‹ La France protestanteChapitre 196 sur 303 · BALTHAZAR — BANAL · texte numérisé non relu

BALTHAZAR — BANAL

que par ses discours. Malgré son mérite incontestable et ses connaissances profondes, il n'avait pu se débarrasser des premières impressions de son enfance et il avait la faiblesse de croire aux apparitions, aux sortilèges et môme aux prédictions de Nostradamus.

Il ne faut pas croire à un Christophe Balthasar qui aurait été conseiller d'Etat et intendant de Languedoc. C'est une pure erreur que le p. Lelong a commise [voy. I, 220 b] en parlant du Traité des usurpations. On ne doit pas non plus confondre notre Balthasar avec le lieutenant-général Balthasard, qui a écrit Y Histoire de la guerre de Guyenne depuis 1651 jusqu'en 1653, sans nom d'auteur, Cologne, 1694, in-12; réimp. dans les Pièces fugitives d'Aubaïs, sous le titre : Mémoires de la guerre de Guyenne. Ce dernier, quoique servant sous les drapeaux de la France, était du Palatinat. — Loys, fils du capitaine Balthasard, de Brignoles en Provence, et J.- Baptiste, fils du capitaine Arlaud, du même lieu, sont placés comme apprentis pour le métier de teinturier de soye à Genève, 1601 (Montelier, not. VII, 163).

BAME (Gilles), « conducteur aux fortifications, » réfugié avec sa famille (7 pers.) à Wesel, 1700.

BAMILET (Louis), de La Rochelle, persécuté par l'intendant, de Muin, 1C81 (E. Benoît).

BAN (Renaud). Maître Renaud ou Renard, quelquefois Arnaud, quelquefois Bau, Bon, Bou, Banc l, ou ArnolphusBaucus, Français réfugié à Genève, envoyé de cette ville comme pasteur, en février 1561, à l'église de Sainte-Marieaux-Mines, et accepté comme tel par le seigneur du lieu, sire de Bibeaupierre (Voy. Drion, Notice sur l'égl. de Sainte- M.-aux-M., Colmar, 1858, in-12). Ce renseignement est fourni par une lettre de l'un de ses successeurs à Sainte-Marie, le pasteur J. Le Bachellé 2, qui ajoute : « Il fut depuis redemandé de l'église de Nismes à laquelle il avoit servi auparavant. » En effet, on lit dans YHist. de

1 On trouve mémo liancy, mais par erreur, dans la note de MM. Haas (M. 330), où Arnaud Bancy usure comme pasteur de Francfort-sur-l'Oder en liiGt. Il fallait lire Bancq.

5 Lettre à Paul Ferry, »2 mars t«3, Bull. 1, 4fi2.

l'égl. de Nîmes (par A. Borrel, 2e édit., 1, 43 et 477), qu'un pasteur demandé par cette église arriva de Genève le 20 juin 1562, qu'il y resta jusqu'en 1565, et qu'il se nommait Pierre Banc dit La Source. Ces variétés de prénoms, de noms et de surnoms, comme nous l'avons déjà remarqué, étaient des plus usuelles parmi ces fidèles et dévoués ministres de la sainte Parole, obligés souvent à se cacher pour la sûreté de leur vie. Celui qui fait l'objet de cet article est inscrit au nombre des députés qui assistèrent au synode de La Rochelle, en août 1571, en ces termes :

« Arnaud Banc de La Source » et comme représentant les églises du Quercy [II 268 a, note]. — Charles Ban, du Poitou, condamné aux galères, 1688. — • (Guillaume), assité à Lausanne, 1er déc. 1701; (Jean), id., 1er oct. 1702.

BANAL. Gn regrette de n'avoir pas d'autre information sur la famille qui portait ce nom que l'anecdote suivante.

