BARTHE — BARTHÉLÉMY
devant le Conseil le droit d'exercice qui était de nouveau contesté. Un arrêt, en date du 8 août, renvoya les parties devant la Chambre de l'Édit. C'était une espèce de victoire pour les protestants, qui résolurent de reprendre possession de leurs exercices interrompus. Mais le marquis de Pompadour, furieux d'une telle audace, se rendit à la maison de La Chaumette, qui avait alors chez lui douze personnes de sa famille, entre autres Théodore de la Chaumette, ministre de Maringues, sur la tète duquel il déchargea un grand coup d'épée. Il alla ensuite chez un autre qui était l'avocat Fourgeaud, et l'entraîna violemment dans son château : la femme de celui-ci à laquelle il fit subir le même traitement, accoucha avant terme dans sa frayeur, et il ne lui rendit la liberté, deux jours après, qu'après l'avoir fait fouetter par ses valets. Il ordonna en même temps à la femme de Daniel de la Chaumette, qui avait réussi à se soustraire à sa fureur, de sortir de ses terres, en la menaçant de la faire livrer à la brutalité de ses gens. La Chambre de l'Edit fut saisie de cette affaire; mais la protection du chancelier, qui était parent du marquis, lit qu'on arrêta la procédure. Toutce que les protestants purent obtenir, ce fut la confirmation du droit d'exercice, accordée en 1661 seulement, et avec beaucoup de peine, à leur ministre, Ferrand. Pierre Barthe, frère cadetde Daniel, était pasteur à Chasteauneuf, et en 1026 à Piles (peut-être serait-ce plutôt l'Isle, c" dire à l'Isle-Jourdain près deMontmorillon. Vienne) ; enfinle plus jeune dos trois frères, appelé Barthe jeune, fut pasteur de La Force au moins de 1652 à 1660.
C'est lui quia rendu le beau témoignage publié dans le Bulletin (VIII, 118] à la mort édifiante du vieux duc Jacques de Caumont de La Force, qui rendit l'àme entre ses mains, à 91 ans le 10 mars
4. BARTHES (J.), délégué de Lacaune au colloque de Castres, 1561. — Barthe, capitaine de milice à Montauban, 1621 III, 258 a]. — (Louis) marchand et ancien à Mauzac, 1681 (Bull., IV, 430). — J. Barthe, des Cévennes, condamné aux galères en 1686, libéré en 1713. — (Marie), d'Aumessas, assistée
à Lausanne, 1688. — J. Barthe, du Languedoc, galérien, 1691. — (Pierre) arrêté dans une assemblée du culte à Landouzy en Picardie, puni des galères en 1688 et banni en 1696.
1. BARTHÉLÉMY. Antoine et autres pauvres gens du nom de Barthélémy, massarrés ou pendus en Provence, 1502. — (Nicolas) et un autre, condamnés à mort; Toulouse, 16 juin 1562. — (Tite), avocat à Caraman, condamné à la conflscation, 1622. — (Josué), capitaine de S. -Amans en Languedoc, poursuivi après les premières guerres du duc de Rohan pour les actes d'hostilité qu'il avait pu commettre, obtient des lettres de rémission, 27 oct. 1626 (Arehiv. du palais de justice de Toulouse;. — | eintre et Marie du Renel sa femme; Paris, 1632 jeg.de CharentorP. — (Guillaume), docteur es droits, 55 ans, réfugié à Genève avec sa femme et deux enfants, après avoir été régent des 4e et 5e classes pendant 30 ans aux collèges d'Anduze, Nimes et Orange ;
Bull. XX. ItS). — Famille Barthélémy à Sedan (Bull. VIII, 558). — (Françoise), de Beaumont, « sortant de France où elle a été un an en prison, » Kscistée à Lausanne, 1690. — v'Rebecca) avec Marc, son enfant, assistée à Londres, 1701-21.
2. BARTHELEMY, pasteur à Ste- Croix de Caderle. 1570. — [Jeu), pasteur d'Aulas de 1570 à 1586 année de sa mort. — Barthélémy, pasteur à Gabriac, délégué au synode du Yigan , août
— (Pierre) réfugié de France, étudiait la théologie à L'trecht en 1694. Reçu candidat au saint ministère en avril 1695, il continua de demeurpr à Qtreebt jusqu'en sept. 1699, où il fut consacré par l'imposition des mains , pour devenir chapelain des régiments de l'Etat dans la province de Luxembourg. Au bout d'un an, la garnison ayant changé de place, il se vit obligé de renoncer à cette charge : mais, dans l'été de 1701, l'église de Middelbourg, en Zélande, l'appela, et c'est là que, à la fin de l'année 1704, une mort prématurée l'enleva à la vive affection de son troupeau (Gagnebin).
