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ANCILLON, famille de pasteurs et

ANGILLON

de savatits français do Metz [Haag I, 80-96]. — Charles [1, 84, 89, 95; II, 174]. — David [I, 80, 221 ; II, 63, 319;

IV, 356 a ; VII, 425 a]. — Autre David [I, 92: II, 124. — J.-P. Frédéric [I, 90]. — Judith [III, 292 b].— Joseph [I, 95;

V, 102 a; VI, 445 a]. — Louis-Frédéric [I, 89 ; VIII, 398 a]. — Famille des plus influentes et des plus considérées de Metz depuis le XIVe siècle. = Armes :

De gueules à la gerbe de blé d'or, liée de môme , surmontée de trois étoiles, également d'or, en chef, posées en ligné courbe au-dessus de la gerbe.

2. David ANCILLON, pasteur, né à Metz le 17 mars 1617, et mort à Berlin le 3 sept. 1692.

L'illustration de la famille des Ancillon, comme protestante, remonte aux premiers temps de la Réforme en France. Déjà le trisaïeul de David, président à mortier dans une des principales cours du royaume, avait fait volontairement le sacrifice de sa charge pour l'amour de la religion qu'il avait embrassée. Son fils, Georgin Ancillon, fut un des fondateurs de l'église de Metz, et c'est de son petit-fds, Abraham, « si habile en droit et si expérimenté dans les affaires qu'il a passé pendant sa vie poui1 l'oracle de sa patrie » et d'Esther Marsal, que naquit David Ancillon.

David étudia d'abord au collège des jésuites à Metz, le seul établissement d'instruction de cette ville où l'on pût s'instruire dans les belles-lettres, et en 1633, son père l'envoya terminer ses études à Genève. Il y fit sa théologie sous Spanheim, Diodati et Tronchin.

Gela explique les opinions qu'il professa dans la suite touchant la grâce-particulière. Ces trois professeurs enseignaient en effet cette doctrine, en même temps qu'à l'université de Saumur, Amyraut, Cappel et La Place défendaient la grâce universelle. Ancillon partit de Genève au mois d'avril 1641, afin de se présenter au synode de Gharenton pour se faire recevoir ministre. Le résultat des épreuves qu'il subit fut si satisfaisant qu'on lui donna la plus considérable des églises qui étaient à pourvoir, l'église de Meaux. Il sut s'y concilier, par la douceur de son caractère autant que par ses talents, l'estime et la considération des

habitants de l'une et de l'autre religion. Les premiers magistrats de la ville, quoique catholiques, devinrent ses amis intimes. Ce quilui gagna les cœurs, selon son fds, « ce furent sa vie sans reproches et sa piété solide et sans faste. Il savoit faire d'aussi belles choses qu'il en savoit dire ; il mettoit lui-même en pratique ce qu'il enseignoit aux autres. Il rendoit ses bons offices à tous, sans que la différence des religions en fit la moindre dans sa conduite. Il avoit adouci et apprivoisé les ecclésiastiques catholiques romains du diocèse, et vivoit avec eux eh bonne intelligence. Il entretenoit par ce moyen la paix et la concorde entre tous les habitants. » Ses prédécesseurs n'avaient pas eu la même satisfaction.

L'un d'eux, entre autres, Moïse Blondel, avait été constamment en butte, pendant son ministère, aux injures de la populace. Un jour que ce ministre était venu visiter Ancillon, il fut extrêmement surpris des témoignages de respect que son jeune ami recevait partout sur son passage et l'en félicita. Ce changement des catholiques, en effet, était son œuvre, et il avait tellement gagné l'affection de sa propre église, que dans la crainte de le perdre etpour se l'attacher plus étroitement, les principaux chefs de famille imaginèrent de le marier richement à une personne honorable qui eût son bien dans le pays ou dans le voisinage.Ce futainsique seconclut, en 1619, son mariage avec Marie (fille de Pierre Macaire et de Marguerite Liénard), laquelle n'avait alors que 14 ans.

