BAR.TAG
La Rochelle. Nous avons dit ailleurs (voy. Bargeton), qu'il fut choisi pour défendre la cause protestante aux conférences de Mantes, en 1503. En 1598, il assista au synode national de Montpellier, qui le nomma membre de la commission pour la révision de la discipline ecclésiastique. En 1605, il fut député à l'assemblée de Chàtellerault, et en 1607, au synode de La Rochelle. Ces missions honorables montrent suffisamment de quelle estime il jouissait. L'opinion du gouvernement était d'accord sur ce point avec le sentiment populaire. En 1594, le roi lui accorda, conjointement avec son fils, une gratification de 2000 écus. En 1605 et l'année suivante, il fut chargé par le synode de faire des remontrances à la garnison du château d'Avèze sur les excès qu'elle se permet tait et de réconcilier divers seigneurs entre eux. « M. de Gasques, » comme les actes le nomment, laissa au moins deux filles : Suzanne mariée avant 1601 et femme en 1613 de Jacques Du Mazel, Marie mariée le S oct. 1613 à Théod. de Randavel écuyer sr du Mas-Roux, et deux fils Lévi et Jean.
10. Lévi, seigneur de Castelbouc-du- Breuil, ne fut pas en moins grande considération que son père auprès des protestants du Midi. Eu 1609, il prit part aux travaux du synode de St-Maixent, en qualité d'ancien de l'église de Saint- Jean du Breuil; en 1012, il fut député de nouveau à celui de Privas. R habitait S.-Jean-du-Breuil où il avait épousé en 4595 Catherine de Capluc dont il eut quatre fils : 1° Anmbal , sr de Mongelieu et Montpezede, habitant Valleraugue et S.-Sauveur des Pourcils; marié, 18 nov. 1629, avec Diane de Caladon, qui le rendit père d'AxNiBAL, seigneur de Cadenous. Ce dernier, réfugié dans la Hesse, l'ut nommé grand écuyer de l'Électeur, s'unit à Marie Dhortet (les Dhortet de Tessan d'aujourd'hui) ; — 2° Lévi, qui épousa, en 1632, Jeanne de Tauriac et en eut Lévi, seigneur de Castelbouc-du-Breuil, lequel prit pour femme Marguerite deRosel; — 3° Denis :
— 4° Jean, seigneur de Castelbouc et de Monteson, marié, en 1649, à Jeanne de Gabriac, qui se réfugia en Suisse à la Révocation.
11. Jean de Barjac sr de Villeneuve, l'autre fils de Christophe, ancien de l'église du Vigan, membre du conseil de la ville de 1602 à 1622, consul en 1614, fut un des députés du Languedoc à l'assemblée politique de Nimes en 1615 et au synode de Vitré, 1617. Il fut encore délégué par le Vigan au synode national de Castres, 1626, et le 2 mai 1627 au synode provincial de Saint-Jean du Gard. Cette même année il fit partie du conseil de direction établi au Vigan par lo duc de Rohan, 6 octobre 1627, et il est probablement le même dont parle dom Vaissète comme servant sous les ordres de Rohan en 1628. Enfin ce fut lui qui présida l'assemblée protestante tenue à Alais pendant le siège de La Rochelle.
Cette assemblée s'ouvrit le 9 mars 1628 ; le bureau était occupé par Gasques président, Bony adjoint, Dumas et Montrichard. secrétiires. Dupuy, envoyé de Rohan, exposa les motifs qui avaient engagé le duc à la convoquer. R s'agissait d'organiser la milice, dérégler la répartition des deniers ecclésiastiques et de pourvoir aux fortifications de Florac. L'assemblée désira que Rohan se présentât en personne, et en attendant son arrivée, elle ordonna à toutes les enlises d'envoyer sous quinzaine leur adhésion au serment d'union ; puis elle décréta l'établissement d'une caisse spéciale, sur laquelle seraient payées les pensions accordées à tous ceux qui seraient blessés au service de la cause protestante. Sur le rapport de la commission pour le règlement de la milice, l'assemblée ordonna la levée d'un régiment de 3,000 hommes, laissant à Rohan le choix des officiers. Le lendemain, IIe jour du mois, il fut arrêté que les bénéfices seraient mis aux enchères.
Dans la séance du 12, tenue en présence de Rohan, on nomma le Conseil de la province, qui fut composé, pour la première fois, de deux gentilshommes et d'un député du tiers-état, mais sous la réserve expresse qu'à l'expiration de leurs fonctions, qui ne devaient durer que quatre mois, ils seraient remplacés par un gentilhomme et deux membres du tiers. Le choix de l'assemblée tomba sur les sieurs de Mazaribal et de La
BARJAC — BARNAUD
Roqtie, et sur M'ont gros1. Le lendemain, on étendit au temporel des ecclésiastiques la résolution prise au sujet des bénéfices, et dans la séance du mardi 14 mars, on décida de les adjuger en bloc sur la mise à prix de 33,000 livres offertes par le sieur de Connac. Le 16, des pleins pouvoirs furent accordés à Rohan pour qu'il pourvût, selon les circonstances, à l'entretien et à la répartition des troupes dans les garnisons. En même temps, aGn de prévenir les vexations auxquelles les mesures qu'il jugerait nécessaires pouvaient exposer les habitants des villes, l'assemblée déclara solennellement que, dans le cas où le gouvernement les inquiéterait, la province entière ferait sa cause de la leur. Elle décida, en outre, de prendre à son service un ingénieur habile, nommé Combil. La séance du lendemain fut consacrée à l'adjudication de la ferme des bénéfices, qui fut accordée à Angon au prix de 10,500 livres seulement, un grand nombre de bénéfices ayant été retirés des enchères. Enfin, l'assemblée se sépara en décrétant que l'on n'accepterait aucun traité sans la participation du roi d'Angleterre, de Rohan, de La Rochelle et de toutes les églises, et en ordonnant aux pasteurs « de faire lecture à leurs églises et exposition du présent article, et obliger tous les particuliers de leurs troupeaux de prester le même serment, et poursuivre les refusans selon la discipline par toutes censures ecclésiastiques. » C'était, il faut l'avouer, introduire une singulière confusion entre le temporel et le spirituel.
