‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 10 sur 112 · MOTION DE CAMILLE DESHOULINS AU PALAIS-ROYAL LE I 3 JUILLET I · texte numérisé non relu

MOTION DE CAMILLE DESHOULINS AU PALAIS-ROYAL LE I 3 JUILLET I

Le Irouble dti etpritt ariit foret te gouTCrnemcnl i enviroaner P>r «embUe nationale, émue par cet ptiptmih, demanda au Rai de retirer < que ai leur présence continuait i parler ombrage, il Ici éloignerait, Necker, le tninittre le plui populaire de ce lempi, ayant désapprouTé le> metores priaej par le gouTernemenl, fui diagrlcié. A cette nouvelle, un incnnnu qui s'Intitula plu) tard le Procureur gtntral de la Lanterne, Camille Deimoalins, monté sur une (abte, baranguB le peuple au Palais-Royal, et reicita i prendre les armes contre les troupes qui, le soir même, disail-il oiensonKiremenl, devaient sorlir du Cbamp-de-Mar> pour égorger les Parisiens; il leur proposa easulte d'adopter la cocarde verte comme signe lie ralliemenl. .Puis tirant deux pistoleta de aa poche : ■ Que tons le* citoyens m'imilenl '. • dit-il. Le Palaii-Royal devint aiail le centre de riasurrection. France biIvolut. — Livr. •. 1

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Au fond, la plupart de ces troupes n'étaient pas plus redoutables pour la Révolution que les Gardes-françaises : elles étaient désarmées. Elles avaient reçu Tordre de ne pas se servir de leurs armes et de témoigner le plus grand respect pour les émeutiers. Elles devaient, autant que possible, jouer le rôle de soldats de bois, de mannequins bourrés de chair, destinés à faire peur aux Parisiens, si toutefois ceuxci voulaient bien Condescendre à avoir peur, et à se disperser sans grand effort.

Ils n'y paraissaient pas disposés. Ils étaient convaincus, par les prédications de Técole de Jean-Jacques, que le « Peuple est le maître » ; et ils étaient persuadés, par deux années de fantaisies émeutières non réprimées, que le roi était, au fond de ses pensées, de Topinion. de Jean-Jacques. Ils étaient le peuple, donc les maîtres.

On devine la fureur de ce Peuple^ assemblé au Palais-Royal, quand le 12, vers midi, le bruit se répandit que le roi faisait aae d'autorité, qu'il venait de renvoyer M. Necker. On cria que c'était une insulte, une menace, un soufflet, un coup; que c'était une folie-, que c'était la ruine; un crime de lèse-nation, une tyrannie exécrable ! Pour les meneurs de la Révolution, cet acte du roi, c'était l'insolence de l'esclave qui se révolte et qui crache à la face de son maître. Ils proclamaient que le roi démasquait son despotisme : n'avait-il pas l'indicible audace d'oublier que ce Genevois était cher aux Parisiens et qu'ils avaient décidé que lui seul pouvait sauver la patrie !

Un des habitués du lieu, Tun des moins méprisables, un collégien qui mûrissait trop vite dans l'enthousiasme, Camille Desmoulins, commença le premier acte de la Révolution, comme un autre collégien, qui était mûr trop vite dans le flegme, Saint-Just, devait le terminer à cinq ans de là.

Camille le prit sur le ton qu'il ne devait jamais perdre, sur le ton d'emphase grotesque et furieuse qui mêlait la farce à la tragédie.

11 saute sur une table. « Citoyens , s'écrie-t-il , c'est une Saint- Barthélémy de patriotes qu'on veut faire. Aux armes ! Prenons une cocarde pour nous reconnaître. Préférez- vous le vert, couleur d'espérance, ou le bleu^ couleur de la liberté d'Amérique et de la démocratie ?»

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La couleur de la liberté d'Amérique ne disait pas grand'chose à la foule, qui ne comprenait pas pourquoi l'azur convenait à la démocratie. D'ailleurs il y avait plus de feuilles que de rubans. On prit le vert.

La Révolution, acclamée, escortée par cette armée que nous avons dénombrée , quitta le Palais-Royal, à la conquête de ses destinées.

Cette armée se divisa dès l'heure en trois groupes. Ces trois groupes devaient être immortels ; à peu près confondus pour Tattaque, divisés pour le partage; vivant d'une vie propre; se caressant dans la défaite, se dévorant dans le triomphe. Ils ont traversé cent années, sans perdre leurs caractères distinctifs. Nous les retrouvons aujourd'hui presque les mêmes. Ce sont les Écervelés hurlants, les Bourgeois ambitieux, la Plèbe pillarde. On nomme en ce moment, les premiers. Radicaux; les seconds. Opportunistes; les chefs du troisième groupe. Socialistes.

Le 12 juillet 1789, les Écervelés partirent du Palais-Royal en chantant, à l'aventure. Les Bourgeois coururent à l'Hôtel de Ville former une ombre de gouvernement. La Plèbe alla brûler les barrières de l'octroi.

