BARRÉ — BARRI
lord Shelburne? il abandonna l'armée pour entrer dans la politique et briguer un siège à la chambre des communes.
Cet homme privé d'un œil fut le plus véhément et le plus admirable orateur de l'opposition libérale dans les chambres anglaises pendant trente ans. Il quitta un instant son parti pour le poste de vice-trésorier d'Irlande; mais il revint promptement. En 1782, il fut nommé trésorier de la marine avec promesse d'une pension de retraite de 3,000 1. st. pour compensation des avantages militaires que son rôle d'opposition lui avait fait perdre. Devenu tout à fait aveugle en 1788, il ne discontinua cependant pas son action parlementaire, se retira définitivement en 1790 et mourut en 1802 sans avoir été marié. Il ne voulut pas avouer qu'il eûtjamais rien écrit, mais les Anglais lui attribuent avec vraisemblance d'avoir été, avec lord ShelburneetDrunning, le troisième membre (et celui qui tenait la plume) du triumvirat qui serait l'auteur de leurs mystérieuses, virulentes et fameuses « Lettres de Junius. »
Smilcs, The huguenots, 203, m, 496. — Agnew, Protestant exiles.
4. BARRÉ (Guillaume), né vers 1760, de parents français réfugiés en Allemagne pour cause de religion [Haag II 266]. Barré servait dans la marine russe, lorsque le triomphe des principes proclamés par la Révolution française le rappela dans sa patrie. Parti comme volontaire lors des premières campagnes d'Italie, sa bravoure lui mérita le grade de capitaine, tandis que la connaissance qu'il possédait des principales langues de l'Europe lui gagna les bonnes grâces du général Bonaparte qui l'attacha à sa personne en qualité d'interprète. Mais sa faveur fut de courte durée. Quelques couplets satiriques lui valurent une disgrâce complète. Le futur empereur n'aimait pas être deviné. Ce fut sans doute ce qui perdit Barré. Traqué par la police de Fouché, il chercha un refuge à l'étranger contre la rancune minutieuse du maître. La voie de terre n'étant pas sûre, Barré s'imagine de détacher, de nuit, un batelet des bords delà Seine, et seul dans cette chétive embarcation il descend sans encombre jusqu'au Havre, d'où il réussit à passer en Angleterre
sur un bâtiment américain. Arrivé à Londres, il se vengea de sa disgrâce par quelques écrits, dont le succès ne paraît pas avoir été assez grand pour franchir le détroit; tels sont : I. Histoire du consulat français sous Bonaparte, précédée d'une esquisse de sa vie, entremêlée d'anecdotes, jusqu'à la reprise des hostilités (en angl.j, Londr., 1804, in-8°.
— IL Origine, progrès, décadence et chute de Bonaparte en France (en angl.), Londr., 1815, in-8°; le premier volume seul a paru. On doit aussi à Barré une traduction française de l'ouvrage de Sidney Smith sur l'expédition d'Egypte.
Barré s'est, dit-on, donné la mort à Dublin, en 1829; on ignore pour quel motif. Mais le choix de cet asile indiquerait que les Barré rochelois de l'article précédent étaient de sa parenté.
BARREFORT (P.), des Gévennes, déporté, 1687 [X, 432], — (Marie), de Saint-Hippolyte, assistée à Lausanne, 1691. — (Claude), de Montelès en Languedoc, id. 1695.
BARREIL (Frédéric), baron de Vins.
Trois frères Barreil ou Barreuil se réfugièrent de France dans le Brandebourg à l'époque de la Révocation. On croit que l'un d'eux passa en Autriche et que le célèbre général autrichien de Vins est de cette famille. Une demoiselle de Barreuil épousa unM.de Preyssac, également du refuge (Erman, IX, 18).
BARRELLES, pasteur à Lectoure, 1561 [X, 54]. Voy. Cormère.