« Parmi les députés qui prirent part aux travaux de cette assemblée, nous distinguons en outre, pour la noblesse : Saint-Jean, de Crozet, Méjanes, Cremian, Grenier, Valescure, Valette, Sérignac, La Rivière, Des Abrits, Des Prats, S-.Julhan, Saint-Bonnet, Rou.sset. Mercier, d'Assas, de Sainte-Croix, de Montault, de Fontanilles ; pour le clergé; Courault, Hurlé, Rebotier, Guenn, Itnbert, Esticnne, Aymurd, C/iaranon, Paulet, liante, Boussac, de Falguero/les, de La Coste, Cuichard, Surville, Soleil, Robert, de La Combe, Berlié, Thubert, Abram de S.-Loup, Guillaume, Villars, Lezay, Vignolle, Jean Gilli, La Paye, Blanc, Gtiisard, Barjon, Deyrolles, Haran, Ponticr, Ros.se/, Des Essors, Courger (Corrigis, selon Ay mon), Pauleture (PaulTur), Guyon; pour le tiers : Romaride, La Farelle, Soubeyran, Rimbal, Saint-Rorqiie, La Taulle, Claude Dumastioir. Pages, le capitaine Jean Bernard, Du Verdier, Bellay, Féronnière, Brouzet, le bailli Saurin, V illard, Masbernard, Mourgue, Louis de La Curière, Pessière, Tessonnières, La Bessière, Thérond, Radier, Civil, Scrvier, Jean André, Couderc, Poussières, Bragaze, Gualhard, Pile, Alcais, Dusault, La Bastide, Férier, etc. etc.
12. Rien ne nous indique à laquelle des trois branches de Barjac appartenait Gabriel de Barjac, l'auteur d'un livre intitulé : Introductio in artem jesuiticam, in eorum gratiam qui hujus artis mysteriis initiati aut initiandi sunt, Genève, 1599, in-8° l.
BARJON, nom de plusieurs pasteurs dont les travaux ont laissé peu de traces. L'un fut député à l'assemblée d'Alais, mars 1628 [I, 249 a]. Peut-être est-il le même que Pierre Barjon pasteur à S. -Etienne de Valfrancesque de 1620 à 1626. — Jean Barjon l'était de ce dernier lieu en 1637. — (Guillaume) pasteur au Pont-de-Montvert, 1660-63; à Vebron, 1663-66; à Barre, 1666-77; à S.-Marcel, 1677-85 ; il se réfugia en Suisse à la Révocation : d'abord à Lausanne, puis à Arau [V, 47 a] où il se trouva à la tète d'une église française formée d'une petite colonie de réfugiés habitant cette ville. C'est probablement à ce dernier que s'applique ce passage des regist. de la bourse française de Genève : « Le sieur Barjoux, cy-devant ministre des Cévennes, depuis dix jours ici ; sa femme et ses trois enfants l'ayant rejoint sont assistés de sept écus, 1686 ». — (Louis) de Montpellier, 70 ans, réfugié et assisté à Londres.
BARLE (Mme de), enfermée aux Nouvelles-Catholiques, 1694.
BARLÈS (Salvaire), massacré en Provence, 1562.
BARLON (Rostan), galérien, 1687.
BARNAS, capitaine, 1562 [V,390a].
1. BARNAUD (Nicolas), médecin, natif de Crest en Dauphiné, florissait à la fin du XVIe siècle [Haag 1,250].
Les biographes nous fournissent, à son occasion, un exemple remarquable des erreurs où tombe" la critique par suite de la variabilité dans l'orthographe des noms propres. Gui Allard, Van der Linden, Heindrich, Merklin, Manget, Lipenius, font de Barnaud deux et jusqu'à trois individus différents, en le désignant à la fois sous les noms
1 Nous (lovons les additions que contient cet article !ct MM. Haas le devaient déjà en pariic) à des recherches dans les dépots suivants : Archives commun, du Vigan, du Conseil presb. d'Aulas, du château d'Avèie, du Consist. de Montdardier, des notaires du Vigan et de la famille Randon du Landrc à S. Jean du Bruel. EUei sout de M. Tkissier et aussi de M. Ciiuit,
BARNAUD
de Barnaud, Bernaud, Barnhard, Bernard et même Arnaud. Il n'a pas laissé d'autre souvenir dans l'histoire que ses publications : les unes, relathes à la philosophie hermétique, ont paru sous son nom ; les autres lui sont seulement attribuées. Sa famille était protestante et considérée (Rochas, Biogr. dauph.).
