ARBUSSV ou Arbussi (Pierr
à Montauban, 16 oct. 1581, appartenait à une famille importante de cette ville "V, 202 b]. Un quartier de banlieue du côté de Tescon porte encore le nom d' Arbussi, et atteste que cette famille y avait de grands biens; elle avait en même temps, dès l'origine de la Réforme, déployé un zèle ardent pour la liberté de conscience. Le 8 avril 1612, Pierre avait épousé Su-
sanne (née à Montauban, déc. 1592), fille de Théophile Bêrauld qui lui-même était le fils aîné du célèbre Michel Bêrauld. De ce mariage naquirent plusieurs enfants, dont deux, Théophile et Joseph, ont acquis quelque notoriété.
2. Théophile, né à Montauban le 8 juill. 1614 [HaagI, 121 a; —VI, 56 b; VII, 294 a; 297 b], étudia la théologie à l'acad. de sa ville natale, et fut admis au ministère, oct. 1637, par le synode de Castres, qui lui assigna l'église de Sorèze : il y était encore en 1644 , et à Milhau vers 1656. Il fut député (1659) au synode national de Loudun, où il prononça, sur Gen. XLIX, 10, un sermon qui a été imprimé (Saumur, 1660, in-8°). En 1663, la ville de Milhau fut le théâtre d'une émeute où il se trouva compromis. Les capucins qui y avaient une mission, ayant voulu, par excès de zèle, s'opposer à un enterrement, qui ne se faisait pas à l'heure fixée par l'arrêt du 13 nov. 1662, il en résulta un tumulte où quelques-uns d'entre eux furent maltraités. Trente-sept personnes furent arrêtées ; deux pendues , deux condamnées à l'amende honorable, deux autres au bannissement pour cinq ans de la généralité de Montauban, et le ministre, frappé de la même peine. Les autres accusés qui avaient pris la fuite, en furent quittes pour être pendus et brûlés en effigie ou condamnés aux galères, sauf quelques femmes qui subirent en réalité la peine du fouet. L glise de Milhau dut aussi payer une amende de 14,000 livres et les dépens.
Enfin les protestants furent exclus à perpétuité de toute charge municipale.
L'année suivante, Théophile Arbussi fut nommé pasteur à Revel, et en 1670, après avoir été pasteur à Anduze, il obtint la permission d'établir de nouveau sa résidence à Milhau (Arch. Tt, 340). En 1673, il fut désigné par le synode du Haut-Languedoc pour professer la théologie à l'acad. de Puylaurens en remplacement de Jean Gommare. On a (Biblioth. de la fac. de Montaub.) la thèse inaugurale qu'il soutint à cette occasion, intitulée : Thèses theelogicx de libero arbitrio, quas ex prœœpto synodi provincialis superioris Occitanioe et Aqui-
ATIBUSSI
taniaj composuit et publiée agitatidas proponit Thcophilus Arbussius, sacrosanctœ theologise professor désignants ; Podiolauri, 1(374, in 4°, 39 pag. —Théophile Arbussi épousa, 15 septemb. 1644, Claudine de Bataille (fille à'Eléazar, procureur à la chambre de l'édit), qui resta en France, à Montauban, après la Révocation (Tt, 253) et vivait encore en 1690. Elle lui avait donné quatre enfants : 1° Théophile (ci-après n° 4); 2° Antoine (ci-après n° 5); 3° Margueiute, mariée à N. Sales, bourgeois de Revel ; 4° Suzanne, mariée à Jean Cazalet, avocat à Milhau. Il mourut en 1681 . Bayle (voy. Œuvres diverses, t. I ; lett. à sa famille) faisait grand cas de Théophile Arbussi.
3. Joseph Arbussi [Haag I, 120; — VI, 142 b; VII, 177 a; VIII, 189 a; IX, 6 b; 203 b], frère du précédent, naquità Montauban le 17 avril 1624. Admis au ministère en 1645, il fut immédiatement nommé pasteur à Sorèze. L'année suivante il fut appelé à Montauban, non toutefois sans une vive opposition, quoiqu'il se vante lui-même d'y avoir été « demandé par la voix générale, sans aucun dissentiment de suffrages, dans une assemblée de près de deux mille habitants. » {Lettre de Joseph Arbussy, à tous. les fidèles des églises réformées de France; Montauban, Pierre Bertié , 1657, in-4°). Il paraît qu'un grand nombre de protestants de cette ville dési* raient ([\i André Martel succédât à Pierre Ollier qui venait de mourir et qu'il s'agissait de remplacer. Pour les satisfaire, on partagea cette place de pasteur, et on en donna la moitié à chacun des deux concurrents. Une lettre de cette époque, imprimée sans nom d'auteur, mais qu'il y a tout lieu de regarder comme l'œuvre de Jacques Coras, donne sur la nomination de Joseph Arbussi le curieux détail que Paul Charles, pasteur et professeur de théologie à l'académie, vit cette nomination avec un profond regret, et dit : « C'est un jeune serpent que l'église de Montauban met dans son sein et qui, un jour lui déchirera les entrailles. » (Response à un libelle intitulé : Lettre de Joseph Arbussy,,..
15 avril 1658.)
Les mêmes influences le firent nom-
mer en 1653 à la chaire d'hébreu laissée vacante par la mort de Timothée Delon; et bientôt après, on ajouta à ses fonctions de pasteur et de professeur celles de principal du collège. On n'avait pas encore vu des charges aussi importantes confiées à un homme aussi jeune et qui ne se recommandait ni par ses talents ni par son caractère. L'orage ne tarda pas à éclater sur sa tète.
Bien différent de son grand-oncle et de son bisaïeul, Pierre et Michel Bérauld, Joseph Arbussi n'était pas un de ces sévères protestants qui condamnaient sans ménagements toutes les concessions faites à l'esprit du siècle et qui tonnaient contre les mœurs relâchées de leur temps. Placé trop jeune encore à la tête d'une église considérable et difficile, il manqua de la réserve nécessaire à ses fonctions. A son retour dans sa ville natale, il eut la faiblesse de renouer des relations intimes avec ses anciens camarades d'étude, de vivre familièrement avec eux, etde partager leurs amusements et leurs plaisirs. On ne le vit pas sans étonnement aller à la chasse, assister à des banquets, afficher un luxe extraordinaire pour la gravité de sa profession, dans ses habits et dans son ameublement. Les hommes graves se scandalisaient de sa prédication dans laquelle il affectait d'employer le style des romans du temps. Cette manière de prêcher le fit nommer « le Grand Cyrus. » (Response au libelle, p. 12, etc.)
Mille bruits fâcheux circulaient sur son compte ; une grande partie de l'église se décida à demander sa révocation. Cette affaire fut successivement portée devant trois synodes de la province du Haut-Languedoc et Haute-Guyenne, devant deux autres de la province du Bas- Languedoc qu'on avait pris pour arbitre et enfin en 1659 devant le synode national tenu à Loudun. Après une longue enquête, cette dernière assemblée lui interdit d'exercer désormais son ministère à Montauban et dans le Haut-Languedoc ; mais sans doute par considération pour la mémoire de Bérauld, elle ajouta « que la cessation des fonctions de son ministère serait sans tache de déposition. » (Aymon, Syn. nat. 11, 754).
A la lin de 1661, on trouve Joseph