CONCLUSION
Le gouvernement révolutionnaire, qu*est-il ? Frédéric le Grand nous rindique, avec son ironie germanique. Elle est assez lourdaude, sans doute; mais^le prince avait Tintelligence vaste, sagace, et surtout il avait pratiqué le gouvernement.
Frédéric de Prusse écrivait donc à son ami d'Alembert, en 1772 : « Que vous dirai-je d'ici, sinon qu'on m'a donné un bout d'anarchîe à morigéner. J'en suis si embarrassé que je voudrais recourir à quelque législateur encyclopédiste, pour établir en ce pays des lois qui rendraient tous les citoyens égaux, qui dojineraient de l'esprit aux imbéciles, de la force à tous les infirmes, qui déracineraient l'intérêt et l'ambition du cœur de tous les citoyens, et qui ne présenteraient qu'un fantôme de souverain qu'on mettrait dehors au premier ordre; où personne ne connaîtrait de taxes ni d'impôts, et qui se soutiendrait par lui-même. Quelque beau que soit ce gouvernement, je désespère de mon peu de ^rapacité pour le maintenir sur le pied que vos savants législateurs, qui n'ont jamais gouverné, prescrivent. »
Voilà bien l'exposé du gouvernement révolutionnaire.
Ajoutons la tyrannie implacable et la jouissance à outrance, sans travail moral et avec très peu de travail matériel, nous aurons l'idéal du gouvernement et du peuple révolutionnaires.
La civilisation révolutionnaire, qu'est-elle donc ? La civilisation d'un camp armé.
Elle est basée sur les théories d'une philosophie étourdie; sur les espérances d'une masse trop tôt émancipée, qui, dirigée par des chefs vicieux ou peu intelligents, lutte furieusement contre les conséquences des principes politiques, moraux, religieux, reconnus jusqu'ici comme fondamentaux.
La Révolution a pour caractère social l'exaltation de la peur chez une partie des citoyens et de l'insolence chez les autres.
Ces deux qualités se retrouvent dans tout ce qu'elle inspire, hommes, institutions, habitudes, maximes. Or, elles divisent nécessairement un
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peuple en deux groupes qui ne peuvent se fondre : les timides qui deviennent des persécutés, et les effrontés qui se font les persécuteurs.
Cest, en effet, à la désunion comme à la tyrannie que la Révolulion mène les nations où elle domine.
Le caractère chrétien est la sérénité qui défie tout et ne défie personne. La marque jacobine est l'obéissance effarée, servile envers tout ce que décrète la Révolution, la haine âpre contre ce qui n'est pas dans le sens de la Révolution. Cest surtout un asservissement complet à Topinion publique, si violente et si dépravée qu'elle soit.
La première partie de notre étude a prouvé qu'en politique révolutionnaire l'opinion appartient aux hommes les plus violents.
Nous avons constaté, dans la seconde, qu'en morale révolutionnaire l'opinion obéit aux plus dépravés.
Nous venons de voir dans la troisième partie ce que cette opinion avait fait du dix-huitième siècle : le modèle, en effet, de la violence et de la dépravation.
Il sembte désormais facile, pour un homme de bonne foi, de prévoir où la Révolution, ainsi nécessairement docile à l'opinion violente et dépravée, doit mener finalement toute société qui lui obéit.
Nous connaissons la Révolution. Nous avons vu ses théories et ses actes, SCS théories jusque dans leurs articles les plus secrets, ses actes dans tous leurs effets. Théories et actes se résument en un seul mot: