ARROS
tement étouffée. La clémence dont usa la reine, n'empêcha pas de nouveaux soulèvements , toujours appuyés par la France et l'Espagne, et toujours comprimés. Un des plus redoutables fut celui de 1569. A cette époque, Jeanne était allée rejoindre le prince de Condé à La Rochelle, en nommant pour lieutenants généraux dans ses Etats les barons d'Arros et de Montamat. Sitôt que le fidèle d'Arros apprit que Charles IX avait donné l'ordre au baron de Luxe de se saisir de la Navarre et du Béarn, il convoqua les Etats à Pau et prit, de concert avec eux, toutes les mesures nécessaires pour la défense du pays. On leva douze compagnies d'infanterie, dont on nomma colonel ce même Bassillon, qui, devenu plus tard suspect, tomba sous les coups de La Mothe-Pujol et de Marchastel. Cependant l'approche de Terride (ou Tarride) avec une force imposante et la révolte de presque toute la population catholique convainquirent d'Arros de l'inutilité de ses efforts pour s'opposer à l'invasion du Béarn. Orthez, Sauve terre, Bellocq, Morlane, Conchez, Arzac, Nay, tombèrent successivement au pouvoir des factieux, qui y commirent d'effroyables excès. Laissant au conseil souverain le soin de la défense de Pau, il alla s'enfermer lui-même dans Navarrenx qui, avec ses hautes murailles flanquées de quatre bastions, était regardé comme la plus forte place du pays. Il y fut suivi par Montamat, Bassillon, Poqueron, de Salles, François de Navailles, Henri d'Albret-Miossens; par les capitaines Moret , Cortade , Brassalay, Casaban, Bertrand d'Espalungue, Gratien de Lurbe et les deux La Mothe; par les enseignes Pierre Rey (ou Roy), le baron d'Arros, son fils, Higuères, Amou, Arance, Bassillac, Aramits, le capitaine d'Arros, son second fils ; par l'avocat Pierre d'Arbusio, le ministre Lalanne, les sieurs de Laffile, d'Yssy, de Baure, par Lomagne frère de Terride, par Du Frexo , La Pierre, le jeune Biron , les deux barons gascons de Viday et de Montblanc ; enfin par Arnaud Gassion, procureur général au conseil souverain. Le gouvernement de la place fut confié à Bassillon; d'Arros et son collègue se chargèrent de
tenir autant que possible la campagne et d'inquiéter l'ennemi par de fréquentes sorties.
Ce fut le 24 mai 1 569 que Terride ouvrit le feu contre Navarrenx. Six canons, placés sur les hauteurs deMontbalon, à cinq cents pas environ des murailles,dominaient toutes les parties delà ville et y causaient de grands ravages ; mais les brèches étaient à l'instant réparées par les vieillards, les femmes et les enfants qui y travaillaient sans relâche, tandis que leurs fils, leurs époux et leurs pères combattaient sur les remparts.
Désespérant d'emporter de vive force une place défendue avec tant d'héroïsme, Terride résolut de la réduire par la famine, et comme tout le pays lui obéissait, il était à la veille de la forcer, lorsque Montgommery arriva pour la secourir avec les protestants du Languedoc, et contraignit les catholiques à lever le siège le 8 août.
Après avoir replacé tout le Béarn et la Navarre sous la domination de la reine, et s'être assuré des principales places en y établissant pour gouverneurs des capitaines qui s'étaient signalés par leur fidélité et leur dévouement : de Salles à Navarrenx, le baron de Lons à Pau, Brassalay à Orthez, de Loubie à Oloron, Poqueron à Nay, Casaban à Lourdes, Gratien de Lurbe à Rabasteins, Rosalis à Tartas, Montgommery remit l'autorité entre les mains de d'Arros et de Montamat, que Jeanne confirma dans leur charge de lieutenants généraux, les préférant à tous ceux que le conseil souverain put lui proposer.
Cependant, la commotion avait été trop violente pour que le calme pût renaître immédiatement. La nouvelle de la défaite de Moncontour provoqua un nouveau soulèvement. Les rebelles se saisirent de la ville de Tarbes. Mais sans perdre de temps , les lieutenants généraux marchèrent contre eux à grandes journées, les attaquèrent avec impétuosité et les taillèrent en pièces, « et Tarbes, dit Olhagaray, qui s'était réjouie et enrichie du sac du Béarn, fut rendue misérable et brûlée à son tour. » Cette victoire, qui ne coûta que peu de monde, mais les capitaines La Tasie et Bougier,