Lorsque, grâce aux préliminaires du traité d'Utrecht, la reine Anne d'Angleterre eut forcé Louis XIV à relâcher une partie des galériens huguenots, les libérés, qui étaient au nombre de 136, envoyèrent d'Amsterdam, où ils étaient parvenus, douze des leurs à Londres, afin d'offrir à l'illustre reine l'expression de leur reconnaissance. Les douze députés eurent l'honneur de lui baiser la main et furent fêtés par le peuple anglais. Ce ne fut pas agréable aux attachés de l'ambassade française. Un dimanche matin que le ministre Armand du Bordieu prêchait à la grande Savoie (principale église française de Londres), comme il était au milieu de son sermon, un des officiers de l'ambassadeur cria tout haut : « Tu en as menti, » et se sauva au plus tôt. Quelques jours après un autre officier de l'ambassade se trouvant au Café Français, proche la Bourse, disait pis que pendre des réfugiés, et quelqu'un lui ayant représenté qu'il devait être plus circonspect dans ses discours en un pays de liberté: « Croyezmoi, messieurs, dit-il, le roi de France a les bras assez longs pour vous atteindre au delà des mers et j'espère que vous le sentirez bientôt. » Alors un négociant de Londres, bon réfugié, nommé

BANAL — BAXCELIX

M. Banal, se trouvant à portée de faire éclater sa colère, lui appliqua un des plus rudes soufflets qu'on ait vu donner en lui disant : « Ce bras qui n'est pas si long que celui de ton roi t'atteindra de plus près. » L'officier voulut mettre î'épée à la main, mais tous les Français qui se trouvaient dans le Café l'en mirent dehors, et l'ambassadeur lui-même, M. d'Aumont, auquel il alla porter sa plainte, donna tort à son insolence querelleuse.

Mém. d'un protestant condamné aux galères (de J. Marteilhe); Rotterdam, <75ï, in-12. Edit de Paris, 1865,

BAXCELIX, nom d'une vieille famille bourgeoise de Metz [Haag I, 221 1. Gédéon, marchand, fut diacre et ancien de l'église réformée de cette ville. Etienne, son fils, marchand , remplit diverses fonctions municipales et prit pour femme Jeanne Le Goulon, qui appartenait à une très-notable famille protestante messine (voy. Michel, Biogr. du pari.

de Metz . En autre fils de Gédéon, nommé Fhançois, également ancien de l'église et membre de l'échevinage, eut quinze enfants, dont le troisième, aussi nommé François, naquit à Metz et y fut baptisé le 26 septemb. 103-2. Celui-ci devait être un pasteur distingué. 11 lit udes de théologie à Montauban et exerçait déjà des fonctions pastorales en 1G61 ci-dessus, col. 275). En 1662, il épousa Anne, fille du célèbre pasteur de Mets, Puul Ferry. Au mois de mai de l'année précédente une assemblé chefs de famille protestants de sa ville natale l'avait appelé à venir assister son beau-père pour lui succéder un jour. Le synode provincial de Houdan. 11 mai 1662, lui accorda son congé et il fut installé à Metz dès le 5 juillet. Mais à l'instigation des jésuites, le clergé catholique fit des réclamations fondées sur ce qu'il était interdit d'augmenter sans permission le nombre des pasteurs de la ville. Ils ne devaient pas être plus de quatre et ils étaient quatre en effet ; Ferry. Ancillon, Jassoy et de Combles. 11 fallut se soumettre. Bancelin obtint alors du consistoire l'autorisation d'aller servir l'église de Thouars qui le demandait (19 juin 1663), et il ne

lui fut permis de prendre la place de son beau-père qu'après la mort de celui-ci (28 déc. 1669), par une délibération du 17 janv. 1670. 11 fut donc enfin installé à Metz, y joignit ses efforts à ceux de ses collègues (voy. Ancillon, col. 213) contre les mesures tyranniques de Louis XIV, fut envoyé en députation à la Cour en 1680 pour protester contre la démolition des temples, et ne quitta Metz que contraint à l'exil par la Révocation. (O. Cuvier.)