BARRES (Pierre des), réfugié à Neuchâtel (Bull. X, 336). — Voy. Grené, Pajon etc.
BARRET, famille réfugiée au Gap (Bull. XV, 160). — (Pierre), id. à Londres, 1710.
BARRET (de), famille réfugiée en Prusse. Mathieu et Joseph, colonel et major (Bull. I, 234).
BARRHAIS. « Isaacus Barrhasius Picto », étudiant en théologie à Genève, 1588. — De Barhays, ministre de Fontenay-le-IIusson en Normandie, 1675 et
BARRI ou Barry (François), avocat à Orange, massacré, 1560. — ( ) drapier à Orléans, brûlé, 1568. — Le lils de V.Bary, victime de la Saint-Barthélémy
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à Orléans, 1572. — De Bary-Mallet [VII, 194, 218]. — (Françoise de) v.
1600 [IX, 278 a]. —Julien Bary, ancien de l'édise de Roucv, 1625 "IV, 495 a]. — (Anne}, Dijon, 1630 | VI, 565 b.] — (Catherine), persécutée; Niort, 1681. — (Louis) d'Uzès. « facturier de laine ». assisté à Lausanne, allant en Allemagne avec sa femme et trois enfants, octobre 1699. — (Jacques) de Nimes, lieutenant à l'armée de Piémont, réfugié à Londres y reçoit un secours de 2 liv. st., 1705. Voy. Tézan.
BARRI (Godefroy de), seigneur de La Renaudie, surnommé La Forcst; Périgord [Haag I, 266]. = Armes : D'argent à trois barres d'azur, au chef cousu d'or.
Si l'on en excepte les Gondé, les Coligny, les Rohan et quelques autres chefs que l'illustration de leur naissance ou l'éclat de leurs exploits ont placés hors de ligne, peu de noms ont obtenu une plus grande célébrité dans l'histoire de nos troubles religieux que celui du chef apparent de la fameuse conspiration d'Amboise. Quel est l'écrivain de cette funeste période, historien, chroniqueur ou pamphlétaire, qui ne fasse comparaître La Renaudie à son tribunal, pour le juger selon ses propres passions ou ses préjugés? Les uns nous le représentent comme un faussaire, un dissipateur, un brouillon, qui ne cherchait dans la guerre civile qu'un moyen de réparer sa fortune ; les autres voient en lui un innocent injustement condamné, le martyr d'une générosité presque sans exemple, un enthousiaste qui sacrifia sa vie au triomphe de la vérité ; tous d'ailleurs lui accordent d'éminentes qualités , de l'activité, de la résolution, une intelligence rare, un courage à toute épreuve et un grand fonds d'éloquence naturelle. A quoi s'arrêter au milieu de tant de contradictions? Nous allons raconter la vie de ce conspirateur célèbre avec toute l'impartialité dont nous nous sommes fait une loi.
Selon Pierre de La Place, Régnier de La Planche, La Popelinière et en général tous les historiens du seizième siècle, il portait le prénom de Godefroy, tandis que Le Laboureur et Mézeray l'appellent, l'un Jean et l'autre George ;
on ne sait sur quel fondement. Quant au nom de La Barre que lui donne Davila, c'est évidemment une erreur; celui de Du Barry, adopté, entre autres, par Le Laboureur, est moins contestable. Castelnau, dans ses Mémoires, le dit Limousin, et Mézeray, Angoumois :
les autres historiens le font descendre d'une ancienne maison du Périgord, originaire de la Bretagne selon Belleforest.
