AMOURS
gentilhomme ordinaire de la maison de Mme de Lonsueville. qui avait vécu à Xeuchàtel, en Suisse. Il avait épousé dans le temple de Loudun. en 1581, Marthe Martin, fille de Jean Martin, conseiller du roi et de Françoise Ferron (Arch.
Tt. 232 : il avait donc certainement professé la religion réformée, et y serait revenu après avoir quitté la Ligue. Mais Gabriel fut découvert et enfermé à la Bastille. « Malgré sa profession, lit-on dans l'Estoile. il y fut mieux traité par Bussy-te-Clerc [qui en était gouverneur] que pas un autre des prisonniers, disant ledit Bussy. en jurant Dieu comme un zélé catholique, que d'Amours, tout huguenot qu'il était, valoit mieux que tous ces politiques de présidents et de conseillers qui n'étoient que des hypocrites, et lit si bien que le ministre sortit. »
Il se retira en Saintonse. C'est de S. -Jean d'Angely qu'il écrivit à Henri IV, le 2o juin 1593, cette belle et précieuse lettre *, dans laquelle il rappelle librement au roi toutes les prédictions heureuses qu'il lui a faites, « tout ce que Dieu par moy vous a dict, » écrit-il, et le menace «au nom du mesmeDieu. »
s'il quitte sa religion, lorsqu'il sait qu'elle est la vraie, aussi bien qu'homme de son royaume. Il ajoute avec autant de grâce que d'énergie : « Si vous escoutiés Gabriel Damours, vostre ministre, comme vous escoutés Gabrielle, vostre amoureuse, je vous verrois toujours ro néreux et triomphant de vos ennemis.
Vous ay-je point dict à S. Denys. en ung presche. ce que Dalila lit à Samson, qui le rendit misérable et eontemptible aux Philistins?... Quand Dieu a faict tant de merveilles pour vous, vous ne viviés pas ainsi. On dit que vous avés promis d'aller à la messe, ce que je ne croy nullement et en combatrois tousjours en ung duel pour maintenir le contraire. Quoi! Le plus grand capitaine du monde seroit-il bien devenu si couard que daller à la messe pour la crainte des hommes?... Vous voulés estre instruict par les evesques de l'Eglise romaine, ce dict-on? O que vous n'estes pas le roy qu'il faille instruire : vous estes plus
• Publiée par M. Ch. Uoad ,Hnll. I. 2fco .1 après l'original lmK.dc la Kbttot nationale , Collect. du Vuu, vol. 323,
grand théologien que moy qui suis vostre ministre: vous n'avez faulte de science, mais vous avez ung peu faulte de conscience. Priez Dieu, nous prierons incessamment pour vous. » — Moins de cinq semaines après, le '25 juillet, Henri IV abjurait cependant. Mais la grandeur de ses vues politiques autorise à croire fermement que s'il fit taire sa conscience c'est qu'il avait le pressentiment qu'en établissant les deux cultes sur le pied d'une mutuelle tolérance, il ruinerait et déracinerait doucement le catholicisme.
Malheureusement pour la France, l'œil inquiet du clergé de Rome ne s'y laissa pas tromper un instant, et l'on peut pardonner à notre glorieux Henri une mauvaise action où il se leurrait d'un bienfait immense et qu'il a payée de sa vie.
Rendu au calme pastoral. Gabriel d'Amours se retrouva en Saintonge dans la même instabilité où il avait été chez les Xeurhàtelois. et il semble que ce fut une honorable conséquence de l'amour ou du moins de l'estime qui en tout lieu, s'attachait à sa personne. Le synode de la province voulut le donner pour pasteur à l'édise de Barbezieux; mais Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV. 1 ayant demandé pour ellemême, le synode national de Saumur consentit à cette requête, malgré l'opposition du député de l'église de Lyon, Louis Turqitef, qui prétendait que cette église avait des droits sur lui. Nous ignorons pourquoi d'Amours ne resta pas au service de la princesse Catherine; peut-être nelui avait-il étéaccordéque pour quelque temps, comme c'était l'usage: quoi qu'il en soit, le synode national de Montpellier, en 1598, chargea le pasteur de Paris. François de Lauberan de Montigny, de le prier de retourner dans sa province. D'Amours obéit. En 1 Gui, le synode national de Jargeau le donna pour pasteur à l'église de Chdtellerault qui le demandait avec instance, malgré la résistance des tidèles de S.-Jean-d'Angely. qui désiraient le conserver, et malgré l'opposition des églises de Lyon et de Paris , qui soutenaient leurs droits. Cette décision excita le mécontentement des proférants de S.-Jean-d'Angely. Il fallut que le synode leur députât Jean Gardesi,