Chassé de France, il se réfugia en Prusse avec son collègue David Ancillon. Dès l'année 1686, il fut nommé pasteur de l'église française de Francfort-sur- Oder et chargé de la surveillance des jeunes Français qui faisaient leurs études à l'université de cette ville. 11 fut appelé à Berlin en 1690, et eut pour successeur à Francfort Jean Causse, également réfugié. A l'époque où les alliés entrèrent en négociation avec Louis XIV, en 1696, Bancelin fut nommé avec les pasteurs Rouyer, do Gaultier, Fêlizon, de Repey, et MM. de Bournizeaux, Goffin, Teissier, Brêhé et dlngenheim, membre de la commission chargée, par le consistoire de l'église de Berlin, d'aviser aux mesures à prendre pour obtenir, par l'intervention des puissances protestantes, le rétablissement de l'édit de Xantes. Faiblement appuyée par l'Angleterre et les Provinces-Unies qui avaient trop gagné à la mesure impolitique du roi de France pour se montrer fort ardentes à poursuivre la réparation de cet acte odieux, la requête des réfugiés fut écartée. Louis XIV repoussa avec non moins de hauteur un mémoire, à la rédaction duquel avaient concouru, avec Bancelin, Beausobre, Montbrelai, Du Han. Delas et Luyandi. et qui lui fut présenté par le chargé d'affaires de l'électeur de Brandebourg, mémoire où ses anciens sujets le suppliaient de rapporter les ordonnances qui avaient confisqué leurs biens. Bancelin est ainsi désigné sur les listes du refuge en Prusse : « Pasteur de cette église (de Dorotheestadt), la dIIe sa femme, son fils Henri, un autre fils officier dans les troupes de Lunébourg et une servante; » 1698. Il mourut à Berlin, doyen des pasteurs français de cette ville et professeur de

BANCELIN — BANSILION

théologie à Francfort, le 16 déc. 1703. Sa veuve le suivit le 2 fév. 1704 (Rég. de l'égl. fr. de Berlin).

Leur fils aîné, Paul, étudiait à Saumur en 1679 (Tt 239), et c'est le même sans doute qu'on retrouve en 1695 à Utrecht, sous ce titre : « Paul Bancelin capitaine lieutenant commandant la compagnie de M. le mis de Montpoilland, lieutenant-général de cavalerie au service de S. M.Britannique. » Un autre, Henry-Charles (et non Louis-Ch.), né à Thouars, est inscrit sur le Livre du recteur de Genève en 1682, et acheva ses études théologiques à Francfort-surl'Oder. Nous le trouvons cité parmi les douze étudiants français qui, en 1688, recevaient les douze hourses fondées par l'électeur dans cette université en faveur des réfugiés. Les onze autres se nommaient Périer, de Durant, Jean Du Bourg, David Ancillun fils, iïlngenheim, de Plantamour, Daniel Le Roi, Daniel Saint -Nicolas, Charles Lugandi, Pierre Crégut et Pierre Nicolas. Dès l'année suivante, le jeune Bancelin fut nommé troisième pasteur de Francfort-sur-1'Oder. En 1691, il fut appelé à Berlin en qualité de prédicateur de l'hôpital, fonctions qu'il remplit jusqu'en 1693, où il fut attaché comme pasteur à l'église française. 11 épousa en 1703 Judith Grandjambe, de Metz, et mourut à Berlin en 1711 ; sa veuve en 1744. Ils avaient eu cinq enfants, morts jeunes. — François avait un frère, Charles, capitaine au régim. de Navarre, qui abjura en 1685.

Un Bancelin, cornette au régiment de Schomberg, périt au camp de Dundalk, 1690. Un Paul, fils du pasteur , abjura à Metz en 1728.

BANCELS (Isaac d'Alphonse de) avait servi dans les cadets en France.

Réfugié en Allemagne à l'époque de la Révolution, il y fut grand mousquetaire dans la compagnie de Souville, officier de cavalerie au service du grand Électeur, capitaine au service du duc de Savoie, enfin major de dragons sous Frédéric I. 11 épousa Anne de la Valette de Lascours, et ne laissa qu'une fille, Marianne, qui fut mère du professeur Causse de Francfort- sur -l'Oder. Il fit prendre à son neveu Jean de Crez le nom d'Alphonse de Bancels. Ce neveu devint

major de cavalerie au service de Prusse (Erman, IX 15).

1 . B ANCILLON, Bansillon, etc. Henry Bansilon était ancien de l'église de Sauve en 1562 {Bull. 111, 228). Il était sous-fermier de l'Equivalent de la ville de Sauve en 1563, époque de sa mort. — (Jean), tuteur des enfants du précédent, 1574 (Cazaxis).

