‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 107 sur 112 · PORTRAIT DE BÉRANGER · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE BÉRANGER

ringei i tt^.iu dix -neuvième siicle, l'un dea grands luiilUiret de U Htiolulioa.Soni imenl de U guerre d'Etpague, BtriDger, le poïle ilpnti pour son patriotiime, «tijl noire irmle une chanson intituke : Le SoMVtl ordre du jour, el qui titn an ippcl couplet te lerminail par ces mois ; Garde à vousl demi-tour! Celle chaaion fiil dans l'aimie des Pyrèntea el, sans l'Cntrgie du géafral Valin, elle eQl tmtat les rt-

le droit d'être sur les affiches de Carrier et des autres révolutionnaires. Nous verrons ce qu'Us nous signifient aujourd'hui.

Pour la fraternité, après cent ans de cet exercice intermittent, elle a décidément battu la chamade... Il est trop évident que ce qui agite

aujourd'hui les révolutionnaires, ce n'est pas l'amour, mais la haine; ce n'est pas la tendresse pour le pauvre, mais la haine de ce qui

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est chrétien, le mépris de ce qui est spiritualiste, l'envie contre ce qui est supérieur, la convoitise du bien d'autrui. Ils exploitent le prolétariait comme un marchand de bouillon les portions à bon marché.

France r£volut, — Livr. 90.

Aussi la France, au lieu d'être unie par les liens de la fraternité, est divisée en deux, en quatre, en six. La Révolution a d'abord établi la division entre ses partisans qui veulent dévorer les chrétiens, et ceux-ci qui ne tiennent pas à être dévorés. Elle a mis ensuite la division entre le pauvre, qui, ne voyant plus d'autre paradis que la fortune, rêve de dépouiller les hommes qui la possèdent, et ceux-ci, qui trouvent ce rêve déplaisant. Enfin, elle a mis la division entre les ouvriers, qui cherchent à améliorer leur position (et c'est leur droit — mais par des moyens hâtifs, ce qui est absurde, — par des moyens violents, ce qui est inacceptable), et les patrons qui cherchent à ne pas perdre la leur (et c'est également leur droit).

Si la guerre civile n'a pas éclaté naguère, quand la révolution est venue jeter à la porte de leurs propres maisons des catholiques qui ne commettaient d'autre crime que de prier â leur gré, quand elle est venue prendre aux chrétiens leurs enfants chrétiens, pour les mettre dans des écoles où on leur dit que leurs pères sont des êtres méprisables; si la guerre civile n'a pas éclaté, cela est-il dû à la fraternité révolutionnaire ? Non, mais à la fraternité chrétienne, à la fraternité, — extrême — des catholiques. Les bourgeois seront-ils aussi patients ? Ne défendront-ils pas leur bourse autrement que les catholiques n'ont défendu leurs enfants !

Si la fraternité n'existe pas en France, cette autre promesse de la faire régner entre les peuples est-elle mieux tenue? Rappelonsnous 1870 et notre solitude d'alors. La fraternité des peuples a été représentée par une bande de sacripants fuyards, Italiens fanfarons, Polonais errants, qui nous ont plus pillés que ne l'a fait l'ennemi. Regardons à cette heure l'Allemand, l'Italien, l'Anglais, et leur tendresse pour nous. Si les autres peuples ne nous détestent pas au même degré, ce n'est point parce que nous représentons la Révolution, mais parce qu'il nous reste encore quelques-unes des qualités que possédait la France avant d'être conquise par la Révolution.

Disons donc que le premier des bienfaits inestimables que la Révolution nous avait promis comme compensation des crimes et des ruines de la fin du dix-huitième siècle, nous ne l'avons pas reçu. C'est le contraire qui est venu : la haine et la discorde.

III. — La liberté! L'avons-nous eue depuis cent ans? L'avons-nous, aujourd'hui ? Le premier Empire n'a pas prétendu nous la donner, il nous donnait la gloire. Sous la Restauration et le gouvernement de Juillet, les révolutionnaires n'ont cessé de déclarer qu'ils n'avaient pas la liberté. L'avions-nous en 48, à Paris, entre deux barricades, entre deux coups d'État ; en province, sous l'œil des étranges commissaires du Gouvernement provisoire ! Le second Empire ne nous l'a pas promise, il nous a promis la richesse publique. L'avons-nous eue en 70, la liberté !

