‹ La France protestanteChapitre 133 sur 303 · I.<s apparences contraires sont >es amitiés parti · texte numérisé non relu

I.<s apparences contraires sont >es amitiés parti

venu jusqu'à nous pour confirmer ces soupçons, force est bien de les rejeter et de s'en rapporter à ce que Mme de Maintenon racontait elle-même, sur sa jeunesse, aux dames de Saint-Cyr : « Dans mes tendres années, j'étois ce qu'on appelle un bon enfant, tout le monde m'aimoit : il n'y avoit pas jusqu'aux domestiques de ma tante qui ne fins charmés de moi. Plus grande, je fus mise dans des couvents : vous savez combien j'y étois chérie de mes maitresses et de mes compagnes, toujours par la même raison, parce que je ne sonijreois du matin au soir qu'à les servir et à les obliger. Lorsque je fus avec ce pauvre estropié, je me trouvai dans le beau monde, où je fus recherchée et estimée. Les femmes m aimoient parce que j'étois douce dans la société et que je m'occupois beaucoup plus des autres que de moi-même. Les hommes me suivoient parce que j'avais de la beauté et les grâces de la jeunesse. J'ai vu de tout, mais toujours de façon à me faire une réputation sans reproche. Le goût qu'on avoit pour moi était plutôt une amitié générale, une amitié d'estime, que de l'amour. Je ne voulois point être aimée en particulier de qui que ce lut; je voulois l'être de tout le monde, faire prononcer mon nom avec admiration et avec respect, jouer un beau personnage, et surtout être approuvée parles gens de bien : c'étoit mon idole. »

Quelques mois après la mort de son mari, elle obtint le maintien d'une pension que celui-ci touchait sur la cas de la reine-mère et qui s'évanouit par la mort de cette prince- , mais elle

en eut le rétablissement par le crédit de ses amis, et entre autres de la favorite du roi, la duchesse de Montespan.

Ce fut de ce modique revenu qu'elle vécut jusqu'au moment où Mme de Montespan la proposa pour les fonctions de gouvernante des enfants adultérins d'elle et du roi ;1GT0 . Elle en soigna cinq. La discrétion, le dévouement, les talents infinis dont elle fit preuve dans l'accomplissement d'un devoir si délicat, la patience et l'adresse qu'elle déploya auprès

culières avec MM. do MontcheYreuii et do \illarceam et les attentions empressées du maréchal dllbrct a par sa correspondance même.

AUBIGNK

de son impérieuse maitresse, son esprit toujours présent de sagesse douce et insinuante, lui gagnèrent le cœur de Louis XIV. A mesure que Mme de Montespan l'éloignait par ses hauteurs et ses emportements, la faveur de la gouvernante allait croissant. En 167i (27 décembre), avec l'argent que lui donna le roi et celui qu'elle avait gagné en prêtant son influence en cour soit à des industriels, soit à de simples maltôtiers l, elle put acheter au prix de 240,000 livres ta terre et marquisat de Maintenon, qui produisait 10 à 12,000 livres de revenu2. ]Vjme (je Montespan fut renvoyée et supplantée en 1080. La malheureuse titulaire du nom de reine, Marie-Thérèse, mourut le 30 juillet 1683, et Françoise d'Aubigné, à force d'habiles manèges, mais aussi dans un esprit de fierté qui l'honore, amena le grand roi, alors à l'apogée de sa gloire, à la prendre pour compagne sous la consécration d'un mariage religieux. Le mariage eut lieu à Versailles, en 1684, parla main du Père de La Chaise et do l'archevêque de Paris, en présence de trois témoins seulement (Louvois, Montchevreuil et Bontemps), et dans un si profond secret que l'on n'en sait pas exactement la date (ce fut vers le 12 de juin, dans la nuit). Le roi avait 45 ans passés, et la marquise, très-belle encore, touchait à l'âge de 49. Elle s'était donné, ou, pour être plus exact, avaitacceptéde la main des prêtres la mission de convertir « le grand Louis,» de l'arracher à son penchant pour les amours faciles et de lui faire faire son salut. Par cette union, qui fut une sorte de complot ecclésiastique, le roi se donnait à l'Eglise : « L'évèque de Meaux, « plusieurs autres prélats, le Pape lui- « même avoient été consultés ; ils avoient « décidé que c'étoit remplir les desseins <• de Dieu que de faire servir la confiance « du roi pour Mme de Maintenon et les « complaisances légitimes de Mmc de « Maintenon pour le roi à faire triompher « dans le royaume la vertu et la piété « par l'usage de l'autorité souveraine3.»

1 Corresp. gén. de M"" d» M., 1, 204, 219, etc.

"-Son vendeur était François d'Angennes, qui fut gou- \erneur de Marie-Galande de 1079 à l «80.

» Mém. de l'évoque langue! de GergV. — M»»- de Maintenon et S.-Cyr par Th. I. «vallée (1862), p. M.- I cnclou lui écrivait : « Le grand point eut d'assiéger le Koi puis-

La pieuse femme caressait l'espoir de faire un pas de plus et d'obtenir la déclaration publique de son mariage, c'està-dire de s'asseoir sur le trône de France. Deux fois elle en tenta l'aventure ; mais, trompée dans son ambition, elle eut l'esprit de se résigner avec grâce, et de se donner au moins, près du roi, le mérite de sa résignation. Par un prodige de conduite, cette favorite, qui débutait quinquagénaire, garda son pouvoir intact jusqu'au dernier moment du despote : ce furent trente-deux ans de règne occulte qu'elle exerça.

Sans doute, ce n'était pas un gouvernement facile. Son pouvoir, sous condition, d'amuser, comme elle disait, « un homme qui n'est plus amusable, » lui pesa souvent, et sa nièce, Mme de Caylus, l'entendit dire en regardant les carpes qui nageaient languissamment dans les belles eaux du bassin de Mari y : « Elles sont comme moi ; elles regrettent leur bourbe. » Mais le roi, qui ne pouvait plus la quitter, avait installé chez elle, dans sa chambre à coucher, ses causeries quotidiennes, ses réceptions et jusqu'à son travail avec les ministres : « Ils étoient chacun dans leur fauteuil, une table devant chacun d'eux aux deux coins de la cheminée, elle du côté du lit, le roi le dos à la muraille du côté de la porte de l'antichambre et deux tabourets devant sa table, un pour le ministre qui venoit travailler, l'autre pour son sac. Pendant le travail, elle lisoit ou brodoit en tapisserie. Elle entendoit tout ce qui se passoit entre le roi et le ministre qui parloient tout haut. Rarement elle y mêloit son mot, plus rarement ce mot étoit de quelque importance. Souvent le roi lui demandoit son avis. Alors elle répondoit avec de grandes mesures.

