‹ La France protestanteChapitre 132 sur 303 · XIV. Œuvres complètes de T.-. t · texte numérisé non relu

XIV. Œuvres complètes de T.-. t

d'Aubignê, publiées pour la première fois d'après les mss. originaux, accompagnées de notices biographique, littéraire et bibliographique, de variantes, d'un commentaire, d'une table des noms propres et d'un glossaire par MM.

Réaume et de Caussade. Paris, Lemerre, 5 vol. in-N°. Au moment où nous écrivons, cette édition recommandable n'es!

pas encore aeh

XV . Enfin, l'on a mis sur le compte de notre exubérant écrivain divers opuscules qu'on lui attribue eu sans preuves ou tout à fait à tort : 1° Un ms. de la bibliothèque de la Rochelle su nements de l'an U>7'2, que MM. Haag [I, 180] ont cité sur la foi de Haem tal. des mss.}: ce volume n'est qu'un recueil d'extraits copiés au XV (!

sur l'Hist. Universelle-, 2°c*i ment une erreur que la mention faite par le Père Lelong de l'opuscule suivant, qui, loin d'être de d'Aubignê. est une invective contre les huguenots : << Histoire du siège de la Rochelle... le temps qu'elle changea de sa vraie religion et

1 Ath. Coquerel Mimait cette partie «le la publication; voy. le journal le Bien public, 6 avril . éditeurs consciencieux sont comptables de toute la vérité; niais ils ne sont pas tcOOS à la vérité in trtenso ; quelques vers de spécimen auiaicut suffi et d'Aubkné surtout t'en lût contenté.

la punition que fit François 1«* de leurs insolentes rebellions. Maillé, sur les ruines du d'Oisrnon: lt}"21, in-l"2. » — 3° « Passeparfout des pères Jésuites, apporté d'Italie parle docteur Palestrine. gentilhomme romain, et trad. de l'italien ; imprimé au Monde dans la présente année (4606 , in-4 et in-P2. » C est sans preuve qu'on a dit ce livre de notre auteur. Il eh est de même des deux suivants : 4° Libre discours sur lestât des Eglises réformées en France, etc. Il» 19. sans lieu d'impression : trad. en hollandais, 1632, in-i°. — .">• L Enfer. satire dans le goût de Saney. de d'Aubignê, publ. pour la première fois d'après le ms. de Conrart. avec une notice préliminaire et des éclaircissements historiques, par M. Ch. Read : Paris, Jouaust, in- 16.

The Hfe of T. A. d'Aubignê. conlaiuing a siiccinl account of tlie most remarkable occurrences duri ne lincivil vvars of franco m lac reigns of Charles 1\ — Lewis XIII. I.011.I..11. i :. Iulh. \"ï, in-8- hïi-IîJ p.). - ->'<•/«•« •-ur Virrippa d'iubisné. par Lud. Lalaune, en iV.M <I> ■. V|,'iii"i Bée sur T.-v.

dt. par 1 . II. -ver i Vr/n. de la S. d'h. de Genève, t. \\ il et les nombreux auteurs cités par Sainte-Beuve en télé de sa Causerie juill. (85t.

t aux descendants de Théodore Agrippa*. De son mariage l*ec Suzanne de Lezay morte en 1596, naquirent cinq enfants qui vivaient encore en 1597, mais dont trois seulement arrivèrent à l'âge de maturité et survécurent à leur père : efl furent Coxstam né au commencement i Marie

et Louise- Arthémise. Des deux 611 cadette, qui était la plus agréable, se maria la première, elle épousa, en 1610, un honnête et paisible gentilhomme, Benjamin Le Valois sieur de Villette :

l'autre fut mariée trois ans plus lard avec un compagnon d'armes de son père. Josué de Caumond sieur d'Adde, probablement parent* de celui que

1 il nous faut cependant revenir sur déni Nous a\ons donné le :.9 avril pour date de sa n c'est bien la da:e inscrite dans les acte* authentique*. de Genève; mais nous av. . .

lecteur que Genève n'avait pas en la réforme du calendrier opérée en to jours dar s les pa?s catholiques, en sorte que selon de France celte date ne fut pas le -*9 avril, mais le 9 mai. Secondement, nous avons cité [i ol. ïMi le portrait conservé à la bibliotb. de Genève; il en existe un plus beau et plus important au musée de Baie.

'■ 11 est difficile de croire qu*il soit celai-la même, car l'affaire d Hagctmau ayant eu lieu vers tJTA. le gendre aurait été presque aussi âgé que le bean-t ère. On l'a

AUBICNÉ

d'Aubigné cite dans son Hist. Univ.

comme un des 38 braves de la prise d'Hagetmau (ci-dess. col. 33 et 394).