Nous retrouverons les uns et les autres pendant ces trois illustres journées, et nous verrons les Boui^eois aplatis sous la Plèbe, après avoir escamoté les Écervelés.

Ceux-ci, avec leur feuille poudreuse et déjà ternie, symbole de leur espérance, s'étaient donc précipités, escortés par tout ce qui était follement jeune, amoureux du pittoresque, du nouveau, du vice éclatant qui chante et s'enroue ; suivis par les enivrés, bientôt par les ivrognes, par les curieux, les badauds, les gobe-mouches, et, au début, par les filous plus que par les assassins.

Quelle est la première idée de cette aimable avant-garde ? Ils vont chercher des têtes à perruque. Ils se précipitent chez Curtius, le montreur de poupées — qui du coup en devint un de nos Pères de 8g et l'un des Vainqueurs de la Bastille. Ils lui prennent deux bustes, qui pouvaient représenter Necker et le duc d'Orléans. Ils requièrent ensuite le Guet d'escorter et de protéger l'émeute. Le Guet débonnaire accepta. C'est en cette respectable compagnie qu'ils portent, à travers les quartiers

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bourgeois, le duc et le banquier, bientôt fondant sous les caresses d'une foule en délire.

Au milieu de cette promenade triomphale, les Écervelés arrivèrent sur la place Louis XV, où ils rencontrèrent des Alsaciens, qui ne comprenaient pas bien la gaieté gauloise, et le prince de Lambesc, qui aimait d'autres figures de cire que celles-là. Comme ces récalcitrants étaient armés, nos triomphateurs se . sauvèrent , toujours sous l'escorte du guet vénérable.

Ils revinrent au Palais-Royal, où ils célébrèrent leur victoire en fouettant une dame de qualité, puis un abbé qui n'avaient pas témoigné grand goût pour ces bustes gluants. On les y retrouvera toujours, en ce lieu de «délices», ces joyeux aînés de la Révolution. Nous les y verrons, le 1 5 et les jours suivants, après la défaite du despotisme, s'occuper toujours de têtes. Seulement, après avoir porté celle de Necker, ils demandaient celles du comte d'Artois et de bien d'autres, tout particulièrement celle de Lambesc, comme on pense bien : il avait eu l'insolence d'effrayer le peuple !

Il venait, disait-on, de commettre un plus grand crime encore.

Le crime dont on accusait le prince de Lambesc, c'est celui qui est connu dans les Fastes de notre immortelle Révolution sous le nom de : Invasion des Tuileries par les hordes sauvages; celui qu'un député, fort honnête gentilhomme, mais ennemi affolé du despotisme, décrivait le lendemain en disant: «J'ai vu le sang couler; les cadavres rougir les plaines ! » Il coula juste trois gouttes de sang, il n'y eut pas de cadavre, et les plaines c'était l'allée des Tuileries.

Mais visitons ces plaines rouges et suivons ces hordes sauvages. M. de Besenval avait son quartier place Louis XV. Voyant la foule envahir les Tuileries et commencer à barricader le pont qui, donnant sur cette place, précédait le Pont-Tournant, il donna ordre à M. de Lambesc d'entrer dans le jardin et de dissiper cette foule.

Une compagnie de Royal-Allemand entra, au pas, si lentement que, voyant une femme tomber à terre , poussée par ses voisins, la troupe fit halte pour lui laisser le loisir de se relever. Pendant ce temps, les officiers « ayant mis le chapeau à la main », expliquèrent l'ordre qu'ils avaient reçu et prièrent la foule de quitter la place. La foule, constatant qu'on lui parlait chapeau bas et qu'on était poli avec

les femmes, en conclut qu'on n'avait pas envie de lui faire grand mal et que le moment était venu de se montrer fièrement; elle interrompit son mouvement de retraite, et se mit à jeter des pierres, des tuiles, des planches. ■

MARIE-ANTOINETTE EN LAITIERE DU TRIANOH

La litnpliciM de goQt tl 1c bcioia d'ichappcr i rfliquctlc pour s'emourcr d'amli tûrt tt dévouai, qui reodaiint le léjour de Trianon cher i Is Reiae, lui furent Imputd 1 crime. Elle était d'ailleurs ai parfaitemeut bonne, elle >e montrait k la Toi) ai délicate et si généreuBc que le peuple l'tcrlait : i Nous l'aimerons toujours! • Quelques années plus tard (17 octobre i7g3) ia R^votution la faiiail guillotiner sous piitexle que c'éliit une louve altérét dt ta«g humain.

Les soldats avaient, comme toujours, l*ordre de ne pas faire usage de leurs armes. Ils reçurent patiemment les horions, si patiemment qu'une douzaine des plus hardis parmi les citoyens sautèrent sur le colonel, en tirant un coup de pistolet. Il parvint à se dégager sans blesser personne.

