‹ La France protestanteChapitre 92 sur 303 · ARBALESTE — ARBALESTIER · texte numérisé non relu

ARBALESTE — ARBALESTIER

Il y eut, dans la vie de Mmc de Mornay, un incident qu'il ne faut point omettre quelque mince qu'il soit, parce qu'il peint un trait des anciennes mœurs protestantes. Ellesétaientrigides, comme on sait, et leur rigidité se retrempait constamment par le séjour que beaucoup de ministres faisaient pour leurs études dans la petite cité de Calvin, où les institutions politiques avaient été organisées sous l'inspiration des idées démocratiques et religieuses. Or les magistrats et le consistoire de Genève, s'aiguillonnant et se soutenant mutuellement, poursuivaient sans trêve le luxe, les fêtes, les danses, les tripots, les chansons, les jeux de hasard et cette branche de la mondanité, la plus difficile peut-être à contenir, la toilette des femmes. La coiffure à elle seule donnait beaucoup d'affaires au consistoire, comme deux ou trois exemples suffiront à le montrer : « 21 sept. 1570 :Laure femme de Xenophon Portus, est citée par le seigneur lieutenant [de police] pour avoir porté les cheveux tors, contre l'ordonnance ; et encore voulu maintenir qu'elle les avoit ainsi dès sa jeunesse, ce qui n'estoit. Confesse avoir failly et estre de bonne volonté de s'amender, aydant Dieu. Après les admonitions, on l'a renvoyée. » — « 12 oct. 1581 : Jeanne Morlot, femme du sieur Gabriel Pellisson, appelée pour estre reprise et réprimée des excessives façons de faire pleines de supperbetés et sans modestes termes, ayant faict certaines cornes en sa coeffure pleines de vanité. De quoy luy ayant esté remonstré s'est mise a rire ens'escusant qu'elle nesçait les coustumes de Genève. Advis que bonnes censures et remonstrances seront faictes a la dicte femme. » — « 21 juin 1612 : Sur ce que le vénér. Consistoire a fait remontrer à messeigneurs qu'on voit un grand abus s'augmenter de jour en jour en ce que plusieurs femmes et filles par manifeste abus de la parole de Dieu et des louables édicts de cette cité se licencient à des vanitez nouvelles et deffendues comme les frisures de cheveux, passefilons, fausses chevelures, collets doubles, chaînes, bracelets et carquants d'or, cornettes de velours, charges de papillotes et jayets, et autres semblables

excès en parures et accoutrements, a esté arresté qu'on mande aux dits seigneurs du Consistoire de faire appeler devant eux les dictes femmes et filles. » (Aug. Cramer, Reg. du Consist. de Genève.)— Philippe de Mornay ayant dû se rendre en Languedoc vers la fin de l'année 1584 pour les affaires du roi de Navarre, avait emmené sa famille avec lui et l'avait installée à Montauban. Quel ne fut pas leur étonnement, leur mortification, après un court séjour, d'apprendre que Mme de Mornay était amèrement censurée au sujet de sa coiffure par le ministre Michel Bérauld qui entraînait à sa suite les deux autres pasteurs de la ville, Beronis et Constant! La femme d'un des personnages les plus dévoués et les plus méritants du parti, cette femme si pieuse et si grave, alors âgée de 34 ans, était notée publiquement par ce grand zèle et menacée d'être exclue de la sainte Cène, elle, son mari, ses enfants et toute sa maison, si elle ne supprimait ses longues boucles de cheveux ajoutés et le fil d'archal qui les tenait. En vain protesta-t-elle qu'elle les avait toujours portés ainsi et qu'elle défiait qu'on lui montrât un article soit de l'Ecriture soit des synodes généraux qui fût clairement contraire, elle fut obligée d'aller chercher la communion dans un village à trois lieues de la ville. Mais elle rédigea pour sa défense une protestation en forme qu'on trouve imprimée à la suite de ses Mémoires.

3. La cousine germaine de Charlotte Arbaleste, Rachel, fille de Marie Arbaleste et de Jacques Cochefilet, seigneur de Vaucelas, épousa, en secondes noces, dans l'année 1592, Maximilien de Bêthune, depuis duc de Sully. Pour contracter cette alliance, elle quitta la religion romaine et embrassa la religion réformée dans laquelle elle mourut, avec de grands sentiments de piété, en 1659, à l'âge de 93 ans. Elle fut ensevelie clans le tombeau qu'elle avait fait élever à son époux, en 1642, par le sculpteur B. Boudin.

1. ARBALESTIER ou Arbalestrier, nom d'une ancienne famille du Dauphiné [Haag I, 1181. = Armes (d'Arbalostier de Montclar) : De gueules au chevron d'argent accosté de trois étoiles d'or et

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