Cependant les fidèles de Meaux ne tardèrent pas à être trompés dans leurs espérances. En 1652, Ancillon ayant l'ait Un voyage à Metz pour y revoir ses patents, fut invité à prêcher et il le fit aVec un tel succès que les sollicitations et les prières lui vinrent de toutes parts pour le décider à accepter la première place de pasteur qui viendrait à vaquer. Après quelque hésitation, il promit. Cette vacance ne se fit pas attendre. Le plus ancien des quatre pasteurs de l'église, Th. le Goulon, mourut bientôt après son départ. Ancillon se rendit donc à son nouveau poste. Il arriva à Metz en mais 1653. Ses talents pour la prédication parurent encore avec plus d'éclat sur ce

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nouveau théâtre. Ses sermon? étaient extrêmement coûtés. On doit regretter que, par un excès de modestie, il n'ait jamais consenti à en publier qu'un seul. Cependant il avait l'habitude de ne monter dans la chaire qu'après mûre préparation. Tous ses sermons étaient écrits.

11 faisait très-peu de cas des discours improvisés, toujours plus brillants que solides. Il avait accoutumé de dire « que c'étoit estimer trop peu le public que de ne prendre point la peine de se préparer quand on avoit à traiter avec lui, et qu'un homme qui paroitroit en bonnet de nuit et en robe de chambre un jour de cérémonie ne comme ttroit pas une plus grande incivilité. » Ancillon aimait peut-être plus qu'il ne convient à un homme de son état, le repos et la retraite. La vie d'un ministre de l'Evangile ne doit pas être une vie contemplative. « Il ne se mèloit absolument et à la lettre d'aucune affaire du monde. Comme un véritable anachorète, il était hors du commerce des hommes, et ne songeoit qu'à Dieu et son Eglise. » Il avait par-dessus tout la passion des livres. Sa bibliothèque était très-riche. Mais lors de son départ précipité de Metz, elle fut comme livrée au pillage. On ne respecta pas même une quantité de lettres destinées à la publicité, et entre autres, une correspondance avec son ami intime Daillé. Ancillon exerça le ministère à Metz jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, en I

- démareh- auprès du gou-

vernement pour faire admettre un droit d'exception en faveur des réformés du pays Messin, n'ayant amené aucun bon résultat, les quatre pasteurs de IV de Metz, MM. Ancillon, Isaac de Combles, Bancelin et Paul Joly, se hâtèrent de mettre à profit la disposition toute exceptionnelle de la loi qui les autorisait à s'expatrier sous quinzaine. Quelques jours plus tard, cette dernière grâce leur eût encore été enlevée. Au moment où ils allaient monter en bateau pour descendre la Moselle, tous les lidèles de leur église se présentèrent sur ies bords du fleuve et leur firent leurs adieux au milieu des larmes et des sanglots. Ce fut pour eux et leur église désolée un beau jour de deuil. Ils partirent seuls;

car il ne leur était pas permis d'emmener avec eux leurs familles. La loi n'accordait de passe-port aux pasteurs que pour leurs jeunes enfants au-dessous de 7 ans, et tous les leurs, au nombre de seize, avaient passé cet âge. Les quatre exilés se rendirent àFrancfort-s.-M. Les principaux réformés de la ville, ayant appris leur arrivée, se portèrent à leur rencontre, et se disputèrent l'honneur de leur donner l'hospitalité. Pendant son séjour à Francfort, Ancillon alla visiter deux de ses parents qui desservaient 6ë française de Hanau '. L'un était veuf de sa sœur, et l'autre avait épousé sa nièce. S'étant fait entendre dans leur église, toute l'assemblée fut si édifiée, que l'on décida la création d'une troisième place de pasteur qui lui fut offerte. Il accepta, et entra en exercice sur la fin de l'année 1685. A Hanau comme à Metz, ses prédications attiraient la foule. On s'y rendait de plusieurs lieues, de Francfort même. Des cens qui n'entendaient pas la langue, allaient l écouter, « disant qu'ils aimoientà/e voir parler. 'Mais la jalousie non dissimulée de ses deux collègues le fit presque aussitôt partir pour Francfort, puis pour le Bfandebou

I M son inetallation à Berlin en 1686, il fut invité à se rendre à Potsdam, le séjour favori de Frédéric - Guillaume.