2. Constant D'AUBIGNÉ. Filiiheroum noxse. « A père illustre, fils malfaisant. » Ce proverbe des Romains ne s'est jamais plus tristement vérifié qu'en ce personnage. Ce n'est pas seulement son père qui l'accuse dans ses Mémoires et l'accable dans son testament; c'est tout ce qu'on sait de lui par d'autres témoins. Il était beau, brave, instruit, spirituel, fin discoureur et séduisant, mais affamé des plaisirs grossiers et prêt à tout pour y satisfaire. Agrippa, fidèle aux traditions paternelles, avait élevé ce fils « avec tout le soin et despense qu'on eust peu employer au fils d'un prince1. » Il lui fit terminer ses études à Sedan; mais, .livré à lui-même, le jeune étudiant s'y perdit dans le jeu, les dettes, l'ivrognerie et la débauche. Il fut de là en Hollande et n'y changea pas de conduite. Revenu dans sa famille, en Poitou, il ne tarda pas à se mettre en révolte contre son père; il profita d'une absence de celuici pour épouser, à la Rochelle (20 octobre 1608), une belle veuve sans fortune, Anne Marchant, fille à" Anthoyne Marchant, sieur de la Darrotrye, veuve de Jehan Courault, baron de Chatelaillon , dont elle avait eu trois filles. Constant n'était alors âgé que de vingttrois ans. Ce mariage irrita d'autant plus son père qu'il fut suivi d'une demande en reddition de compte des biens de Suzanne de Lezay. Ces biens étaient considérables. Ils se composaient de Mursay, fort belle terre située à quelques lieues de Maillezais, du fief et baronnie de Surimeau et de plusieurs fermes ou bois de moindre importance.

Les comptes et le partage qui s'ensuivit

peint comme un laid et grossier soudard (Lavallée, La fam. d'Aub., p. 16). Mais d'Aubigné l'estimait fort : il lui écrivait en commençant ses lettres par : « Mon brave lils, » il lui accordait sa confiance la plus entière et ne se privait pas avec lui de langage savant. En 1621, il lui écrit <|u'il a 7u ans et qu'il ne peut aller à cheval sans souffrir de ses blessures, mais qu'il y remontera s'il le faut, et il ajoute :« Les Huguenots n'ont point de loi Si quid fortiter et se font porter aux combats s'ils n'y peuvent aller, ne pouvant souffrir cumu'lo déesse virorum. » - Ces derniers mots font allusion a un vers del.ucain |VI, )5:î), mais nous n'avons pu trouver au Digeste la loi visée.

1 Mémoires, p. 109. Due de ses lettres est écrite « à M. Tompson, précepteur de mes enfants; » peut-être un de ces Écossais dont il a été question col. 21.

ne furent terminés qu'avec le mariage des deux sœurs de Constant. Agrippa attribua Mursay à sa fille préférée et à son mari le sieur de Villette ; il investit Constant du titre de la baronnie de Surimeau, mais accompagné pour tout droit d'une rente de 1,500 livres à payer par d'Adde et sa femme qui furent mis en possession réelle dudit fief1. Constant avait eu un premier fils qui fut baptisé au temple de la Rochelle le 25 août 1609. Le grand-père, Théodore-Agtïppa, tint cet enfant sur les fonts et le nomma Théodulfe. Constant n'en continua pas moins tous ses désordres, la débauche, le jeu, les dettes, et jusqu'à l'affiliation à des faux monnayeurs. L'année suivante, chevauchant avec Villette sur la route de Maillezais à Niort, il rencontra un gentilhomme qu'il haïssait, l'assaillit d'injures malgré les efforts de Villette, le força de mettre l'épée à la main et le tua sur la* place. Quelque temps après, il prêta main-forte à un autre gentilhomme, un jeune drôle de ses amis , pour enlever la fille d'un procureur du roi au présidial de la Rochelle; ils la prirent de nuit dans la maison de son père, avec l'aide de trois aventuriers, tuèrent ou blessèrent deux domestiques de la maison, et coururent à Niort où un prêtre gagné d'avance célébra le mariage de la jeune fille avec son ravisseur, consentante ou non. Les deux principaux coupables furent condamnés à la décapitation et les quatre autres, y compris le curé, à la potence ; mais le tout fut exécuté...en effigie. Constant en fut quitte pour quelque temps de prison à Paris, puis à Angers. L'affaire s'assoupit grâce au crédit de son père qui fit un voyage à la cour, employa ses amis en sa faveur et le sauva, non sans beaucoup de souci et de dépense.

Le père s'ingénia pour contenir ce désordonné ; il lui fit donner la lieutenance de son gouvernement de Maillezais et obtint un acte (fév. 1613) qui lui assurait sa survivance ; lui-même se

1 Et qui le sont encore aujourd'hui dans la personne de MM. de Mougon, qui descendent de Josoé de C.anmond. Marie d'Vuliigné, femme de celui-ci, n'eut que deux filles, dont l'aînée, àrtéuiise, épousa M. ieSantas de Kesmoud, et. à son tour, elle laissa trois filles donl l'ainée, également nommée Irtémise ;l6i2-i~iil, épousa Aubin Alice sieur de Mougon. Voy. I.avallée, « La fam. d'Aubigné, • p. T9.

AUBIGNÉ

contentant du petit fort de Doignon où il s'était retiré: il s'occupa de lui monter an régiment pour entrer dans l'armée du prince de Condé ; il s'efforça de le mettre en vue dans les assemblées protestantes 'voy. col. sst à cette époque probablement (vers 1G15; que se rapporte une note secrète sur les principaux chefs huguenots remise au gouvernement de Louis XIII, et da..

quelle on lit au sujet des d'AuLL « D'Aubigny, père et fils, hasardeux, hardis en leurs conseils, doctes, obligeans, puissansà persuader de paroles, et de fait amis de la cause. Le fils est plus patient que le père. » Ce dernier n'était pourtant ami de la cause des religionnaires qu'à la condition de n'en être point gêné dans ses habitudes de libertinage.

