ADHÉMAR
féodale qui vient d'être rappelée. Ses préentions, repoussées d'abord par les deux autres branches, furent peu après (suivant acte notarié en date du 25 fév. 1819) reconnues de bonne foi, par l'une des parties adverses, comme pleinement justifiées par Les titres que produisait le demandeur, Pierre M elchior d'Azémar, vicomte d'Héran.
C'est par ce dernier rameau seulement qu'il nous est permis d'inscrire dans la France protestante le nom célèbre qui figure en tête de cet article et qui, en tous cas, apportera son contingent à nos colonnes par la plus haute des noblesses, celle du caractère.
Le Bulletin de la Société de l'Hist. du Protest. (Xll, 156) a cité des registres de l'état civil de ce petit bourg de la généralité de Montpellier, appelé S.- Maurice, près Vézenobre. On y trouve noble Guérin d'Azémar et damoiselle Françoise Dode, sa femme, inscrits par le curé comme ayant été forcés d'abjurer en 1685. On y trouve aussi le baptême de deux fils de noble Claude d'Azémar en 1751, et en 1788 le décès de dame Charlotte de Montolieu, épouse de Pierre- Melchior d'Azémar. MM. Haag ont cité de leur côté [Vil, 439 b; VIII, 369 b] Madelaine d'Azémar, femme, vers 1650, de Charles Bourdin l, sieur de Pierreblanche, forcée d'abjurer, avec son mari, à la Révocation. Les d'Azémar ou Azemar sont très-nombreux dans la généralité de Montpellier, mais Claude d'Azémar qui vivait au milieu du XVIIIe siècle jouissait d'une estime particulière, et passait, quoiqu'il eût peu de bien, pour le gentilhomme le plus considérable du pays. Il était resté protestant de cœur, malgré les abjurations dont on vient de voir une trace dans les registres et dont il avait dû subir sa part. Les mêmes registres portent comme baptisés seulement en 1751 deux de ses fils nés en 1746 et 1748. Ce baptême catholique et forcé fut pour la famille un grave et douloureux événement. Depuis la mort de Louis XIV la réaction croissante contre les doctrines absolues « du grand règne » semblait devoir profiter aux réformés, mais le clergé catholique ne se lassait
» Us citent aussi Jean d'Azémar de liège major au régiment de Yareunes, v. noo | Vlll, 373 bj.
pas de faire bonne garde et de s'opposer à ce que la tolérance, dont l'administration civile ne pouvait pas toujours se défendre, prît pied en France. Claude d'Azémar, veuf depuis peu, vivait paisiblement dans son château à S. -Maurice avec un père et une mère octogénaires et quatre jeunes enfants, lorsqu'au milieu d'une nuit d'août 1751 un huissier suivi de trente soldats vint l'arrêter et le conduire aux prisons d'Uzès. Son délit était d'avoir suivant les suggestions de sa digne épouse défunte (Madelaine de Bousquet) fait baptiser ses deux fils au désert. Prisonnier, il se hâta de faire rebaptiser les enfants par le curé de S.- Maurice, il s'excusa humblement auprès de l'intendant de la province, il fit intercéder ses amis pour lui ; tout ce qu'il put obtenir fut de n'être condamné qu'à 1,000 liv. d'amende et aux frais (150 liv.). « Le rang qu'il tient dans le pays, objecta l'intendant, le rend plus coupable qu'aucun autre d'avoir contrevenu aux ordres du roi au lieu de donner l'exemple de l'obéissance, et je ne vois pas d'ailleurs que la punition qu'il subit ait fait beaucoup d'impression sur les autres religionnaires de votre paroisse (la lettre est adressée au prieur de S.-Maurice, 24 septembre 1751) , puisque la plus grande partie s'obstinent encore à ne vouloir point envoyer leurs enfants à l'église. » Se voyant condamné à payer et toujours en prison, Claude d'Azémar essaya de faire modérer la somme \ mais il n'y réussit pas davantage. Encore fut-il heureux de trouver à emprunter l'argent nécessaire et il sortit de prison le 3 décembre, après avoir payé les 1,150 liv. et en écrivant à l'intendant qu'il avait cru qu'un honnête homme, bon citoyen, très-zélé et très-fidèle sujet n'avait rien à craindre, « mais que puisqu'il était autrement, il allait s'ensevelir dans sa chaumière en continuant d'invoquer ardemment le grand Scrutateur des cœurs, afin qu'il touche en faveur des infortunés protestants celui de notre
1 « Monseigneur, permette/, qu'un pauvre gentilhomme ave l'honneur d'implorer votre puissante protection. Ma famille est une des plus anciennes de la province, et, malheureusement pour sa fortune, protestante de pore en lits, sans racaM variation, M '1'" l'a tenue daus la misère et r obscurité... » prisons d'Uzès, 8 octobre.) — Cette correspondance est tout au long dans le Bulletin, X, M.