Comme tant d'autres de ses confrères, il fut amené par l'étude des sciences naturelles à celle des sciences occultes, et fervent adepte de la {hilosophie hermétique, il passa sa vie en expériences et en voyages. Il parcourut à diverses reprises toute l'Europe depuis l'Espagne et l'Angleterre jusqu'à la Bohême et la Pologne, partout avide de savoir. Une de ses lettres, datée de 1509 et placée en tète de son Quadriga aurifer a. nous apprend, en elV<jt. qu'il avait visité l'Espagne 40 ans auparavant; et d'une autre adressée deTergon,en 1601, à Barnaud son cousin-gormain, vice-sénéchal de Valentinois et Diois (qui fut anobli en 1584), on peut conjecturer qu'il était à cette dernière époque en Hollande. Du reste, aucun autre renseignement. B est vrai qu'il soit l'auteur du Réveille- Matin des François, on doit aussi admettre qu'après la S.-Barthélemi il se réfugia en Suisse où il lit paraître cet ouvrage. Barnaud était lié d'amitié avec Fauste Socin, oui lui dédia un de ses livres en 1 595. Il partageait les doctrines sociniennes, car en lGO'i le synode provincial de Die, sous la présidence de Cresson, ordonna une enquête sur les « horribles hérésies » que Barnaud semait et ordonna son excommunication s'il ne les rétractait publiquement. On a vu plus haut un respectable pasteur, Bansilion (col. 744) fort, compromis pour avoir entretenu avec lui des relations trop étroites. En tout cas, on doit se défier de l'auteur du pamphlet « le Magot genevois,»
lorsqu'il avance que Barnaud fut excommunié « pour avoir été convaincu d'arianisme, et avoir fait un livre abominable, duquel le titre seul fait dresser les cheveux de la tète, l'ayant intitulé De tribus imposforibus [Moïse, Jésus- Christ et Mahomet].» Ce dernier trait est une erreur grossière ou une imposture. En 1567, notre philosophe avait habité Genève et s'était à ce qu'il paraît
mêlé des préparatifs de défense auxquels cette vaillante cité se voyait sans cesse obligée alors. On litdans les registres du Conseil : « Estant rapporté que Nicolas Barnaud est capitaine de bonne volonté qui désire faire service, aimant Dieu et cette ville, arrêté de le recevoir bourgeois gratis. » En 1597 et 99 il était établi à Leyde, en 1601 à Gouda; on ignore à quelle époque il logeait chez Bansilion à Aisues-Mortes, et l'on ne sait rien du lieu ni du moment de sa mort.
Ses publications sur la philosophie hermétique ont trop peu d'intérêt de nos jours, pour que nous les fassions connaître en détail. Les curieux de ces sortes d'ouvrages en trouveront la liste, aussi complète que possible, dans l'excellent Dictionn. de P. Marchand et dans l'ouvrage de M. Rochas. Elles ont paru de 1 597 à 1601 et ont été reproduites dans le IIIe volume du Theatrum Chimicum de Zetzner. Strasbourg, 1613, in-8°, dont elles occupent 133 pages (836 à 969). Plusieurs de ces écrits ne sont que des réimpressions de traités d'alchimie que Barnaud a accompagnés d'un commentaire.
On y trouve en outre les deux lettres dont nous avons parlé ci-dessus et une petite pièce de vers, le tout en latin.
Les ouvrages qui sont attribués à Barnaud ont une plus grande importance. Nous indiquerons d'abord la trad. suivante d'un ouvrage de Socin, que Sandius (Bibl. des Antitrinitaires) cite sous ce titre : Le livre de l'autorité de la sainte Écriture, trad. par Nicolas Barnaud, gentilhomme Dauphinois, avec V Advertissement de Messieurs les théologiens de Basle sur quelques endroits dudit écrit. 1 502. Quoique, d'après Vorstius et Bayle, cette trad. fût anonyme, les relations que Barnaud entretenait avec Socin donneraient quelque poids à la supposition du bibliographe socinien de Ka-niLisberg; mais elles ne nous semblent pas autoriser de même Prosper Marchand à le regarder comme l'auteur d'une traduction française des Sept livres de Servet concernant les erreurs touchant la Trinité, que Barnaud aurait faite, d'après la version flamande de Régner Tell, pendant son séjour en Hollande.
BARNAUD
Une publication de tout autre valeur que les précédentes, le Réveille-Matin des François et de leurs voisins, généralement attribuée à Nicolas Barnaud, mérite que nous entrions dans plus de détails. Cet ouvrage parut d'abord sous le titre : Dialogue auquel sont traitées plusieurs choses advenues aux Luthériens et Huguenots de la France ; ensemble certains points et avis nécessaires d'estre sceuz et suiviz, Basle, 1573, pet. in-12 de 164 pages, et au dernier feuillet: achevé d'imprimer le 12e jour du 6e mois d'après la journée de la Trahison; trad. en latin, sous le titre : Dialogus quo multa exponuntur qux Lutheranis et Hugonotis Gallis acciderunt ; nonnulla item scilu digna et salutaria consilia adjecta sunt ; Oragnire, excudebat Adamus deMonte, 1573, pet.
in-8° de 4 feuill. prél., 170 pag. et 2 f. d'index. Oragnia est Orani en Piémont.
Peut-être l'auteur s'y trouvait-il alors. Brunet suppose que l'édit. latine précéda l'édit. française, mais rien ne le prouve. L'année suivante, l'auteur réimprima son ouvrage en l'augmentant d'un nouveau dialogue : Dialogi ab EusebioPhiladelpho cosmopolita, in Gallorum et cœterarum nationum gratiam compositi : quorum primus ab ipso authore recognitus et auctus ; aller vero in lucem nunc primum editus fuit ; Edimb.
(Bâle?), 1574, in-8°; quelques bibliographes l'indiquent aussi sous le titre : Dialogi duo de vilâ Caroli IX, régis Galliarum , reginxque matris ejus , ab Eusebio Philadelpho, cosmopolita, Edimb., 1574, in-8°. La traduction française en parut dansla'mème année, sous le nouveau titre : le Réveille-matin des François et de leurs voisins. Composé par Eusèbe Philadelphe, cosmopolite, en forme de dialogues. A Edimbourg, 1574, in-8°. L'édition latine est dédiée aux Polonais qui venaient d'élire le duc d'Anjou, depuis Henri III, pour leur roi, et la française à la reine Elisabeth d'Angleterre. Le premier dialogue a été traduit en allemand par Emericus Lebusius (Lebus, petite ville sur l'Oder), Edimbourg, 1575, in-12; mais nous ne pensons pas que le second, où l'on remarque quelques traits satiriques à l'adresse des Allemands, l'ait été; en tout
cas, il ne se trouve pas dans l'édition que nous indiquons.