La citadelle de Maillezais, so direction, devint un brelan, un séjour de femmes , un atelier de fausse monnaye, et il fallut bientôt que le verneur fit déloger son lieutenant, ce qu'il ne put exécuter que de force avec soldats, échelles et pétards. Constant se jeta alors à la cour où il perdit au jeu vinet fois plus qu'il n'avait vaillant et à ne trouva de remède que de renon sa religion. Il se mit à fréquenter les jésuites, et il obtint un bref du pape qui lui permettait de professer le catholicisme, tout en continuant de fréquenter les prêches pour paraître protestant.

Cependant, Anne Marchant, le ."> août 1613, avait eu un second iils, qui fut, comme son frère, baptisé à la Roc; et qu'on nomma Agrippa- Thtod

Elle ne survécut pas longtemps.

Son mari, dont la conduite était pour elle un funeste exemple, lui sachant une intrigue avec le fils d'un avocat de Niort, un jeune Levesque sieur de Lai; feignit d'aller à Paris et, revenant au milieu de la nuit à l'hôtel du C : t, les y surprit et les tua deux dans la chambre où ils étaient.

Ce drame, qui fit beaucoup de bruit'-.

1 Voy. io journal autoi.de Merlin, le ministre qui les avait mariés, p. B»; - Mer\ault, Catal. «tes maires de ., 1619; — Col n, ann. It>i9. — ■< Ayant trouvé si « femme avec le Iils «l'un avocat, il ma celui-ci do « trente coups de poignard et sa lest DM de sept, après « l'avoir fait prier Die*. » (Lettre d'uine sœur du duc de Rouan .< la duch. de la Treuiuuiiie. daos X"' de MatuUnon tt S. Cyr, par LavalleV-

se p fév. 1619 et n'eut pas

d'autre suite. Au commencement du mois de septembre de la mèmp année loi'-', le meurtrier fut amené prisonnier à la Rochelle . mais pour une tout autre cause.

On a vu (col. 490) que son père, après avoir négocié pour vendre au roi ses

'••zais et du Doignoi.

tait décidé à les livrer au duc de Rohan, gouverneur de la province il est vrai, mais chef du parti protestant. Ce fut dans les derniers jours de mai 1619. Le gouvernement du roi. mortifié de cettr insolente conclusion, commit la faute de prêter l'oreille aux propositions de Constant qui se fit fort d'enlevé deux places, qu'il connaissait si bien, et de les remettre aux mains du iv jour le père était à Maillezais, dans son lit. retenu par ia lièvre, lorsqu'il apprend que son iils arrive à la tête d'une petite armée , 80 hommes embarqués dans trois bateaux sur la Sevré, et soutenus d'une centaine d'aur s'avançaient

par terre (6 septembr Il s'habille.,

saute à cheval. ee qu'il trouve

-n;. in il y en avait trente-six, et court s une demi-

lieue loin, en un point où les assaillants devaient i me-nt choisir de se

diriger ou sur Doignon ou sur Maillent par le fidèle et brave Dadou', irai le supplie à genoux de retourner à son lit, prend le commandement à sa place, et lorsque apparaît -on mond osant

à. surprendre son père à la faveur de la nuit, Constant lui-même est surj d'une telle te itrue qu'en peu d'instants

ment lui-même n -s

sonnier, aver quinze autres, aux mains re. On enferma les sol-

iu château de Fontenay et leur

reusement, à la « Tour

de la Chaîne » à la Rochelle. Outré

d'un attentat qui paraissait dirigé contre

lui personnellement, M. de Rohan livra

int aux tribunaux en réclamant un châtiment exemplaire. On juae dans quel embarras se trouvèrent les co:

lers du roi, mais ils s'en tirèrent en hâta no u familier du sr d idde.

AUBIGNÉ

biles gens : ils firent déférer l'affaire au prévôt royal de la maréchaussée en Poitou, puis au présidial d'Angers où le prisonnier fut transporté; enfin juste au jour où l'arrêt allait être rendu par les magistrats d'Angers, intervint le parlement de Paris qui évoqua l'affaire à sa barre. Le duc de Rohan écrivit aussitôt au roi (31 janv. 1620) une lettre indignée dans laquelle il lui disait : « S'il est loisible en pleine paix de s'assembler impunément aux armes et d'entreprendre par escalade sur des places, mesme sur celle d'un gouverneur de province, je croy vostre autorité bien mesprisée; » et le même jour, il écrivait au secrétaire d'Etat, le comte de Pontchartrain : « Ce m'est une certitude que cet attentat ne s'est point commis par une sy vile canaille sans estre poussez et soustenus de plus haut. » tl ne se trompait pas. Le baron de Surimeau garda la prison pendant près de dix mois, fort mécontent d'ailleurs de cette détention qui ne prit lin qu'en juillet 1620; mais il esquiva ainsi des périls beaucoup plus graves, et on le retrouve moins d'une année après , exerçant un commandement, et correspondant avec M. de Pontchartrain dans les termes d'une aisance toute familière :

Niort, 19 juin 1621. Monsieur, vous m'avez permis un abord si libre, qu'aussi tost que j'ay besoin de quelq. chose je vous tends la main. Il n'y a de la pouldre en ce pays qu'es puissances huguenotes ou j'achepte le tout en double. Si vous trouviez a propos, Monsieur, d'escrire au sieur Thibault qu'il me delivrast cent livres de pouldres et quelques balles, dont il y a nombre au chasteau de Maillezays, vous deschargeriez ma bource qui n'a esté secourue que du peu que vous sçavez et de quoy une moindre affection que la mienne ne sçauroit rien fayre. Si on avance quelques forces en Esguevillon, en Ré ou en lieu plus honorable que je ne suis, souvenez-vous de la personne que vous vous estes acquise et qui ne se tient a rien plus obligée que de vivre et mourir, Monsieur, votre très-humble, etc..

