‹ La France protestanteChapitre 127 sur 303 · IV. 510 a · texte numérisé non relu

IV. 510 a

i. AUBERY DU MAURIERou2>h Morier , famille qui a produit plusieurs générations distinguées. s= Ar-

1 Son a Savonnes, comme ont dit MM. Haas '. **' »

mes : De gueules au croissant d'or accompagné de trois trèfles d'argent.

1° Yers le milieu du XYIe siècle vivaient deux frères Auberi ou Aubery, originaires du Maine, dont le plus jeune, Jacques, né à Crosmièresprès la Flèche, était avocat au parlement de Paris.

C'était un docte et très-éloquent jurisconsulte, au dire de Loisel et de Pasquier, mais dont le nom n'eût sans doute pas échappé à l'oubli, sans un grand procès dans lequel il porta la parole sur la fin de sa carrière et qui lui conquit une célébrité d'honnête homme autant que d'orateur. Il s'agit du procès contre les massacreurs de Mérindol et Cabrières. MM. Haag en ont placé l'histoire sous le nom d'une des principales victimes, Pierre Masson; nous nous contenterons ici de dire en peu de mots que le parlement de Provence, poussé par les excitations incessantes des clergés de Sisteron, Apt et Cavaillon, avait rendu le 18 novembre 1540 un arrêt condamnant à mort non-seulement une vingtaine de paysans accusés d'hérésie, mais leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs, et ordonnait que leurs vil- . principalement Mérindol et Cabrières, seraient détruits et rasés. Après avoir été discutée et balancée pendant quatre années, l'horrible exécution fut enfin permise par le roi François Ier.

qui en signa l'ordre , en son conseil privé, le 1er janvier 1545. Au mois d'avril suivant, Jean Meynier. baron d'Oppède1, premier président du parlement de Provence et Antoine, baron de La Garde, commandant militaire, chacun à la tête d'un corps de troupes, cernèrent à l' improviste la contrée condamnée et en exterminèrent tous les habitants quelconques, au nombre de plus de trois mille, avec une. barbarie monstrueuse.

En France et hors de France s'éleva un cri d horreur, auquel résista cependant le vieux roi ; mais l'aurore d'un nouveau règne 'mars 1547) obligea son successeur d'accueillir les plaintes qu'avaient formulées aussitôt après l'événement le reste des habitants de vingt-deux villages dévastés, soutenus par la dame de

1 Dominiu tille de Mtpeda, est-il simplement appelé en lïtt. Ce fut le pape qui érigea depuis sa seigneurie en baronnie.

AUBERY

Uk

Gental dont les habitants de Mérindol étaient les vassaux immédiats. L'instruction, commencée au mois de juillet I5i7 (et l'emprisonnement de Meynier, La Garde et leurs complices, au mois d'octobre suivant) se continuèrent pendant quatre ans entiers, jusqu'aux plaidoiries qui s'ouvrirent le 18 septembre 1551 et remplirent cinquante audiences* Les deux avocats généraux, Pierre Séguier et Gabriel de Marillae, étant le premier récusé et le second absent, le roi désigna un simple avocat pour porter la parole en son nom et représenter le ministère public dans cette cause extraordinaire d'un parlement obligé de défendre ses arrêts souverains devant un autre parlement. Ge fut l'avocat Jacques Aubery qui fut désigné (i\ août 155U); il étudia le dossier pendant plus d'un an et conclut à la cassation de l'arrêt déféré à la cour. 11 parla pendant sept audiences consécutives pour exposer son opinion, plus quatre audiences qu'il prit pour ses répliques. Sa plaidoirie est remarquable par sa simplicité -élevée, sa logique irrésistible et ses accents d'indignation. 11 n'était pourtant rien moins que protestant, et les derniers comme les premiers mots de son oraison sont pour faire, à ce sujet, les plus expresses réserves. « 11 y a iniinis hommes, dit-il, qui sont les uns persuadez, les autres en danger de croire que cette poursuitte n'est qu'un soustien d'hérétiques; c'est pourquoi il est très-nécessaire que tous les estais de ce royaume» particulièrement les juges et les théologiens entendent le mérite de cette cause par lequel ils connoistront que nostre appel né tend qu'à la tuition de la loi. Tout ce que nous blasmons et entendons blas*»