•Jamais ou comme jamais elle ne paroi ssoit atfectionner rien et moins encore s'intéresser pour personne ; mais elle

qu:il veut l'être, de le gouverner puisqu'il veut être gouverné. » L'évèque de Cliailios : « Dieu a mis entre vos mains les inléiêls de lïglise et de l'I-iat... ■■ \oy. ces curieuses pièces dans M"* de M. «I S.-(\r, notamment p. 218. — Klles rappellent ce passage ou d'Aubigné Niiniilc (éd. Heaume, I, 102] que Louis MU entant, à qui I on contait la mort de Henri IV, se nul I pleurer, en disant : << Me teroil on aussi Mon BWf I Jaune mieux n'être point roi et qu'on lasse roi mon frère. • \ quoi le jésuite Cotton répondit : « Non, Sire, en ne VOUS tuera pas, car vous serez l>on enfant de l'IgliM et lui obéirez entièrement, v

AUBIGXÉ

étoit d'accord avec le ministre, qui n'osoit en particulier ne pas convenir de ce qu'elle vouloit, ni encore moins broncher en sa présence1. » Ce ne fut pas dès les premiers temps que les choses furent aussi ponctuellement réglées, mais quelques années plus tard ; on le voit en feuilletant le Journal de Dangeau. Il n'en est pas moins vrai que. reine par l'esprit, « l'incroyable fée* » avait part à tout et que seize mois après le mariage éclata la révocation de l'édit de Nantes (oct. 1685). L'exact Dangeau enregistre : « Lundi, -2-2 oct., à Fontainebleau. Le roi après son diner alla courre le cerf dans sa calèche ; il avoit avec lui Mine la duchesse de Bourbon, etmesd. de Maintenon et de Thian ges... Ce jour-là on enregistra dans tout le royaume la cassation de l'édit de Nantes, et l'on commença a raser tous les temples qui restoient... Le soir il y eut comédie italienne 3. »

On a dit dans ces derniers temps, où l'effervescence du zèle ultramontain a beaucoup obscurci de vérités, que « le haineux » Saint-Simon calomnie Louis XIV et ses entours, que Mme de Maintenon, liée par ses souvenirs de famille, pouvait moins que personne protéger les huguenots ; qu'elle gémit en secret de cequ'elle vit sans pouvoir 1 empêcher, que d'ailleurs le roi et elle furent trompés par de faux rapports et qu'ils ignoraient la gravité de ce qui se passait dans les provinces. Lrreur. Le roi n'a rien ignoré, car rien ne se faisait contre les personnes ou les biens dans tout le royaume sans qu'on en référât directement à lui, et ceux qui ont lu quelque correspondance officielle du temps savent qu'un intendant de province ne se permettait pas de sévir à l'égard d'une personne qui n'était pas un malfaiteur de droit commun, sans écrire d'abord à Paris pour solliciter les ordres du roi. Louis XIY avait la prétention de gouverner tout son royaume comme une famille, de tout savoir, de tout résoudre, et la moinhe bagatelle non prévue par les ordonnan-

' Sauu-simon, édit Gueruel ut Résilier a&T-i;, XII, l£i

* Ibid., p. loo.

' Ln regard de ce petit tableau, il laut placer les pages Indignée*, désolées et magnifiques du catholique gallican Sain t-Si mon |X1I, MM), sur le même événement.

ces et règlements en vigueur devait remonter jusqu'à lui1. Les lettres de cachet en vertu desquelles tant de milliers de gens furent incarcérés portaient toutes ■É signature. Si Mme de Maintenon fut gênée dans l'expression de sa sympathie pour d'anciens coreligionnaires , comment fut-elle également sourde quand la persécution atteignit un peu plus tard les jansénistes, les quiétistes et jusque dans les plus hauts rangs de l'épiscopat français des prélats vénérables qui étaient ses propres amis, comme Fénelon et le cardinal de Noailles ? Mme de Maintenon fut tellement impitoyable aux protestants que, sur la fin de l'année 1688, quelqu'un 'qu'on croit être Vauban] ayant proposé au roi de faire rentrer les expatriés en leur accordant la liberté de conscience sans exercice public du culte, elle rédigea de sa main pour le roi un mémoire qui concluait durement au rejet de toute concession de ce genre2. Etait-elle donc un cœur -ans pitié ? Nullement- Ceux qui parlent d'elle avec le moins de faveur constatent sa sévérité pour elle-même et son infatigable charité pour les pauvres a. La grande affaire et la grande joie de sa vie fut l'institution qu'elle fonda pour l'édulution des fille» nobles sans fortune à Saint-Cyr. Mais le secret est qu'ai] tait rivée elle-même dans des fers dont rien ne pouvait la détacher : le Père La Chaise et les autres émissaires de la Compagnie de Jésus qui circonvenaient

1 Exemple: Loavois a de Gonrgoes, intendant de Caen, m fév. 1686 : « M', La lettre que >ons avez pris 1 •

-■ rire le ITt de ce mois ma esté rendue par iaq. i ay veu ce qu'une (emnie de MllMUl fol lieut bosteli.fie prétend que le commissaire Jacquet lui doit; je TOM prie de me le taire sia\oir alin que je puisse prendre l'ordre du Roy pour le faire punir de sa mau- \aise le). » — Le même au même, 10 mai s : « J a> îeceu les quatre lettres que vous avez pris la peine de niVsenre les I et 2 de ce mois et avec l'une des dernières le mémoire de ce que le commissaire Jacquet doit a I lin>t- |M >i'' ï v,-i.- d'argent à L;un>gL>, comme il est iu>t • qu'elle en soit payée, vous pouvez le iaire retenir ipoiutemens et d. slivrer a cette leuime. L'intention du Roy est que \ous fassiez saisir toutes les terres de M" de T/iors et d Autnuy et mettre >!■»<■ de lliors et sa fille dans des couvents de rottxe département séparez, jusques a ce qu'elles se su; eut cun- \crtyes. >a Maj. désire que \ous en us ez de mesiue a l'esgard de M»"4 Je .l/toitray et de Lescoun... » — Le >oinpte d'un argousin avec sou aubergiste et la confiscation des biens et de la liberté de quatre lamilles étaient réglés dans une même séance du Conseil.

; Il est tianscnt par Lauguet de Oergy i\oy. « fa fam. d'iub., • |

3 Sans effacer le fonds de sécheresse dont il e*t témoigné, col. ">ss.

AUBIGNÉ

le trône, lui avaient livré le roi pour mari à la condition qu'à son tour, par le moyen du roi, elle leur livrât tout. Elle ne fut libre qu'après le dernier soupir de Louis XIV et se retira au couvent de Saint-Cyr, où elle mourut à son tour quatre ans plus tard (15 avril 1719), ayant atteint quelques mois au delà de sa 83e année.