3. BARTHÉLÉMY, marchand droguiste de Nantes , professant la religion ré-
BARTHELEMY — BARTHOL
formée, était dénoncé à diverses reprises à l'intendant commeempêchant, d'accord avec sa femme, ses trois enfants « d'assister aux offices divins et aux instructions de l'Église. » Les dénonciations venaient du curé de St-Saturnin. Elles eurent pour résultat d'amener, après trois ou quatre mois d'instances, une lettre de cachet en date du 22 août 1721, donnant ordre au sr de la Griollaye, lieutenant-général de lamaréchaussée, de s'assurer des deux filles du sr Barthélémy et de les conduire dans le couvent des Ursulines de Nantes, où leur pension serait payée par leur père, et enjoignant à la supérieure de les recevoir et de les garder jusqu'à nouvel ordre. L'intendant prescrivait de remplir cette mission « sans aucun scandale. » Les pauvres jeunes filles furent en effet conduites aux Ursulines, au commencement d'octobre 1721. Quelques semaines après ce fut le tourdu fils, garçon de 12 à 13 ans. Il fut enlevé de la maison de ses parents et conduit au couvent des Mathurins de Châteaubriant. Le père refusa d'abord de payer la pension de ses filles réclamée par les religieuses dans les premiers jours de 1723. Ce ne fut que plusieurs années après qu'Anne Barthélémy fut rendue à sa famille, à la condition de « se bien conduire dans la religion catholique » (19 mai 1727) et sa sœur deux mois plus tard, à la même condition. Il avait ainsi fallu de sept à huit ans pour triompher de leurs convictions. Quant au jeune garçon, nous n'avons pu retrouver ses traces ; à moins que ce ne soit lui qui recevait en Angleterre, vers 1723, sa part du subside des réfugiés, sous le nom de Marc Barthélémy. — Rebecca Barthélémy est aussi mentionnée parmi les réfugiées en Angleterre vers cette date. Nous ne savons si elle avait quelques liens de parenté avec la famille nantaise de ce nom (Vaurigaud).
4. BARTHÉLÉMY (Jean de), né à Marvejols vers 1G45 (probablement fils de Pierre, procureur, et de Gabrielle de Tardieu des Pradels (Tt 236), commença ses études à Genève en 1663 et les termina en 1666 ou 1667 à Puylaurens, où il fut un des argumentateurs sur une thèse d'André Martel: « De Deo,
quatenus est summum hominisbonum.»
11 desservit d'abord l'église de Sainte- Croix de Valfrancesque, puis, 1679-81, celle de Gabriac (coll. de St-Germain de Calberte), ensuite celle de Molières dans le colloque de Sauve, de 1681 à 1684. Son église fut interdite en 1684 et il fut condamné à cent livres d'amende, avec défense d'exercer le ministère pendant trois ans, pour avoir pris part au projet de Claude Brousson de prêcher dans les lieux où l'exercice était interdit. Il se réfugia en Suisse (Mad. Du Noyer, Lettres historiq. et galantes, éd. de 1790, t. XI, p. 205 ; Bull. IX, 149). — (Pierre et Anthoine), de Puvlaurens, fugitifs à la Révocation (Tt 323).
5. BARTHÉLÉMY (Charles de), sieur deBienville, épouse en 1582 Anne de Budè. — (Clauda, fille de Samuel de) épouse, 1671, Jean de Cabiron [III, 74, 89]. — (Jean-Jacques de), notaireroyal d'Aubenas, fugitif en 1685.
BARTHÉS (Louis), régent des écoles de Vabre en 1594, marié avec Jeanne Mary, veuve en 1602. — (Pierre), de Castres, marié àlsabeau Lantier dont il eut 3 fils et 5 filles de 1649 à 1667. — (Jacques) marié à Suzanne de Calvairac, v. 1660. — (Jean) «maître monteur d'armes, » à Lacaune, 1652. — (André) des Fournials en Languedoc, mis aux galères en 1754, mort en 1755.
BARTHOL, famille de pasteurs du comté de Montbéliard, originaire de Vézelay en Bourgogne. Elle a fourni dix pasteurs aux églises de son pays d'adoption et s'est éteinte à Montbéliard vers le commencement du XVIIIe siècle.