L'édition françaisede 1574 contient :
Dédicace à la reine Elisabeth, datée du 20 nov. 1573; — Epistre traduite en françois du livre latin dédié aux Estais, princes, seigneurs, barons, gentilshommes et peuples polonois ; — Double d'une lettre missive escrile au duc de Guy se, etc.; — Dialogisme sur l'effigie de la Paix : le Polonois ; la Paix Valoise, — assez mauvaise satire qui prouve que l'auteur n'était pas poète; — et finalement trois quatrains Aux vrais gentilshommes françois. Yient ensuite Y Argument du premier dialogue, qui donne une idée très- exacte du livre, et que nous reproduisons en entier : « L'Alithie, c'est-à-dire la "Vérité, étant en une de ses maisons qu'elle a librement dressée es quartiers de la Hongrie qui est sous la puissance du Turc, voit venir son ami Philalithie, échappé de la France, l'interroge de l'occasion de son départ. L'Historiographe, à la prière de Philalithie, la lui récite, discourant en gros des choses advenues touchant la religion en France, dès François Ier jusqu'au mois d'août 1572, sous Charles IX, où il commence à raconter plus par le menu ce qui s'est passé. Le Politique aide l'Historiographe au récit de l'histoire, et marque incidemment les fautes faites de tous les deux côtés, montrant à l'œil le misérable état de la France. L'Église qui là étoit, prie et parle parfois selon la matière sujette. Daniel, c'est-à-dire, lejugement divin, prononce sur tout cela un arrêt de grande conséquence, contenant entr'autres choses xl articles de police civile et militaire. Le Politique et l'Historiographe françois qui jusques alors étoient papistiques. sont convertis à Dieu, et envoyés par l'Église en charge, à sçavoir, l'Historiographe aux princes et nations voisines, pour leur faire entendre les tragédies françoises et leur devoir envers les bons, et le Politique aux François oppressés pour les avertir de l'arrêt de Daniel et de l'ordre qu'il leur donne. » Dans l'édit. del573,ceDia/o<7we contient 164 pages, et 159 dans l'édit. de 157't ; quoique l'édit. latine de 1574 porte dans son titre que ce dialogue a été augmenté,
BARNAUD
auctus, nous n'y avons remarqué aucun changement; l'augmentation dont parle l'auteur ne regarde sans doute que les pièces préliminaires. — Dialogue second du Réveille-matin etc., et mis de nouveau en lumière, Édimb., 1574, in-8°. En voici l'Argument tel que le donne l'auteur : « Le Politique et l'Historiographe françois revenans par divers chemins de leur charge, se rencontrent (comme Dieu veut) logés en une même hôtellerie en Fribourg en Brisgsw, et après s être reconnus, caressés et recueillis, ils récitent l'un à l'autre le succès de leurs voyages, l'état présent de la France, et par occasion quelque trait de celui de l'Angleterre. Ils traitent aussi de la puissance des rois, de la tyrannie et de la servitude volontaire et plusieurs autres belles matières, très-nécessaires en ce temps, réservant au lendemain ce qu'ils ont à dire de plus. » Ce second dialogue comprend 192 pages.
Nous dirons quelques mots de l'un et de l'autre de ces dialogues. Le premier présente un tableau fidèle de nos troubles religieux jusqu'aux événements qui suivirent immédiatement les massacres de la S.-Barthélemi. Rien de plus faux, aux moins quant à cette première partie, que le jugement des critiques qui ne voient dans cette publication qu'une satire pleine de mensonges. C'est, au contraire, un résumé historique fort bien fait, quoique trop concis, écrit surtout avec une impartialité et une modération remarquables. Tous les faits que l'auteur rapporte, ont été confirmés depuis par les témoignages les moins suspects.
Nous ferons remarquer seulement son opinion sur la mort de Jeanne d'Albret : o La reine de Navarre, dit-il, mourut d'un boucon qui lui fut donné à un festin où le duc d'Anjou estoit, selon que j'ay ouy dire à un de ses domestiques.» Ce sont là les propres expressions d'Olhagarey, l'historien béarnais1. Une chose dont il est difficile de se rendre compte, ce sont les vœux que notre auteur met dans la bouche de son personnage Politique en faveur de la maison de Guise : « Pour ma part, lui fait-il dire, ayant vu le peu de seureté qu'il y a souz le règne
1 De Thou lui-même resta dans le doute sur ce point. Nous avons cru, col. HZ, devoir l'imiter.
d'à présent, je l'aimeroys beaucoup mieux (puisqu'il faut que je le die; en la maison de Lorraine que là où elle [la couronne] est. Et diray une chose que le Huguenot (despité pour jamais et desgouté en toutes sortes de la maison de Yaloys) seroit bien aise, voire s'employeroit (à mon advis) à ce que la maison de Lorraine recouvrast ce qui leur appartient [comme descendants de Charlemagne : s'asseurant bien qu'elle lairroit la conscience du Huguenot libre et l'exercice de sa religion, et luy garderoit la foy qui lui auroit esté promise : se souvenant du malheur que la desloyauté auroit apporté à son maistre.
Desja ont-ils donné quelque occasion aux Huguenots de croire qu'ils ne leur sont pas si aspres comme on crioit. Ils en ont sauvé, comme a dit l'Historiographe, beaucoup et en sauvent secrètemeut tous les jours. » L'Historiographe, autre interlocuteur, avait dit en effet que dans les journées de la S.-Barthélemi, les ducs de Guise et d'Aumale « sauvèrent à beaucoup la vie, mesmes en leur maison de Guyse, ou le seigneur d'Acier et quelques autres huguenots se retirèrent à sauveté, comme si leur cholère fust appaisée après la mort de l'amiral. » Notre auteur était-il sincère dans ses vœux? pensait-il que de deux maux il valait mieux choisir le moindre, ou bien désirait-il, par instinct de conservation autant que par esprit de vengeance, — nous avons presque dit de justice, — pousser les ennemis de son parti à s'entre-détruire par l'appât d'une couronne souillée de sang? Ce que ce premier dialogue renferme de plus important, c'est sans contredit les xl articles de police civile et militaire que l'auteur met dans la bouche de Daniel.