mer au fait des intime/ est d'avoir ruiné un pauvre peuple, femmes et enfans non hérétiques, non jugey. ni connus pour tels et en ce faisant a voie taissié à exécuter et persécuter les meschaus hérér* siarques ; en somme d'avoir tué les pau- \ res brebis et laissé échapper les loups ; tué, dis-je, par tu i erre ouverte, à enseigne déployée, sans jugement ne dis* cretiou. Fspenms que l'cllect et issue de nostre oraison sera que les béréti- <ques, principalement dogmatisais et corrupteurs des simples personne

ro'nt cherchez en diligence jusques au centre de la terre, punis et brûlez par justice, un à un, deux à deux, voire dix à dix, cent à cent si le cas lerequiert : mais condamnez et nommez par nom et par surnom, afin qu'eux et leurs crimes soient connus, et que. cette espérance leur soit ostée qu'en frappant sur lions et sur mauvais sans distinction, ils puissent eschapper à la foule aussi tostquô les justes, comme ils ont l'ait en cette exécution dont nous somtnes appelans. »

Mais il avait beau se dire ennemi déclaré de l'hérésie : le besoin do l'examen etlde la clarté, l'amour de lu vérité, la vigueur obi bon sens qui brillent dans sa discussion étaient des qualités protestantes qui fructifièrent après lui dans sa famille. Son fameux plaidoyer ne fut imprimé qu'en 1019, à Leyde, par \M soins de Daniel Heinsius (sous ce titre : ViA d: Jac. Aubvriipro MerindoUis ac Capixcriensibué- actio ; Lugduni Pata\., 69 ofiieina Jaoobi Marii; 24 pag; in fol., sur un exemplaire qu'un parent de la famille, Henri de Mesmes, prévôt de Paris, avait envoyé à Penjamin Aubery, alors ambassadeur en Hollande. Gette édition ne contient que lexorde du discours. Oïl l'a complet seulement dans la deuxième édition intitulée : Hùtoire de l'exécution de Cabrières et de Mérindol et d'autres lieux de Provence, particulièrement déduite dans le plaidoyé qu'en fit ïan 1551 ... Jacques Aubery, lieutenant civil au Ghastelel et depuis ambassadeur extraordinaire en Angleterre pour traiter de la paix l'an 1555, ensemble une rela* fion particulière de ce qui se passa aux cinquante audianees de la cause de Mérindol. Paris, Sebast. Cramoisy, it>i5; (xxx et 231 pag. in-4"). — Jacques Aubery fut en effet nommé lieutenant civil pendant le cours du prooès et honoré en 1555 d'une mission diplo que en Angleterre, mais on ne sait aucun détail à ce sujet. .11 était seigneur de Moucreau ouMhhguereau.1 en Anjou, et figurait, en 15 io, dans la censive dé$ religieuses de Fontaine- Saint- Martin pour son habitation de La Guihourgcre

1 Utoricrcàu, JTaprM llrïscriptïôn hVnètajri ai • Tn UrôVfl et diMis unes; Aimuiuertaii d api.". !«• nm-

tnit de mariage de la DUe de JaeqoeaaTee Pierre de Pincé, le 29JuJll ina [Carrés d'Hoxier, t. ',<>. b M Oa

. .i.li.. il l'in-i-, .,u i-l.til ne IK'I.

\TBER\

près Le Mans. 11 épousa Marie Anthonis, le 25 juillet léiffc et mourut au commencement de lôôo, ne laissant qu'une iiiie, Francise, qui épousa Pierre de Pincé, sieur du Bois et du Cuudray, maître en la cliambre des comptes. La sépulture des deux fa* ë était dans l'église de Ôaint-Jvun en Grève à Paris.

Voy. l'IIist. des Yaudois par A. Mnttoa; paistëL Port, Diétlonn. hist. do flaiiic-et-Loire; avec les nom! sources qu ils memionBcai.

S'ieree Aubery, frère aine de Jacques et mari de Guillemine de Blin, n'a laissé aucun souvenir. Il en est de même de leur fils. Jean, qui épousa une pieuse femme, JJadcluine Froyier ou Froger, et mourut eu sa terre de Maurier près La Flèche, en mai 1581.