Ogier Barthol, le premier qui vint, de Vézelay où ilétdit né vers l'an 1525, fut nommé pasteur à Allenjoie (Doubs) en 1559 et transféré en 1566 dans la paroisse de Ste-Suzanne où il mourut en
Vienot l'un des fils du précédent, né probablement à Ste-Suzanne vers l'an 1567, fit avec la plus grande distinction ses études théologiques à l'université de Tubingen, et venait à peine de la quitter lorsqu'il fut nommé premier maître ou recteur de l'école latine de Montbéliard, 1597. C'était une place importante qu'on ne donnait qu'à des gens de mérite. Il
BARTHOL
BARUTEL
ne la conserva que deux ans. Sur sa demande il fut nommé, 1599, pasteur de Saint-Maurice; puis, en 1607, pasteur d'Etupes. Le besoin d'un homme capable pour diriger l'école latine le fit appeler une seconde fois aux fonctions de recteur en 1609 ; mais il préférait la carrière pastorale et, en 1611, il obtint la cure d'Allenjoie. Il y demeura 15 ans au bout desquels on l'envoya à Héricourt en qualité de diacre ou pasteur-adjoint, place qui ne rapportait que la moitié du traitement de pasteur ; il parait que c'était une punition de ce qu'il aimait, diton, un peu le vin; mais dès la même année où lui survint cette disgrâce, 1626, au mois de novembre, il fut réinstallé comme pasteur dans la paroisse de Belverne près Etobon, C'est là qu'il mourut, 9 nov. 1631, âgé d'environ 64 ans. Vienot Barthol, qui devait être un homme fort instruit, n'en a laissé qu'un faible témoignage dans deux petits écrits qu'il lit imprimer : 1° Grand catéchisme explicatif du petit catéchismede Luther; Montbéliard, Sam. Foillet, 1620, in- 12; 2° Pastorale, adressée au duc Louis- Frédéric de Wurtemberg à l'occasion de son retour à Montbéliard en 1
Jean, fils de Vienot, né à St-Maurice, 1606, lorsque son père y était j/asteur, entra aux études théologiques à Tubingen le 15 juill. 1624 et ne les quitta que le 5 mars 1630. 11 fut d'abord précepteur dans une famille, puis diacre ou pasteur auxiliaire à Héricourt, 29 mai 1631. Au mois de janvier 1632, il alla remplacer son père dans la cure de Belverne et la quitta vers la un de la même année pour entrer dans celle de St-Maurice où il demeura dix-neuf ans. En 1671 il fut appelé à la paroisse importante d'Héricourt qu'il ne quitta, 24 août 1674, que pour prendre le titre de pasteur émérite et le repos auquel lui donnaient droit son âge et ses infirmités. 11 avait été reçu bourgeois de Montbéliard, l'année précédente avec ses deux lils Guillaume et Frédéric-Melchior, et il est probable qu'il alla terminer ses jours dans cette ville. C'était un ecclésiastique de savoir et de piété qui s'attachait à ses paroissiens, qui savait se faire aimer d'eux et qui s'était acquis toute la bienveillance du duc Léopold-Frédéric de Wurtem-
berg. On ne connaît de lui aucun ouvrage littéraire.
Daniel (ou Mathieu?) probablement frère de Vienot et oncle du précédent, fut pasteur de Ste-Marie-aux-Mines depuis environ l'année 1581 jusqu'en l'année 1590, où il quitta cette église pour celle de Badonvillers où il mourut. — Un connaît encore Claude Barthol, ministre à Ste-Suzanne vers 1573-76 ; un autre, maître d'école à Charmont en 1575; Daniel, fils de ce dernier, diacre et maître d'école à Blamont, marié en 1597 ; Dominique, ministre à Montéchéroux en 1657.
Frédéric-Melchior, pasteur et professeur à Montbéliard, collègue par conséquent du pasteur Jean Beurlin, parait avoir été l'esprit le plus distingué de la famille. Il publia : « L'École sainte ou familières instructions sur tous les points de la foi chrétienne, sur tous les livres de l'Écriture sainte, sur la confession d'Augsbourg et touchant la personnelle Luther; « Montbél.. 1678, in- 12. 576 p. ; 2« édit. 1685. Cet ouvrage fit accuser l'auteur, en France d'avoir irrévérencieusement parlé de la religion catholique et le fit enfermer pour un mois, par les ordres du commandant français, au château de Joux près Pontarlier. En même temps le livre fut déféré au parlem. de Besançon, confisqué et brûlé publiquement par la main du bourreau. Barthol prit le parti de s'expatrier et s'enallaàStuttgard où il mourut en 1697 (Haag ').
BARTHOM1EU. Ln homme et un enfant de ce nom figurent parmi les massacrés de Provence, 1562. — Jean Barthomier, gouverneur de Montfortl'Amauiy en 1563 VI. 378]. — G. Barthomies, notable huguenot de Saintonge, 1616-21 [II, 213; IV, 404].
BARUGH(Pibrbb), pasteur de Générargues, 16UU- 1626 ; de St-Paul-la-Coste
BARLTEL. Sur des ordres venus du parlement de Toulouse, le gouverneur de Gaillac (Tarn), nommé Mons, fait arrêter tous ceux des huguenots de la ville qui n'avaient pas pris la fuite, au nombre d'environ quatre-vingts et les
• D'après un*' lettre de M. F. Beurlin, payeur ilEtol>ou prés Héricourt, descendant du pr Jean Beurliu.