Comme tout bon gentilhomme, La Renaudie embrassa la carrière des armes. Il servit sans doute au siège de Metz sous les ordres de François de Guise (155-2) ; c'est ainsi que nous nous expliquons et l'estime que ce grand capitaine avait conçue pour lui et ses relations intimes avec Gaspard de Heu. Au retour de cette glorieuse campagne, il se trouva forcé de soutenir un procès contre du Tillet, greffier en chef du parlement de Paris, au sujet d'un bénéfice qui avait appartenu à son oncle, et que du Tillet avait fait donner à un de ses frères. Au nombre des pièces produites par La Renaudie, il se trouva quelques titres faux. Les avait-il fabriqués luimême? 11 serait possible que La Renaudie eût regardé comme une ruse de bonne guerre la falsification d'un acte important. Toutefois, hâtons-nous d'ajouter, sans vouloir d'ailleurs l'absoudre entièrement, que De Thou dit clairement qu'il était innocent et qu'il fut condamné pour le crime d'un autre plutôt que pour le sien, ob alienum potius quam ob suum crivien damnatus. Ce témoignage est certainement d'un grand poids. L'illustre historien ne ferait-il pas allusion à Loménie qui, bien que « enveloppé au mesme jugement, » n'en fut pas moins « reçu et advoué en grandes et honorables charges ! »
La condamnation de La Renaudie ne lui lit rien perdre d'ailleurs de sa considération auprès de la plus haute noblesse du royaume. Brantôme affirme que ce fut le duc de Guise qui le fit évader des prisons de Dijon où il devait subir une détention perpétuelle, par arrêt du parlement de Bourgogne. La Renaudie se retira à Genève d'où, quelque temps après, il se rendit à Lausanne.
Ce fut dans cette dernière ville qu'il épousa Guillemette de Louvain, fille du
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sieur de Roignac qui y avait cherché un refuge contre les persécutions. De ce mariage naquit Marie ou Madelaine de Barri, devenue plus tard la femme de Pierre de La Rochefoucaut, seigneur du Parc d' Archiac * .
Les Guise cependant poursuivaient avec insistance la révision de son procès. Un homme de la trempe de la Renaudie était une acquisition trop précieuse pour qu'ils négligeassent de l'attacher définitivement à leur parti.
Belleforest assure que ce fut par l'intervention toute- puissante de François de Guise et du cardinal de Lorraine que La Renaudie obtint « son rappel de ban pour lui et son frère, » et qu'on remarque cette circonstance : l'autorisation de vivre en France « avec liberté de conscience, sans toutefois dogmatiser. » Or, cette faveur lui était accordée au moment où la persécution se réveillait plus terrible que jamais, où Henri II faisait en plein parlement arrêter Anne Du Bourg qui avait osé élever la voix en faveur de la liberté de conscience. Belleforest ajoute qu'on lui permit de rester en France ou de vendre ses biens et de se retirer à Lausanne. Que les Guise lui aient laissé le choix libre, nous ne pouvons nous le persuader. On peut admettre, sans porter atteinte à leur gloire, que la pensée secrète des princes lorrains était d'employer, dans l'intérêt de leur cause, la vaillante épée du gentilhomme périgourdin.
Ils furent trompés dans leur attente.
La Renaudie avait puisé auprès de Calvin et des autres réformateurs de Genève un grand zèle pour la Réforme, et plein d'enthousiasme pour la religion protestante, il n'aspirait qu'à la voir régner librement dans sa patrie. Tels étaient ses sentiments lorsqu'il rentra en France pour veiller à l'entérinement de ses lettres de révision.
La position des protestants était intolérable. Persécutés avec acharnement par les Guise, que la mort de Henri II avait en quelque sorte placés sur le trône, dans la personne de leur nièce
1 Ce qui aide bien à comprendre comment les d'Aubigné étaient en possession des papiers de la conjuration d'Amboise. Voyez entre autres le post Bcriptom de la lettre de M»" de Maintenon au bas de la col. B4S.
