BARATIER
mère dans le pays de Vaud où il commença ses études. En 1699 il partit pour Berlin et reçut à Lausanne, pour faire son voyage, un secours de 9 florins. Après avoir passé un examen de théologie à Francfort-sur-Oder, en 1710, il fut reçu ministre de l'Evangile et obtint bientôt une place d'aumônier dans un régiment; il ne la conserva qu'un an. En 1719, il fut nommé pasteur à Wilhelmsdorf, d'où il fut ensuite appelé à Schwabach. Enlin il quitta cette dernière église, le 13 fév. 1735, pour se rendre à Stettin, en qualité de pasteur de l'église française. Son successeur, M. Faigeaux, lit paraître, à son insu, son « Sermon d 'adieu à l'église française de Schwabach, par M. B., Francf. 1745. » Le roi de Prusse confia plus tard à Baratier, comme nous le dirons plus bas, les fonctions d'inspecteur des églises françaises de la province de Magdebourg; il les remplit avec zèle jusqu'à sa mort arrivée en 1751. Il a laissé :
1. Fables et histoires possibles , recueil de contes composés en 1723, pour l'instruction de son fils, insér. dans « la Lecture rendue facile et agréable » de Choffin (Halle, 1763, in-8°); réimp. en partie, par Gotting, sous le titre : Le jouet des jolis petits enfants, 1776, in-8°.
II. Merkwiïrdige Nachricht voneinem sehr fruhzeitig gelehrten Kinde, Stettin et Leipz., 1728, in-8°; 2e édit., 1735, in-4°. — C'est l'histoire de son propre fils, qui fut un véritable prodige, ainsi qu'on va le voir.
2. Né le 19 janv. 1721 , à Schwabach, Jean-Philippe Baratier lisait couramment à 3 ans; à 4 ans, il parlait avec facilité le français et l'allemand ; à 5, le latin; son père, sa mère et sa bonne avaient été ses seuls maîtres, en lui parlant chacun dans une de ces trois langues. A 6 ans, il savait le grec et l'hébreu; à 7, il pouvait réciter de mémoire tous les psaumes dans la langue originale; à 8, il traduisait à livre ouvert quelque auteur qu'on lui présentât. Il se mit alors à étudier le chaldéen, le syriaque, l'arabe et le dialecte rabbinique. A treize ans, il avait lu la plupart des écrivains ecclésiastiques, les collections de conciles, les écrits des philoso-
phes, et dans son impatient désir de tout apprendre, il abordait déjà les mathématiques. Dix jours d'étude lui suffirent pour comprendre l'astronomie. Il ne demandait à ses livres que ce qu'il ne pouvait pas découvrir de lui-même, c'est-à-dire le nom des constellations et la manière de calculer le cours des étoiles ; puis il se fit un astrolabe, dressa des tables astronomiques, confectionna des instruments ingénieux, et inventa des méthodes nouvelles, au moins pour lui. 11 fit ainsi d'étonnants progrès. A l'âge de quatorze ans, il envoya aux académies de Londres et de Berlin un mémoire où il exposait ses idées sur le calcul des longitudes. La Société Royale chargea le savant Hodson de lui faire un rapport sur ce travail. La découverte du jeune Baratier n'était pas nouvelle ; mais surprise de rencontrer dans un enfant d'aussi profondes connaissances, elle lui répondit par une lettre des plus flatteuses. L'Académie de Berlin lui donna peu de temps après une preuve non moins honorable de sa bienveillance, en l'admettant dans son sein.
Ce fut sur ces entrefaites que François Baratier reçut vocation de l'église de Stettin. En se rendant à son poste, il passa par Halle avec son fils qui, après un brillant examen, obtint gratuitement le diplôme de maître ès-arts. A leur arrivée à Berlin, le roi qui avait entendu parler du jeune savant, voulut s'assurer par lui-même que sa réputation n'était pas usurpée. Il le fit venir en sa présence. Interrogé sur presque toutes les branches des connaissances humaines, Baratier soutint cette épreuve avec le plus grand succès, et Frédéric- Guillaume émerveillé, comme toute sa cour, de trouver en un adolescent tant de savoir uni à une grande modestie, lui fit don de 100 thalers et lui accorda une pension de 50 écus, pendant quatre ans, en recommandant au père de détourner son fils de l'étude des mathématiques et de lui donner le goût de la jurisprudence, la seule science, selon lui, d une utilité réelle. Comme Stettin n'offrait pas les facilités convenables pour l'exécution du projet conçu par le monarque, Baratier le père fut envoyé à Halle, avec le titre de pasteur et d'ins-