BARUTEL — BASCHI
fait enfermer dans les trois prisons dont il disposait. C'était dans le terrible mois de septembre 1572. Le 5 octobre, de nouveaux ordres furent envoyés de Toulouse. Le soir « sur l'heure de dix à onze heures, vindrent aux susdites prisons, avec soldats et torches, ceux qui avoient prinse la charge de meurtrir et faire le massacre des huguenots prisonniers, portant haches bien esguisées, halebardes, fourchettes, grandes dagues et poignards en leurs mains. Ouvrant avec grande terreur et espouvantement des pauvres prisonniers les portes des dites prisons, ils se ruoient sur ces transis désarmés qui se mestant les uns derrière les aultres et parant les bras aux coups, en criant et se plaignant du tort et de l'injure qu'on leur faisoit, estoient néantmoins par ceux qui n'en avoient aucune pitié mis à mort, détranchés et coupés en plusieurs endroits de leurs personnes. Ce qui apporta une telle froyeur et espouvante qu'il y en eust qui comme desespérés se précipitoient en bas des dites tours, et un s'en sauva miraculeusement. Tant y a qu'il en fut tué jusques au nombre de 74 et aussitôt leurs maisons pillées, ruynées et abattues jusques aux fondemens. » L'exécuteur, Mons, consentit à faire grâce de la vie à un riche bourgeois qui était son hôte, ArnaudBarutel, sous la condition qu'il abjurerait la foi protestante. Tel est le récit d'un écrivain contemporain qui paraît être catholique, et dont le manuscrit est conservé aux archives départementales du Gard (Haag).
BASAYRE (Samuel), de Puylaurens, 70 ans, réfugié à Golchester, reçoit un secours de 7 1. st., 1705.
BASCHI, famille d'origine italienne, venue de l'Ombrie, mais établie depuis des siècles dans la Provence (Haag I, 274]. = Armes : Écartelé au 1 et 4 d'argent à l'ours dressé de sable, au 2 et 4 d'azur à la jumelle d'argent accompagnée de 3 besans de môme en chef et de trois en pointe. Ces derniers 2 et 1 ; sur le tout à l'écu d'argent fascé de • sable.
Le premier des membres de cette illustre maison qui se convertit au protestantisme fut Thaddée de Baschi, sei-
gneur de Stoblon ou d'Estoublon, fils de Louis de Baschi et de Melchionne de Materon. Forcé de fuir devant les fureurs des catholiques de sa province, il alla, en 1574, chercher un asile en Dauphiné. Il accepta un commandement sous les ordres du brave Montbrun qu'il accompagna au siège de Die. Cette entreprise ayant échoué , Stoblon fut chargé de conduire un secours au capitaine Février, qui était serré de près dansMenerbes. Le président de Gaufridi, auteur d'une histoire de Provence dont le mérite ne consiste pas dans l'impartialité, raconte en ces termes le résultat de cette audacieuse expédition : « Ferrier, bloqué par Grillon dans Menerbes, demanda du secours à Montbrun qui dépêcha le seigneur de Stoblon avec 300 maîtres et 150 arquebusiers des vieilles bandes du Piémont. Stoblon part. Le jour, il se tient enfermé dans les bois; la nuit, il répare si fort le repos du jour qu'il marche tout d'une haleine, et se jette dans la place. Après avoir donné trois ou quatre heures de repos à ses gens, il les sépara et les envoya en divers quartiers brûler les blés des aires voisines. Ces ravages firent attrouper les intéressés , qui allèrent joindre le seigneur de Crillon, et se trouvèrent environ 1,200 chevaux à la plaine de Menerbes. Alors le seigneur de Stoblon sortit avec ses 300 maîtres, suivi de ses arquebusiers. En approchant des catholiques, il fit ouvrir sa troupe; ceux-ci s'avancèrent pour se jeter dedans, et trouvèrent les arquebusiers pied à terre et s'étantfait un rempart de leurs chevaux, les arquebusiers firent une décharge fort heureuse. Ceux qui s'étaient séparés , les rejoignirent. Les catholiques, environnés de toutes parts, furent tués, et le seigneur de Crillon laissé sur la place. Sa mort mit ses gens en désordre; ils prirent, la fuite et furent poursuivis jusqu'aux portes d'Avignon.