Une fatalité singulière semble s'être attachée à l'histoire de Françoise d'Aubigné pour l'empoisonner de couleurs fausses et de faux renseignements. Ellemême a volontairement ouvert la carrière aux erreurs sur son compte en brûlantoufaisantbrùler, peu de temps avant sa mort, toute sa correspondance et particulièrement les lettres qu'elle avait reçues du roi et des personnes de la famille royale1. Elle consentit, disait-elle, « à être une énigme pour le monde. » L'adulation y a pris ses avantages. Pouvaiton attendre autre chose que des louanges sur une femme aussi distinguée d'ailleurs, et qui fut si puissante, de la part de presque tous ses contemporains, de la part de sa nièce la comtesse de Gaylus, des dames de Saint-Cyr, qui ne parlent de leur fondatrice qu'avec vénération; de ses créatures, comme l'abbé de Ghoisy et l'évêque de Soissons, Languet de Gergy 2, enfin de son arrièreneveu le duc de Noailles. Voltaire (dans le Siècle de Louis XIV) ne l'avait jugée qu'avec une grande modération 3, mais le malheur a voulu que son éloge fût aussi composé et ses lettres pour la première fois publiées par le plus malhon-

1 M™* de M. et S.-Cyr, p. 30, 33. Il en est resté cependant : Voy. la note S, p. 35. - Languet de Gergy, p. Tri.

3 II est l'auteur de Mémoires sur B»« de M. en i i livres qui forment un \ol. in-8" publié seulement en 1803 par M. Lavallée. Voici ce qu'on lit à la première page de ce fade roman : « Constant d'Aubigné fut toujours malheureux et mérita ses malheurs par sa mauvaise conduite. 11 épousa d'abord une dame veuve dont il n'eut pas d'enfants et il en était veuf quand il fit de mauvaises affaires qui obligèrent le roi de l'envoyer au château Trompette. Là commandait un gentilhomme nommé Cardilnac. D'Aubigné, que le malheur de son état rendoit plus souple et moins altier, sut se ménager les bons traitements que lui lit Cardilnac : il fut admis dans sa famille. Cardilhae avait une fille aimable à laquelle d'Aubigné s'efforça de plaire; et il y réussit. La compassion qu'elle eut pont lui devint bientôt de l'amitié et l'amour s'introduisit ensuite à la faveur de l'une et de l'autre. Enfin le prisonnier épousa la fille du commandant. » Etc.

1 On trouve dans les « Causeries d'un curieux, » par M. F. feuillet (Paris, i vol. in-8", 1X02-G8., t. Il, p. tel, une bibliographie (les pamphlets publiés contre M1»' de Main tenon.

nète des éditeurs. Nous avons nommé La Beaumelle. Ayant aperçu par hasard entre les mains de Racine fils une partie de la correspondance de Mme de Maintenon, ce littérateur jeta son dévolu sur un pareil trésor, et, sans autre souci que de se faire à lui-même un renom littéraire, le publia en le grossissant par d'autres recherches, mais surtout en l'altérant à sa guise, en mutilant certaines lettres, en fondant ensemble certaines autres, en y intercalant à tout propos des phrases de son cru, en osant même insérer des lettres complètement fabriquées par lui. Malgré les réclamations de Voltaire, qui le démasqua sur-le-champ, le recueil de La Beaumelle (d'abord en 3 vol. in-12 imprimés à Francfort sous la date de Nancy, 4752 ; puis en 6 vol. de Mémoires et 9 vol. de Lettres; Amsterdam, 1755-56), ce recueil mensonger, composé avec infiniment d'art, s'empara du public et popularisa une héroïne, légère dans sa jeunesse, sage, modeste et sainte dans la seconde partie de son existence, qui ressemble à Mme de Main tenon peut-être, mais qui certainement est la création de son impudent éditeur. Tout le monde a subi l'influence de cette tromperie. D'honorables écrivains se sont efforcés, soit comme Auger l de purifier le recueil des lettres de Mmc de Maintenon, soit comme M. le duc de Noailles de refaire son histoire2; tous les historiens.se sont cependant encore largement servis de ces fausses lettres, dit M. Lavallée, «les ont « victorieusement citées, depuis Voltaire « jusqu'à M. le duc de Noailles, et si j'ose « me nommer ensuitejusqu'à moi-même ; « enfin c'est un roman qui est devenu de « l'histoire, et, je le crains, de l'histoire « irréparable 3. » Ces dernières paroles sont tellement vraies que feu Théoph.

Lavallée, bon et savant écrivain, professeur à l'école militaire de Saint-Cyr, paraît avoir été imbu de la même passion que les religieuses et les élèves de la fondatrice pour la gloire du couvent: il n'a rien écrit sur M,ne de Maintenon où l'on ne sente un aveugle désir de la

1 Lettres de SI""- de M. précédé» de sa \ie, par M. luger Paris, ColUn', 1Si>7, g vol, in-i:>. — /</., Paris, Tardieo, 1X15, ;i vol. in-8" ou A vol. Iiwi

- Ilisl. de .Mme de M., 1848-51», •* vol. pi:

1 Correip, gén., i, p. un

AUBIGXE

trouver irréprochable 1. Il a recherché d'ailleurs pendant bien des années, avec le zèle le plus méritoire, les écrits autographes de cette femme célèbre *, voulant en publier le recueil complet. Il donna en effet (Paris, Charpentier. '.

in-12) "2 vol. de « Lettres et entretiens sur l'éducation des filles ; » puis 2 vol. de « Lettres historiques et édifiantes adressées aux dames de Saint-Cyr, » et 2 vol. de « Conseils aux demoiselles pour leur conduite dans le monde. >) En :

il commença la publication de la « Correspondance générale de Mme de Maintenon, » qui s'ouvre par une étude sur les falsifications de La Beaumelle, excellente édition dans laquelle chaque pièce est étudiée et critiquée avec le plus grand soin. 11 se proposait d'y employer dix volumes, mais la mort l'arrêta au quatrième ^1866), qui se clôt par une lettre du 29 déc. 1701. D'autres lettres authentiques de Mme de Maintenon ont été publiées vers le même temps 3, et l'on peut espérer que « l'énigme, » si nous ne l'avons pas résolue, le sera pourtant un jour.