Marie Stuart, ils résolurent de briser un joug si odieux. Une conspiration s'ourdit dans laquelle entrèrent nonseulement des huguenots, mais beaucoup de seigneurs catholiques, irrités de voir le gouvernement de l'Etat entre les mains d'étrangers. Le projet des conjurés était de se saisir des princes lorrains et de les mettre en jugement devant les Etats. Il ne restait plus qu'une difficulté, mais elle était grande. Condé, le véritable chef de l'entreprise, ne voulait pas se compromettre, et sa prudence était devenue contagieuse. La Renaudie s'offrit. Les Guise avaient effacé leurs bienfaits de sa mémoire, en faisant «outrageusement torturer, et puis à la façon d'Italie et non en forme de vraye justice, pendre au garot » son beau-frère Gaspard de Heu; il pouvait se regarder comme dégagé envers eux. L'ardeur de son zèle, tel fut donc le véritable motif de sa détermination. Qu'on ne répète plus qu'il y fut poussé par un désir immodéré de gloire et de fortune. « Ceux qui l'ont familièrement connu, écrit. Régnier de La Planche, en jugent autrement, encores qu'il se puisse faire qu'il ne fust du tout exempt du désir de vengeance et de se faire valoir. » Si l'ambition seule avait dicté sa conduite, se serait-il dévoué au parti protestant ? Les richesses et les honneurs n'étaient-ils pas dans le camp ennemi?
Le but des conjurés, nous l'avons dit, était d'enlever le pouvoir aux Guise.
« Et combien, lit-on dans les Mémoires de Castelnau, que l'on leur mis t sus qu'ils avoient voulu, et- s'estoient efforcez de tuer le roy, la reyne sa mère et tous ceux du Conseil, la plus commune et certaine opinion estoit qu'ils n'avoient autre but et intention que d'exterminer la maison de Guise et tenir la main forte à remettre et donner l'authorité aux princes du sang qui estoient hors de crédit, et à la maison de Montmorency et de Chastillon, en espérance d'en estre supportez, comme c'estoit leur principale fin. » L'entreprise était sans doute pleine de périls, et cependant, si elle n'avait été trahie, elle eût été couronnée de succès, tant les mesures avaient été habilement prises.
Ses services acceptés, La Renaudie,
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muni des instructions du prince de Condé. passa d'abord en Angleterre afin d'intéresser Elisabeth à la cause des églises françaises. Puis de retour en France, il se mita parcourir les provinces, surtout celles de l'Ouest et du Nord, et il déploya une telle diligence que dès le 1er février 1560, il put réunir à Nantes, dans la maison d'un gentilhomme breton, nommé La Garaye, un grand nombre de protestants de toutes les parties du royaume, pour leur communiquer les motifs et le but de la conspiration. L'entreprise fut trouvée» sainte, juste, et grandement nécessaire; » pas une voix ne s'éleva pour la blâmer; tous, au contraire, y applaudirent, sous la réserve « de n'attenter aucune chose contre la majesté du roy, princes du sang, ni estât légitime du royaume. » Le 10 mars fut choisi pour le jour de l'exécution : les chefs furent désignés : le baron de Castelnau de Chalosse, pour la Gascosne : le capitaine Mazères pour le Béarn : de Mesmy, appelé par d'autres Du Mesnil, pour le Périgord et le Limousin : Maillé de Brezê pour le Poitou et la Saintoncre : de La Chesnaye pour l'Anjou: de Chiray, pour Châtellerault et les environs ; le capitaine Sainte- Marie, pour la Normandie ; le capitaine Cocqueville, pour la Picardie ; Ferrières-Maligny . pour la Champagne et l'Ile-de-France: Mon/ejan, pour la Bretagne; Chasteauneuf elMouvans, pour le Languedoc et la Provence: tous aussi fameux par leur audace, dit Davila, que distingués par leur noblesse. Au jour convenu, cinq cents e^ntilshommes devaient s'assembler secrètement dans les environs de Blois « où l'on présupposait le roy devoir estre encores de séjour, » pour aider Condé à s'emparer de la personne des Guise, tandis que d'autres chefs se tiendraient prêts, dans chaque province, à réprimer tout mouvement en faveur des princes lorrains.