Cette ville prit l'épouvante et consentit à payer la contribution. Stoblon, ayant encore fait quelques courses très-heureuses, retourna en Dauphiné. » Il n'y resta pas longtemps dans l'inaction; fortzélé pour son parti, il ne laissait échapper aucune occasion de venger sur les rarcistes les maux dont ils avaient acca-
BASCHI
blé les protestants de la Provence. Cette malheureuse contrée était mise alors à feu et à sang par deux factions animées d'une haine implacable. Les carcistes, ainsi nommés de leur chef, le fanatique comte de Carces, se reconnaissaient à leur longue barbe. Leurs ennemis, au nombre desquels on comptait beaucoup de catholiques modérés, étaient désignés sous le nom de razats, soit parce qu'ils portaient la barbe rase, soit comme le prétend Bouche, parce que les carcistes les avaient réduits à une aussi grande indigence que si le rasoir eût passé sur leur tête. Stoblon était le principal chef de ces derniers, et s'il faut en croire les écrivains protestants, il était vigoureusement secondé dans toutes ses entreprises par ses deux frères , Louis de Baschi, seigneur d'Auzet, et Matthieu de Baschi, chevalier de Saint-Estève, qui l'aidèrent notamment à s'emparer de Biez, en 1 57 i. Dans son Histoire des guerres du comtat Yenaissin, Pérussi confirme le fait en ces termes : « Les adversaires sentant que Carces faisoit approcher l'artillerie pour battre Biez, délibérèrent de le surprendre; mais ils furent prévenus et pris près de Martigues, d'où aucuns furent menés à Aix, entre autres le chef, nommé L Etudie; audit Aix prirent fin telle qu'ils méritaient Bras, neveu de Paul de Mouvans, qui fut mis sur la roue, et le chevalier de Saint-Estève, frère du sieur dEstoublon, et Ouzet [Auzet] , autre leur frère, y fut tué d'une pistoletade, et autres y furent pendus et étranglés. »
Dans les notes ajoutées à la relation de Pérussi. le marquis d'Aubaïs prétend, au contraire, que les deux frères de Stoblon étaient bons catholiques, et qu'ils périrent victimes d'inimitiés personnelles. Quoiqu'il en soit, Stoblon ne lais-a pas leur mort impunie. 11 se saisit de Digne et lit de là des courses dans les environs. De Vins résolut de l'en chasser. Muntbrun, Lesdiguières , Gouverne/, Champoléon et les autres chefs huguenots du Dauphiné, qui sentaient toute l'importance de ce poste, essayèrent vainement de lui porter secours.
Attaqués à l'improviste, ils furent défaits, et Stoblon se vit réduit à s'échapper à la faveur de la nuit. La paix s'é-
tant conclue sur ces entrefaites, le vaillant chef des razats dut remettre à un autre temps la revanche qu'il comptait bien prendre de cet échec. L'occasion ne tarda pas à se présenter. En 1579, le viguierde Draguignan, Peyron Raphelon, lui ayant proposé une entreprise sur le château de Trans. il y consentit. Depuis deux jours, il battait la place avec deux canons tirés de Fréjus, lorsqu'il eut connaissance de l'approche du capitaine de Vins. Il marcha aussitôt à sa rencontre, le défit complètement et retourna presser le siège de Trans. Mécontent de l'effet de son artillerie, il voulut pointer lui-même une pièce de canon, mais au même moment, un coup d'arquebuse tiré du château lui fit une blessure si dangereuse, qu'il en mourut sept jours après, le 30 mai 1579. Ses troupes exaspérées se précipitèrent à l'assaut, emportèrent la place et passèrent toute la garnison au fil de l'épée.
Thaddée de Baschi laissa de son maavec Sara Du Mas d'Allemagne, un fils nommé Alexandre, qui fonda la branche des seigneurs d'Auzet, éteinte en 1757. Ses descendants, au reste, ne paraissent pu avoir joué un rôle marquant dans les affaires de l'Église protestante; il n'en est pas de même de ceux de son frère aîné Louis.
Ce dernier avait eu de Louise de Yaras un fils, nommé Balthasar, et une fille, appel >re, qui épousa Paul
de Gérente ou Jarente, baron de Montclar, et gouverneur de Sapus. Du mariage de Balthasar avec Marguerite Du Faur, célébré en 1591, naquirent deux fils qui, élevés dans la religion réformée, en défendirent les intérêts avec autant de valeur que de zèle.
L'aine, Charles, seigneur de Saintre ou S. -Etienne, Thoard, Barras, etc., gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, épousa, en 1611, Marthe de Renard, de la famille d'Avancon en Dauphiné, fille de Florent de Renard, premier président à la cour des comptes de Grenoble. En 1617, il fut. en qualité d'ancien de l'église de Thoard, député au sxnode de Vitré par les réformés de la Provence. En 1628. il prit une part active à la défense de Saint-Affrique, où il se trouvait avec sa compagnie de
BASCHI
chevau-légers ; le prince de Gondé fut contraint de lever le siège, après un assaut inutile qui dura plus de cinq heures, et des pertes en hommes et en officiers très- considérables. Saint-Estève accompagna ensuite son frère à Castres, où devait se terminer par un accident fatal la brillante carrière qui s'ouvrait devant lui. « Saint-Etienne, lit-on dans les Mémoires de Rohan, qui lui donnent toujours ce nom, fut tué malheureusement par le canon même de la ville, qui, n'étant pas bien rafraîchi, en le chargeant la poudre prit feu qui l'emporta.
