‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 11 sur 112 · PORTRAIT DE M. FOULLON · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE M. FOULLON

Aprii le 14 Juillet, te nom de Foullon tvail txé mis ea tête des 1isl« de proicription, que lea meneurs de 1a Révolution faisaient afficher daat Paris, elou ils df^ignaii^nt leurs ennemis personnels aux fureurs de

tioniiaires ci pirliculiiremenl le duc d'Orléans, lli persuadèrtnl au peuple qu'il «lait l'un des agents du picte de Famine, qui n'a jimaii ciiité. Foullon luil soixante -quatorze ans. Il avait perdu toute tnergle. Les paysans de Virf , pris Fontainebleau, le laiiirenl, l'amenÈreni 1 Paris, les mains liées derrière le dos, couronni d'orties et bâillonné de foin. On le conJuisit 1 l'HSlel de Ville. On l'y accabla pendant plusieurs heures des plus cruels traitements ; puis on te mena au coin de la rue de la Vannerie, oit on le pendit. La corde cassa deux fois, sans qu'un cri de piiié ait demandé grlce pour le vieillard martyrisé.

Son gendre et «on compaunon ds supplicî, Benhier de Siuvigny, mourut en tiéros. Il lulla, tout désarmé qu'il fAl. lu élaîenl cent hommes armés. Ils remporlirent la victoire. Ils promenèrent, pour célébrer ce glorieux triomphe de la Révolution, les têtes des Jeux viclimes i travers Paris. Personne n'osa prolesler. L'.\ssemblée canatïluante fut 1 peu prés muette. La Révolution admeilail que le peuple a le droit de se (aire justice, ci que les cent gredins, qui assassin aie, it, étaient le pe

personne et qu'elle essaya même de sauver plusieurs soldats. Nous la verrons à l'œuvre demain i3, et surtout après-demain 14 juillet.

FkAHCB aivoLUT. — Livr. 3.

x8 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

La parole, à la fin de la journée du 12, est au troisième groupe, au bon peuple prolétaire qui a hâte de montrer comment il entend Tadministration de la chose publique.

Il pensa d'abord, — avec ce quelque chose de divin qui signale la perspicacité d'un puissant peuple secouant ses fers, — à la question des subsistances. Il courut aux barrières de l'octroi et les brûla.

Les vivres étant ainsi assurés à jamais, il songea, — avec ce touchant instinct de fraternité qui honore le bas peuple, — à s'assurer des alliés, des compagnons. II alla ouvrir les prisons.

Cette première armée de la Révolution, « consistoit dans les Ateliers de charité où l'on avoit réuni dix à douze mille brigands... qui entraînèrent avec eux les ouvriers oisifs, les gens sans état ». Que l'on y joigne la lie de la foule grouillante du Palais-Royal, les plus effrontés d'entre les déserteurs, les plus valides parmi les cent mille pauvres inscrits à la charité des diverses paroisses, les plus déterminés de cette masse de déclassés, de voleurs, de meurtriers qu'on trouve en toute grande ville, et que les deux précédentes années de licence, de famine, de pillerie, avaient fort augmentée ; qu'on mette à la tête de cette armée quelques candides enthousiastes ou quelques ambitieux prévoyants, on se fera une idée de cette avant-garde des soldats de la Révolution.

Cette armée, ainsi renforcée des prisonniers délivrés, demanda vaillamment des armes. On courut chez les armuriers, que l'on dévalisa. On n'y trouva pas de quoi satisfaire tous ces guerriers, et l'on visita à fond beaucoup d'autres maisons particulières, où l'on s'arma de tout, paniculièrement de l'or et des bijoux.

Le nécessaire, c'est-à-dire l'armement et les subsistances, étant ainsi procuré, le bon peuple se reposa et s'amusa. Il aimait la musique : il fit sonner le tocsin.