2. BANSILION (Jean), de Montpellier, est inscrit sur le livre du recteur (Jo. Bansilionus) comme étudiant en théologie à Genève, au mois d'oct. 1595. Aussitôt après ses études il est appelé à Aiguës-Mortes, 1598, puis à Aimargues, puisàVauvert,etencoreàAigues-Mortes où il fut en fonction jusqu'en 1637, date probable de sa mort, car son nom disparaît alors des synodes du Bas-Languedoc. Sa vie fut assez agitée par l'effet de sa promptitude, ennemie de la prudence. Il aimait la controverse et seplaisait aux illusions de la magie ; il encourut même sur ce dernier point les censures synodales, et sur les plaintes des sieurs Malmont et Gautier , fut suspendu de ses fonctions, trois mois, par le synode national de Privas. Un libelle attribué par La Monnoye à Henry de Sponde :

« Le Magot Genevois, découvert es arrests du synode national des Ministres réformez tenu à Privas l'an 1612, » expose les faits fort à son désavantage : « Il fallut enfin, y lit-on, juger l'affaire de Bansillon, contre lequel le capitaine Gautier, gouverneur de Peccais, avoit écrit au synode des lettrespar les quelles il l'accusoit d'avoir affronté de 4,000 écus un médecin papiste de Lyon nommé Richardon, lui vendant une recepte pour la terrecture des métaux, la quelle étoit fausse : Item, de travailler tous les jours à l'alchimie, empoisonnerplusieurs personnes par ses sublimez, antimoines et autres drogues venimeuses, faire même la fausse monnoie ; mestiers qu'il auroit apris d'un médecin dict Barnaud (voy.

ce nom), le quel il avoit retiré en sa maison, etc. >> La légèreté d'une pareille accusation saute aux yeux ; aussi le synode de Tonneins, auquel Bansillon avait été député par la province du Bas-La nimedoc, reconnut son innocence et ordonna de rayer des actes du synode de Privas la censure qui lui avait été infligée.

BANSILION

Mais les controversistes avec lesquels il eut affaire ne se firent pas faute de la lui reprocher.

Le premier de ses adversaires fut le célèbre jésuite Cotton qui avait écrit sur la Messe un traité auquel Bansilion répondit par : I. « Les Con fusions, Vanitez et Xouveautez de la messe, » qui faillit le faire mettre en prison. On lit, sous la date du 24 janvier 1601, dans les registres du consist. de Nîmes : « Sur l'exposition faicte par M. Brancillon ministre d'Aiguesmortes,presentzMM..l/a^oïa-era?« et de Chauve ministres, des moyens qu'il a à tenir pour le retraict du décret de prinse de corps contre luy donné par le siège présidial de Béziers, comme aussi que le livre par luy faict soit cloué à la porte de la maison consulaire. » L'assemblée prend fait et cause pour le requérant; elle décide de présenter une demande aux commissaires exécuteurs de ledit pour que le décret de prise de corps soit retiré. 11 le fut en effet. Mais la vivacité de Bansilion ne diminua point. En 10ur> (3 avril) les magistrats de Nimes, où son talent pour la prédication le faisait souvent appeler * , manifestent le mécontentement qu'il leur cause : « les

sieurs magistrats estimant que il ait, en tançant le vice, advancé quelques parollfs tendant à reprandre la justice de conivance. » Le pasteur Suffren était compris dans la même plainte. Le consistoire prit la défense de ses prédicateurs et agit de manière à sauvegarder la liberté de la chaire.

