I. CbtpeiD-cipote. — a. DodDsI-toÎIc. ÉTRUSQUE
Plincbe t'nie de l'ilmaDUh de Gollingui.
Après Thermidor, on n'est plus obligé de les recevoir au pair. Les employés les refusent. Les plus humbles places dans les mairies, en l'an IV, valent 20,000 francs par an, encore les fuit-on, si l'on n'y joint des quartauts de froment et des muîds de vin. Le scandale des payements en papier devient tel que, le 21 juin [795, on établit une échelle de proportion entre la valeur comparée de l'argent et de l'assignat. La Bourse a été ouverte le 1" août 1796; le louis d'or y vaut 920 francs papier; le i" septembre, 1,200; le i" novembre, 2,600 francs; le 1" décembre, 3,5oo francs. On déclare qu'il n'y a que 19 milliards d'assignats en circulation. Personne n'en croit rien.
Le 18 mars 1796, le gouvernement commence ouvertement la série des banqueroutes. Il crée les mandats territoriaux, de telle sorte qu'il faut trente capitaux assignats pour un capital mandat. Émission de 2 milliards 400 millions de ces mandats. L'agiotage en devient plus effréné. Enfin, le 18 juillet 1796, le gouvernement fait banqueroute, dit-on généralement, de 40 milliards d'assignats émis; quelques auteurs disent 5o milliards, et ce chiffre doit être inférieur à la réalité. Camus^ en ventôse an I V ( 1 797 ), au nom de la commission des finances, avoue qu'on a déjà émis 49 milliards, dont 6 seulement ont été démonétisés. Depuis lors l'émission avait pris des allures plus désordonnées encore.
En 1798, la trésorerie nationale avouait qu'on avait dépensé p6 milliards depuis 1789. C'était le chiffre officiel. Elle ne comptait pas cette masse énorme d'argent, de bijoux, d'objets mobiliers de toute sorte, qui avait été dilapidée, volée, détruite par les agents révolutionnaires, depuis les députés en mission et les généraux, jusqu'aux soldats et aux cent mille membres des comités de surveillance de ville ou de village.
L'intérêt de l'argent a été, pendant tout le cours de la Révolution^ de I pour 100 par mois au minimum. Il monte à 4 pour 100 par mois, sur nantissement. On cite deux seules maisons qui, dans tout Paris, prêtent à moins de i5 pour 100. Le 8 août 1797, le député Bailleul, se faisant l'écho de l'opinion, déclare qu'il n'y a plus de crédit.
Il n'y en a plus, en effet, parce qu'on a violé les lois de la propriété. Il n'y a plus d'argent à cause du manque de sécurité. Pourtant le pillage des égliseç, des châteatl'x, des pays conquis, a mis en circulation une masse énorme d'or. Mais le pillage pas plus que la confiscation ne sont des moyens de production. Ce sont des expédients ruineux, des causes de stérilité, parce qu'ils détruisent la confiance, découragent le labeur et l'épargne.
Le 3o septembre 1797, la Révolution fit une troisième fois banqueroute. Elle donna une valeur illusoire aux deux tiers de la dette publique qu'on remplaça par des bons au porteur, qui eurent exactement la valeur des assignats, c'est-à-dire nulle. Elle consolida le dernier tiers. Il en avait extrêmement besoin. Il ne le fut guère. « Le
gouvernement ne paye plus rien. Tout devient vénal, les employés, la police, qui n'ont rien reçu depuis dix-huit mois, la magistrature, même, qui meurt de faim. »
Les députés du commerce français, s'adressant solennellement au Directoire, disaient que le système financier de la République (c avait substitué, en France, la déloyauté à la bonne foi, et gangrené pour longtemps toutes les classes de la société^ » la classe politique surtout. Les honnêtes gens avaient quitté Tadministration dès qu'ils l'avaient pu faire sans risques pour leur vie. Ils en donnent candidement la raison : « leur traitement se réduisait à rien, par suite du discrédit du papier-monaie ». Il leur fallait donc voler ou s'en aller. Ils étaient remplacés par des administrateurs moins méticuleux.
