BARON
saires s'attaquèrent avec une ardeur égale, mais avec un succès différent.
Baron soutenait la thèse que Dieu"n'est point l'auteur du péché, qu'il ne veut pas qu'on le commette, puisqu'il le défend expressément, et que s'il réprouve les hommes, c'est uniquement à cause du péché qu'il hait. Il ne croyait pas non plus à la prédestination absolue; il enseignait, au contraire, que les fidèles ou les élus ne doivent point se regarder comme assurés du salut. Cette doctrine choquait trop les sentiments de la majorité du clergé anglican pour être approuvée. L'archevêque de Gantorbéry, qui voyait ces disputes avec peine, recommanda le silence aux deux champions dans l'intérêt de l'université; mais Baron, ne pouvant supporter l'idée de passer pour un hérétique aux yeux de ses élèves et des fidèles, entreprit, en 1596, de prouver son orthodoxie dans un sermon où il s'efforça d'établir l'accord parfait de ses opinions avec les XXXIXArticles.il est reconnu aujourd'hui que l'archevêque Cranmer, le principal rédacteur de ces articles dans leur forme primitive, goûtait peu les doctrines fatalistes de Calvin, et qu'il penchait plutôt vers le semi-pélagianisme de Luther. Dans tous les écrits qui nous restent de lui, il se prononce en faveur de la rédemption universelle. « Mais, dit M. Le Bas dans la Vie de l'archevêque Cranmer, dont Eug. Haag a donné une traduction, des hommes d'un tout autre esprit ayant succédé plus tard à nos réformateurs, la fièvre du calvinisme devint en quelque sorte une maladie épidémique ; et vers la fin du règne d'Élizabeth, quelques-uns de nos meneurs théologiques s'imaginèrent de parfaire nos Articles en y introduisant une forte dose de la doctrine genevoise. » Même dans leur rédaction actuelle, ces Articles, surtout le XVIIe, sont loin d'être favorables à la prédestination absolue. 11 était donc facile à Baron d'avoir raison contre ses adversaires, et il paraît qu'il eut effectivement trop bien raison, car il fut cité devant le consistoire, sous l'accusation d'avoir avancé : 1» que Dieu par une volonté absolue a créé tous les hommes et chacun d'eux en particulier pour la
vie éternelle, et qu'il ne prive personne du salut, sinon à cause de ses péchés ; 2° qu'il y a une double volonté en Dieu, une volonté antécédente et une volonté conséquente ; que par la première Dieu ne rejette personne puisque autrement il réprouverait son propre ouvrage; 3° que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, proposition qu'il appuyait sur ce syllogisme : Christ est venu pour sauver ce qui était perdu (Mat. XVIII, 11) ; or, tous les hommes étaient perdus en Adam ; donc Jésus est venu pour les sauver tous; car le remède doit être de la même étendue que le mal et Dieu ne fait point acception de personnes (Act.
X, 34) ; 4° que les promesses de Dieu sont universelles, et que ce sont les hommes eux-mêmes qui s'excluent du royaume des Cieux, selon Osée (XIV, 1).
Baron n'ayant fait aucune difficulté d'avouer ces doctrines, on dressa un procèsverbal de l'interrogatoire et on l'envoya au chancelier qui, convaincu que toute cette procédure avait été provoquée par des inimitiés personnelles, ne donna en conséquence aucune suite à cette affaire. Baron con tinua donc à occuper sa. chaire ; mais ses ennemis se vengèrent en l'abreuvant de dégoûts, en sorte qu'à l'expiration de ses trois années de professorat, il donna tacitement sa démission en ne faisant aucune démarche pour conserver sa place. Il se retira à Londres où il mourut au bout de trois ou quatre ans. Il laissa plusieurs enfants, dont l'aîné seul, nommé Samuel, est mentionné particulièrement ; encore les biographes se bornent-ils à nous apprendre qu'il exerça la médecine et mourut, à Lyn-Regis dans le Noifolkshire. Les ouvrages de Baron pourraient, encore de nos jours, offrir de l'intérêt, les questions qui y sont traitées continuant à être agitées dans l'Église ; malheureusement ils sont fort rares. Nous en donnerons le catalogue d' après Watt.