MERVEILLEUX ET INCROYABLES
monde jure qu'il se sacrifie. En trois mois, on a récolté... 12,000 francs. On ne tarda pas à ne plus même pa5'er ses impôts. Ainsi, les deux contributions, pour 91, étaient \a foncière, 240 millions, la mobilière, 66 millions. Sait-on cofnbien l'État touchait, au mois d'août, par exemple, pour le douzième de ces 3o6 millions? 3,142,757 francs. En multipliant ce chiffre par 12, on avait 37 millions au lieu de 3o6. La Constituante trouvait que la balance était mauvaise. C'était la « faute du fanatisme ».
La Constituante confisquait, le peuple pillait, détruisait, et les financiers qui allaient venir essayèrent de faire remonter l'un des plateaux vides de cette balance vide, en jetant dans l'autre des têtes de prêtres et de gentilshommes.
Les rêveurs qui étaient la classe dirigeante, en ce début du monde nouveau, appliquaient à tout leurs utopies, qui, en tout, allaient contre leur but. Ils abolissaient les dîmes brusquement. Qui gagnait à cette
suppression ? Le peuple, qu'on prétendait soulager ? Non, mais les riches propriétaires, qui avaient reçu ou acheté leurs terres grevées de cet impôt depuis des siècles et qui bénéficiaient du dégrèvement, c'est-à-dire d'une somme pouvant atteindre jusqu'à 60 millions par an.
En 92, les dépenses excédaient chaque mois de 3o millions les recettes. En 95, on dépense environ 3oo millions par mois et on en reçoit 85, Chacun gaspille de son mieux. La Législative avait donné à Dumouriez 6 millions dont la trace disparaît en un instant. La Convention donne 6 millions aux ministres « pour avancer l'œuvre de la Révolution ». Nous nous rappelons les 200 millions qu'elle attribuait à l'espionnage diplomatique.
Les Pères de la République, les gens de la Commune Insurrectionnelle du 10 août, avaient, sous ombre de billets patriotiques^ si ingénieusement manié les fonds parisiens, que Cambon trouva, le 2 novembre 92, deux mois après leur passage, un déficit de 5 millions. La Révolution continua à montrer ses aptitudes financières. Elle inventa, pour faire rentrer ces cinq millions, V impôt progressif ^ c'est-à-dire qu'il fallait que les riches remboursassent, au prorata de leur fortune, l'argent volé par les sansculottes.
En l'an VI, la France ne versait pas le quart des impôts qu'elle payait en 1789. Sur un budget de 616 millions on en recouvrait 240, et encore à l'aide d'expédients essentiellement transitoires. Le désordre était tel qu'en l'an VIII on ignorait, même pour Paris, le chiffre de l'arriéré. On savait seulement que pour cette ville il n'était pas inférieur à 70 millions.
On savait surtout que l'impôt, établi au gré de la fantaisie jacobine, était réparti de la façon la plus arbitraire. Tel était taxé à la totalité de son revenu parce que c'était un tiède et un égoïste; tel ne payait pas d'impôt depuis dix ans, parce que c'était un vertueux. Dans certaines provinces mal notées, ruinées par la guerre, comme les provinces de l'Ouest par exemple, où l'on reconnaissait pourtant que les pertes subies s'élevaient à plus d'un milliard, l'impôt était encore en 1797 tel qu'il était au début de la Révolution.
La situation devait devenir telle, que beaucoup de propriétaires offraient à l'État de lui abandonner tous leurs revenus à condition de ne pas payer d'impôts. L'État lui-même, à partir de 1796, désespé-
rant de se faire payer en argent, se contentait de recevoir des légumes ou des sabots.
Quels moyens la Révolution employait-elle pour obvier à cette ruine, pour remplacer Timpôt ? Tous les moyens, et cinq très soigneusement : la guillotine, l'emprunt forcé, les contributions révolutionnaires, l'assignat, la banqueroute, qu'elle nomme, par un effort puissant de rhétorique, consolidation.
I. — Elle confisqua le bien des Français uniquement parce qu'elle les avait tués. Puis elle les tua uniquement pour confisquer leurs biens. On connaît la phrase typique d'un des grands ministres des finances révolutionnaires : « La guillotine, c'est la planche aux assignats. » Ainsi la place de la Révolution était devenue l'Hôtel du Papier-Monnaie de la République. Elle étendait même sa juridiction à longue portée^ car elle dépouillait non seulement ceux qu'elle avait tués, mais ceux qui se suicidaient par crainte d'être tués.
IL — A côté de ce moyen très franc, elle en avait d'autres un peu détournés. L'emprunt forcé en était un. A vrai dire, il usait de peu de détours et le mot « emprunt » ne trompait personne. C'était un pur don qu'on était forcé de faire à la République.
Tantôt on était forcé moralement, et cela s'appelait contribution patriotique : on offrait un cavalier jacobin, on adoptait un vieillard, on fournissait un canon, un garde national, des souliers, des bijoux, des dénonciations, tout ce qui pouvait prouver un vif amour pour les institutions nouvelles.