Il est peu de désastres moraux, en effet, comparables à celui qu'amenèrent les assignats. Pour les particuliers, ce fut l'abolition de toute dette, puisqu'on les payait avec des signes valant jusqu'à vingt mille fois moins que le montant de la dette. Nous voyons par exemple, à Colmar, un honnête bourgeois menacé de la guillotine parce qu'ayant loué une ferme 1,100 livres, il hésitait à recevoir en payement un panier de concombres qui valait peut-être deux sous au moment où il avait passé le contrat. Il fut prouvé que les cucurbitacées valaient réellement 1,100 livres en assignats, et le bon bourgeois dut s'estimer heureux de remporter son panier et sa tête.
Pour la société, ce fut l'encouragement légal au vol ; ce fut l'impunité pour les plus vils agioteurs; ce fut la fortune attribuée aux plus ignobles fripons. Saint-Just déclarait officiellement que les agents du gouvernement révolutionnaire avaient déjà volé 3 milliards au commencement de 1794, avant l'anarchie thermidorienne, avant le Directoire ! Les assignats contribuèrent puissamment aussi à la création de ces bandes noires qui achetaient à vil prix les biens volés et qui diminuèrent si douloureusement I4 richesse artistique de notre pays. Le gouvernement, lui, perdit presque tout le patrimoine des rentes foncières léguées par l'ancienne France et T immense quantité de biens nationaux qui furent, rentes et biens, échangés contre des assignats sans valeur.
Je ne veux citer qu'un seul exemple de la science financière de la Révolution. En avril 1797, le gouvernement se décida à vendre un
certain lot de maisons, hôtels, couvents, qui rapportaient annuellement ïo millions avant 1789, et en 1797 encore 2 millions. II comptait que ce lot pourrait bien se vendre un milliard. Il le vendit 4 millions. Il avait pour but, en première ligne, d'éteindre une inscription de rentes de 200 millions, qui avait servi à payer une dette de 1,100,000 francs, numéraire. Les 4 millions ne purent éteindre, naturellement, que le cinquantième des 200 millions , c'est-à-dire le cinquantième de ces 1,100,000 francs. Ce cinquantième étant 22,000 francs, il s'ensuivit que le gouvernement révolutionnaire aliénait, pour payer
ARRESTATION DE LAVOISIER, LE 8 MAI 1 794 ( 1 9 FLORÉ&L AN II ) ■huit firniitri glaénaïc uinl trâduils au tribuaat révo1ulioQDtir«, uns l'Inculpition de coDcuuioo nspitalioa canire la République ; lin lont condamnas i mon. L'un d'eotte eux, Lavoiiler, plat ymmt chimisie que comme fermier giatral, demiDde lu prttideat Co(Gnhal un «unis de qninii •ur lirmiuer une expérience utile A li République : ■ La République, s'écrie CofEahal, n'a pii le cbimiiiei ! °
22,000 francs, une masse de biens estimés un milliard, rapportant 10 millions avant 8g, et encore 2 millions au moment de cette aliénation. Ce serait à n'y pas croire sî l'on ne devinait la quantité de potsde-vin qui furent versés pour mettre à flot une telle opération. Du reste, les agents de la République se les offraient sans avoir besoin d'intermédiaires. C'est ainsi que, sous le Directoire, l'armée d'Italie restait cinq mois sans toucher de solde. Pourtant l'argent avait été ordonnancé. Les assignats ne furent pas moins dangereux pour cette partie de la civilisation qu'on nomme le droit des gens et qui constitue la probité internationale. J'en donnerai pour preuve cette guerre honteuse que se firent la France et les autres peuples en falsifiant officiellement le papier-monnaie du voisin.
En résumé, la Révolution ne permet même pas la possession assurée des signes représentatifs du bien-être matériel, la seule chose qu'elle promette pourtant. Elle ne peut pas donner la sécurité. Elle n^est, selon la définition même de ses docteurs, que la rotation continuelle de tous les éléments sociaux.