Hlmamin Aubery [HaagL 130J, bis de Jeun, naquit dans le manoir de sun p«''re, aumois d'août lôw. Samère « une des plus aggréablesei ver tueuses femmes fjU'jiestoit possible de veoir.LUecbérissoit inbniment les ouvrages et la lecture, principalement de l'Ecriture sainte dont elle ne pouvai. ' ; » tandis

que son père, bon gentilhomme de cam-

ùt tout à fait sans lett:

neuf ans ijamin fut

envoyé à Prin. S :ré, llle-et-Vil.)

pour y commencer ses études latines et

[ues. Il les continua au Mans, puis

:is où il suivit d'abord les leçons du le Clermont, sous la direction de l'avocat des BarauJières, qui était son propre frère, d'un premier lit. Mais :ites, qui dirigeaient cet établissement, ayant voulu * l'assujettir à des ex. «rticuliers non usités

es ai et au coutraire des-

empli

■fia

ion»

■ bi- ■urtl.

de*

daucet uirtatuiu. avec le duc de Bnuin et par ses d.scirars aux Etats de lluLUude, du i uuv. 1813 au 13 mai 1019. t volume existe dans

la laïuille Au*wry, dont le cbn* est aujmird'tini M. le loaxtjius <lu .Mauner. touis du Maunex, dans ses Ma*. de fietlanâe. avait publie' dêflx courts fragments du Journal: il eu a été doaué davantage, mais non pas tout, | ar M. uu\ré, dans i il a p«,

blié en i&>3 sur la personne de r% nfahiin. Voir encore le Keeneil des «H-pèt bes> des ministres français en Hollande, 5 vol. in-fol. illibl. nat., mss, sx.érm.-Uarla} n° ai), et nn trrand nomftfi ;•: B. du Muu-

nei , aux archive* «le i'ttai » la Haye.

quels il avoit pris nourriture, » il obtint qu'on l'en retirât, et il fut placé successivement aux collèges de Lisieux. d« Boncourt et deCambray. En 1383, il revint dans sa famille, mais pour aller l'année suivante suivre les cours de philosophie à Genève f. Après un séjour de treize mois dans cette ville, il fut rappelé.par la mort de son père. Il se disposait ù retourner à Paris pour achever ses études, lorsque ledit de i.">8ô. qui accordait aux protestants un délai de six mois pour abjurer ou sortir du royaume, vint bouleverser tous ses projetmère, trop âgée alors pour s'expatrier, se réfugia avec ses cinq enfants dans le château de Brouassin Maine ) appartenant au comtt». de La >Suze. catholique sans fanatisme: et quant à lui. il se rendit no à St-Jean-d Angely

pours' enrôler sous la bannière du prince >!idé. Il assista à la brillante journée de Goutrae (21 oct. après cette « si heureuse et inespérée victoire. » il suivit l'armée huguenote dans le midi. endurant avec beaucoup de courage les plus dures misères.

-ruerre las, <■ il se délibéra d»

retourner en son pays, ne sachant bonnement de quel bois faire flèche. » Le désir d'embrasser sa vieille mère entra ]«our beaucoup dans sa résolution. Mais il ne lui était pas donné de la revoir: Dieu l'avait appelée en son repos Pâques une dizaine de jours avant son arrivée. Au lieu des conjouissances qu il s'était imaginées, il n'y eut donc que des pleurs et des lamentations. Son patrimoine était peu considérable: ce qui en augmentait la valeur, c'est que • un bien venu de longue main, qui n'était chargé d'aucune iniquité et que les pro- . avaient ni augmenté, ni amoindri, ouvant à Saumur, en 1589, il alla prendre les ordres du gouverneur avant de rejoindre l'armée en marche sur Paris. I)u Plessis-Mornay. à qui il plut, lui proposa de le garder à son l'employa dans diverse? négociations, où malgré son jeune âge Du Maurier justifia la confiance par son zèle et son dévouement. Henri IV qui eut l'occasion d'apprécier « sa loyauté, prudhommie.