Ils ont servi de base à un projet de Fédération générale entre les protestants de France qui fut rédigé peu après et que MM. Haag ont publié [Pièces justifie. n° xxxv]. On n'y remarque que de légers changements ; par exemple, l'ordre des articles est quelquefois interverti : c'est ainsi que l'article icr du traité de Fédération forme une partie du XLe dans la Charte proposée par Daniel; le fond est le même, l'expression seule diffère un peu. Voici comme Daniel
BARNAUD
s'exprime : « Que si (comme dit est) il plaist à Dieu de toucher le cœur des tyrans et les changer, comme il en a la puissance, lors de bonne volonté ils se submettent à ceux que Dieu leur a ordonnez pour princes naturels et leur rendent tout devoir de bons et obéissans sujects. Mais si le mal est venu jusques au comble et que la volonté de Dieu soit de les exterminer : s'il plaist à Dieu susciter un prince chrestien vengeur des offenses et libérateur des affligez, qu'à cestuy ils se rendent sujects et obéissans, comme à un Cyrus que Dieu leur aura envoyé. Et en attendant ceste occasion, qu'ils se gouvernent par l'ordre cy dessus establi par forme de loix. » L'auteur, dans son second dialogue, nous apprend que le Politique se rendit à Sancerre pour remettre aux protestants, commandés par Montbrun, Mirebel et Lesdiguières, les articles de Daniel. « Mais pour ce qu'il y pourroit avoir des difficultés sur quelques articles, et principalement quand il seroit question de les mettre en pratique, pour le peu de cognoissance que les François ont d'un estât libre et bien conduit, ayans esté presque tousjours nourris en servage et commandez à baguette, comme l'on dict, au plaisir de ceux que les rois leur eslevoyent dessus la teste : car tel estoit leur plaisir, » on le renvoya à l'assemblée qui devait se tenir à Nismes. Les dangers des chemins ne l'arrêtèrent pas, il partit incontinent pour le Languedoc, où on l'accueillit avec empressement. Après avoir discuté les articles dont il était porteur, on les trouva « fort bons, saincts et dignes d'estre observez et gardez. » Un tel succès est sans doute un beau témoignage de l'estime et de la considération dont l'auteur de ces articles jouissait dans son parti. Nous examinerons plus bas si .cet auteur peut être Nicolas Barnaud Quant au second dialogue, il présente tous les caractères, non pas d'une satire, mais d'un pamphlet politique ; la passion y domine ; le républicain huguenot s'y découvre à chaque page. Dans la première partie du livre, il y a plus d'art, l'auteur expose les faits de sa cause; dans la seconde, il y a plus de savoir, il les discute. On voit que la science du
droit lui était familière. Son argumentation est vive, pressante ; ses raisonnements nourris ; son style décèle une plume exercée. L'auteur s'occupe d'abord de l'état de l'Angleterre. Le manque de discipline dans l'Eglise, le luxe des prélats, l'égoïsmedes grands excitent tour à tour son indignation. « 0 Seigneur, jusques à quand, s'écrie-t-il, y aura il de tels maistres-d'hostel en ta maison ! Quels vignerons, quels moissonneurs ! Ils ont prins l'Evangile en vain, les paillards, et s'en sont fait riches. » 11 témoigne la crainte que le pays ne retombe facilement sous le joug de Rome. Aussi donne-t-il à la reine Elisabeth le conseil de se défaire de Marie Stuart. « Reste seulement à vuyder si le fait est aussi juste et honeste, comme utile et nécessaire. » Il discute au long cette question. « En affaire d'estat, dit-il, il faut regarder si ce qu'on propose est juste et utile au public ; les autres respects de clémence, de libéralité, de générosité particulière doivent tousjours céder à l'utilité publique; mais il y a encores un tiers qui surmonte tous autres : c'est une nécessité publique. » Et il conclut que « la punition de ceste conspiration [du duc de NorfolkJ sur la royne d'Escosse, supposé qu'elle soit véritablement coulpable, quoy que sachent dire et alléguer ses partizans, est trèsjuste et légitime par toutes loix divines et humaines... Au contraire, l'impunité est un vray refus de justice et de protection à ses sujets [de la reine Elisabeth], un mespris du salut de son peuple, et (ce qui est plus à regretter) une désertion et contemnement de la conservation de l'Eglise de Dieu et de son pur service, lequel... y seroit de tout point renversé, si la mort de la royne Elisabeth advenoit devant le supplice deu à la royne Marie. » On sait que les conseils de notre, auteur ne furent pas écoutés : le duc de Norfolk fut mis à mort; mais ce ne fut que quatorze années plus tard, après la découverte de la conspiration ourdie par le prêtre Jean Ballard, que la reine d'Ecosse fut condamnée à périr sur l'échafaud.
Notre auteur fait conter ensuite à l'Historiographe le mauvais succès de ses démarches pour intéresser les princes al-
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lemands et le gouvernement d' Angleterre à la cause des protestants de France.
« Pour le dire en un mot, résume-t-il, après beaucoup de paroles ils m'ont traité comme l'on traite communément les povres, mendians l'aumosne à la porte des riches : Je vois bien qu'il y a pitié en vous (ce leur dit-on), mais je n'ay pas que vous donner. Allez de par Dieu, Dieu vous soit en aide. Voilà comme ils m'ont renvoyé, à mon grand regret, à bast vuide. » Un tel accueil ne devait pas le disposer à la bienveillance; aussi ne ménage-t-il pas les traits satiriques. La dernière partie de ce dialogue est principalement consacrée à l'examen du droit de souveraineté. On y retrouve les doctrines émises, avec tant d'autorité, par Etienne de La Boétie dans son célèbre Discours de la Servitude volontaire, publié par les soiis de Montaigne en 1571, et dont Hubert Languet fut ensuite le défenseur dans ses Vindicix contra Tyrannos, imprimées quelques années après, en 1577, sous le pseudonyme de Stephanus Junius Brutus.