Ces dispositions prises, l'assemblée se sépara sans avoir excité aucun soupçon. De La Planche raconte que la raison pour laquelle les conjurés avaient choisi Nantes afin de parlementer, c'est qu'outre que cette ville est située aux extrémités du royaume, « le parlement de Bretagne qui se tenait lors, leur de-
vait donner couleur et empêcher que leur entreprise ne fût découverte, parce qu'ils feignaient y poursuivre des procès : et de fait, ils s'y portèrent si discrètement que chacun faisait porter après soi à ses valets des sacs à la mode des plaideurs. Que s'ils se rencontraient par les rues, c'était sans se saluer, ni faire connaissance ailleurs que dans leur conseil. » Chacun des conjurés s'en retourna donc « préparer sa charge. » tandis que La Renaudie vint à Paris rendre compte à Condé des résultats de ses démarches. Il se losea chez un avocat protestant nommé Pierre des ^venelles, qui tenait une maison garnie dans le quartier de Saint- Germain des Prés , « à la mode communément usitée à Paris. » Les continuelles allées et venues des conjurés ne tardèrent pas à faire soupçonner à son hôte qu'il se « brassoit quelque chose. » Dans l'espoir de le gagner en lui témoignant une entière confiance. La Renaudie eut l'imprudence de s'ouvrir à lui. Des Avenelles jura d'abord de s'employer, corps et biens, à la réussite d'une chose « tant sainte et équitable » ; mais réfléchissant plus tard aux dangers de l'entreprise, le cœur lui manqua. Sa cupidité fit le reste. Il avertit les Guise du danger qui les menaçait. D'autres avis leur étaient déjà parvenus de divers côtés. L'alarme fut grande à la Cour. A l'instant le roi fut conduit dans le château d'Amboise, assez fort pour résister à un coup de main : les serviteurs les plus dévoués des Guise furent dépêchés dans les environs pour rassembler à la hâte des troupes : ordre fut donné à tous les baillis et sénéchaux d'arrêter et en cas de résistance de tuer quiconque serait trouvé en armes sur la route d'Amboise; Coligny et ses frères, dont on se méfiait, furent mandés à la Cour ; enfin, dans l'espoir d'apaiser l'irritation des Huguenots par une concession qu'on se promettait bien de retirer à la première occasion, unédit fut rendu qui promit une amnistie générale aux protestants. « Cest édict, porté en diligence à Paris, raconte de La Planche, fut accompagné de lettres particulières aux présidens et conseillers du parti de ceux de Guyse, par les quelles on leur faisoit entendre la cause pourquoy il avoit
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esté expédié. Il fut aussi mandé au procureur général Bourdin de bailler incontinent son consentement, avec rétention toutes fois ; ce que l'on tiendroit si secret qu'il ne pustestre aucunement descouvert. Par ainsi cest édict ne tarda aucunement d'estre enregistré avec modifications qui demeurèrent au secret de la Cour, sans en faire aucune mention en la publication de l'impression. »
Cependant La Renaudie n'en poursuivit pas moins l'accomplissement de ses projets; il devait d'autant moins y renoncer, qu'il savait que cet édit n'était qu'un leurre : on l'avouait tout haut à Paris. Le départ de la Cour pour Araboise l'ayant forcé à modifier son plan, il partit pour aller à la rencontre des forces protestantes qui s'avançaient de toutes parts. Il descendit dans la maison d'un gentilhomme vendômois, nommé La Carrelière, à six lieues d'Amboise, et y tint conseil avec les principaux conjurés. L'exécution de l'entreprise fat remise au 16 mars. Il fut décidé que le jeune Ferrières, avec une soixantaine