BALTHAZAR
prend en effet qu'il avait préparé, avant la tenue de cette assemblée, un certain nombre de dissertations contre Baronius, sous le titre de Diatribes, et que Baillé, qui avait été chargé de les examiner, en rendit un compte fort avantageux. Mais, ajoute le célèbre critique, elles ne furent jamais imprimées. L'auteur qui était fort âgé et travaillé de la pierre, vint à mourir ; Daillé le suivit de près dans la tombe, et l'on a cru jusqu'ici que l'église de Castres réclama vainement ce travail auquel elle attachait un grand prix et qui eut dû lui rester. C'est ce que disent MM. Haag eux-mêmes |1, 226]. Mais un de nos collaborateurs, M. Ch. Pkadel, nous fournit sur ce point la rectification suivante :
« Balthazar (il signait ainsi) mourut à Castres le 4 juillet 1663. et ses funérailles soulevèrent quelques difficultés dues probablement à sa qualité primitive de catholique. Il laissa des papiers dont Bayle s'est longtemps entretenu dans l'article qu'il lui a consacré. On sait par les archives de M. le comte deBouffard où ils sont allés. L'auteur, peu de temps avant sa mort, avait remis à Jean de Bouffard-Madiane « sept sacs pleins contenant ses diatribes contre le cardinal Baronius et son « Traité de la monarchie françoise, » ainsi qu'il le témoigne dans une déclaration en date du tS mai 1663 qui existe dans les archives particulières dont nous venons de parler. Balthazar en mourant laissa aux pauvres de Castres tout ce qu'il possédait, et M. de Madiane s'empressa de remettre les papiers en question aux mains du Consistoire, qui lui délivra un reçu enregistré dans une délibération du 11 juill. 1663. C'est donc au Consistoire de Castres, ou plutôt au désordre dans les archives des Consistoires par la révocation de ledit de Nantes, qu'il faut attribuer la perte de ces papiers. »
Les seuls ouvrages qui restent de notre auteur sont tous d'une date antérieure à sa conversion.
I. Traité des usurpations des roys dEspagne sur la couronne de France depuis Charles VIII, Paris, 1626, in-8°. A ce traité est joint un « Discours sur
le commencement, progrez et déclin de l'ancienne monarchie françoise, droicis et prétentions des roys très-chrestiens sur l'Empire, ainsi qu'un Sommaire des droicts des roys de France sur les comtés de Bourgogne, Cambresis, Hainault, Luxembourg et Gênes. » L'auteur, on le voit, prétendait reconstituer l'empire de Charlemagne.
IL Justice des armes du roi très-chrétien contre le roi d'Espagne . depuis Charles VIII, Paris, 1647, in-4°. C'est, d'après le père Lelong. une réimpression plus ample de l'ouvrage précédent.
III. Panégyrique de M. Fouquet, 1655, in-4°. — Notable spécimen de l'élégante latinité de Balthasar.
IV. Traité du domaine royal, droicts et privilèges d'iceluy, où il est vérifié par divers actes anciens que le domaine a toujours été tenu pour inaliénable à perpétuité jusqu'au roi Charles VI, contre l'opinion vulgaire.
V. Traité du droict de régale, où il est montré que ce droict s'étendoit autrefois sur les abbayes, et qu'il n'a esté en usage en ce royaume sous la troisième race.
VI. De l'ordre judiciaire et d*s magistrats françois sous la première et la seconde race.
VIL Traité de t origine des fiefs et des droicts seigneuriaux.
Ces quatre derniers ouvrages n'ont jamais vu le jour et sont seulement cités par Lelong.
Dans une conversation qui eut lieu en présence de l'abbé de Marolles, Balthasar, interrogé sur les motifs qui l'avaient :é à changer de religion, répondit « qu'il s'y était porté par la persuasion qu'il avait conçue que dans l'autre communion [la réformée] il y avait plus de pureté et de simplicité que dans la nôtre; qu'on y avait rétabli la sainte liberté de l'Evangile sous le doux joug de la foi aux promesses de notre Seigneur, et qu'on en avait ôté les abus et la superstition, pour y mettre le culte selon l'usage de la primitive Eglise. » Il persévéra jusqu'à sa mort dans la religion qu'il avait embrassée par conviction et au prix d'une position avantageuse, et jusqu'à son dernier jour, nous dit Bayle, il édifia ses frères tant par sa bonne vie