Ce gentilhomme étoit plein de courage et d'affection à son parti, et il partoit le lendemain pour aller en Foix, qui avoit grand besoin de lui. » Le duc de Rohan l'avait en effet nommé gouverneur de Foix ; ce fut Mazaribal qui lui succéda dans ce poste important. Saint-Estève laissa deux fils : Balthasar, seigneur de S.-Estève, Thoard et Vaunavès , qui épousa, en 1650, Susanne de Montcalm Saint-Véran;^0 Pierre, qualifié d'ecclésiastique dans la généalogie de cette famille. De Balthasar naquirent Louis, seigneur de S.-Estève, dont le sort n'est pas connu, et Daniel, qui fut baptisé le 1er mars 1658. Ce dernier prit pour femme Jeanne de Juge, qui descendait apparemment de Paul de Juge, conseiller de la Chambre mi-partie établie à Castres en 1595 ; elle faisait sans doute partie, comme lui, des nouveaux convertis. Ce Daniel, créé comte de Baschi Saint-Estève, par lettres du mois de novembre 1715, fut père de François de Baschi, ambassadeur en Portugal.
Le second fils de Balthasar de Baschi, Louis, fut la souche d'une branche nouvelle qui s'établit en Languedoc, et qui prit le nom d'AuBAÏs, d'une terre que Louis possédait du chef de sa mère.
Louis d' Aubaïs était né le 12 octobre 1595. Jeune encore, il fut appelé à jouer un rôle dans les dernières guerres de religion, et cette distinction il la dut autant à son zèle pour la cause protestante qu'à l'illustration de sa famille et au souvenir des services rendus par son oncle et par son beau-père. Dès 1616, il fut député par la noblesse du Bas-Languedoc à l'assemblée politique de Nîmes. Quelques années après, en 1620,
il fut choisi pour présider une assemblée provinciale convoquée à l'effet d'aviser aux moyens de mettre en état de défense les places qui appartenaient aux protestants; à côté de lui prirent place au bureau Bansillon, comme adjoint, et Paul, comme secrétaire. Les Nîmois attachaient surtout une grande importance à la conservation d'Aimargues. Le gouvernement lui en fut confié par Châtillon, le 23 juillet 1621. Aubaïs, jaloux de se montrer digne de cette distinction, s'appliqua à fortifier cette place pour la mettre à l'abri des attaques. Tout dévoué au duc de Rohan, qu'il considérait comme le véritable champion de l'Église protestante, il travailla activement, en 1625, à faire déclarer Nîmes en sa faveur. Aussi Rohan, bien assuré de pouvoir compter sur son zèle, le fit-il entrer dans le bureau de direction qu'il força l'autorité municipale de cette ville à s'adjoindre. Peu de temps après, Aubaïs fut député, ainsi que Isaac Brun, seigneur de Castanet et premier consul de Nîmes, Fourniguet et Richard, à l'assemblée de Milhau, qui se réunit, le 25 octobre, pour délibérer sur les propositions de paix du gouvernement. Cette assemblée le chargea, avec huit autres de ses membres, La Milletière, Madiane, Du Puy, Le Clerc, Noaillan, Guêrïn, Du Cros, Pierredon^ de se rendre auprès de la Cour pour mettre la dernière main aux négociations.
La députation fut favorablement accueillie. Cependant la paix ne fut pas signée, Richelieu exigeant que Soubise et lesRochellois fussent exclus du traité. Ces conditions étaient inacceptables ; leur rigueur seule, et non pas, comme le suppose Ménard, un entretien que Rohan eut avec le ministre Vellieu, décida de la continuation des hostilités. Rohan se fit déférer par une assemblée des habitants de Nîmes le titre de général des églises et rétablit le bureau de direction dont il nomma membre Aubaïs. S'étant assuré ainsi du concours de cette ville importante, il parcourut les Ce vannes, leva six régiments à la tête desquels il plaça Aubaïs, Rouveyrelte, Chavagnac, Saint-Cosme, Fourniguet et Lecques,se saisit partout des deniers royaux et lit adopter, dans une nouvelle assemblée
BASCHI
qui se tint le 10 janvier 1626, la résolution de n'accepter aucun traité à moins que Soubise n'y fût compris. Richelieu voulait la paix, mais une paix perfide « qui lui ouvrit le chemin, comme il le dit lui-même, pour exterminer le parti huguenot. » A la nouvelle de ce qui se passait dans le Midi, il s'empressa de conclure; Aubaïs et Mont mar tin, qui n'avaient pas quitté la Cour, retournèrent à Nimes, porteurs du traité qu'ils avaient négocié, le 5 février, avec le cardinal. Une assemblée provinciale l'ayant accepté le 20 mars, les deux négociateurs, accompagnés des députés du duc de Rohan, retournèrent à la Cour afin d'obtenir la ratification détinitive du roi. Aubaïs ne fut de retour à Nimes que le 12 juin. Peu de temps après, il fut élu consul avec Jacques Genoyer, Paul Saunier ou Sagnier et André Ptlissier. Les ennemis du duc de Rohan s'étaient beaucoup agités pour cette élection ; mais toutes leurs intrigues et leurs menées avaient tourné à leur confusion. Malgré l'opposition de la Chambre de l'Edit du Languedoc, et malgré les défenses formelles du gouvernement, les nouveaux consuls, jaloux des privilèges de leur ville, ne laissèrent pas de prendre possession de leurs charges.