4. Charles DAl"BlGXÉ.M™d'Aubigné de Cardilhac, à peine de retour de son triste voyage en Amérique, perdit son fil» aine qui se noya par accident (juin 1

1 M. Grimblot, dans un article de la « Revue scientifique » de Yung (18671 a bien démontré combien la critique de Laval. éeesl peu solide.

: Ces autographes étaient primitivement dans les Archives de la maison .le s. -or, dans la famille de Noailles et dans quelques mains particulières, ils sont aujourd'hui dans les Arcl... ■ lavec

des copies au séminaire de Versailles , dans le château de Mouchy-Noailles, à la Bibliotb. Nat. et dans i collections privées dont les plus connues sont celles de M. Benj. Fillon de Fontena> en Poilou, et de M. Feuillet de Contins à l'ans. Mai> il faut (.tendre garde que cette dernière, qui renferme des trésors sans doute, est aussi la source d'où sont sortis beaucoup de faux autographes, notamment de Ilacine, de La Fontaine, de Henri l\,de Marie-Antoinette. Les archives de famille ne sont pas moins sujettes a caution que les cabinets d'autographes. On a vu dans le procès Vrain-I : bricateur qui avait trouvé acquéreur a 15o,oou fr. pour des autographes de sapho, de Cléopàtre, de saint l'ierre, de Jules César, etc., l'épisode d'une série de lettres du Wl siècle publiées par M. le marquis Duprat. d dan t du chancelier, comme conservés dans les archives de ses pères, et qui toutes étaient de la main de Lucas. Voy. lue fabrique d'autogr. (Paris, Techener 1870), p. ;io, et la Revue contemporaine, i«r mars it>7u.

3 Correspondante de Hmc de M. avec la princes Irsius; Pans. Bossange, i»-» '■ vol. in-8'J. — Trenteneut lettres de H»« d..- M. a l'abbé Lauguct en HM et 1715 (Le Correspondant, ii déc. I8S9). — yuarante-siï lettres publ. i ar .M. Foisset; Paris, Douniol, 180 • douzaine, publ. dans «■ M™'-- de M. et sa lamille, » par II. Bonhomme 1863) et autant adressées a linteudaut r.asville de itoo a cti, publ. par .M. Chastel (Mém. de

a Soc. d'Hist. de Genève, l»7i, t. XIX, p.

Son second fils, Charles, né en 634, avait dix-huit mois de plus que sa sœur Françoise. Sa mère le plaça comme page chez le baron de Neuillant, puis en 1655, à 21 ans, il entra, catholique sans aucun doute, dans un régiment d'infanterie avec le grade d'enseigne. En 1661, il était lieutenant d'infanterie; mais quand Mme Scarron eut son entrée à la cour et à mesure qu'elle s'y éleva, la situation du lieutenant s'éleva de même. En décemb. 1671, elle lui obtint une commission de capitaine de cavalerie avec un don de 20,000 1. pour monter sa compagnie1. Il était au Quesnoy à l'armée du maréchal du Luxembourg, et l'invasion de la Hollande allait commencer. Mai> il ne sut guère s'y distinguer. En médiocre militaire, il eut ^septemb. 107?

>uveroement d'une petite ville, Amersfort en Hollande près d'Utrecht ; puis Elbourg (1673), puis Belfort* en mai 167 i; après quoi il passa successivement au gouvernement de Cognac, d'Aïguesmortes et de la province duBerry3.

Puis il devint sans bruit maréchal de camp, et en 1688 (31 déc.) chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. Il était alors le comte d'Aubigné. Sa puissante sœur se donna beaucoup de peine pour le marier, et dans les diverses négociations qu'elle entama pour y parvenir, cette femme de piété voyante déploya une sécheresse de cœur et une ferveur mercantile également choquantes *. Son frère la dépassait cependant : il exigeait, lui sans patrimoine, et oublieux des mariai son père, que sa Gancée lui fit donation par contrat de toute sa fortune*. Il se

* Corresp. gén. de M" de Maintenon, publ. par Tb. Lavallée (Charpentier, »865), I, 158.

i Pendant qu'il commandait à Belfort, il eut dans la ville, en iuTo, un tils naturel qu'il nomma le sieur de La Perte, lequel fat garde de la marine à Brest sur an vaisseau de M. de Villette.

1 11 obtint le gouvernement du Berry. mais ni lui ni sa femme n'y entrèrent jamais, dit Laguille.

* Lettre à son frère du lu juin 1676. « Je lai ai écrit que eetle femme la me plairoit fort (M™- de Boudou,

pourvu qu'elle vous assurât du bien ; que je croyois que vous en aimeriez mieux une plus jeune dans la fantaisie d'avoir des enfants, mais que l'on ne pouvoit pas trouver tout ensemble; que je le prie d'y penser et de travailler sourdement à votre mariage, soit pour celle-là >oit pour une autre... » Voy. lettres de fév. et avril (673, avril 1676, 13 fév. 1677, etc. — Voy. aussi dans sa lettre du 2 sept. «681, avec quelle avidité elle parlait des biens de huguenots qu'on donnait en Poitou ou que la désolation leur faisait vendre.

5 Du 3 nov. 1677 : « M"« de Floiguy me mande que vous rompez votre mariage sur ce que tous voulez

IN

AUBIGNE

maria cependant avec Geneviève Pitre, fille d'un riche procureur d'Angoulème, qui lui donna 50,000 écus de dot, et en eut une fille unique, Françoise, laquelle, en 1698, épousa Adrien-Maurice deNoailles, comte d'Ayen. « Mme d'Aubigné, peu considérée et encore moins aimée de son mari, n'a jamais paru qu'une fois à la cour. Elle y fut reçue fort froidement de sa belle-sœur et on lui fit entendre qu'il lui convenoit de retourner en province...

Son époux, après avoir marqué une conduite peu réglée et peu sensée, se retira enfin dans ses derniers jours à Paris.

Mme de Maintenon l'engagea d'entrer dans une communauté de séculiers, gens d'honneur et de naissance, où l'on vivoit d'une manière assez régulière. Le sieur Madot, prêtre alors de Saint-Sulpice, trouva moyen d'entrer dans sa confiance et de le mettre un peu en règle. Il en eut soin jusqu'à la mort, qui fut assez chrétienne et qui mérita au sieur Madot, qui l'avait occasionnée telle, l'évèché de Belley1 et ensuite celui de Châlons-sur-Saùne pour récompense (Laguille). » — Cette mort eut lieu en 1703.

Charles d'Aubigné était une pâle copie de son père, aussi vicieux, aussi spirituel, avec le violent courage en moins.