Tantôt l'emprunt forcé se nommait garnisaire. Le garnisaîre était passé à l'état d'institution fondamentale ; on en mettait partout ; ils gardaient les prisonniers en ville, les escortaient aux champs, et jusque dans le sein des fonctions publiques « les plus augustes ». Ces agents se recrutaient dans la classe la plus abjecte, la plus tyrannique de la sans-culotterie. On devait leur obéir, les respecter. Ils tenaient entre leurs mains le sort de tous les membres de la famille. C'étaient des espions grossiers et exigeants qu'il fallait nourrir et payer en argent de I à 5 francs par jour. Quand ils n'étaient pas payés, ils enlevaient les meubles et les vendaient.
Tantôt et le plus souvent, on était forcé légalement., C financière légale, chacun l'exerçait, depuis le représentant e jusqu'à Tofficier municipal, jusqu'au plus vil membre de coi lutionnaire. Parfois l'ordre avait cette physionomie : « La Martin a 24 heure pour paie 5o,ooo livres soupeine dêtre suspecte. » D'autres fois, comme au mois de mai 98, par e^ municipalité engageait les patriotes parisiens à se précipit brigands de la Vendée; mais les héros y mettaient une gn chalance; alors la Commune décrétait 12 millions d'empi que les comités révolutionnaires lèveraient sur les riches é qu'ils distribueraient aux généreux volontaires pour les enj présenter. Ils se présentaient, en effet, pour toucher 5oo * sous un prétexte quelconque, après avoir vendu les équipeir
taires que la bonne mère République leur avait donnés, ils r touchaient de nouveau, et on les appelait les héros de 5< C'était l'idéal du volontaire de la Révolution.
Mais c'est surtout la Convention qui se^ montre prodigue des bourgeois : 20 avril 93, emprunt forcé d'un milliard, sur les riches; 28 août, nouvelle loi qui impose aux riches d'un milliard; 10 décembre 95, nouvel emprunt forcé, gradi la fortune des individus et payable en argent ; 5 janvier 98 forcé et progressif de 80 millions, etc. En l'an IV Tempi prend des allures méthodiques. Il porte sur un quart des
f de tous les départements. Il offre quelques consolations à ses
; des consolations que ces victimes trouvent mauvaises : on l
un reçu et on promet que l'emprunt payé en l'an IV p< imputable sur les contributions de l'an XXX de la Ré
} C'était le bon billet que la Révolution donnait au contrit
' Châtre.
I III. — Nous ne pouvons pas essayer de présenter même
} des contributions révolutionnaires imposées aux département
^ ou aux peuples étrangers conquis par les armées de la R(
\ Ce fut un brigandage qui dépassa tout et qui souilla non
les commissaires civils de la République — la tache ne parut ^ le personnage était déjà ignoble — mais l'armée française. Bct
Fkakce aévoLUT. — Liii. 64.
nos généraux en ternirent leur gloire militaire, et je rappellerai seulement Masséna qui, à Rome, dépassa tellement les bornes que ses soldats mêmes faillirent se révolter.
Nous avons déjà jeté un coup d'œil sur la République romaine. Les pays qui n'avaient pas cette cocarde républicaine n'étaient pas mieux traités. Nous nous en tiendrons à la Belgique, un pays que Ton ne voulait pas piller, dont on voulait faire une partie de la France, un pays non pas conquis, mais ami, enfin une portion de la patrie. Nous ne parlerons pas de la première occupation en 1792, sous Dumouriez. Ce fut le pillage en chaos. Toute la canaille révolutionnaire de France vint s'abattre sur le pays. Tandis que l'on dévalisait officiellement les corporations de toute espèce, les Jacobins remplissaient lès voitures ou dépouillaient des églises et des châteaux, et regagnaient la France, les charrettes de Danton et de de Lacroix en tête.
A la fin de l'an II la Belgique était occupée de nouveau. Elle avait déjà été française. On l'annexait définitivement.
La première opération de la République fut de prendre tout l'argent monnayé, en forçant les Belges à accepter en échange les assignats.
Pendant ce temps, Perlet — et je cite ce trait comme une marque de l'extraordinaire bêtise de la démocratie révolutionnaire, et de l'étrange effronterie du gazetier qui Texploite — annonçait, dans son journal, que les peuples voisins se disputaient nos assignats, mais que la noble République n'en donnerait que parcimonieusement et aux peuples qui seraient bien sages.
Dès l'arrivée de ces assignats chéris, le pain qui valait deux sous la livre en coûta trente et quarante. Quand on eut ainsi dragué l'or et l'argent, on imposa la contribution révolutionnaire pour faire sortir de force le métal qui s'était caché jusqu'ici. Car il ne faut pas oublier cet adjectif métallique qui est joint à toute demande officielle d'argent. Contribution métallique. Cela était écrit. La bonne République ne voulait pas priver les nations de ses assignats qu'dles se disputaient. Le comité de Salut public exigeait 80 millions en numéraire. Si l'on veut comparer le prix du pain, selon qu'on le payait en argent ou en assignats, on comprendra l'immense somme que représentait ce numéraire. — Cela fait, croiton, î,6oo millions. — A force de menaces et des moyens d'intimidation
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que possèdent les Jacobins, les Belges parviennent à payer 33 millions. La Belgique, ruinée par la guerre et par les exactions précédentes, était forcée de s'en tenir là.