Nuaillé, 27 juin 1621. Monsieur, le gentilhomme que Mmc de Nuaillé avoyt mis en son chasteau, nommé La Roque, ayant laissé un huguenot pour y commender, il m'a falu entrer par force dedans, car je n'ay point usé de mes droits. Ce porteur vous dira ce que j'ay i'aict, vous suppliant le présenter

à M. le Counestabie pour qu'il ne me trouve en petit capitaine de gens de pied, ayant desja dans cette place vingt gentilshommes ou capitaines que vostre commissaire veut. J'attends de vostre amitié tout le secours qui est nécessaire a un homme de bonne volonté et de peu de puissance qui est pour la vie, Monsieur, vostre etc.. '

Cette dernière lettre donne à réfléchir, surtout dans les passages que nous avons soulignés. Il est entré de force au ch:lteau de Nuaillé au lieu d'y entrer, comme il l'aurait pu, en usant de ses droits. Quels droits avait-il donc? Au lieu d'écrire ce qu'il a fait dans cette expédition, il aime mieux le faire dire de vive voix. C'était donc délicat. Nous ne trouvons pas d'autre mention d'une dame de Nuaillé à cette époque, si ce n'est précisément sous la plume de Théodore-Agrippa qui, dans le baron de Fameste, raconte plaisamment une querelle d'auberge entre une dame de ce nom (probablement la même, puisque ce libelle parut en 1617), et « un gentilhomme » (qu'il ne nomme pas). Les deux arrivants se disputent avec aigreur le dernier lit vacant de la maison et finissent par le partager. Or, coïncidence bien singulière, la marquise de Villette, petite-nièce de Constant, s'ex prime ainsi dans des notes qu'elle fournit aux dames de Saint-Cyr, après la mort de Mme de Maintenon (vers 1730), sur leur commune famille : « Il (Constant) « avoit épousé en premières noces ma- * damede Nuaillé, femme de condition du « pays d' Aunis. Il fut accusé de sa mort « et fut obligé de quitter la France*. » On pourrait ne voir là qu'une erreur provenant des souvenirs confus de Mme de Villette, mais dans le volume de la correspondance de Pontchartrain que nous avons cité, se trouve une lettre crite par une dame Isabelle oulsabelle- Augustine, qui remercie le ministre d'avoir obtenu pour elle la charge de maîtresse d*hôtel de la reine et au dos de laquelle M. de Pontchartrain a écrit de sa main : Madame d'Aubigni. Voici cette lettre :

1 Cette lettre el liés trois précédentes se trouvent dans la partie de la corresp. de Pontchartrain contenue au t. 53 des titres de VÔtû. <iu S.-Esprit.

a mm,- de Maintenon et sa famille, par Honoré Bonhomme. Paris, Didier, in- 12 11863), p. 23ï.

AUBIGNÉ

A monsieur, monsieur Philipeaux conse- Jier et segretere destat deu Roy. — Monsieur, voiant corne vous mavés fait l'honor de parler a la rené de ce quil etoyt necesere que m'espedie un brevet, et ne l'aiant point desire l'aire, je vous suplie très umblemant de vouloir praudre la pêne de vouloir luy represanter que por m'aseurer de Testât de mestre dautel, il faudret qu'elle me fit l'honor de m'escrireatinqueje puisse [temonier, barré] anploier les deniers qu'il an proviendront a mon profit sans que mes anfans m'an puisse rechercher. Je vous suplie don, monsieur, de vousloir [prendre la pêne d'an, barré] an parler a la reue, et se fesant vous m'obligeré a demorer eternelement, monsieur, vostre très unble servante Isabelle Agostixe *.

Et, en effet, la lettre est cachetée au lion rampant des d'Aubigné, en cire noire, chargé d'un chef pour brisure, comme il convenait à la femme de Constant, le père vivant encore. El:

sans date, mais placée entre une lettre du 7 déc. 1G-20 et une du 15 juin 1621, dans un volume où les pièces sont dans leur ordre chronologique. Ajoutons que tout le volume est exclusivement relatif aux d'Aubigné et à leurs affaires. Ajoutons aussi que les noms d'Aubigné ni de Nuaillé ne tigurent dans aucun compte de la maison de lu reine, de 1620 a 1630 (recherche faite aux Areh. nat.). Notons enfin que, dans une lettre du G mars 1637, Constant, remarié alors à M"« de Cmrdailhac, ne parle que de ses doux lits, et que son père, ni dans ses Mémoires ni ailleurs, n'a jamais soufflé mot d'un troisième mariage de son iils.

