi) qu'il passait à Charenton « pour un fort homme de bien, fort craignant Dieu, et qui entendoit admirablement bien les finances ; » et le portrait s'achevait par ces mots: «Mais on

cusoit d'avoir nui à M. de Sully. >• mots que Tallemant a biffés depuis '.

1 II l'était encore en tcoo et eu itiOi, car il ligure .te qualité, dans les registres de Charenton, comme parrain de Pierre Du Moulin, lils ig bre ministre, et de Isaac de Laffemas.

1 OEconomics royales, éd. \a-\*. III, M 1 Cette ratnre a sa valeur. On appelle volontiers Tallemant des noms de « médisant, » de « satyrique • Ste-Beuve lui-méuie. Port-R. I, «), et l'effronterie de ses Historiettes prête a l'aecusatiou ; mais on peot voir dans la préface de la dernière édition 'Monmerqué et

ARNAUD

Cet intendant Arnauld était si zélé religionnaire qu'on l'a pris pour un pasteur \ et qu'en effet il a publié (ou peut-être n'a-t-on publié qu'après sa mort) un volume intitulé : le Mespris du monde, qui ne serait nullement indigne d'une plume pastorale. MM. Haag en citent [I, 125 b] une édition de Charenton de 1651, une de Genève de 1670, et une traduction allemande imprimée la môme année 1670 à Hanau. Bayle en cite seulement unede Rouen de l'an 1637, (et l'on en connaît aussi une de Sedan, 1623, Bull. VIII, 383). Aucune, à notre connaissance, ne fournit le moindre renseignement sur l'auteur. Le Mespris du monde, dans l'édition de 1670 (Genève, J.-A. et Sam. de Tournes; 740 pages in-12, sans aucune préface) est accompagné de cinq autres Traitez , savoir :

les Résolutions vertueuses; l'Obéissance deue au Roy; le Regret d'une personne aimée et la Consolation en Dieu ; Méditation sur la vieillesse; enfin le Philadolpbe aux Temporiseurs. Ces discours ne contiennent guère que des lieux communs, mais animés par une certaine chaleur de style. On y sent que l'écrivain, quoique bien médiocre , était de bonne souche, et que Guez de Balzac avait raison d'appeler les Arnauld : La famille éloquente.

Il avait été marié deux fois; la première avec Marie Perrin, qu'il perdit en 1610, et la seconde, Elisabeth, fille de Pierre Mignonneau, l'un des collègues de Pierre Morisson, maire de La Rochelle dans le grand siège de 1573. « Elisabeth Mignonneau , femme de l'intendant Arnault, » figure en ces termes dans un baptême en l'église de Charenton, le 20 août 1617. Elle perdit son mari le 14 octobre suivant.

Son fils, nommé aussi Lsaac[I, 129 a], d'abord secrétaire de la chambre du roi (1611), puis intendant et contrôleur général des finances de Navarre, sieur de Corbeville, comme son père, parcourut ensuite avec honneur la carrière des armes. Il était mestre de camp des cara-

1'. Paris, 1850-00, p. xv) qu'il était d'une véracité méticuleuse et inquiète.

1 Ministre de La Hochelle (Bayle, éd. de 1741. T. I, p. 338, note D), et llaag d'après iiayle. Mais il y eut en effet, à La Uuclielle, un ministre de ces noms. Cf. col. 305, n" 12.

biniers , et se fût élevé sans doute aux plus hauts grades si, le 26 janvier 1635, il n'eût eu le malheur de se laisser surprendre par les Allemands dans la forteresse de Philipsbourg qu'il commandait. Il écrivit avec talent une relation de la campagne de 1646. Il y a force louanges de lui dans les Mémoires d' Arnauld d'Andilly, son neveu, et dans les lettres de Voiture, son ami. — Anne Arnauld [VIII, 149 b], sœur aînée du précédent, femme d'un grand caractère et protestante d'une foi indomptable, fut la marquise de Feuquières ; une seconde sœur, Mnie de Pray, perdit son mari à la surprise de Philipsbourg; la troisième, Madelaine, épousa en 1628 M. d'Heucourt, gentilhomme picard [IX, 79 a].

3° David fut, comme son frère et grâce aussi à Sully, commis aux finances, puis contrôleur général des Restes.

4° Benjamin, mestre de camp de cavalerie, fut tué au siège de Jargeau (1589).

5° Claude, commis aux finances, mort à Paris le 21 mai 1603. Sully le dit l'aîné de ses trois derniers frères, les seuls dont il fasse mention dans ses Mémoires. « Le trésorier Arnauld, lit-on dans le Journal de Henri IV, commis de monsieur de Rosni, jeune homme de bon esprit et grande espérance , fort aimé de son maître, âgé de 29 ans seulement moins 9 jours, mourut... comme il étoit sur le point d'accompagner son maître en Angleterre, où le roi l'envoyoit, ayant jà dressé pour cet effet une partie de son équipage. Il fut enterré le jour même, à dix heures du soir, au cimetière S. -Père, où il fut porté par quatre crocheteurs... Il y avoit un poêle de velours sur le corps, lequel fut accompagné de 50 chevaux. On disait qu'il avoit fait une belle et heureuse fin. » Le cimetière S. -Père, destiné aux protestants, était situé entre l'hôpital de la Charité et Saint-Sulpice, à la hauteur de la rue actuelle des Saints-Pères. L'Estoile raconte que l'on y éleva à Arnauld « une belle tombe dont chacun parloit comme de chose nouvelle et inusitée entre ceux de la Religion. » Il en fait la description. « Elle étoit, dit-il, d'un fort beau marbre noir, tout d'une pièce, estimée à 200 écus ou environ, élevée d'un demi-pied de terre, et couchée de plus,

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