d'hommes, irait trouver le prince de Condé qui avait promis de se mettre à la tête de l'expédition. La Renaudie, le baron de Gastelnau etMazères devaient se rendre la veille à Noizay, dans les environs d'Amboise, et dès le matin, s'introduire dans le château, se saisir des portes, arrêter les Guise, puis donner au reste des conjurés le signal d'approcher. Ces dispositions furent encore une fois déjouées par la trahison du capitaine Lignières, qui révéla à la reine-mère toutes les mesures prises, sous prétexte de sauver le prince de Condé. « Il détailla au roi et à la reine, raconte Davila, la qualité, le nombre des conjurés, les noms de leurs chefs et les chemins par où ils arrivaient, » en sorte qu'à mesure que les différents corps parurent au rendez-vous, ils se virent cernés par les Catholiques, faits prisonniers et pendus sans forme de procès. Davines ou Dauvines fut saisi dans son château avec quinze ou vingt hommes ; La Fredonnière, plus heureux, s'enfuit à temps; Renay ou Raunay etMazères furent arrêtés comme ils se promenaient aux alentours de Noizay ; Castelnau assiégé par le duc de Nemours dans le château
de cette ville, appartenant à la femme du capitaine Renay, dut se rendre, faute de munitions, sur la promesse qu'il ne lui serait fait aucun mal, ni à lui, ni à ses compagnons. Nemours « lui jura en foi de prince, lit-on dans les Mémoires de Yieilleville, sur son honneur et damnation de son âme, et outre ce, signa de sa propre main Jacques de Savoie, qu'il le rameneroit avec ses amis sains saufs. » Mais à peine arrivés à Amboise, ils furent tous jetés dans une étroite prison, comme criminels de lèse-majesté.
Ce fut en vain que Nemours se révolta contre le rôle indigne qu'on lui faisait jouer; le chancelier Olivier se contenta de lui répondre qu'un roi n'est pas tenu de garder sa parole à un sujet. Et les malheureux prisonniers furent pendus.
La Renaudie lui-même fut tué le 18, dans la forêt de Château-Renaud. Davila, qui ne le ménage guère, raconte ainsi sa mort : « La Renaudie avoit évité toutes les embuscades, et s'approchoit des portes d'Amboise à travers la forêt, lorsqu'il fut rencontré par un escadron de gendarmes qui avoient Pardaillan à leur tête. Ces deux troupes en bon ordre, bien armées et bien montées, en vinrent aux mains. Le premier choc fut très-vif ; mais La Renaudie voyant que ses soldats ramassés à la hâte ne pouvoient tenir contre la bravoure de troupes aguerries, résolut de finir glorieusement ses jours. Il poussa son cheval contre Pardaillan et le renversa mort d'un coup d'estoc qu'il lui porta dans la visière de son casque : lui-même blessé d'une arquebusade dans le flanc, par un pagode Pardaillan qui combattoit à côté de son maître, mourut en combattant vaillamment. » Son corps, porté à Amboise, fut attaché au gibet avec cet écriteau au cou : La Renaudie, dit la Forest, chef des rebelles: puis il fut mis en quartiers et exposé sur des pieux aux environs de la ville. Les autres conjurés néanmoins ne perdirent pas courage ; avec une audace inouïe, ils résolurent de s'emparer d'Amboise même, où l'on comptait une centaine de protestants. Le capitaine La Mothe devait, les soulever, tandis que Cocqueville et Des Champs, logés dans les faubourgs, se saisiraient du pont et que Chandieu, ac-
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couru de Blois, s'introduirait dans la ville par une poterne. Mais au lieu d'arriver la nuit, ce dernier s'étant présenté au grand jour devant les murs d'Amboise, l'éveil fut donné au château et l'entreprise échoua.
