‹ La France protestanteChapitre 108 sur 303 · ARROS · texte numérisé non relu

ARROS

arrêta Monluc dans sa marche sur le Béarn.

La publication de l'édit de Saint-Germain rendit enfin aux Etats de Jeanne la paix et le repos, qui ne furent que légèrement troublés à la suite du massacre de la Saint-Barthélémy, grâce sans doute à la sage administration du baron d' Arros qui y exerçait encore une fois les fonctions de lieutenant général.

Le 16 octobre 1572, Henri de Navarre, vaincu par les menaces de Charles IX.

eut la faiblesse de signer un édit qui destituait son fidèle serviteur et nommait à sa place le comte de Gramont , en le chargeant de rétablir la religion catholique dans ses Etats. « Grammont, lit-on dans Mézeray.avoit esté envoyé en Béarn pour le réduire à l'ancienne religion.

Comme il estoit dans le chasteau de Hagetmau, où il assembloit la noblesse, le jeune baron d' Arros l'y surprit par un coup aussi hardy qu'on se puisse imaginer. Ce gentilhomme, porté à une si désespérée entreprise par les exhortations de son père, vieillard octuagénaire et aveugle, entra dans le chasteau comme les autres gentilshommes avec dix ou douze déterminez, et lorsqu'il vit son temps, il se mit à charger sur tout ce qui se rencontra devant luy, tua, escarta. chassa des gents estonnez, et emmena Grammont prisonnier. »

D'Aubigné, qui raconte le même fait d'une manière beaucoup plus détaillée, donneauhéroslenomd'.-/um?.«Ilyavoit, dit-il, un vieil seigneur nommé Auros.

qui aïant passé 80 ans , estoit devenu aveugle. On lui vint annoncer comment Grandmont venoit avec commission de leur roi pour, à main armée, changer la condition de Béarn : et mesmes le lendemain il devoit arriver à Yemau sa maison où l'on faisoit de grands apresis pour 250 gentilshommes qu'il y amenoit; en ce nombre compris tous les seigneurs catholiques du pays. Le peuple de Pau se mit en pleurs et prières pu« bliques, auxquelles cet aveugle se fit porter. Au retour de là, il fit appeler son fils, le baron d' Auros, pour lui tenir ce langage : Mon fils, qui t'a donné l'estre et ia vie? — Le baron respond : C'est Dieu, Monsieur, par vostre moïen. — Le vieillard suit : Or, ton Dieu et ton père

te redemandent la vie qu'ils t'ont donnée; le premier qui la peut conserver parmi toutes sortes de dangers, contre toute apparence, et qui recevant la vie présente pour son service, en aune meilleure en main, qui seule mérite le nom de vie, toute preste avec la couronne de gloire éternelle pour te donner. Ton père est ici, qui, si tu meurs, te suivra de près, et après avoir tesmoigné en terre ta vertu et ton obéissance, tesmoignera pour toi au ciel et au jugement de Dieu. Va. n'ouvre point les yeux à voir combien te suivent, car ils sont bons : n'aies point de yeux encore pour compter les ennemis, mais seulement pour les frapper de mon épée que Dieu bénira en tes mains. — Le baron reçoit cette épée, une accollade et un baiser de son père, ne répond que d'une révérence, et va mettre ensemble ceux qui eurent le courage de le suivre, qui estoient en tout 38. Entre ceux-là lions, Adde etSarrazier. Avec cela tout d'une traite s'en va mettre pied à terre dans la cour de Yemau, où tant de gens arrivoient pour marcher le lendemain avec le comte, que nul ne prit allarme de lui. Cette troupe entrée dans la multitude du chasteau, commence à jouer des mains, à tuer et à faire sauter les fenestres aux plus diligens : ils prennent Grandmont, font mourir tout ce qu'ils purent accoster, et puis aïans repris leur chemin, emmenèrent de bons chevaux de quoi faire deux bonnes compagnies avec des païsans dessus. Le baron mène Grandmont à son père, qui devant le prisonnier dit au fils : Il ne falloit pas amener ce Nicanor : baron, tu as sauvé ton destructeur et le corbeau qui te crèvera les yeux. Grandmont depuis fut mis entre les mains de La Caze envoie en Béarn pour commander. »

Ne dirait -on pas un épisode des guerres du peuple d'Israël? La différence mise par les deux écrivains dans le nom du héros ne peut soulever la moindre difficulté. Ces variations se voient presque à chaque page du présent volume. Il y a bien, au XVIe siècle, un capitaine gascon Auros et une une famille d' Auros (conseillers au parlement de Toulouse), mais qui ne sauraientétre confondus avec un barond'Ar-

Page 1