Aujourd'hui , que possédons-nous ? Est-ce donc la liberté, que cette défense de prier comme il nous convient, que cette défense de nous assembler pacifiquement ? Est-ce la liberté que cette interdiction à un citoyen français de choisir le maître, la doctrine, la religion qui lui plaît, pour lui et ses enfants ! Est-ce la liberté, que cette contrainte pour le citoyen, s'il n'est pas assez riche pour avoir un professeur à lui, d'envoyer son fils dans une école où l'on peut, où l'on doit parfois insulter les croyances pour lesquelles il donnerait sa vie ! Est-ce la liberté, que l'obligation pour le citoyen, s'il est fonctionnaire, d'être hypocrite ou impie, d'abandonner ses amis, ses parents même, s'ils n'aiment pas la Révolution ; de cacher ses croyances, ou de ne pas les pratiquer; d'envoyer ses filles, si lui aussi est pauvre, dans un lycée où elles ont toute chance de se corrompre, ses ;,âlg. . ^^^^s des collèges où ils deviendront des infirmes et des débauchés ! Il n'est aucun de nous qui ne connaisse mille détails de cette tyrannie. Mais parce qu'elle est sournoise, ils la nomment la liberté.

Pourtant si nous étions les maîtres, nous qui ne sommes pas des révolutionnaires, et si nous forcions ceux-ci à envoyer leurs enfants dans des écoles où l'on attaque leurs préjugés et leurs hommes, ils s'insurgeraient en criant à la tyrannie ! Pourtant, quelle différence n'y a-t-il pas entre notre Dieu et leurs hommes!

Ce n'est' pas la liberté que nous aVons, c'est la tolérance. On nous tolère, encore une fois, parce que nous sommes patients, parce que nous sommes humbles et les plus faibles ; mais le jour où nous inquiéterons la Révolution, où nous paraîtrons forts, [où [nous réclamerons énergiquement les droits que les révolutionnaires réclament pour euxmêmes, ce jour-là, ils essayeront de nous reprendre le peu qu'ils nous

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la ssent de liberté. Ils la détestent tellement qu'ils ne savent même pas se l'accorder entre eux et à eux-mêmes. Quel est l'ouvrier, si bien noté qu'il soit comme révolutionnaire, qui aura la liberté de travailler s\i plaît à ses deux voisins de se mettre en grève!

Le jour où ils voudront plus encore de notre bien, de notre foi, d: nos enfants, ils sauront, par quelque émeute réussie, nous réduire en esclavage comme ils l'ont fait chaque fois qu'ils ont été vraiment les maîtres. Qui noUs défendra alors ?

Jusqu'ici, à toutes les périodes de notre histoire, c'est le Christiinisme qui a défendu la libené. Actuellement, le prêtre est le premier de ceux qu'on harcèle, en attendant qu'on le persécute; on nz lui cache pas qu'il est Fennemi.

Qui défendra notre liberté ? Le gouvernement ! mais il est ajx mains de ceux qui mènent la campagne contre nous 1 L'armée! nr*ais elle est soumise à ces gens-là. Elle -ne peut nous protéger qu'en se révoltant. Et quest-cc pour la liberté qu'une armée révoltée ! La magistrature ! mais ils lui ont enlevé ce qui était iustement considéré comme le palladium de la liberté, l'indépendance. Us ont chasse de son sein deux mille de ceux qu'ils supposaient les moics prêts à la docilité.

Admettons que les révolutionnaires soient vainqueurs. Quel effroyable^ ilespotismc nous attend! S'ils sont vaincus, le gouvernement qui succédera à cette victoire de la t}Tannie révolutionnaire sera dictatorial; l'histoire, l'expérience, la logique, le veulent ainsi. El la dictature^ ce n'est pas la libené. Qui défendra donc la liberté ? L'opinion publique! Oui, saturée de christianisme, élevée par l'honneur chevaleresque, marchant tranquillement, hors de la vue et des ordres de la Révolution, suivant, sous la direction de ses deux vieux maîtres, le bon sens et l'équité, la marche imposée depuis des siècles à la civilisation française ; oui , une partie de l'opinion publique proteste en fa^^ur de la justice, et protège la liberté. Mais qu'est-ce que l'opinion en un pays où le journalisme est aux mains <ks gazetiers jacobins, et la puissance sociale confiée à l'arbitrage <iu suffirage universel:

Nous sentons tous que nous sommes dans une situation provisoire. Celte situation est intolérable pour notre fierté nationale.

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