La nuit était venue, on força les marchands à illuminer. Puis, tandis que les plus joyeux se promènent par les rues, en tirant, sans méchante pensée, des coups de fusils contre les murailles,, les hommes prévoyants, les futurs orateurs de clubs, les futurs capitaines des Sans-culottes, tiennent leurs États généraux sur la Butte-Montmartre. Là, ils motionnent, pérorent, décrètent. Enfin, sur les trois heures du matin, ils se précipitent sur l'hôpital Saint-Lazare.

LE GOUVBRNEMENT 19

Quelques gardes-françaises s'approchent. Tout fuit. Mais les soldats venaient, en curieux bienveillants, voir ce qui se passait. Le bon peuple rassuré revient. Saint- Lazare est mis au pillage. On délivre les malades, les fous comme les condamnés. On prend les ornements sacerdotaux; une bande inaugure ce genre de processions sacrilèges qui allaient être la Fête-Dieu de la Révolution, jusqu'à ce qu'elles révoltassent même Danton. Une autre bande saisit chez le chirurgien les pièces d'anatomie et commence cette promenade du cadavre de nos frères^ dont les républicains n'oublieront jamais les émouvants profits. D'autres, après avoir recueilli les objets précieux de facile transport, jettent au vent linge, livres, chartes, meubles, tableaux.

Après quoi l'on se précipite dans les caves où l'on s'enivre si consciencieusement que trente d'entre ces «frères et amis », incapables de boucher les tonneaux qu'ils ont ouverts et de quitter les lieux, y restèrent noyés dans une mare de vin. On les y retrouva le lendemain. On recueillit d'autres cadavres dans l'appartement de l'apothicaire : les gourmets, dédaigneux des joies populaires, s'y étaient empoisonnés avec des drogues qu'ils avaient prises pour des vins de liqueurs. Les bonnes patriotes ne manquèrent pas dans les caves et elles se noyèrent comme de vrais hommes.

D autres, parvenus à quitter ces dangereux souterrains, comprirent la nécessité de prouver qu'ils n'étaient pas des voleurs de profession, et que s'ils pillaient c'était par amour de la liberté et du bien public. Oubliant qu'ils venaient de donner aux coquins l'amnistie révolutionnaire, et de leur ouvrir la porte des prisons, ils pendirent à la porte du couvent .un pauvre diable qu'on désigna comme filou avéré.

Sous cette enseigne, les bonnes âmes s'installent avec des brocs et des victuailles. Elles forcent tout venant à boire et à manger. A-près quoi l'on réquisitionna — la chose commençait quoique le mot ne fut pas encore usité — les voitures du voisinage. On y chargea quelques gros meubles, quelques-uns des sacs de grains sauvés du pillage, et l'on partit, avec une gravité fière, pour faire hommage de ces dépouilles de l'aristocratie aux Pères de la Patrie siégeant à l'Hôtel de Ville.

Amsi se termina la journée du 12 et commença celle du i3.

La journée du i3 juillet. — Dès l'aube toutes les barrières brûlaient, du faubourg Saint-Antoine au faubourg Saint-Honoré, de là aux faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marcel.

Quand les vainqueurs de Saint-Lazare arrivèrent sur la place de Grève, devant THôtel de Ville, il faisait grand jour. La place présentait le plus étrange spectacle. C'était un campement de bohémiens, une halle aux vieux meubles, un marché aux nippes, un souvenir du temps d'Attila ou des guerres de religion. L'imagination pouvait tout y voir. On n'eût pas dépeint autrement une foire dans un cauchemar; et voici comment le voisinage de l'Hôtel de Ville avait cette étrange apparence.