Il fut toute sa vie le fléau de sa sœur qui lui garda cependant toujours une tendre affection. Saint-Simon qui le dit, ajoute : « C'était un panier percé, fou à enfermer, mais plaisant, avec de l'esprit et des saillies, et des reparties auxquelles on ne pouvoit s'attendre; avec cela bon et honnête homme, poli, et sans rien de ce que la vanité de la situation de sa sœur eût pu mêler d'importance. » On va voir combien Saint-Simon qu'on accuse de poursuivre Mme de Maintenon et les siens de sa haine, l'ut au contraire indulgent dans ce portrait.

Quelques-unes des lettres de Mme de Maintenon suffisent à montrer quel officier était son frère. Ses exploits comme gouverneur d'Amersfort consistèrent à y mener grand train, à mal-

qn'elle vous donne tout son liicn; cela scroit trèsinjuste; prenez un aune prétexte et Surtout Unisse/ cette affaire avec honnêteté; »

' François Madot lui en eBel éVeqfle do Bellej de !7n.) .i 171 1, pals de Chélons jasqu'en

mener la population, surtout les huguenots, et à rançonner l'habitant à son profit (déc. 1672). Louvois, informé de ce désordre, l'en reprit sévèrement, ce qui ne l'empêcha pas de recommencer à Elbourg. Le maréchal de Luxembourg écrivait au ministre (oct. 1673) à ce sujet : « On lui laisse faire de petites choses sur l'intérêt, qu'on ne souffiiroit pas à un autre, et il aura là et à Amersfort gagné quelque chose. » Il perdait d'autre manière1. Voici une lettre de sa sœur2 (adressée : à Monsieur d'Aubigné, à Toulon) qui achève de le peindre lorsqu'il était jeune :

« Je rerois avec toute la douleur imaginable les nouvelles du mauvais estât ou vous estes, mais je ne suis gueres en estât de vous consoler puisque je suis plus malheureuse que vous. Il est fort fascheux que vous ayez l'aversion que vous me témoignez pour la mer, puisque je ne sçay point d'autre party pour vous, et que rien n'est plus difficile que d'en trouver dans le temps de la paix pour un gentilhomme qui n'a pour tout bien que son épée. J'ay receu tous les desplaisirs du monde de la prière quej'avois faite a M. de Villette, de vous recevoir et de vous garder chez luy. Vous n'en avez pas bien usé, a ce que j'ay apris de trente personnes différentes, et vous vous estes brouillé avec luy après en avoir receu tous les services que l'on peut recevoir d'un frère à qui l'on est cher. Je vous avoue que j'en ay de très grans ressentimens contre vous et que ce procédé là a détruit toute la bonne opinion quej'avois de vous. Vous avez receu de luy non seulement les choses nécessaires, mais vous luy en avez pris qu'il ne vous donnoit point et vous avez receu de l'argent, pour le jouer. Je ne comprens pas que l'on puisse avoir le cœur d'un gentilhomme et en user ainsy, et comme je vous l'ay mandé mille fois, ii vaudroit mieux avoir un habit usé et ne point jouer que de Je faire par des voyes aussy basses que sont celles de recevoir. J'ay desjà fait tenir deux quartiers de votre pension a mon cousin pour commencer h le remplacer de toutes les despenses que vous avez faites a ses frais. Vous estes sur le point de toucher encore un quartier et si vous me donnez une occasion de vous

1 « ... Elle m'a dit |J|ii« de Flolgny) que vous arieï

perdu au jeu l'hiver passé 12 ou 11,000 liv Tandis

que je m'epargnets le nécessaire pour meubler nia maison, vous jouiez 1,000 pistoles el dépendez en un mois pins que je ne lais eu un an... » ('Jti oct. 1077.)

"- Ord. du S.-Esprit, t. 55, f" 182; de la main de Clerembault, qui la date : de! 1080 à 1683. Toutes le-- pièces nouvelles ciiées dans te présent paragraphe '< proviennent de la même souri 16.

AUBIGNÉ

le faire tenir je n'y manqueray pas. Vous vous estes brouillé avec M. le commandeur de Xeucheze et j'en ay receu des reproches des gens par lesquelz je vous avois fait recommander. Enfin pour vous parler bien franchement il ne me revient de vous que des choses désagréables. J'en suis dans une douleur proportionnée à la tendresse que j'ay pour vous et ce qui me désespère est que ce que j'aprens passe par les mains de gens dont vous auriez besoin et a qui j'avois donné de l'estime pour vous. Adieu, je voudrois avoir donné un bras et que vous fussiez le plus honneste homme de France. Je vous servirois assurément assez utilement et plus que je ne le puis faire pour moy mesme. »

Françoise d'Aubigné s'inquiétait beaucoup de la noblesse de ses ancêtres, préoccupation bien naturelle à cause du rang qu'elle occupait dans le monde.

Elle fit un voyage en Poitou pour aller, dit-elle, embrasser sa chère sœur Céleste, religieuse ursuline à Niort pour laquelle elle avait conservé beaucoup d'affection, précisément en lfjiiT à l'époque de l'enquête nobiliaire dont nous avons parlé ci-dessus col. 167). Soit que le jugement favorable rendu par M. de Barentin le 20 duc. i'^iT, et contre lequel s'irritait d'Hozier. eut été frappé d'opposition, soit que -V B ron, encore pauvre, ait voulu se soustraire à une exaction fiscale, elle fit une démarche dont voici le procès-verbal :

D'un registre de la commission de la recherche des usurpateurs dnant la déclaration de divers particuliers bourgeois de Paris, y demeurant, qui ont pris les qualités de chevalier ou escuier, et qui s'en désistent pour satisfaire a l'arrêt du conseil d'Estat du 13 octobre 16d7, — Le 21 juillet 166S est comparu au g relie de lad. commission dame Françoise d'Aubigny , veuve de Paul Searron, vivant *r de Fougerais, demeurant a Paris, rue des Trois-Pavillons, laquelle a déclaré qu'elle n'entend se servir desdites qualitez, s'en est désistée et désiste, déclarant ne les vouloir soutenir, dont acte et a signé.