Cette alfaire aurait probablement eu des suites fâcheuses si la guerre ne s'était rallumée. La violation du dernier traité dans plusieurs de ses dispositions et les modifications qu'y avait introduites le parlement de Toulouse en l'enregistrant, furent les principales causes de cette nouvelle levée de boucliers. Une assemblée des députés de Nimes, d'Uzès, du Vigan, de Sumène. de Sauve, d'Alais, de Ganges, d'Anduse, de St-Jean de Gardonenque, de La Salle, de St-Hippolyte et de St - Ambroix, se tint à Uzès.le 10 septembre 1627, en présence du duc de Rohan et sous la présidence d Aubaïs (mss. du Puy, vol. 100). Noguier, ministre d'Uzès, fut nommé adjoint; Montméjard, avocat et consul du Vigan, avec Pellet, premier consul d'Anduse, furent choisis pour secrétaires l. Afin de donner plus de poids
1 Les autres membres de cette assemblée étaient Cheiron, Le Bon, Rosselet pasteur, dr Rozel avocat, Anjouin, de La (.range avocat; Roussel, Jsjon, Brvjas
aux décisions de cette assemblée, on jugea à propos d'y admettre, avec voix délibérative, plusieurs gentilshommes qui se trouvaient alors à Uzès f. La première séance fut occupée tout entière par un discours de Rohan qui rappela les précautions qu'il avait prises pour assurer l'exécution du dernier traité, les violations dont néanmoins ce traité était l'objet en plusieurs points et l'inutilité des plaintes qu'il avait adressées à la Cour, en sorte qu'il s'était vu forcé de recourir au roi d'Angleterrre qui, comme garant du traité, avait envoyé une flotte puissante pour appuyer les réclamations des Réformés. Dans la seconde, on prit connaissance des lettres de La Rochelle, fui engageaient les églises du Languedoc à faire cause commune avec elle; on lut le manifeste de Rohan, ainsi que la déclaration des ambassadeurs d'Angleterre et quelques autres pièces, et l'assemblée, approuvant pleinement la conduite du duc, le supplia de reprendre la charge de chef et général des églises. Enfin, après avoir choisi des émissaires qui devaient travailler à soulever le Dauphiné et le Vivarais. les députés se séparèrent en renouvelant solennellementle serment d'union et en promettant de n'accepter jamais de paix particulière. La guerre ainsi résolue, Rohan s'appliqua à la conduire avec vigueur. Aubaïs, qu'il avait nommé son lieutenant dans le Bas- Languedoc, l'accompagna partout dans sa courte, mais brillante campagne du Vivarais. Il assista à la prise de Salavas. força le château de Vallon à capituler, se rendit maître du Pouzin, s'empara de Baya à la tête du régiment de Mormoirac, et tenta, mais sans succès, d'enlever Cruas. Lorsque Rohan fut obligé de
et l'oujade. consuls d'Czès ; de Prrrotat ancien consul; Levesque, Bastide, Boileau, Roche, Espérandieu, Fabre ; La Pierre avocat, consul du Vigan; Aigouin, consul de Sumène; tPAldeoert juge; Pierredon, Ricaud et de Le use, avocats; de La Forest, Fubeguts. Benjan, Franc. Fabre, consul de Ganges ; de Combel docteur; de Ribvtur juge; de Lauziére, consul de St- Jean de Gardonenque-, de yignolles, consul de La Salle ; Tourtolon, Dalgue; de Couroy, pasteur.
1 De Britiny (Breti^-ny), le baron d'Alais, de Casques, d' Montinoira Muruioirac , Du Queyton, de Clairon, de Cassagnoltes, S.-Hippolyle, de Liouc, de Blatiére, Des Baux, de Lezan, Cardtt, PUot, de La Baume, Du Ptn. Con:in, La Rnoire, Clapiès, de Méjanes, Carrière, de L>i Calmcttr, Ardoyn llrdouin), Faulcon, de Sairous, de Tastiues, Chubaud, de t'tttemade.