I lieniantinu* Anbernis Vnde^av (Une du reden

juuiiiiSi

AUBEHY

capacité, expérience etbonne diligence, » lui accorda en récompense, le 22 oct. 1590, un brevet de secrétaire ordinaire en sa maison de Navarre, aux gages de deux cents livres1. Lors des premières négociations pour la paix qui se traitèrent entre Du Plessis et Villeroy lesquels apportèrent mutuellement, dit-il, tout ce qu'ils purent « pour souder les cassures de l'Estat, » il fut chargé, souvent au péril de ses jours, de toutes les allées et les venues de la part de M. Du Plessis vers Sa Majesté au siège de Rouen. » Le duc de Bouillon, témoin de son zèle, éprouva le désir de l'attacher à sa personne et s'en ouvrit à Du Plessis-Mornay. « 11 tint propos à M. Du Plessis, rapporte Du Maurier, pour luy faire agréer que je passasse à son service. A. quoy n'ayant jamais pensé, et mondict sieur du Plessis m'en ayant faict la proposition, je me remis entièrement à luy de ce qu'il lui plairoit que je fisse. Eniin me l'ayant conseillé, et ce m'estoit commandement, j'acceptay l'offre qui me fut faicte par ledict seigneur duc de m'employer, avec promesses très-favorables de me bien traicter (1er juin 1592). » Quoique attaché dès cette époque à la maison du duc de Bouillon, Du Maurier n'en continua pas moins à être utilisé dans l'occasion par Henri IV. C'est ainsi que dans cette même année, le 6 sept., il fut chargé de porter à la reine Elisabeth « la ratification du contrat fait avec elle par M. de Sancy. » 11 avait en outre mission de lui exposer « une créance de très-grande importance à l'explication de laquelle elle prist grand plaisir. » Ses instructions (voy. Collect. Dwpuy, t. 152) portaient que « la dicte dame seroit advertye que l'intention du dict seigneur roy estoit de ne se départyr de la religion de laquelle il a tousjours faict comme il faict encores profession, » etc., mais qu'il était résolu « d'assembler prèz de luy les prélatz et ecclésiastiques de son royaume qu'il congnoist les moins passionnez et les plus affectionnez à son service et au bien de son Estât, leur faire entendre que sa résolution estoit de se faire instruyrc en la religion catholique; l'as-

< On ca a les quittances de \M) à )0u;i, aux arcli. des IJ.-ryr. B, 32«.

seurant, par belles promesses, parolles ou aultrement, faire traisner ceste affaire en telle longueur qu'il voudra. » Elisabeth donna dans le piège, que Du Maurier, par sa candeur, était chargé de lui dissimuler. Les choses étaient trop avancées alors pour que le roi pût encore se faire illusion. Quant à son envoyé, si l'événement fit voir « qu'il n'avoit pas été véritable, » il n'y eut pas de sa faute, comme il a la naïveté d'en convenir, mais son crédit n'en fut pas moins ruiné à la cour d'Elisabeth. En 1593, le duc de Bouillon le nomma son chargé d'affaires auprès de Henri IV, et le monarque qui tenait sans doute à se l'attacher par les liens de la reconnaissance, afin de se ménager des intelligences dans la place, le pourvut d'une charge de secrétaire ordinaire de sa chambre aux appointements de 400 livres. En changeant de maître, Du Maurier était resté fidèle à son premier protecteur dont le caractère lui était plus sympathique; il ne cessa de correspondre avec Du Plessis et de recourir à ses conseils.

Lorsque par sa conduite, tout au moins imprudente, à l'époque de la conspiration du maréchal de Biron, le duc de Bouillon eut attiré l'orage sur sa tête, Du Maurier faillit être impliqué dans sa disgrâce. Henri IV qui le soupçonnait de complicité dans les menées du duc, le traita d'abord avec beaucoup de dureté. « 11 faut confesser, rapporte Du Maurier dans ses Mémoires, que je ne me trouvay jamais si perplex qu'à la réception de ceste lettre (où le duc lui annonçait sa résolution d'aller se présenter à la chambre mi-partie de Castres) prévoyant bien les difficultez es quelles il s' alloit entortiller en se voulant mettre à couvert, et le péril où je allois tomber à son occasion, m'estant entremis d'un si chatouilleux affaire où il alloit de la dignité de l'un et de la sûreté de l'autre. Ensuittedequoyje serois exposé à beaucoup de soupçons qui visiblement me conduisoient au danger de ma vie ou du moins de ma liberté. » Cependant après la première bourrasque, Henri IV s'adoucit. Du Maurier s'employa très-activement dans toute cette longue et fâcheuse affaire; il prit part à toutes les négociations, ne cessant de donner au

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