Ce désistement ne l'empêcha pas de maintenir ses traditions de famille et d'écrire, par exemple , à son cousin de Villette. au mois de novembre 1G75 lorsqu'elle voyageait encore dans le Poitou : « J'ai trouvé le tombeau de Savary d'Aubigné dans l'église de Chinon, comme il

est dit dans la vie de mon grand-père, et on me fait espérer que je trouverai de grands éclaircissements sur ma maison dans le trésor d'une autre église du même lieu. On a trouvé dans celui de Richelieu un titre de 300 ans d'un Jacquelin d'Aubigné et on m'assure que l'on y en trouvera d'autres... Vous voyez que l'engouement de ma maison me dure encore. » Mais lorsqu'elle apprit, dans le courant de l'année 1688, que son frère serait compris dans la promotion de chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit qui se préparait pour le 1er janvier suivant, elle devint sérieusement inquiète, car dans quelle humiliation tomberaitelle aux yeux du roi, si son frère ne pouvait pas faire la preuve, nécessaire pour cette haute faveur, de sa bonne et légitime possession de seize quartiers de no. le écrivit donc (le 10 juin)

à d Hozier :

« Je n'ay nulle connoissance sur ma généalogie que celle'que M. l'abbé d'Aubigné m'a donnée et je n'ay ny le goust ny le temps de m'apliqutr la dessus a aucune recherche. Je serois pourtant fort aise de sçavuir, sur cela comme eu tout, a quoy m'en tenir et surtout depuis que mon frère a des enfants et peut en avoir encore. Ne doutez donc pas que je ne vous sois sensiblement obligée de la vivacité que vous me montrez la deque je n'aye tousjours conté de vous donner toutes les lumières qui me viendront pour former ensuitte mon opinion sur la Tostre. Ou ne peut trouver ce con tract de Jean d'Aubigné avec Caterine de l'Estang que je croy avoir leu moy mesme à Mursay quand je fis cette petite production devant M. Barentin. Je l'ay fait chercher à Orléans ou l'on dit qu'il a esté passé. On le cherche encore a Surimeau et a Mursay et jusqu'à cette heure inutilement. Cependant j'ay esté instruite dès mon enfance de cette parenté avec Messieurs de l'Estang de Rulles qui ne peut venir que par la. Mille gens s'offrent a me donner des tiltres, mais M. l'abbé d'Aubigné m'asseure qu'il n'y a -que ce contract qui me soit nécessaire. Je ne sçay donc plus la dessus ou j'en suis et vous m'obligerez fort de m'y aider. C'est par retenue et par prudence que je n'accepte pas les offres de tous ceux qui veulent se mesler de cette affaire. Je crains leurs peines et la suitte de leur importunité s'ils m'avoient rendu un service et de plus je crains que si on ne

trouvoit pas ce que l'on cherche que cela ne fit un bruit qui me seroit désagréable. Vous

AUBIGNÉ

voiez que je m'explique a vous avec confiance contant sur vostre honneur et sur l'amitié que vous me témoignez. Si j'ay des papiers je vous les envoyeray, mais il me semble que j'ay tout donné à l'abbé d'Aubigné. >

M. d'Hozier répondit très-courtoisement sans doute, mais voici une note qui fut rédigée plus tard dans son cabinet :

M. l'abbé d'Aubigné a donné a M. d'Hozier, le 15 avril 1683, une généalogie d'Aubigné, ms. in-fol. Note de M. d'Hozier sur cette généalogie : « Cet abbé d'Aubigné, de la branche de Tegny, est celuy qui a dressé cette généalogie et qui en a ramassé les tiltres. Cet ouvrage ne luy a pas esté inutile, car comme il a eu l'art et l'habileté de joindre les pères de Mn,e de Maintenon et d'en faire une branche de sa maison qui est très noble et très ancienne en Anjou, une extraction aussy agréable et que le grand père de Mme de Maintenon avait déjà commencé de soutenir avec hauteur et hardiesse, la recompense a esté pour l'abbé d'Aubigné, l'abbaye de" la Victoire en Anjou et enfin l'evesché de Noyon i. »

Cependant l'année s'écoulait. Mmc de Maintenon revint auprès de M. d'Hozier le 16 novembre (1688) par ce billet pressant :

« Autant que j'ay esté insensible et indifférente sur la noblesse de ma maison quand il n'a esté question que de moy, autant suisje vive et sensible a la connoissance que l'on m'en donne depuis que le Roy a fait l'honneur a mon frère de le nommer 2. Je vous conjure donc d'escrire a M. de Montaupin pour tous les tiltres et toutes les lumières qu'il pourra nous donner. Il me semble que les plus nécessaires sont celles qui touchent Jean d'Aubigné et son père, et qu'après cela on remonte bien loin. Faites en cette occasion, je vous supplie, ce que vous feriez pour vous et croiez que je sens tout ce que je dois sur la manière dont vous en usez pour moy, Maintenon.

P. S. Il y a bien de l'apparence que l'on trouvera des titres à Archiac, car c'est la ou mon grand-père les prit quand il fit ses preuves pour épouser M1Ie de* Lezay. Je ne soay si j'ai esté a Archiac. Je croy pourtant que c'est mon frère, ayant tousjours ouï dire que j'ay esté nourrie a Mursay. »

' Claude-Maur d'Aubigné fut en effet nommé abbé de routières au dloc. do Langres té M avril ioso, abbé delà Victoire près Senlis le le» nov. iWt, évéq. de NofDB le 20 mars 1701, archev. de Rouen le M déc. 1707. Mort en avril '7iy.

s Chevalier du S.-ÉSfirit.

Le seigneur de Montaupin était un gentilhomme de l'Anjou, nommé Louis Le Roy, dont le père, Jean Le Roy, avait épousé une Françoise d'Aubigné de Montaupin, de la même branche que l'abbé d'Aubigné, évèque de Noyon. A sa qualité de parent il joignait une réputation d'antiquaire, et s'empressa d'envoyer à Mrae de Maintenon plusieurs titres des vrais d'Aubigné en date de 1432, 1441, 1480, et d'autres relatifs à Théodore- Agrippa des années 1584 à 1592, en un mot tout ce dont elle n'avait que faire. Quant à lui remettre les preuves de la haute situation de Jean d'Aubigné, bisaïeul de la postulante, il s'en serait bien gardé, car voici l'une des notes l qu'il a laissées au cabinet des titres :

Mémoire dicté ci M. d'Hozier par messire Louis Le Roy, s1' de Montopin, petitiils de Françoise d'Aubigné dame de Montaupin, le 10 juillet 1700 2.— Jean d'Aubigné, de la ville de Loudun 3, fut élevé domestique de Jaquette de Montbron, dame d' Archiac, parce qu'il était oncle ou cousin germain * de Michelle Joly, femme de chambre de cette dame et depuis femme d'Aubin d'Abeville, juge d'Archiac et de Mathas, curateur de Th. Ag. d'Aubigné fils de Jean. Il étoit aussy cousin d'Andrée Joly, femme de Martial Bernard, receveur d'Archiac, et sœur d'Anne Joly, aussy femme de chambre de Jaquette de Montbron, et elles etoient filles de François Joly, marchand tanneur et corroyeur a Loudun, et de Jeanne d'Aubigné, sœur de Jean d'Aubigné, père de Théodore Agrippa. Cela l'ut cause que ce Jean d'Aubigné s'habitua en Xaintonge, devint homme d'affaires de Jeanne de Montpezat, douairière d'Archiac , soutint ses intérests contre ses enfants, et depuis il soutint pour les enfants contre la mère. De la il passa au service d'Antoinette de Pons , dame d'Albret 6. et

1 II y en a deux, différentes par les ternies, semblables par le fond. Nous en donnons une eu y joignant , dans les notes, ce que l'autre contient de plus. Cette dernière est intitulée : « .Mémoire de Louis le Boy, seigr de Montaupin en Anjou, gentilhomme ourii u\, en I7S0. »

3 Ce mémoire ne fut rédigé pour le cabinet qu'en 1700, mais M. de Montaupin était en relations depuis longtemps aveo d'Hozier, comme le prouve la lettre de M»'» de M. du iti nov. i<;ss.