À la même époque où le ministre d'Aiïues-Mortes n'évitait qu'à peine une poursuite criminelle pour les licences qu'il avait prises en écrivant sur la w, en 1601, paraissait un libelle catholique dont nous avons parlé plus haut (col. 21) : Le Fouet des apostats, par lecordelier Nicolas Aubespin. Bansilion ne put s'empêcher d'y faire une réponse, qui parut à Montpellier, en

ce titre : IL « Défense de la Reli-

« 25 oct. i600, payement de 5!iv. à M. Cfiet/ron diacre, • pour avoir norry durant «o jours en sa maison, M.Bancillon pasteur protestant preschant en cette ville. » — Autrt s paiements analogues en avril, mai, août 1603. — Appelé pour remplacer le pasteur Ferrier pendant la députation de celui-ci à la cour, avril I606. — Il est « désiré • pour pasteur à Nîmes, 2 janv. 1613. Tu exprès est chargé de partir le lendemain pour l'aller prendre. (Reg. du Consist. |

gion réformée contre le libelle appelé Fouet des apostats. » En même temps il publiait un Discours général contre les principes de l'Eslise romaine, qu'il avait divisé en trois parties. La première avait paru en 1603 l et la seconde en 1606*; quant à la troisième, «j'avois dilayé [différé], dit-il, l'édition de ceste 3e partie, imitant les bons capitaines, qui font advancer peu à peu leurs troupes contre leurs ennemis; ne hazardans jamais toute leur armée à la fois ; mais qui font qu'un esquadron preste l'espaule à l'autre, le soustient et reçoit en cas qu'il le vid repoussé. Ainsi avoy-je desbandé pour avant-garde et pour Enfans perdus les deux livres premiers de la Ire partie, ou je defendoy les principes de nostre Religion contre ceux de nos adversaires. A celle-là fl-je succéder la seconde, en laquelle je soustenoy toute nostre créance contre les accusations fausses de ceux qui ne l'entendent pas ou la pervertissent malicieusement.... »

Il allait mettre au jour « le gros de la bataille.» c'est-à-dire la troisième partie de son Discours, lorsque le frère Aubespin l'attaqua dans une nouvelle édition de son Fouet des apostats qu'il appela le Second Fouet ; mais tandis qu'il était occupé de faire face au cordelier, en insérant une réponse à son adresse dans l'ouvrage qu'il avait sous la presse, survint un jésuite. Provincial de son ordre, le R. P. Louys Richeome, qui absorba son attention tant par son nom, ses titres, sa personne <« estant homme « qui a la plume bien taillée et qui fait « profession de la lecture des bons « livres, » que par la publication d'un nouveau pamphlet au titre bruyant :

« r Idolâtrie huguenote fiarurée au pa- * tron de la Veille payenne et dédiée au « Roy très-chrestien'.» Dès lors, notre ministre ne tarda pas à faire paraître : III. « L'Idolâtrie papisiique opposée en « réponse à l'Idolâtrie huguenote de

« Rouen. 808 p. in-12, «607; Arras, 7)0 p. in-8», 1608 Lyon, P. Ri-aud, 1608.

■ I Nismes. du i S hastian Jaquy.

• A Montpellier, chez Jean Gilet. C'est tout ce que nous savons de ces déni traités, si ce n'est que le se oni avait été présenté par son auteur au svnode du Bas-Languedoc tenu A Alais le 8 mars «606 et que cette assemblée en ayait recommandé l'impression.

BANSILION

« Louys Richeome, et servant de troi- « siesme partie à l'Instructive des conte troverses de Jean Banssilion de M. M. « A. A.1, contenant les préventions et « prévarications de l'Eglise romaine; »

1608; 546 p. in-8°2. A quoi le Provincial des jésuites répliqua peu après par : a Le Panthéon huguenot découvert et « ruiné, contre l'autheur de l'Idolâtrie « papistique, ministre de Vauvert, cy « devant Aiguesmortes;» 1610, in-8°de 339 pages3. Toujours prémuni de sa dédicace au roi très-chrestien, l'auteur y explique le titre de sa réplique: «Je l'appelle le Panthéon huguenot découvert et ruiné, parce qu'en icelle je monstre que selon la totale doctrine des Ministres, que cestuy ci défend à tous essais en opiniastre perdu, la Prétendue Religion est un Temple général et un Panthéon à tous Dieux, auquel toutes sortes d'hérésies et Idoles spirituelles sont nichées et adorées en titre de Religion Reformée, comme jadis au Panthéon Payen estoient receùes et consacrées toutes les Idoles matérielles des faux Dieux de la Gentilité ; et par telle découverte principalement je les destruits...» Une courte citation suffira pour faire comprendre la méthode par laquelle le jésuite arrive à de si merveilleux résultats. Il veut prouver que l'idolâtrie de Vénus, par exemple, est en aussi grand honneur parmi les huguenots que dans la Grèce antique. Il commence (Idol. hug., 1. A7) par une série de chapitres consacrés à l'histoire et à la description de ce culte dans tous ses scabreux détails; puis, d'espace en espace, chap. XIII, par exemple, il établit le raisonnement que voici : — Gh.XIII. « Des statues et idoles de Venus, de Gupidon, Priapus, des colombes et cygnes, de Vénus, des sacrifices d'icelle et autres superstitions renouvellées en la R. p. Réformée. » — « Ne vous