BASCHI
battre en retraite devant des forces trèssupérieures, Aubaïs fut chargé du commandement de l'avant-garde composée de trois cornettes de cavalerie, la sienne, celle de S.-Estève son frère, et celle du baron à'Alais. L'armée huguenote, sauvée par les habiles manœuvres de Rohan, rentra à Nîmes sans éprouver de pertes considérables. Après quelques jours de repos, Aubaïs fut envoyé à Castres, avec S.-Estève et d'Assas. Mais malgré des prodiges de valeur et de fréquentes sorties, il ne put empêcher que le prince de Gondé ne fît un affreux désert de toute la contrée environnante.
Cependant il réussit assez bien dans le principal objet de sa mission, qui était de réconcilier les capitaines Saint-Germier et Chavagnac, dont les divisions menaçaient d'entraîner la perte de la ville. De retour auprès de Rohan, il assista au siège et à la prise d'Aimargues que défendait le marquis de Saint-Sulpice, cadet de la maison d'Uzès. Lors de l'affaire de Canisson ou Cauvisson, « où peu s'en fallut que le duc de Rohan ne reçût un échec qui entraînoit sa ruine et celle de son parti, » il échoua dans sa tentative de secourir le petit corps de troupes que le maréchal d'Êstrées tenait assiégé dans ce bourg, et qui après une défense héroïque^dut accepter une honorable capitulation, où les deux partis traitèrent sur le pied d'égalité. A laconclusiondela paix, Aubaïs suivitl'exemplede presque tous les officiers protestants etde Rohan lui-même, en offrant ses services à Louis XIII, qui en fit un des gentilshommes ordinaires de sa chambre.
Nommé capitaine d'une compagnie de chevau-légers, le 14 oct. 1629, il prit part en cette qualité à la conquête de la Savoie. En 1632, lors de l'entreprise insensée de Montmorency, il servait sous les ordres du maréchal de La Force, qui l'envoya porter aux habitants de Nîmes l'assurance de sa satisfaction de la résolution qu'ils avaient prise de se maintenir sous l'obéissance du roi. En 1635, il assista à la bataille d'Avein contre les Espagnols, au siège de Louvain et l'année suivante, à celui de Corbie. Dom Vaissôte l'inscrit parmi ceux qui périrent au combat de Leucate; mais c'est une erreur qui a déjà été relevée par Mé-
nard. En 1637, Aubaïs servait dans l'armée de Champagne. L'année suivante, il fut élevé au grade de mestre-de-camp d'un régiment de cavalerie, à la tète duquel il se trouva au siège de Saint-Omer, à celui de Feuquières en 1639, à celui d'Arras en 1640, et à toutes les opérations militaires qui signalèrent cette campagne. En 1641, il prit part à la défaite des ennemis devant Almenas. L'année suivante, il combattit sous les ordres de La Mothe-Houdancourt, et contribua à la victoire de Lérida. En 1643, il obtint, par brevet du 31 décembre, le grade de maréchal de camp et mourut le 13nov. 1646.
De son mariage avec Anne de Rochemore, conclu le 17 janv. 1614, naquirent deux enfants : un fils, Charles, capitaine de cavalerie dans le régiment de son père, par commission du 27 nov.
1638; lequel épousa en 1640 Marguerite Causse, et mourut en 1668 ; et une fille, Louise, qui fut mariée en 1637, à Jacques de Vignolles. Charles laissa quatre fils, Louis baron d' Aubaïs, Henri, Charles et François. Nous ne savons rien de ces deux derniers, qui probablement abjurèrent le protestantisme. Il est certain cependant que Henri, marquis du Caylar, qui épousa Elisabeth de Ricard, dame de Pignan, maintenait encore l'exercice du culte protestant dans ses terres en 1685 (Tt 322); quant à Louis, il sortit de France. Il est marqué dans le même document (Tt 322), sous les titres de baron d' Aubaïs et du Cayla, comme étant en 1685 au nombre des fugitifs du Languedoc. 11 se retira à Genève et y mourut. « Feu M. d' Aubaïs que nous venons de perdre... » est-il dit dans une lettre de d'Arzeliers au comte de Galloway, datée du 25 juin
Le fils de l'exilé lui avait été enlevé à l'âge d'un an et de gré ou de force avait été remis à des parents catholiques. Ce n'était pas assez. Lorsque l'enfant eut atteint l'âge de 8 ans, l'évêquede Nîmes, qui était l'éloquent Fléchier, écrivit au roi, 5 juillet 1695, que cet enfant tiendrait un rang considérable dans le pays et devait succéder à de grands biens, qu'on ne pouvait pas le confier plus longtemps à de nouveaux convertis, ses pa-