S'il est permis à l'historien de deviner le> obscurités, voici l'explication que nous offrons. Honteux d'avoir échoué dans son entreprise sur le Doignon, Constant se lit fort, auprès du ministre, de lui livrer un autre château, celui de Nuaillé, plus important comme situé à une lieue de la Rochelle. Il avait eu des relations avec la châtelaine quelques années auparavant: il la circonvint de nouveau ; il la subjugua par un semblant de mariage qui trompa le ministre luimême; il l'éblouit par l'espoir d'une place à la cour: M. de Pontcharlrain eut le tort grave d'aider à l'intrigue en lais-

' Ou Augustine. Toute la lettre est d'une écriture grossière.

sant croire à cette pauvre dame que la place était obtenue, et par une belle nuit, toutes ses mesures prises, le baron de Surimeau, au lieu d'entrer comme mari, entra comme brigand, à la tête d'une troupe de soldats qui enlevèrent le château, et dans la bagarre, par accident, supprimèrent la dame de Nuaillé.

Ainsi s'éclaircissent toutes les pièces cidessus: ainsi l'on comprend le peu de traces laissées par un faux mariage qui dura quelques semaines au plus; ainsi se comprend mieux encore le silence du père et du tils. La seule chose qui ne s'explique pas, mais elle se sent, c'est la vérité vengeresse renaissant plus d'un siècle après, sous la plume inconsciente des arrière-neveux.

Il se maintint brillamment d'abord dans le château de Nuaillé, car les historiens de la Rochelle mentionnent un grave échec que subirent les troupes de cette ville, le 14 août KVM, en voulant le reprendre ; mais il ne put pas se maintenir dans la faveur du ministre. On le retrouve peu de temps après privé de tout commandement, recommençant à Paris sa vieil" plaisirs et de misère, continuant à se couvrir de dettes, dévorant sa pension à l'avance, se plaignant île n'être pas payé par son beau-frère, et retombant a la charge de son père qu'il allait supplier jusqu'à Genève; inutilement d'ailleurs. Celui-ci voulut s'en débarrasser en l'enrôlant dans l'armée de Danemark; il ne put l'obliger à partir. 11 songea ensuite à 1 enrôler dans les troupes qu'il devait organiser pour Venise (1625), mais l'affaire manqua.

Cependant le gouvernement du roi Louis XIII préparait la perte de la Rochelle 1626-27). Les Anglais, qui avaient tout intérêt à. la défendre, s'abouchèrent effet avec les principaux chefs du parti huguenot en France, et d'Aubigné le père fut du nombre. Comme il fallait une personne hardie et fort au courant des affaires pour porter les réponses à Londres, Constant s'offrit. Il se rendit auprès de son père, et il était à Genève au mois de fév. 1626, car le 14 de ce mois il fit minuter par un notaire .

vois une protestation adressée au Châtelet de Paris contre Antoine Marchant, conseiller au présidial de Rlois, qui le

AUBIGNÉ

poursuivait en payement des frais d'entretien du second fils d'Anne Marchant et de lui, alors âgé de 14 ans, Théodore l. Le frère aîné , Théodulfe , était déjà mort, puisqu'il n'en est aucunement question dans l'acte, et celui-ci, dont il n'est plus parlé depuis, eut hientôt, suivant toute probabilité, le même sort.

Le parti huguenot accepta les offres de Constant, quelque peu sûr qu'il fût. 11 se présenta donc au duc de Buckingham; il vit même le roi d'Angleterre, et il assista aux conseils où la guerre fut résolue. Mais le traître avait tout découvert à Paris avant de partir, et rapporta tout au roi Louis XIII et au maréchal de Schomberg à son retour. C'était à la fin de l'année 1626. Il vint à Genève rendre compte à son père qui découvrit la trahison, dit-il (dernière page des Mémoires), d'après ses réponses, et lui fut dès lors un père irrémissiblement hostile 2.

La perfidie de Constant ne lui valut pas de faveurs, car les ministres de Louis XIII l'accusaient de leur côté3, si bien qu'il fut arrêté à Niort à la fin de septembre 1G27, et enfermé au château Trompette, à Bordeaux.

Il ne resta pas longtemps prisonnier sans trouver moyen de grossir la liste de ses méfaits. Le château Trompette était alors commis par le duc d'Epernon, gouverneur de Guyenne, à la garde d'un vaillant et honnête gentilhomme catholique , Pierre de Cardilhac, qui avait épousé une demoiselle de Montalembert et en avait une charmante fille de dixsept ans. Quoique Constant en eût près de U, beau gentilhomme comme il était,

' Le parent demandeur s'appuie sur un acte en date du <5 avril 16:25, par lequel Constant avait promis de payer les frais réclamés. 11 se défend en disant qu'il n'a promis de payer que sur les biens maternels de son fils situés à la Rochelle et que « quant a présent il luy est impossible de fournir de son chef ledit payement. » Cl. Cherrot, notaire à Genève, vol. 28, 1" :>;>.

1 « Je déclaré Constant d'.Vnbigné, mon fils aine et unique, pour le destructeur du bien et honneur de la maison, en tant qu'en lui a été, et pour avoir mériié d'être entièrement déshérité par plusieurs offénees énormes, particulièrement pour avoir été accusateur et calomniateur de son père en crime de lèze-majesté; c'est pourquoi je le prive de tous mes meubles et acquêts de quelque qualité qu'ils soient : toutelois, s'il se présente quelque enfant bien légitime de lui, à ses enfants non à lui je laisse la terre des I.andes-Guinemer, près Mer, qui est mon seul patrimoine. » (Testament de Tb.-Ag., ', mai \t\-<u.)