L'analyse de ce dernier ouvrage nous fournira l'occasion d'examiner plus en détail ces hautes questions de droit public; nous nous bornerons, dans cette notice, à faire connaître brièvement les doctrines politiques de notre auteur. «Il ne se trouvera jamais, dit-il, qu'il y ait eu un peuple si sot et si mal avisé qui ait eslevé un magistrat sur ses espaules, auquel il ait donné puissance et authorité absolue de commander indifféremment tout ce qu'il voudroit au peuple qui l'avoit esleu. Au contraire tousjours le peuple en se soumettant au magistrat, l'a aussi lié et comme attaché à certaines loix et conditions, lesquelles il ne luy est permis d'enfreindre ny outrepasser. » exemples tirés de l'histoire lui servent à confirmer cette vérité. « Les magistrats, ajoute-t-il, ont été créés aux peuples et non les peuples aux magistrats; tout ainsi que le tuteur est créé à un pupille et le pasteur à un troupeau... Encores peut-on bien trouver aujourd'huy un peuple sans magistrat, mais nullement un magistrat sans peuple. »
Aussi se prononce-t-il pour le droit de résistance et de déposition. Il n'y a point, dit-il, de prescription contre les
droits du peuple et des Etats; si ces derniers, élus surtout à cette fin d'empêcher la tyrannie, manquent à leur devoir, c'est aux sujets à recourir au remède, et selon lui, d'entre tous les actes généreux, le plus illustre et magnanime est d'occire un tyran. Finalement, il fait des vœux pour le retour à l'ancienne forme de gouvernement, c'est-à-dire la succession au trône avec la sanction du peuple, « souverain remède, dit-il, à un état du tout pourry et prest à cheoix comme est celuy de France. »
On voit par les détails qui précèdent que le Réveille-matin des Français n'est pas une de ces productions éphémères que les passions du jour font éclore et qui sont condamnées à ne pas leur survivre. Mais quel en peut être l'auteur ? D'après le témoignage le plus ancien, celui du célèbre Gujas dans sa Praescriptiu pro Jo. Montlucio aduershs libellum Zach. Furnesteri (pseudonyme sous lequel Hugues Doneau avait publié sa Défense pour le sang innocent de tant de milliers d'âmes répandu en France, contre les calomnies de l'évèque Montluc), on doit l'attribuer à ce savant jurisconsulte. On sait qu'à l'époque des massacres de la S.-Barthélemi, Doneau qui professait à l'université de Bourges, ne fut sauvé de la fureur des ass i que par le dévouement de quelques étudiants allemands, ses élèves. Il se réfugia en Suisse, d'où il passa en Allemagne et ne rentra plus dans sa patrie. Ces circonstances de sa vie ne tendent pas, du moins, à contredire l'assertion de son illustre confrère.
D'un autre côté, la première mention qui soit faite de Barnaud comme auteur du livre dont nous avons donné l'analyse, se trouve, au rapport de Prosper Marchand, dans J. J. Frisius, Bibl. Gesneri in epitomen redacta, 1583, où cet écrivain raconte que La fin, beau-frère de Beauvais La Nocle, ayant rencontré Barnaud à Bâle, lui donna publiquement un soufflet pour le châtier des calomnies répandues dans son livre. Ce même fait doit être aussi rapporté, par Struvius (Bibl. Hist.? . d'après une note manuscrite qui se trouvait sur son exemplaire du Réveille-matin. Mais il nous semble que l'anecdote apocryphe de Frisius,
BARNAUD
dont rien ne nous garantit l'authenticité et qui pourrait bien n'être que la reproduction, sans autre autorité, de la note manuscrite dont parle Struvius1, ne saurait balancer le témoignage formel de Cujas. Placcius, dans ses Anonymes, partage le sentiment de ses compatriotes. Pour ce qui est de l'opinion de Baillet, qui attribue le Réveille-matin à Théod.
de Bèze, on ne sait sur quel fondement, nous ne nous y arrêterons pas. Du reste, nous devons dire que l'auteur n'a pas laissé échapper dans son livre la plus petite allusion qui pût mettre sur sa trace, et surtout on n'y trouve pas un seul mot qui puisse faire soupçonner un écrivain adonné à la médecine et encore moins à l'alchimie, tandis que le jurisconsulte ou le théologien s'y montre dans une foule d'endroits.
Arnauld Sorbin, le prédicateur de Charles IX, et ensuite des rois Henri III et Henri IV, opposa au Réveille-matin des Français : « Le vray Resveille-matin pour la deffense de la majesté de Charles IX » (1574, pet. in-8°, sans nom de ville), qu'il réimprima ensuite sous ce nouveau titre : « Le vray Resveille-matin des Calvinistes et publicains françois, où est amplement discouru de l'auctorité des princes et du devoir des subjets envers iceux », Paris, 1576, pet. in-8°.