1 De Montpellier, ministre à Aiguës-Mortes.

8 Avec une épitre dédicatoire à M. d'Arambure, seigr de llamefort, gouverneur d'Aigues-Mortes et un sonnet à la louange de l'auteur par Abraham de l'Arc.

3 Paru en même temps à Lyon chez P. Rigaud, à Rouen chez Sal. Jumelin et dans plusieurs autres villes, comme l'Idolâtrie huguenote. I.a richesse des Jésuites leur permettait, quand un livre émané de la Compagnie leur paraissait devoir réussir, de le répandre n profusion en le faisant imprimer ù la fois dans plusieurs villes, a\ec ce soin que tout étant très-différentes par les caractères et les fleurons, ces impressions diverses fussent de pagination identique.

alarmez pas, messieurs, du tiltre de ce chapitre, comme prétendus innocens des choses qu'il vous met sus; oyez seulement ce qu'il dict et arguez moy de calomnie si je vous accuse à tort. Il se peut bien faire, ce que je n'ose affirmer, que vous ne tenez point de statues de Venus de métail, de bois ou de pierre, ni le reste pris au pied de la lettre, mais vous faites pis. Vos Statues et vos Idoles, vos Gupidons, Priapes et les autres figures de vostre Idolâtrie sont plus subtiles et plus trompeuses ; elles vivent et parlent et donnent dedans l'âme plus profondément que ces pièces grossières de la' Gentilité et se forment en chair. Vos statues de Venus sont vos maximes de luxure taillées en vostre entendement, publiées par vos escrits, presebes, et adorées par vos œuvres à la veùe de tout le monde, non-seulement sans honte, mais encore avec vanterie et louange de Religion : Chascun soit marié, laïques et prestres ; la virginité soit bannie ; le célibat chassé ; nul ne voue chasteté; nul ne face conscience de la rompre l'ayant vouée. Ce sont vos Idoles parlantes sans dissimulation, sans couverture, et toutes nues, provoquant chascun a s'adonner a la chair avec beaucoup plus d'énergie et d'efficace que ne firent onques les anciennes du temple de Venus payenne, etc. » C'est par ces équivoques misérables et graveleuses que l'Eglise romaine répondait aux sérieuses critiques de la Réforme et de ses ministres. Ils avaient riposté; ils avaient même amusé leur auditoire , c'était assez.

Bansilion soutint bien d'autres combats ; mais il ne nous est resté qu'une partie des livrets éphémères qui pourraient nous les faire connaître. Après le frère Aubespin, le père Coton, le père Richeome, un certain père Carnot dont nous n'avons que le nom, il eut à lutter avec frère Fulgence Brun, récollet. Ce fut dans une conférence publique. 11 paraît que cette conférence avait été interrompue, trop précipitamment, par la disparition du récollet qui s'était déclaré malade, et Bansilion, avec sa vivacité, habituelle, avait promptement publié le récit de ce qu'il considérait,

BANSILION

non sans raison, comme sa victoire. De là l'indignation du frère Fulgence qui lui répondit par un volume intitulé :

« Anthropographie mviistériale ou devise de maistre Jean Bansilion, ministre prétendu dans la ville d'Avguemortes, descouverte en on sien cayer imprimé sur la Conférence qu'il a eu tant de vive voix que par escript avec le R.-P. Fulgence-Brun, gardien des PP. Recollets de Beziers preschant pour lors en la ville d'Avguemortes, avec la d.