3 Rapport des Conseillers de Cenève délégués a Paris. Soc. d'hist. et d'archéol. de Genève, XVII, isn.

poète , musicien , causeur aimable et parfait menteur, il séduisit cette jeune personne. On dut les marier à la hâte (27 déc. 1627), avec défense aux deux époux de se présenter dans la famille de Cardilhac; ils eurent seulement l'autorisation de quitter la prison; et encore le nouveau mari n'en put profiter qut; le 20 février suivant parce qu'il n'avait pas payé sa nourriture, et que son beaupère ne voulait pas même lui servir de caution. Il trouva des parents éloignés (nommés de la Peyrere), qui lui prêtèrent 166 1. 17 s. qu'il lui fallait pour sortir de la geôle.

C'est de cette manière qu'entrèrent en ménage le père et la mère de Mme de Maintenon. Malgré la faute si grave qu'elle avait commise de croire au discours d'un élégant bandit, mademoiselle Jeanne de Cardilhac demeura pure, austère, résignée, aimante et dévouée avec son indigne époux; et rejetée par tous ses parents, elle n'eut d'autre appui, durant une vie qui fut une longue angoisse, que cet homme incapable de se sevrer jamais du vice, du désordre et de la basse misère. Elle mit au monde un fils au mois de mars 1629, Dans une des tentatives de révolte de Gaston d'Orléans, Constant fut compromis et mis de nouveau dans le château Trompette (déc. 1632). Cette fois, il resta prisonnier dix ans; à Bordeaux d'abord, puis à Poitiers et à Niort. Sa femme, qui partagea sa captivité jusqu'en 1636, lui donna, au commencement de 163't, un second fils, Charles, et le 27 novembre 1635, dans la prison de Niort, une fille qui fut Françoise d'Aubigné. En 1636, Jeanne de Cardilhac vint à Paris pour s'y établir solliciteuse et travailler à sauver judiciairement quelques débris du patrimoine de ses enfants ; ce furent encore plusieurs années de déceptions et d'affreuse détresse qu'elle subit1. Elle sollicita en même temps la délivrance de son mari. « Heureuse est-elle d'être refusée, » disait Richelieu après une de ses audiences2.

Il ne fallut rien moins pour lui rendre la liberté que la mort du cardinal, qui ouvrit la prison de Constant (décembre

1 Voy. I.avalléc, La fam. d'iubigné, p, .

- Notes de M""' de Villette pour les damejdeb.-l.tr.

AUBIGNÉ

1642), en même temps que celles de tous les autres détenus politiques.

Justement à la même époque, il reçut un legs de mille florins que la bonne dame Renée Burlamachi, veuve de son père, venait de lui laisser1. Il alla probablement le recueillir a Genève; on le voit à Lyon en 1643, écrivant qu'il est dans le plus grand dénuement et qu'il songe à se retirer en Provence: puis, à la tin de mars 1045. il est à Paris, sollicitant, à l'âge de soixante ans, un commandement aux Antilles dans la Compagnie française « des iles d'Amérique. » Sa demande fut agréée. Au mois de novembre 16i5, s'apprètant sans doute à s'embarquer, il était encore à la Rochelle, et assistait à l'acte de mariage d'un parent de sa première femme.

Benoist Baudouyn, en signant :

gneur de Seurimeau, gentilhomme de la chambre du Roi et gouverneur de lile Marie-Galande en l'Amérique. » il partit avec femme et enfants, mais, après avoir abordé, il constata qu'd n'y avait aucun établissement français à Marie- Galande, et que cette île n'était habitée que par des sauvages, en sorte que son gouvernement était un rêve. Il ■ quelque temps à la Martinique, probablement en s'endettant suivant son habitude, car Mm' de Maintenon rapportait plus tard que sa mère avait eu à la Martinique jusqu'à "2i esclaves pour la servir*. Enfin, il fallut revenir en France, et Constant réalisa le projet qu'il parait avoir eu d'aller mourir en Provence, car il finit ses jours à On le 31 août. 1647, Il voulut mourir huguenot. Cet homme d'une perversité rare était passé dix fois d'une religion à l'autre suivant l'intérêt du moment: il avait obtenu, nous l'avons dit, une autorisation de Rome pour assister au culte et aux assemblées des protestants. ue converti catholique, dans le but avoué de mieux trahir ses frères: une autre fois, étant à bord d'un vaisseau anglais, il opéra une subite abjuration du

1 .< Je donne a mon cousin Calandrini lis le. musique qui sont a la maison. Je donne et lègue a monsiem le baron 81» de feu M. d'Aubigné mille florins; je le prye de prendre ce petit présent en l>onne part pour un tèsraoignage de mon affection. Je donne à I Villetle li le <te M. d'tubigné mon plus gros diamant. » Notaires de Génère, MelciiisédccPinault, vol. 25, f» 262.