Plus leurs alarmes avaient été vives, plus les Guise se montrèrent implacables. 11 serait trop long d'énumérer tous ceux qui furent pendus, noyés ou décapités. « Il se trouvoit en la rivière de Loyre, ditun auteur contemporain, tantost six, huict, dix, douze, quinze attachez à des perches, qui avoyent encor leurs bottes aux jambes, en sorte qu'il ne fut jamais veu telle pitié. Car les rues d'Amboyse estoyent coulantes de sang, et tapissées de corps morts de tous endroits : si qu'on ne pouvoit durer par la ville pour la puanteur et infection. » Davila lui-même, le pagényriste de Catherine deMédicis et du parti catholique, avoue a que les supplices de ces malheureux, tourmentés par les soldats, déchirés par les bourreaux, formèrent un spectacle horrible. » Catherine de Médicis voulut en jouir ; digne mère de ce monstre qui, comme Yitellius, trouvait que le corps d'un ennemi mort sent toujours bon, elle exigea que sa Cour, pompeusement parée comme pour une issistàtà ces hideuses Saturnales.
Et parmi toutes ces jeunes femmes, au milieu desquelles brillait, moins encore par son rang que par sa jeunesse et sa beauté, Marie Stuart, venue là comme pour se familiariser avec l'échafaud, parmi toutes ces jeunes femmes il n'y en eut qu'une qui se sentit douloureusement émue; ce fut Anne d'Est, épouse du duc de Guise. Fille de la vertueuse Renée de France, elle dut sans doute ce généreux mouvement de pitié au sang huguenot qu'elle tenait de sa mère. Se levant éperdue et baignée de larmes, elle se retira dans ses appartements, suivie de près par Catherine qui a la voyant ainsi contristée, luy demanda qu'elle avoit, et qui luy estoit survenu pour s'attrister et complaindre de si estrange façon. — J'en ay, répondit-elle, toutes les occasions du monde. Car je viens de voir la plus piteuse tragédie et estrange cruauté à l'effusion du sang innocent, et des bons subjects du roy, que je ne doubte
pas qu'en bref un grand malheur ne tombe sur nostre maison, et que Dieu ne nous extermine du tout pour les cruautés et inhumanités qui s'exercent. » On sait si ses prévisions furent accomplies.
Le duc de Guise mit enfin un terme à cette boucherie, non qu'il éprouvât un sentiment de commisération, mais parce qu'on craignait que l'air infecté par tant de cadavres ne fit éclater la peste dans Amboise. Il donna donc l'ordre de ne plus faire de prisonniers. On pendait aux arbres de la forêt tous ceux qu'on rencontrait armés ou qui avaient le malheur d'inspirer des soupçons. Des voyageurs, de paisibles marchands périrent du même supplice que les conjurés. On faisait contre eux un indice de l'argent qu'ils portaient.
Au nombre de ceux qui périrent, on cite La Bigne, secrétaire de La Renaudie, qui, ayant été pris après la mort de son maître, avait eu la faiblesse de révéler les secrets de la conspiration dans l'espoir de racheter sa vie; le capitaine Mazères, Renay, Du Pont, le jeune Villemongys, puîné de l'illustre maison de Briquemaut. Ces deux derniers avaient été arrêtés au mépris d'un édit du roi promettant l'impunité à tous ceux des conjurés qui, dans deux fois vingtquatre heures, se retireraient et rebrousseraient chemin deux à deux, ou trois à trois au plus. Monté sur l'échafaud, Villemongys trempa ses mains dans le sang - compagnons, et les élevant vers le ciel, il s'écria à haute voix : « Seigneur, voici le sang de tes enfans. Tu en feras la vengeance. » Le baron de Castelnau étonna ses juges par sa connaissance des lois et de l'Écriture sainte. Sur une observation du chancelier Olivier, qui lui demanda où il en avait tant appris, il lui répondit : « N'avezvous plus de souvenance que quand vous estiez retiré en vostre maison, et que je vous fus voir au retour de ma prison de Flandres, vous vous enquistes longuement des exercices que j'avais en la prison, et que je vous dis que c'estoit aux livres de la saincte Escripture? Ne vous souvient-il plus de quelle allégresse vous louastes mon labeur, et après m'avoir donné résolution sur quelques doutes