‹ La France protestanteChapitre 221 sur 303 · BARJAC · texte numérisé non relu

BARJAC

deux partis, nous dit Achille Gamon, le regrettèrent également à cause de ses belle? qualités et de son rare mérite.

5. De son mariage avec Marguerite Bruéis, Charles de Barjac laissa un fils, nommé Denys, que nous ne trouvons mentionné nulle part, à moins que ce ne soit lui qui soit cité, sous le simple nom de Barjac, dans les procès-verbaux de l'assemblée de Saumur parmi les députés du Haut-Languedoc. Les Jugements de la Noblesse de cette province, qui ne nous donnent d'ailleurs que des renseignements fort incomplets sur cette famille huguenote, nous apprennent que Denys deBarjacépousa Madelaine d'Audibert de Lussan et qu'il en eut un fils, nommé César. D'autres documents nous attestent qu'il fut aussi père de deux filles ; l'une, appelée Marguerite, se maria, en 1644, avec Philippe-Guillaume de Laurens, seigneur de Beauregard et baron du S. -Empire; l'autre, qui avait nom Ennemonde, lut femme de Charles Bigot, sieur de Montjoux.

6. Charles de Barjac, seigneur deRochegude, La Baume Saint-Geniès, etc., épousa, le 18 oct. 16 i8. Antoinette, fille de Jean Hilaire, conseiller en la cour des aides de Montpellier, et d'Antoinette de Pordian-Maureilhan. 11 en eut une fille nommée Madelaine et trois fils. Le plus jeune fut tué sous les drapeaux. L'aîné, Jean, arrêté sur !a terre de Rocheirude à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes, fut jeté dans la tour de Constance, d'où il fut transféré à Montpellier et plus tard à Pierre-Encise. Le second, qui se nommait Jacques, capitaine au régiment de Champagne, fut enfermé dans le fort de S. -André en Franche-Comté, et sa fermeté ne se démentant pas, conduit à la fin sur la frontière suisse, avec MM. de Moursy , de Marconnay et de Vesançay. Il alla habiter Vevay avec son frère Jean. Tous leurs biens furent confisqués; mais Ennemonde de Barjac en obtint la restitution, en abjurant la religion réformée.

Charles de Barjac mourut à Vevay en 1685. Sa femme, petite-fille de l'illustre Calignon, après avoir erré longtemps dans les bois sous un costume de paysanne, avait fini par être reconnue et avait été enfermée dans un couvent à

Nîmes. Promesses, menaces, tortures, rien ne put ébranler sa constance. Enfin l'abbesse craignant « qu'elle ne rendît tout le couvent huguenot, » supplia l'éyêque de la débarrasser de cette hérétique opiniâtre. On la mit dans une litière et on la transporta à Genève, d'où elle alla rejoindre son mari à Vevay. Plus tard ils purent y réunir sous leur toit leurs deux fils Jacques et Charles qu'on avait élevés de force chez les jésuites de Beaucaire et leurs deux filles qui avaient réussi à s'échapper du couvent de Bagnols après quatorze ans de détention.

7. Ce Jacques de Barjac s'est rendu recommandable par le zèle qu'il déploya en toutes circonstances dans l'intérêt des réfugiés. En 1698, il fut député à Berlin avec Loriol de la Grivelière pour négocier l'établissement dans le Brandebourg des protestants français qui avaient cherché un asile en Suisse. Dans le seul canton de Berne on n'en comptait pas moins de 6,000, et sur ce nombre 2,000 étaient privés de tout moyen d'existence. C'étaient pour la plupart des ministres, •^ntilshommes, des gens sans industrie, ou bien des vieillards, des femmes et des enfants incapables de gagner leur vie par leur travail. La charge était trop lourde, même pour le canton le plus considérable de la Confédération. La Chambre de la direction des réfugiés qui siégeait à Berne , chargea Barjac et Loriol « de se transporter vers les Cours des princes et états protestants et partout ailleurs où il serait nécessaire, afin de tâcher d'en obtenir les moyens d'établir en des lieux certains les réfugiés qui étaient en ce canton, n Cet acte, daté du 7 août 1098 et rapporté en entier dans l'estimable ouvrage d'Erman et Réclam, est signé Hollard, ministre de l'église française de Berne et modérateur de la Chambre de la direction ; Ccmderc, ministre de Meyrueis dans les Cévennes; Julien, avocat au parlement de Grenoble : Jean Papon, ancien de Pra gelas; Plante, ci-devant ministre de Clelles en Dauphiné; Duncan, ancien; Valignê, ancien de Meyrueis ; Roux , de Montpellier; Mourgues, ancien et secrétaire.

Munis de leurs instructions et des lettres de recommandation qui leur furent données par les cantons protestants, au

Page 1