La ville avait pris, dès la veille, cette effrayante physionomie révolutionnaire qui a la vertu de mettre en fuite les honnêtes gens. Les étrangers voulaient regagner leur pays, les provinciaux leurs provinces; les paisibles bourgeois et les bourgeoises de Paris partaient pour leurs maisons de campagne. Mais le peuple ne l'entendait pas ainsi. Il avait détruit les barrières, pour lui, non pour les autres, de telle sorte que, tout en étant brûlées, elles fussent considérées comme fermées. Les provisions devaient entrer sans payer de droits, mais les bourgeois ne devaient pas sortir; ils étaient tenus de rester pour servir de jouet ou d'otages, principalement pour payer sur leurs fortunes la totalité de ces droits que la populace supprimait. On avait donc amené et^ on amenait sans cesse sur la place, en face de l'hôtel du Gouvernement municipal, les voitures, chevaux, mobilier, linge, matelas, provisions, habillements, de tous les gens qui s'étaient présentés aux ci-devant barrières pour quitter Paris. Tout était mis sous ce gigantesque séquestre. Les malédictions des conducteurs, les injures de la canaille, les protestations des vieux citadins, les pleurs des femmes, les cris des enfants, donnaient la touche lugubre à cet extraordinaire déménagement.

Quand, dans l'après-midi, la nuit suivante et le lendemain, les grandes foules armées vinrent occuper la place et les rues voisines, cette masse d'internés en Grève se sauva comme elle put, abandonnant une partie de son mobilier aux saccageurs et laissant derrière elle quelques estropiés qui purent passer, comme tous ceux qui ces jours-là reçurent quelque horion dans Paris, pour des Vainqueurs de la Bastille.

LE GOUVEBNKMENT

La plèbe, venant de Saint-Lazare, traversa ce campement de notables. Elle déposa dans les salles de l'Hôtel de Ville — où elle revien dra et .où nous entrerons avec elle — l'hommage de ses' grains et de ses gros meubles, et elle continua sa promenade. Elle alla rejoindre une autre fcande qui, par instinct 'naturel, s'était du premier élan

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portée vers l'hôtel de la Police, On l'avait forcé, saccagé, et Ton recherchait activement M. de Crosne, bourgeois sensible et porté pour la Révolution, mais lieutenant de police. Il put, grâce à une sauvegarde que lui donnèrent les Électeurs, échapper cette fois, pour tomber plus tard, comme tous les bourgeois sensibles et portés vers la Révolution, entre les mains de Fouquier-Tinville, qui lui fit expier, comme à tous les autres, son amour pour les principes de 89.

Les deux troupes recommencèrent à parcourir les rues, notant les maisons des aristocrates, traînant après elles des « créatures » qui arrachaient aux honnêtes femmes leurs boucles d'oreilles et de souliers.

On crie qu'il faut aller piller l'hôtel de Breteuil et le Palais-Bourbon! D'autres jurent que le Garde-meuble est plus avantageux à saccager. C'est là qu'on court. En chemin on délivre nos frères malheureux qui sont enfermés à la Force, et l'on fusille nos frères non moins malheureux qui sont enfermés au Châtelet. Pourquoi cette faveur ? C'est un mystère du génie démocratique.

On se rue sur le Garde-meuble. On met en pièces tout ce qu'on n'emporte pas. Le peuple s'arme avec les épées de Duguesclin, de François I*', de Louis XIL « On vit le savetier, le goujat, le porteur d'eau, marcher fièrement dans les rues armées de rondaches et de lances rouillées. » C'était un cordonnier bossu qui brandissait l'épée d'Henri IV. On lui offrit un louis pour la ravoir. Il refusa le louis. Ce désintéressement parut si merveilleux qu'on le mit dans la Aforaie en action révolutionnaire, et qu'on publia une gravure pour confier le fait à la postérité. Ce bossu voulait garder l'arme de « Henry, notre bon père ». Avec les rondaches, le peuple emmena triomphalement deux vieux canons damasquinés.

C'était toujours la question d'armement qui servait de prétexte au tumulte, et à propos de quoi l'on pillait les maisons voisines des boutiques d'armuriers. L'épée d'Henri IV, les lances rouillées, les fourches, les faux, les fusils de chasse paraissaient de petite défense.

A neuf heures du matin, on s'était emparé du dépôt d'armes des gardes de la ville; on y avait trouvé trois cent soixante fusils. C'était peu encore. D'ailleurs, on n'avait pas de munitions.