» Lavallée. la fam. dWuh . p. "0.

catholicisme et accepta fort bien une quête qui se fit pour lui sur le vaisseau ». Jeanne de Cardilhac était catholique zélée et souffrait de ce que sa pauvreté l'obligeait à laisser des parents huguenots élever ses enfants ; Constant, de sa prison de Niort (août 1 6 i"2), adressa au tribunal de cette ville une supplique dirigée contre sa femme, dans laquelle il alléguait que cette malheureuse dame avait reçu sur ses biens à lui des sommes qu'elle retenait « et ainsi abandonne, continuait-il, son mari prisonnier et sa petite fille que le suppliant est contraint par nécessité de laisser es mains de personnes faisant profession de la R. P. R., en quoi elle court d'autant plus grand danger que ces personnes sont de m'abonne vie moralement, ce qui peut facilement faire impression sur l'esprit d'un enfant de • our la divertir de la religion C. A. et R., qui seroit le plus grand déplaisir qui pourroit advenir au suppliant parmi les autres afflictions qu'il souffre. » La religion n'était pour lui qu'un moyen de battre monnaie.

Mm' de Maintenon se rappelait plus tard que, lorsqu'il entendait gnements catholiques que sa femme cherchait;'! inculquer à sa tille, il prenait la petite entre ix et lui disait

tendrement : « Je ne puis souffrir qu'on vous dise île telles rêveries. Vous ave/. trop d'esprit pour vous laisser ainsi tromper*. » C'est vraisemblablement le même fond de pensée qui le conduisit à Onmge. M,n•• de Valette dit à la fin

- notes pour les dames de Saint- Gyr* : « Il mourut huguenot parce qu'il mourut à Orange, ainsi que vous le verrez par son certificat de mort. » C'était parler comme si elle avait ce certi-

îous les yeux, et en effet il existe dan- la bibliothèque de M. Labouehère à Paris. Il fut délivré par le consistoire il'Ora janv. lb.">û, sur une de-

1 Ord. du S. Lsp., t. 53, I* IM; note rédigée d'après Cabaret de ïillennont, ami de Scarron et secrétaire du marquis de l'a : geau On y lit : « Il iConstant) vint en Angleterre sur an vaisseau anglais. Il y cha religion et fui fait une qaeste pour luy. \int à Paria et changea «le religion av. > qaeste. Il avoit | ris résolution d'aller a Genève et de la à Venise pour passer j c on- Stant inouïe pour se tai rc circoncire, mais il mourut à Lu Pacaudière, lieu de nous inconnu. •

1 La fam. d'Aubigné, p. 78, et Souvenirs de M"* de Carlos.

■ il. Bonhomme, j

AUBIGNÉ

mande de la famille probablement, et se termine par la mention que « le sieur d'Aubigné aagé de 60 ans ou environ, fils de M. d'Aubigné qui a faict l'Histoire Universelle, et pour tel bien recognu, mourut en ceste ville (d'Orange) le dernier d'aoust 1647, et y feust enseveli en la forme de ceux de la Religion Refformée, de laq. il avoit faict les exercices en privé et en public en nostre communion, durant le temps de sa demeure en ceste ville, laquelle ne feust que d'environ quatre mois tant seulement1. »

3. Françoise2 D'AUBIGNÉ, marquise de Maintenon ; 27 nov. 1635-15 avril 1719. Trop abreuvée d'humiliations et de misère pour élever convenablement ses enfants elle-même, M,ne Jeanne d'Aubigné de Gardilhac avait laissé Bignette, comme on appelait en Poitou la jeune fille3, à sa beile-sœur, Mme de Villette, au château de Mursay4. Chez cette bonne tante, calviniste austère et modèle de toutes les vertus, l'enfant resta jusqu'à l'âge de sept ans; elle fit avec ses parents le voyage de la Martinique pendant lequel elle faillit périr5, et au retour fut de nouveau recueillie à Mursay. Françoise avait alors douze ans. Déjà belle, intelligente, résolue, elle résistait aux vœux de sa mère qui l'avait fait baptiser catholique et voulait qu'elle le demeurât, tandis que son amour et son respect pour sa tante,

« Cette pièce a été publiée dans l'Intermédiaire,

25 déc. 187/(, p. 7)8.

2 Son prénom lui vint de François, lils du comte de la Kocheioucanlt, gouverneur de la province, qu'elle eut pour parrain, avec Suzanne, fille de Charles de liaudéan, gouverneur de Niort, pour marraine; c'étaient deux enfants.

3 Lettre de cette dame (la fam. d'Aub., p. 8ii.

* Telle était la détresse de cette malheureuse famille à son retour d'Amérique : « Etant arrivés a la Rochelle ils y demeurèrent pendant quelques mois logés par charité, obligés de vivre d'aumônes jusques la qu'ils obtinrent par grâce que de deux jours l'un on voulût bien leur donner au collège des jésuites de ceste ville du potage et de la viande que tantôt le frère, tantôt la sœur venoient chercher à la porte. C'est ainsi que l'a raconté plusieurs fois le R. 1'. Dnverger jésuite, doyen a Xainles, mort en 1TU3; ce père ayant été non-seulement témoin, de ce fait, mais leur ayant donné lui-même leur petite pitance, étant régent de troisième. » (Fragments de mém. sur M"" de M. par le p. Laguille jésuite, pub. dans les Archives litt. de L'Europe, t. XII ((806), p. :îC3-:it7.