A côté de cette contribution officielle, tous les agents que la République avait tirés du fond de ses repaires pour les envoyer sur cette proie, tous les déclassés, tous les décriés, tous les malfaiteurs qu'elle avait trouvés dans le pays, et dont elle* avait fait des magistrats, avaient mllé pour leur propre compte et profit personnel, comme disent aVec jalousie les pillards galonnés. Les extorsions étaient tellement violentes que les représentants du peuple, eux-mêmes, s'en émurent. Ils autorisèrent les victimes à se plaindre.
Mais les 47 millions, en numéraire, n'arrivaient pas. Chaque ville était taxée. Bruxelles, notamment, devait payer une première fois 5 millions, plus tard 5 autres millions. Les contributions devaient être payées dans les vingt-quatre heures, avec 60,000, 100,000 livres de supplément par chaque jour de retard, « sinon il sera pris des otages ».
Ces otages, on les saisit par centaines, d'abord les riches, les prêtres, les religieuses, puis les brasseurs, puis les maçons, tous les ouvriers, quand on ne trouvait pas mieux. On les envoyait à leurs frais dans les forteresses du Nord de la France, dans des casemates « insalubres, malsaines pour les gens bien portants, dangereuses et inhabitables pour les infirmes» — nous citons les rapports officiels — et les infirmes c'était le grand nombre.
Les généraux se mettaient de la partie. Ils y apportaient quelque politesse et peu d'orthographe : « Uabbaïe d'Afflinghem aura la bonté d'envoyer au général Souham, de suite, de la volaïe et autres comestibles, plus 60 bouteilles du meilleur bourgogne, 5o bouteilles de bordeaux (du meilleur toujours), 2 pains de sucre, tout le poisson qu'ils pourront avoir, de la morue de Hollande et autres choses semblables ; )> et le général ajoute qu'il est persuadé quHls auront un sensible plaisir à obliger des Français patriotes, » Il y a un post-scriptum qui réclame « autant de volaïes que ce matin » et un mouton.
Le plaisir sensible que les Belges éprouvaient à être pillés n'est pas indiqué ironiquement. Les membres de la municipalité patriotique d'Anvers (qui avait été taxé à 10 millions de livres, en numéraire, payables en cinq jours sous peine d'exécution militaire) déclarent à leurs concitoyens
que cette contribution « est un bienfait pour eux ». Nous n'inventons pas.
Les représentants du peuple, voyant que Ton ne paye plus, que les otages ne donnent plus rien et que « la dévastation, le pillage, les désordres par nos troupes augmentent de plus en plus », essayent de persuader aux Flamands de donner leurs bijoux: « ils les. accepteront, même démontés », les bonnes gens I On se rabat sur les actions des États en paix avec la République. Il fallut réduire encore. les prétentions et permettre de payer une moitié des contributions en assignats.
Cest à Taide de tels agents et de tels moyens que la République donnait aux peuples le goût de la fraternité républicaine et le vif désir de devenir Français. On pouvait interroger les sans-culottes parisiens et leurs journalistes, ils affirmaient qu'il en était de la République comme des assignats : chacun se la disputait.
IV. — Le système des assignats était basé sur cette idée bien digne de la Constituante, à savoir que les terres confisquées conserveraient, sous la Révolution et après confiscation, la valeur qu'elles avaient sous le régime monarchique et régulier, c'est-à-dire la valeur d'environ trente fois le revenu. On monétisait donc la terre à mesure qu'on en dépouillait les propriétaires légitimes. Ce fut à peu près toute l'économie politique de la Révolution, et cela remplaça commerce et industrie.
Le 22 novembre 89, le principe des assignats est proclamé et à une majorité relativement faible : 5o2 voix contre 423. 19 décembre, émission de 400 millions d'assignats territoriaux. 17 avril 90, loi qui décrète le nombrç et la forme des assignats. 29 septembre, création de 800 millions. Cette dernière loi avait interdit formellement de dépasser le chiffre de 1,200 millions.
Le i*' novembre, il est porté à 1,400; le 17 décembre, à 1,600. Le 21 avril 92, à la Bourse de Paris, il faut i56 francs assignats pour 100 francs d'argent.
Le 3o avril, on constate qu'il y a i milliard 900 millions d'assignats émis; le 3i juillet, 2 milliards 200 millions; le i" février 179?, 3 milliards 100 millions.
Le 27 juin 1793, une loi ordonne que la Bourse sera désormais
fermée . zS septembre 1 793, émission de 2 nouveaux milliards. Ils avaient perdu, au printemps de 1792, de 3o à 40 pour 100; en 1 794, ils sont au pair, sous peine de mort. Le 1 5 mai, on constate officiellement qu'il y a eut une émission de 6 milliards; le 19 juin, on émet encore 1,200 millions.
MODES DE 1801 lâ02. LE COSTUME GREC ET LACOIFFUBE,