3 Né a Loudun, dit l'autre note.

4 u Jean d'Aubigné avoil une sieur nommée Jeanne qui lut mariée à François loly, qui ont laissé plusieurs enlans et particulièrement deux tilles : l'aînée Michelle Joly fut temine d'Aubin d'Abeville, juge d'Archiac, et n'eut point d'enfants. » (L'autre note.)

■ • Durant le séjour de Jean d'Aubigné a l'ons il lit les affaires de Claude de l'ons, archidiacre de xaintes et

AUBICtNÉ

ayant fait ses affaires auprès d'elle, il épousa à Blois Caterine de l'Estang, dame des Landes Guinemer, et vint s'habituer avec elle a Pons, dans un petit lieu appelé S. Moris oti naquit Théodore Agrippa. 2° Il épousa Anne Limur, veuve de Gabriel Gaignard, de laquelle il eut Emmanuel, Ester et Noeuil d'Aubigné, morts sans postérité. Après la mort de Jean d'Aubigné, sa veuve Anne de Limur se remaria en troisièmes noces avec... Colinot !, bourgeois de Coignac. — Pendant le mariage de Jean d'Aubigné avec Anne Limur, ils achetèrent la troisième partie de la seigneurie de Brie dans la paroisse d'Archiac, laquelle avoit esté décrétée et prise en payement par ladite de Limur et depuis, par puissance de tief, André de Bourdeille, mary de Jaquette de Montbron, retira de leurs mains cette terre de Brie. — Daniel Bécasse, sergent à Archiac, épousa aussy d'Aubigné, sœur de Jean d'Aubigné, père de Théodore Agrippa*.

Se Ogure-t-on l'inquiétude que dut •'prouver d'Hozier, lorsqu'il vit l'effet des prétentions qu'avait fait naître dans l'esprit de M"'e de Maintenon la fourberie de l'abbé qu'elle croyait son cousin, l'ne juste peur lui inspira la hardiesse de faire naître la conversation qu'il eut avec la marquise et dont il estparlé dans la note rapportée ci-di (col. 407; il essaya de la détromper, en lui faisant voir que la pièce principale sur laquelle se fondait le lien de sa famille avec les vieux seigneurs d'Aubigny de l'Anjou était « vilainement

protonotaire du Saint-Siège. II estoit oncle d'Antoinette de Pons, héritière de eettc maison, dans laquelle lean d'Aubigné avant en quelque différent avec Claude de Pons pour cause d'argent qu'il avoit reeeu sur sa procuration. Jean d'i. retourna à Archiac on il épousa inné de Limur. ■ L'antre

1 Petite faute du sr de Montaupin: il allait écrire Collineau. Du moins en est-il ainsi dans un fragment conservé du registre de l'état civil de régi. réf. de Pons, in registre de Saintes (tïio-KUi mentionne, en )5"i, Samuel Collet, enqaesteor ponr le roi, et Inné Jolly, sa femme. Celui de Cotes pour le>- 68 : Charles Jolly, escuier, sieur d'Eanaui, et Judith Jndré, sa femme, HESS; Jean Jolly, sienr des Br et Esther Jau, sa lemme. l«56; Pierre f.uimbetlot et Judith Jolly, sa femme, MBT; Ismc Jolly et Suzanne GasMêr, sa femme, (638. On voit aussi dans Crottet (Hist. des égl. de Pons, etc., p. 5i>, 541 que Pierre Jean de Lhommeau, receveur du sire de Pons, étaient anciens de l'église d'Anrert en J518.

* « Durant ce second mariage, Théod. Agr.. fils aisné du premier lit, fut élevé par Aubin d'vbbevïlle. mari de Mit belle Joly. nu, de Jeanne d'à., sœnr de Jean d'A. et tante de Tln'od. \g.. lequel ensuite alla demeurer au château de Puns, apartenant à lad. Antoinette de Pons, femme dn seigneur d Ubret. -miverneur du roy Henry IV, lors prince de Déam, lequel alloit souvent dans les maisons dudit seigneur d'Ubret. où Théodore tgrippa fut connu de ce prince, lequel lnv donna dans la suitte de l'employ. L'autre note.l

fausse: » mais M"" de Maintenon se garda bien d'ouvrir l'oreille à de tels discours : elle ne voulut point comprendre les doctes explications qu'on lui donnait, et quelques jours après elle fit intervenir le nom tout-puissant du roi dans la lettre suivante adressée de Marly , le 9 déc. 1688, au généalogiste :

« Je vous ay fait mander que nous aurons pour commissaires M. le duc de S. Simon et M. de Beringhen. M. de Villette a envoyé à Mursay et à Orléans. J'ay mandé à l'abbé d'Aubigné de revenir et j'ay fait toutes sortes de diligences. Cependant je ne conte que sur vos soins. Enfin vous avez ce qui est absolument nécessaire pour ne pas demeurer court, et pour le reste nous demanderons un delay si d'autres en demandent. On ne peut estre plus sensible que je le suis aux marques d'affection que vous me donnez dans cette occasion. Le Roy ne peut comprendre non plus que moy la fausseté de ce contract. Il me semble que l'on n'en fait guières sans y estre convié; mais vous estes bon juge et point disposé contre me-

. Ainsy il n'y a qu'à vous laisser faire. »

Le lecteur excusera peut-être d'Hozier de n'avoir pas été jusqu'au bout de son devoir et de son amour de la vérité dans une circonstance aussi brûlante. Voici comment les choses se passèrent. L'examen du duc de Saint-Simon (père du grand écrivain) et de M. de Beringhem n'était que pure convention et formalité ; (e véritable examinateur des titres, était le « Généalogiste des Ordres du Roy, » M. «ïotignon de Chauvry. prédécesseur de Glérembault. M. d'Hozier à qui les titres avaient été remis comme u Généalogiste du roi, » mais qui n'était pas le ilosiste des Ordres , transmit à celui-ci le dossier sans y toucher et tel que l'avait « fagoté1 » l'abbé, puisqu'il