Les soldats, qui recevaient les coups et n'en rendaient pas, se firent ce raisonnement que si le peuple avait le droit de les battre sans qu'ils eussent pouvoir de résister, c'est que le peuple était une puissance supérieure à eux, à leurs chefs, au roi même. Ils commençaient à s'ébranler. Le colonel les rallia pour les ramener sur la place Louis XV.

Voyant ce mouvement, quelques insurgés se précipitèrent vers le Pont-Tournant pour le fermer. C'était couper la retraite aux cavaliers et les forcer à donner sur les groupes pour gagner les autres extrémités du jardin, les sorties du Pont-Royal, du Grand Vestibule ou la porte du Manège. Lambesc se précipita vers ces ingénieux insurgés, qui s^ sauvèrent. Un seul tint bon. C'était un vieux maître d'école qui se nommait Chauvet ou Chauvel.

Le prince lui donna un coup de plat de sabre sur la tête, et^ comme Chauvel saisissait la bride du cheval, un coup de pointe sur la main. Il lui fit une égratîgnure longue de 23 lignes, qu'on guérit avec une compresse à l'eau-de-vîe.

Ce fut là tout le sang qui rougît les plaines, tous les crimes commis par la horde sauvage.

Chauvel acheva sa journée au Palais-Royal, au café du Caveau, avec les autres Pères de 89, que nous venons de voir quitter un peu vite les places Vendôme et Louis XV, Ils n'avaient plus qu'une de leurs poupées, l'autre avait été réduite en bouillie par les dragons échauffés. Tous ces héros réunis décidèrent que l'infâme Lambesc serait connu dans l'histoire sous le nom de Sabreur des Tuileries; qu'il devait être appréhendé au corps et « écartelé sur-le-champ ».

Besenval avait rappelé, place Louis XV, tous ses pelotons disséminés. Pendant ce mouvement de concentration, trois soldats furent assassinés sur le boulevard. Le duc du Châtelet faillit avoir le même sort. Heureusement il n'était pas loin de la rue de la Chausséed'Antin, où se trouvait le dépôt des Gardes-françaises, au coin du

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boulevard, en face Thôtel Montmorency. Il s'y réfugia. Ceux-ci n'étaient pas tous vendus au civisme, ils refusèrent de livrer leur colonel.

Ce fiit en eux le dernier effort du vieil honneur militaire. Peu après qu'ils eurent fait évader leur command^mt, non sans l'avoir patriotiquement sermonné, un peloton de cavaliers passa à la hauteur de cette caserne. Les Gardes, sans provocation, tirèrent sur les hussards. Ceux-ci, qui avaient, avons-nous dit, un certain mépris pour ces soldats de cabaret et de plus mauvais lieux encore, ne ripostèrent pas.

Besenval, après avoir rassemblé son monde autour de lui, ne recevant pas d'ordres, se contenta de garder les communications avec le petit camp du Champ-de-Mars. Il abandonna Paris au gouvernement des Bourgeois et de la Plèbe, qui allaient prendre la suite de l'aventure, tandis que les gens du Palais-Royal se reposaient de leur marche triomphale, en déifiant et en enivrant Chauvel.

Les principaux de ces bourgeois, c'étaient les Électeurs^ les notables qu'on avait rassemblés pour l'élection aux États généraux. Ils se trouvaient bien ensemble, et avaient décidé de ne pas se séparer ; ils voulaient continuer d'élire après l'élection faite. Ils rêvaient de créer de petits États généraux parisiens pour surveiller les grands États généraux de la France.

Depuis un mois environ, ils s'étaient mis en possession de l'Hôtel de Ville. Ils y étaient venus à peu près comme y vinrent leurs successeurs, moins bien vêtus, les bourgeois de la Commune insurrectionnelle du 10 août, du 3i mai, du 9 thermidor. Les uns et les autres n'avaient pas d'autre raison que ceci : ils y étaient venus parce que cela leur plaisait. Un d'eux nous le confie candidement : « On nous dit que nous n'avions pas le droit d'être ici. Nous n'en crûmes rien. » Cela âjLiffit : ils n'en crurent rien.

Seulement, le i3 juillet, voyant qu'on les accusait déjà d'être des aristocrates, ils songèrent à s'adjoindre quelques voisins. « Qui prendrons-nous? — Moi,» dit un passant. On le prit. On ne le connaissait pas. Il dit qu'il se nommait Grélet. On ne connaissait décidément pas Grélet. C'est ainsi qu'il devint un de nos Pères. Ce moi fut toute la vérification des pouvoirs, comme nous n'en crûmes rien avait été toute la Charte de la fondation.

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Comment avec une telle fondation et de tels pouvoirs, cette Commune du i3 Juillet 89 n'a-t-elie pas excité, parmi les historiens purement révolutionnaires, un aussi parfait enthousiasme que ses congénères du ()août,du3i mai, du 10 thermidor? C'est parce que, n'ayant pas encore perdu tous les préjugés de l'honneur français, elle ne fit assassin :r

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