Formey raconte ainsi son entrevue le grand électeur : « M. Ancillon ayant paru en sa présence avec ses deux fils, les cheveux blancs du vénérable vieillard parurent inspirer à ce grand prince une espèce de vénération, qu'il voulut bien lui témoigner en l'embrassant tendrement, et en lui parlant de la manière la plus affectueuse. Voici ses propres termes : « Je loue Dieu, dit-il à M. Ancillon, de ce qu'il vous a mis au cœur de venir passer le reste de vos jours dans mes Etals ; je ferai en sorte quevous y vivrez content. Ma bellê*-sœur, la duchesse de Simmern, m'a fortement recommandé de vous établir selon votre mérite : ainsi je vous fais ministre ordinaire de mon Eglise françoise de Berlin. ». Les bienfaits de l'électeur s'éten-

' Voy. sur Hanau :Vne Eglise réformée au XPll' sitclt ou Ilist. de l'Eglise wallonne de Hanau jusqu'à l'arn- Tée des réfugiés français, par J.-B. Lcclercq, l>r en théologie et pasteur, tiauau, 1868. iii-r.

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dirent sur toute la famille d'Ancillon, dont les membres réussirent peu à peu à le rejoindre. Jean Cayart, habile ingénieur, avait épousé Judith Ancillon, sa fille aînée, en 1682 [III, 292 b].

Lorsque fut arrivé son gendre, l'ingénieur Cayart, David Ancillon vit presque tous les siens rassemblés autour de lui. Cayart avait aussi amené avec lui une de ses sœurs, mariée en 1688 au ministre Couliez; mais il avait dû laisser un fils unique, qu'il perdit depuis, et faire le sacrifice de ses biens, qui étaient considérables, « se contentant d'emporter son âme pour butin. » Ingénieur distingué , il dirigeait les travaux de fortifications de Verdun. Le ministre Louvois lui en avait témoigné toute sa satisfaction. Mais Cayart résista à toutes les séductions, préférant le repos de sa conscience à sa fortune. Bientôt après son arrivée à Berlin, l'électeur le nomma son ingénieur général. A l'exception seulement de la plus jeune de ses filles, qui épousa depuis M. Contart, Ancillon eut la joie de voir, avant de mourir, toute sa famille honorablement établie.

Quoique son fils cadet, David , partageât depuis quelque temps ses travaux, il ne renonça à la prédication que lorsque la maladie ne lui permit plus de se déplacer. 11 mourut à l'âge de 75 ans. Sa perte fut vivement sentie par tous les réfugiés de la colonie. « On n'assista pas seulement à son enterrement comme à celui d'un ancien pasteur, qui avoit rendu de bons et de longs services à l'Eglise, mais chacun y vint comme aux funérailles du meilleur de ses amis, qui seroit mort à la fleur de son âge ; tous les corps françois députèrent ensuite quelques-uns de leurs membres pour consoler sa famille affligée, et pour lui témoigner combien ils prenoient de part à leur deuil, et il semble encore actuellement [1698] qu'il ait été le père commun de tout le monde, tant il est regretté. «Vers 1845, le consistoire de Metz avait placé dans la salle de ses délibérations un vieux portrait de ce vénérable pasteur. La légende dont le peintre l'a entouré : D. A. Metensium ministrorum decanus i> montre qu'il datait

' Ce portrait a dû être gravé. Celui de Paul Ferry, collègue d'Ancillon, l'ayant été avec la légende ■ ministre

d'un temps où les Ancillon n'avaient pas encore été chassés de France. Les Messins, après la détestable guerre de 1870, pour empêcher ce pieux souvenir de tomber aux mains des Allemands, chargèrent un de leurs pasteurs , M. 0. Cuvier, de le déposer dans la Biblioth. du Protestantisme à Paris.

Ancillon a passé toute sa vie dans l'étude ; le Mélange de littérature recueilli de ses conversations , qu'a fait paraître son fils Charles, donne une idée trèsavantageuse de son savoir et de son érudition; mais il n'a pas beaucoup écrit. Nous dirons un mot de ses publications.

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