' .. Acte par lequel noble et puissant Hervé ,1 vubi- Ignenr de La Jousselinière, donne a Joachim son frère la niesme |>art que Thibaut. Guy, Pierre et François d'Mibigné ses autres frères avoient en dans la suède nob. et puiss. Français dlubigné, et dans celle de Marie Paumart sa femme, leurs père et mère, du (7 fév. i.ïlfi, receu par Oger, notaire A l0g< acte de l'an 1516 est refait sur un acte véritable delà mesme année qui se trouve dans les Preuves de la généalogie d'iuhisné avant que l'abbé d'indigné eut eu l'idée de joindre la famille de M""' de Maintenon à la sienne; et dans le tiltre véritable il n'y e~t point parlé de Pierre d'Aubisné qui etoit nécessaire pour leur entreprise et pour faire cadrer avec celuy qui est dans le faux contract de mariage de Jean d' InbUné ai terine de FEatangj que l'on a fait son lils. M' l'abbé d'Aubigné qui l'a fait fagoter ainsy par copie pour estre parent de M»>e de Maintenon. » Âote de Clérembault

AUBIGNÉ

n'était pas chargé de ce qui concernait l'ordre du Saint-Esprit; M. de Ghauvry à son tour se garda bien de toucher à ce qu'il tenait d'une main aussi savante, aussi sûre que celle de d'Hozier; en sorte qu'il n'y eut plus sur cette affaire que les deux lettres qui suivent et par lesquelles elle se termina :

Le comte Charles d'Aubigné à M. d'Hozier : « A Paris, le 7 avril 1689. Monsieur, Après toutes les reconnoissances que je vous dois et les obligations que je vous ay, voicy un petit présent que je vous fais, qui a bien l'air de celuy que ce pauvre Persan fit à Artaxerce. Je vous supplie, Monsieur, de le vouloir accepter comme luy , parce qu'il part d'un cœur qui vous sera dévoué toute la vie. Les suites vous en persuaderont aussy bien que de la véritable et sincère passion avec laquelle je suis, etc.1. »

Note au bas, de la main de M. d'Hozier : Ce petit présent était 50 louis d'or que je' refusay et cette obligation, de luy avoir rangé ses preuves de noblesse pour l'ordre du S. Esprit suivant les tiltres que me donna l'abbe d'Aubigné et dont je n'etois pas l'examinateur parceque c'etoit a M. Cotignon comme Généalogiste des Ordres du Roy a les examiner et a en faire son rapport.

■Moy qui escris cecy [Clérembault] 2 et qui ay les minuttes des preuves, je dis que celles de M. d'Aubigné sont toutes dressées par M. d'Hozier et que j'en ay veu des généalogies dressées par luy indépendemment de ces preuves et sur des tiltres qu'il remarque fort bien estre faux. M. Cotignon de Chauvry qui ne s'y connoissoit pas trop ne fit que copier ce que M. d'Hozier avoit fait.

Mme de Maintenon à M. d'Hozier, du 15 avril 1689 : « Je m'imagine que M. de Montopin vous a mandé la mesme chose qu'a moy. Il est fâcheux qu'il ne se trouve rien de Jean d'Aubigné, mais il seroit tousjours bon d'avoir le contract de cette tante de mon grand père. Je suis fort mal contente de vous de ne pas vouloir recevoir les marques de reconnoissance que mon frère peut vous donner et il n'est guieres juste que vous donniez incessamment vos peines et vos soins. J'ay bien envie que nous achevions les preuves de S. Cir et qu'ensuitte on n'y reçoive plus de tilles que sur la lettre de cachet, comme cela doit estre, afin que je mette les choses sur le pied ou elles doivent estre pour toujours. »

* Cette lettre et la note' qui suit ne sont qu'en copie, mais en copie du cahinet de Oléremhault, c'est-à-dire d'une authenticité qui vaut presque l'autographe.

s Ici, c'est Clérenil)ault qui tient la plume ; autographe.

M. de Clérembault, dans la dernière note ci-dessus, montre une injuste sévérité à l'égard de son confrère, car jamais personne de la cour, ni d'aucune cour, n'eût osé révéler au grand roi que Sa Majesté s'était alliée, devant Dieu, au tanneur Jolly et au sergent Bécasse l.

5. Nathan D'AUBIGNÉ. Dans le testament plein d'emphase qu'il nous a laissé, Théodore-Agrippa raconte que, quatre ans après avoir perdu sa première femme, le désir de conserver sans trouble le bien de ses enfants lui fit « rechercher la compagnie de Jacqueline Chayer, laquelle, dit-il, non sans grandes suasions, eut de moy un fils né [en 1600] à Nancray en Gâtinois, baptisé en l' église de Gergeau. Je le fis nommer Nathan...

J'ai voulu que ce nom me fût un Nathan, qui signifie donné, et que le nom du censeur de David représentât mon ord péché aux yeux et aux oreilles incessamment. J'avoue donc Nathan pour mien et fils naturel; il s'est marié; je l'ai partagé selon sa condition. Au môme temps que mon aîné s'est rendu ennemi de Dieu et de son père, l'autre, Nathan, s'est rendu recommandable par probité de vie, doctrine non commune, m'a accompagné en mes périls contre l'autre. Je lui ai permis de porter lui et les siens le nom d'Aubigné, et veux que les miens authorisent cette bonne volonté. »

Ce fils illégitime, tenu ainsi à distance respectueuse jusque dans un acte de la bienveillance paternelle, fut en effet le caractère le plus pur et le plus droit de toute la famille. Il était habile en mathématiques et docteur en médecine. Lorsque son père travaillait aux fortifications de Berne et de Genève, c'était lui qui faisait les calculs et les dessins 2. On ne l'appelait pas encore dAubigné alors, mais seulement : le sieur de La Fosse. Lorsque Constant dans sa détresse et ses désespoirs se

1 Nous apprenons au dernier moment que les renseignements de Clérembanlt sur l'origine desd'inblgné

ont (Hé ulilisés en partie par M. Sandret dans un article de la « Revue historique et nobiliaire. » Paria, Dumoulin, 1875, p. I9MM.

1 11 dit dans son testament : « Je rends grâces a l>ieu de ce qu'il luy a pieu me (aire naistre dans mil chreslienne réformée et d'un père qui m'a élevé et instruit en la piété et aux lionnes lellres. •■

Page 1