On a encore attribué à Nicolas Barnaud : « Le Cabinet du roy de France dans lequel il y a trois perles précieuses d'inestimable valeur : Par le moyen des quelles Sa Majesté s'en va le premier monarque du monde, et ses sujets du tout soulagez, » sans nom de ville, 1581 (ou 1582 suivant les exemplaires), 3 liv. en un tome in-8° de 647 pp. sans la dédicace et la table; dédié à Henri III par N. D. C. [Nicolas de Crest?], à la date du 1er nov. 1581. — « Ce beau Cabinet, dit l'auteur, c'est la monarchie des Gaules, la première perle c'est la Parole de Dieu, qu'assiduellement doit retentir ou estre pendue en l'aureille d'un si grand roy [Henri III] ; l'estuy dans le quel elle est enclose ou plustost ensevelie, c'est l'Eglise papale; la deuxiesme perle c'est
1 Cela est en effet, et la clairvoyance de MM. Haa.ç ici est remarquable. La Bibliotheca Gesneri, ouvrage rare qu'ils n'avaient pu trouver, ne contient rien de cette anecdote et ne mentionne même pas le nom do Barnaud.
la Noblesse, et la troisiesme c'est le tier estât. » Le tort de cette allégorie est de durer l'espace de 647 pages, sans répit. Elle est de plus triviale et cynique, puisque c'était le ton du siècle; mais sa virulence atteint parfois à de beaux effets, comme dans ce passage (p. 262) où il annonce : « Quatre cents ambassadeurs « envoyez aux Roys de France pour leur « déclarer les vertus singulières de la « Perle précieuse, » et ces 400 ambassadeurs sont les martyrs brûlés à Paris, massacrés à Cabrières, tourmentés par toute la France, dont il énumère les noms dans une liste serrée longue de cinq pages et dont il dit : « Qui considérera la procédure que ce bon Dieu a tenu depuis 45 ou 50 ans pour enseigner et représenter aux rois de France le lieu où estoit cachée ceste premiesre perle, il admirera la bonne, singulière et très-parfaite volonté qu'il porte à ceux de la maison de Valois, car pour les retirer hors des superstitions survenues peu à peu en l'Eglise romaine,... il a envoyé tant au grand roy François I, Henry II et à François II de trois à quatre cens... les noms et surnoms desquels j'ay bien voulu particulariser pour monstrer qu'il n'a tenu à ces ambassadeurs que la voix du Fils de Dieu n'ait retenti par tout ce royaume. » — Ce petit livre, d'ailleurs, se compose surtout de vues d'économie politique, bien peu exactes sans doute, mais qui fournissent un très-intéressant dénombrement dont voici les premiers chapitres : 1. Preuve que le revenu de l'Eglise gallicane est de plus de cent millions d'escus de revenu par an ; 2. A quoi et comment sont employées si grandes et notables sommes de deniers; 3. Recueil général des prélats et beneliciers, leurs domestiques et autres personnes, masles et femelles, qui vivent aus despens du crucifix en l'Eglise gallicane; etc.
Selon Brunet, on attribue cet ouvrage à Nicolas Froumenteau parce que le préambule et la fin de l'épitre dédicatoire datée de nov. 1581 sont conrus absolument de même que dans le Secret des Finances de France (Le grand Trésor des Trésors do France, c'est-àdire, le Secret, etc.), ouvrage de ce dernier auteur. Nous renvoyons l'examen
BARNAUD
de celte question à l'article que nous consacrerons à Froumenteau.
LaMonnoyeetBarbierattribuentaussi à notre Barnaud : « Le miroir des François, compris en trois livres, contenant l'état et le maniement des affaires de France, tant de la justice que de la police, par Nie. de Montaud, » 1582, in-8°. Selon Brunet, il y a deux éditions de cet ouvrage sous la même date : la première de 736 pages, et la seconde de 497 seulement. En attendant que de nouvelles recherches nous autorisent à nous prononcer, nous nous rangerons de préférence au sentiment de Le Duchat qui regarde le Cabinet du Roi, le Secret des Finances et le Miroir des François comme l'œuvre du même Froumenteau ou Fromenteau, que ce soit d'ailleurs le pseudonyme de Nicolas Barnaud ou de tout autre.
2. BARNAUD Barthélemi), ministre à La Tour, près de Lausanne [Haag l, 249], a écrit : I. Mémoires pour servir à l'histoire des troubles arrivés en Suisse à l'occasion du Consensus, Amst., in-8°. — II. Éclaircissemens et Réflexions sur les prophéties de >\ ?.
j.-ch. contenues dans S. Matthieu, S.
Marc et S. Luc. Laus., 1739, in-4°. — III. Eclaircissemens et Réflexions sur les quatre Évangiles et les Actes des Apôtres, V parties en 2 tomes. — Tom.
1. Ie partie contenant les xvn premiers chapitres sur l'Évangile selon S. Matthieu, Bàle, 1747, in-4°(377p.). — Suite, contenant les xi derniers chap., ibid., même année [va jusqu'à la 710e p.).= Tom. II. 2e partie. Évangile selon S.
Marc, Bàle, 1749, in-i°(72p.).— 3e partie. Évangile selon S. Luc, ibid., même année (348 p.). — 4e partie. Évangile selon S. Jean, ibid., 1750(340 p.).— 5" partie. Actes des Apôtres, ibid., 1751 (372 p.). — L'auteur dans un Avertissement préliminaire expose le plan qu'il a suivi. « On a pris, dit-il, un paragraphe entier, ou du moins un certain nombre de versets qui forment ensemble un sens bien complet. Sur ce paragraphe, ou ce nombre de versets, on donne en peu de mots, non point en forme de notes, mais par un petit discours lié et suivi, tous les Éclaircissemens qui peuvent être nécessaires ou utiles au commun des
Chrétiens. Après quoi viennent des Réflexions, où l'on indique les usages de doctrine et de morale qui résultent des Éclaircissemens. De sorte que le tout ensemble forme une espèce de petite homélie, qui tient un juste milieu entre la brièveté et la sécheresse de simples notes et la prolixité de certains commentaires dogmatiques. Quelquefois on a fait entrer les Réflexions dans les Éclaircissemens, selon que la matière l'a comporté. — Comme cet ouvrage n'est proprement que pour les personnes qui ne sont pas gens de lettres, on n'y a fait entrer aucune question ni même aucun terme de l'École. On s'est abstenu de combattre formellement aucun des dogmes particuliers à quelqu'une des sociétés chrétiennes. On s'est contenté d'y exposer, d'une manière extrêmement simple et populaire, la doctrine et la morale chrétienne, telle qu'on la trouve dans les écrits sacrés et dégagée de tant de spéculations vaines et frivoles dont on ne l'a malheureusement que trop embarrassée ou pour mieux dire défigurée. » L'auteur pour ses Éclaircissemens a eu recours aux exégètes les plus recommandables, tels que Érasme, Grotius, Hammond, Lightfoot, Wihtby, Le Clerc, Dom Calmet, Beausobre, Lenfant, etc., et en outre, il a soumis son travail au savant M. Roques, pasteur de l'église françoise à Bàle, qui se chargea de le revoir. Barnaud avait écrit en outre une Histoire du major Davel, mais cet ouvrage a été supprimé avec tant de soin qu'on n'en connaît aucun exemplaire. 11 n'en existe même plus que deux de la réimpression faite à Lausanne, 1805, in-12, par Fr. C. de La Harpe.