Conf. comme elle est en son original, où le s. sacrifice de la messe est clairement et succinctement défendu contre les hérésies de ce temps. » Béziers, J. Pech, 1619; 216 p. in-16. Le récollet ne ménage rien ; il reproche à son antagoniste d'avoir perdu avec le p. Carnot une dispute où il avoit engagé sa tête, « d'avoir esté doucement peloté par le « R. P. Coton et richement estrillé par le « R. P. Richeome .... et une infinité « d'autres avec lesquels il s'en est voulu

■ prendre. » Ii se moque aussi de ce que a maistre Bansilion n s'était hâté de faire imprimer : IV. a La Conversion du R. P. Guillaume , docteur en théologie, pour célébrer la conversion qu'il avoit faite d'un pauvre cordelier tenté du diable, » tandis que celui-ci, «homme

■ idiot qui savoit quasi-lire, encore avec « grand peine, » s'empressait de rentrer dans son couvent. Il lui rappelait aussi les accusations plus graves d'avoir « donné dans l'alchimie, » d'avoir dé<;u des marchands jusqu'à la somme de 2,000 escus et de continuer à souffler pour venir à bout de la pierre philosophale (p. 5). « Et avec tout cela, mes- "■ sieurs, s'écrie le frère Fulgence (p. 13), « il faict encores du Morgant, il faict du « Goliath, il deffie tous les Récollets! ....Aussi j'ay jugé estre expédient d'ou- « blier le soin de ma propre santé pour « celui des âmes et de percer sa langue « vipérine et applatir la tumeur de son « orgueil. » Bansilion répondit par : V. « Les Tableaux de la Messe, recueillis de la doctrine des plus célèbres docteurs de l'Eglise romaine et notamment de celle des Observantins Recollets; Nismes. J. Vaguenar, 1620 (in-8° de 16 et 486 p.). » C'est un ouvrage qui n'est pas exempt de trivialité puisque tel était

le goût du temps, mais d'une autre espèce que celui auquel il faisait réponse. Le ministre expose sérieusement les faits, il donne les articles du procèsverbal de la conférence, il met en regard l'édition falsifiée qu'en avaient donnée les récollets; il complète cette démonstration de leur mauvaise foi par un traité sur chacune des questions débattues et il dit avec calme dans sa préface (à Messieurs de l'Eglise romaine) : « Je ne me proposeray autre but en tout ce Traicté que l'esclaircissement de la vérité et l'édification des âmes : comme je n'ay eu aussi autrefois dès le commencement de cette conférence. » La querelle est à son honneur. Ajoutons qu'il dédia son livre à un enfant nouveau-né, mais qui était un Coligny, Maurice fils du comte de Coligny, gouverneur de Languedoc, et qu'il lui dit en tète de sa dédicace avec un àpropos qui ne manque pas de noblesse : « Monsieur, on trouvera estrange que je vous parle si sérieusement avant que vous sçachiez parler. Mais pourquoy cela, puisque le plus beau langage qu^ l'on vous paisse apprendre est le langage de Chanaan, qui ne tient pas seulement de la langue des Anges, mais qui est le style et le discours duS.-E-prit?... »

Nous possédons encore de notre auteur le livret suivant : VI. « Conférence tenue en la ville de Montpellier au mois de mars 1621 entre M. Pierre deFenouillet, evesque de Montpellier, et M. J. Bansilion, ministre à Aiguesmortes , touchant : le canon des sainctes Escritures ; les corruptions de la version vulgaire de l'Eglise romaine: le culte des images. » Nismes. par la veuve de J.-J.

Vaguenar, lfj-2'i ; 174 p. in-16. — C'est le récit d'une dispute semblable à celle que nous avons racontée plus haut (col. 158-161), c'est-à-dire dans laquelle les catholiques, après avoir pressé les ministres, d'abord Faucher, professeur à Nimes, puis Bansilion, de débattre un certain nombre de points controversés, afin de satisfaire à la curiosité et à l'édification des auditeurs, arrangent une assemblée presque toute à leur dévotion et s'ingénient à lasser la patience du ministre par les feintes et les faux-

BANSILION

Page 1