‹ La France protestanteChapitre 28 sur 303 · ALBRET — ALBRET-MIOSSENS · texte numérisé non relu

ALBRET — ALBRET-MIOSSENS

fièvre ardente. Son état empira promptement; dès le lendemain, elle sentit qu'elle était atteinte mortellement. «Quoique cette vie, disait-elle, m'est à bon droit fort ennuyeuse pour les misères que j'y ai senties dès ma jeunesse, si ne laissé-je pas de la quitter avec grand regret quand je regarde à la jeunesse des enfants que Dieu m'a donnés, pour les voir privés de ma présence en ce bas ... Toutefois, je m'assure que Dieu leur sera pour père et protecteur, comme il m'a été en mes plus grandes afflictions; je les remets du tout à sa Providence, afin qu'il y pourvoie. » Sa ferme confiance en Dieu ne l'abandonna pas un moment. « Encore que les douleurs dont il m'afflige soient violentes, répétait-elle, je sais qu'il ne fait rien qui ne soit bon et droit. »> Elle expira le lundi matin 9 juin 157-2, dans la 44e année de son âge.

Le bruit se répandit aussitôt que la reine de Navarre avait été empoisonnée.

Les accusations prirent même une telle consistance, que le roi se crut forcé d'ordonner l'ouverture du corps. 8 médecins ne trouvèrent, dit-on, aucune trace d'empoisonnement ; mais c'est une question restée indéi

Cette mort était la perte la plus sensible que pût faire le protestantisme en France. La douleur fut générale, et même dans le camp ennemi, il y eut des larmes sincères de répandues. Les vertus privées et publiques de Jeanne forçaient l'admiration de tous les partis. Au jugement de l'Italien Davila, « c'étoit une princesse d'un courage héroïque, d'un esprit très-élevé et d'un mérite bien audessus de son sexe; avec ces grandes qualités , quoique dépouillée de son royaume, elle soutint toujours avec majesté le nom de reine. Sa fermeté n'éclata pas moins dans la guerre, malsré le nombre et la puissance de ses ennemis. Dans les plus grands dangers et dans les dernières extrémités où son parti se trouvoit réduit, elle jetta les fondemens de cette grandeur, où son fils s'est élevé depuis... Les grands talens de cette princesse, soutenus par sa vertu et sa libéralité, mériteroient d'éternels éloges, si elle n'eût embrassé opiniâtrement la doctrine de Calvin, en voulant.

sans les lumières acquises par l'étude, pénétrer et même expliquer les plus profonds mystères de la théologie. » La plupart des écrivains catholiques sont forcés de lui rendre la même justice. Et en effet, qu'on la considère comme mère, comme épouse ou comme reine, il n'y a pas une tache dans sa vie.

On a beaucoup de portraits de la reine Jeanne. Le plus sûr, non le plus flatteur, se trouve sur ses monnaies. On l'a aussi en une bonne peinture de la bibliothèque de Genève, provenant de l'acquéreur du château du Crest , qu'habitait d'Aubitrné. Elle a été habilement gravée en 1822, à Genève, pour la Soc. des arts, par Schenker. Mais la plus remarquable gravure représentant Jeanne d'Albret est de Marc Duval, datée de 1570. avec cette suscription : Jana Elebreta Navarrorum regina, Henrici Borbonii eorumdem nunc régis mater.

Bayle.-Micbaud.- Hi.lot. — Mit deJ.à~.4lbret, par Mlle Vauvilliers; Pans, 1818, 3 vol. in-8». — Hist. *- Bèam et Navarre, par Me. de Bordenave, pub. par P. Raymond; 1873. in-S--. — Voir Bull. XIV, 125 et 17>itermediaire, 1874, col. 175.

i. ALBRET-MIOSSENSou Mio-- Haas I, 59j. Cette famille descendait cl Etienne, bâtard d'Albret et de Françoise de Béarn, baronne de Miossens, mariés en 1510. Leur fils. Jean, baron de Miossens et de Coarase, favorisa de tout son pouvoir l'introduction de la Réforme dans les Etats de la reine de Navarre, dont il embrassa constamment les intérêts. Il avait épousé Suzanne de Bourbon-Busset qui fut choisie pour gouvernante du jeune prince de Béarn, depuis Henri IV. Il en eut plusieurs enfants. L'ainé, Henri, qui avait accompagné le roi de Navarre à la cour de France pour assister aux cérémonies de son mariaee a\e<- Marguerite de France, faillit être au nombre des victimes de la Saint-Barthélémy. Marguerite dans ses Mémoires raconte que M. de Miossens, premier gentilhomme du roi son mari, et Armagnac, son premier valet de chambre, la vinrent trouver pour la prier de leur sauver la vie. « Je m'allay jeter à genoux, continue-t-elle, devant le roy et la reyne ma mère pour les leur demander : ce qu'entin ils m'accordèrent, » — à la condition sans doute qu'ils chan- - 'ru de religion. L'année suivante.

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