3. BARNAUD (Judith), duDauphiné, reçoit à Genève et à Lausanne un viatique pour Schaffouse, 1693; revient en 1695; assistée de nouveau, 1699, pour aller à Francfort. — (David), de Lyon, maître fondeur, et Judith Peyron, sa femme, réfugiés à Genève pour la religion, y passent un accord au sujet de leurs biens, 1692. — (Daniel et Pierre) d'Orange, assistés à Genève, 1703. — Deux manufacturiers de ce nom, venus du Dauphiné avec leurs familles, bourgeois de Lausanne en 1740. — Erman (IX, 18) cite Barnaud d'Espidencier, i. 28
BARNAUD — BARNAVE
capitaine au service de Prusse en 1716.
BARNAVE (Antoine-Pierre-Joseph- Marie), né à Grenoble le 22 oct. 1761.
A l'époque où nous reporte la naissance de Barnave, l'état des protestants s'était insensiblement amélioré par suite d'une tardive pudeur qui forçait enfin le pouvoir à quelque tolérance. Aussi voyons-nous que le père de ce grand orateur remplissait la charge de procureur , tandis que , par les édits de Louis XIV et de Louis XV, toute fonction publique était interdite à un protestant. Barnave suivit la carrière du droit. A 22 ans, il fut reçu avocat au parlement de Grenoble et, l'année suivante , ses confrères le chargèrent de prononcer devant le parlement le discours de clôture qui était d'usage. Il choisit pour sujet : La nécessité de la division des pouvoirs dans le corjis politique. C'était alors une hardiesse et la passion de liberté que respirait son discours lui obtint un grand succès. Les graves événements politiques qui s'annonçaient, ne le prirent pas au dépourvu; il s'y était préparé de longue main par des études sérieuses. Le gouverneur du Dauphiné, duc de Glermont-Tonnerre, ayant fait enregistrer au parlement, à la tête de ses soldats, 10 mai 1788, des édits vexatoires , excita l'indignation publique.
Aussitôt parut une brochure anonyme et très-vive, intitulée YEsprit des édits eru-egislrés militairement , Grenoble , 1788, ïi-ir8°. Gétait Barnave qui consolidait par là sa réputation dans sa province. 11 fut élu député aux États généraux comme représentant du tiers. La noblesse de son -caractère, plus encore que son mérite, l'avait désigné au choix de ses concitoyens. t,a session s'ouvrit à Versailles le 4 mai 1789. Dès les premières séances, Barnave se fit remarquer parmi les plus chauds défenseurs des droits du peuple. Uni d^amitié aux deux frères Lameth, il forma avefc? eux, dit M. Thiers, « un triumvirat qui intéressait par sa jeunesse et qui bientôt i,nflua par son activité et ses talents. » Mirabeau disait de Barnave : « C'est une jeune plante qui un jour montera haut, si on la laisse croître. » Le jeune représentant du Dauphiné monta en /effet très-haut; mais sa destinée était de ^eter
un éclat aussi vif que passager. Nous ferons connaître, sommairement, ses principaux votes. Il appuya la motion du serment du J eu de Paume ; parla en faveur du veto suspensif, discussion dans laquelle il eut la gloire de triompher de Mirabeau; repoussa la demande de proscrire les journaux et les libelles dirigés contre l'Assemblée, rendant ainsi hommage aux vrais principes de la liberté qui ne consiste pas dans un déplacement du pouvoir ; invoqua l'admissibilité aux emplois publics de tous les citoyens, sans distinction de religion ; vota l'abolition des ordres religieux, la réunion des biens du clergé aux domaines de l'Etat, la suppression des titres honorifiques; fit décréter le principe de l'institution du jury en matière civile. Dans l'orageuse discussion qui s'éleva, en mai 1790, sur la question du droit de paix et de guerre, Barnave qui voulait refuser ce droit au roi pour en investir la représentation nationale, fut appelé à lutter corps à corps avec l'éloquent Mirabeau; il succomba, mais les acclamations du peuple le dédommagèrent de sa défaite. C'est à ce sujet que son adversaire lui fit entendre ces paroles prophétiques : « Et moi aussi j'ai été porté en triomphe, et pourtant on crie aujourd'hui :La grande trahison du comte de Mirabeau ! Je n'avais pas besoin de cet exemple pour savoir qu'il n'y a qu'un pas du Capitule à la Roche Tarpéienne. »
La mort de ce puissant rival, 2 avril 1791, fut en quelque sorte le signal du changement qui s'opéra dans les tendances du jeune tribun. Ce fut dans la séance du 11 mai que ce changement se manifesta d'abord d'une manière sensible. Dans la discussion relative à l'état civil des hommes de couleur, il demanda qu'il ne fût rien décidé jusqu'à ce que les colonies se fussent elles-mêmes prononcées. Sieyès et Grégoire n'eurent pas de peine à le réfuter en l'opposant à lui-même. Avait-il perdu la mémoire de cette exclamation fameuse que son enthousiasme lui avait arrachée quelques mois auparavant : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe!» La popularité de Barnave déclina dès lors visiblement : mais son influence politique ne parait