Tout à coup. Ton apprend qu'on a trouvé, dans un bateau à destination de Rouen, cinq ou six mille livres de poudre de guerre et

qu'on les a portées à THôtel de Ville. Il faut donc courir à THôtel de Ville. Notons que ces amateurs d'armes sont cinquante mille.

D'autre part, les habitués du Palais-Royal sont furieux. Ils sont naturellement les ennemis des riches bourgeois, eux qui sont des bohèmes, les avortons de toute classe libérale, les oisifs de tout métier, les repris de débauches, les déclassés, les extravagants, les impuissants. Ils sont jaloux de voir l'intérêt quitter le Palais-Royal pour r Hôtel de Ville : Ces Notables, selon eux, ont escamoté l'affaire, en enlevant à l'aventure son aimable fantaisie pour former un gouvernement méthodique. Les Écervelés crient donc, motionnent et décrètent que les Bourgeois sont des aristocrates, et que le Bureau des électeurs est composé de traîtres. Ils courent aussi de ce côté.

Que faisait donc ce Bureau, au moment où tout le Paris soulevé se précipitait, d'abord pour lui demander des armes, et bientôt pour lui reprocher la trahison, l'aristocratie?

Nous avons dit ce qu'il était. Sa première pensée avait été de former un comité permanent qui se composa en principe de quatorze membres. Nous avons vu aussi qu'on y adjoignit les passants de bonne volonté, pour peu qu'ils parussent frottés de franc-maçonnerie, car beaucoup de ces électeurs entreprenants étaient des Vénérables des loges.

Dans cette première Commune insurrectionnelle de la grande bourgeoisie, le plus connu, c'est Dusaulx, qui se fit l'historiographe de Taifaire. Nous allons avoir mainte occasion de le citer. Il donnera la note gaie dans cette bouffonne et lugubre aventure

Après lui vint celui « qui présidait syr cette arène, tel que Cicéron aux prises avec Catilina », Morcau de Saint-Méry, « immobile comme un roc battu par la tempête » ; puis Ethis de Cofny, de Leutres, l'abbé Le Fèvre, Le Grand de Saint-René, Garan de Coulon. Qu'estce qui les avait fait choisir? C'est qu'ils avaient tous un accent par ticulier : « Ils avaient tous l'accent de la liberté et de la maçonnerie. » Ce sont bien eux et consorts qui menèrent le mouvement jusqu'au moment où le mouvement les emporta.

Le sentiment qui les domine, c'est la vanité, la vanité exubérante et bouffie, jusqu'à l'instant où vint la peur. Toute leur légende oscille entre ces deux sentiments. Il y a en eux du paon couronné et

LA POLITIQUE RÉVOLUTIONti.'URii

plumé. Mais le paon l'emporte de beaucoup. II reparaît toujours. Individuellement, ils étaient des gens intelligents pour la plupart, quelques-uns braves. En troupe, ils sont la bande immortelle, des

BUSTRS DE MM. D ORLEANS ET NECKEn BRISÉS A LA PLACE LOtJIS XV, LE 12 JUILLET 1789

de bidauds, conduili pir une bande d'inergu mines, >c dirige veri [c cabiiicl ds Curtiua, y ittcs en cire de M. Necker ci de M. d'Orliins, qu'an croysil enveloppe dan* li dlsgrlce du a Ici couvre de crêpes, linsl que le Umbour qui les précède; on les porie dans les ruea au

cortège innombrable qui grossit 1 chique pu, el l'on farce les passimi à leiiïr le chapeau bas I images. Le guet à cheval, de la barrière de la Planchette, est tommt par le peuple d'eacorter i. La itarJe de Paris obéit. On promène les bustes autour de Louis XIV. Ou se dirige de It :e Louis XV. Un ditachemeni de dragons, insulU par celle roule, la charge. Lea bustes aont lès à coups de lebres. La foule revient au Palais-Royal et y promine triomphaient cm une » grande ficlolre que te basie de Necker b remportée sur

LE GiOUVERNEMENT

bourgeois révolution narres qui mettent le feu à Uur maison pour brûler le palais voisin.

A la tète de ce comité permanent de l'insurrection, nous vovons

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