1 Elfe fut si mal qu'on était prêt à la jeter à la mer et le canon prêt à tirer, raconte Mlle d'Vumale. Sa mère qui voulut la voir encore une fois avant une séparation si cruelle, s'aperçut qu'elle respirait encore. Sur le tard un courtisan lui disait : • Madame, on ne revient pas de lu pour rien. >>

le calme, la piété sérieuse, les pratiques charitables qui régnaient à Mursay l'avaient profondément attachée au protestantisme. Une parente et amie de sa mère, la baronne de Neuillant, pour plaire à celle-ci et faire en même temps sa cour en haut lieu, obtint un ordre du gouvernement qui l'enleva à Mme de Villette et la fit mettre au couvent des Ursulines de Niort. Ces religieuses la renvoyèrent bientôt parce que personne ne payait sa pension. On la rendit à sa mère alors à Paris, et qui essaya tout, jusqu'aux mauvais traitements, pour la convertir ; puis, de guerre lasse, et toujours obsédée par la pauvreté, la mit aux Ursulines du faubourg Saint-Jacques. Enfermée dans ce couvent, Françoise d'Aubigné jeta vers sa tante (12 octob. 1649) ce cri de détresse :

« Madame et Tante, le ressouvenir des grâces singulières qu'il vous a pieu faire tomber sur de pauvres petits abandonnés me fait tendre les mains devers vous et vous supplier d'amployer votre crédit et vos soins a me tirer de céans, la vie m'y étant pire que la mort. Ah! madame et tante, vous n'imaginez l'enfer que m'est ceste maison soy disant de Dieu et les rudoiemens, durlés et façons crueles de celles qu'on a fait gardiennes de mon corps, et de mon âme non, pourcequ'elles n'y peuvent joindre. Rivette vous dira tout au long mes angoisses et souffrances, estant céans seule et unicque a qui me fier. Vous suplie derechef, madame et tante, de prendre en pitié la tille de vostre frère et humble servante, Françoise d'Aubigny. »

1\ ne dépendait pas de Mme de Villette de reprendre sa nièce, détenue par ordre, et l'année suivante la jeune fille avait succombé. Sa fierté, son énergie, qui avaient résisté aux mauvais traitements, son opiniâtreté qui, dit-elle, avait lassé, la Bible en main, les prêtres qui la catéchisaient, se fondirent quand les Ursulines s'avisèrent pour la circonvenir d'user de la douceur et de la ruse. Bientôt après elle perdit sa noble mère, qui s'efforçait de vivre avec un revenu de 200 livres et le travail de ses mains. Tant de malheurs la liront résoudre à un mariage des plus bizarres. Elle et sa mère avaient vu quelquefois un pauvre homme perclus de tous ses membres,

AUBIGNE

qui avait un instant caressé le projet de s'embarquer pour les Antilles dans l'espoir d'y recouvrer la santé. C'était Paul Scarron. tils d'un conseiller au parlement de Paris, et renommé comme poète burlesque dans le monde des lettres et des gens à la mode. Plein de bonté et de générosité sous son extérieur de mauvais plaisant, Scarron avait olïert son secours à ces dames quoiqu'il ne fut pas riche, et il avait été remercié avec hauteur ; mais, lorsque Mu« d'Aubigné eut perdu sa mère, sa situation devint si perplexe qu'elle ouvrit l'oreille aux offres Scarron qui proposait ou de payer sa pension dans un couvent ou de l'épou- >er l. Elle se décida pour le second parti, et le mariage eut lieu au mois de mai

lui ayant quarante-deux ans et elle dix -sept.

jeune madame Scarron, par son esprit, sa beauté, sa conduite correcte au milieu d'une société légère, ht du salon déjà renommé de son mari le rendez-vous de la meilleure compagnie de la cour et de la ville ; mais Scarron mourut ^oct. I66u;, la laissant à peu près dans la même pauvreté où Ù l'avait prise. Ce fut pour la jeune veuve l'époque périlleuse et sur laquelle on n'a pas encore porté de jugement bien motivé ni bien certain. Les écrivains gagnés à sa cause par la dévotion ou d'autres intérêts (Languet de Gergy, le duc de Noailles. Théop. Lavalléej assurent que, malgré son extrême pauvreté, elle se conserva sans reproche au milieu du monde élégant qu'elle continua de voir a l'hôtel d'Albret, à l'hôtel de Richelieu et jusque chez Ninon de Lenclos. D'au-

'•omme Voltaire2, insinuent, ou, comme La Fare et Saint-Simon, affirment hautement qu'elle ne différa pas beaucoup de cette trop fameuse Ninon, dans l'intimité de laquelle elle vécut pendant plusieurs années; mais aucun fait précis, ou du moins prouvé3, n'étant

1 « Mlle d'Aubigné fut amenée à Paris, habillée d'une ëiisclle jaune. ni >e dans le panier du coche ou car- -•'i des œufs durs et du pain lus. \illtruiunt a\oil esté th..r.:é par Scarron descure à la mère qu'il ■paMONtl sa lille âgée de 15 ans. \ illermout alla la raearair en cecaa, la mena a Scarron, puis aui irsulines jusqu à ce qu'elle fut mariée. Scarron 1. . l'hostei de lroye et y estoit en pension. » \î-. tsp., t. 55.|

■Suppléai, au Siècle de louis Xl\ ; :)' partie— »ay. Mêni. du marq. de La Fare.

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