PORTRAIT DE PROUD HON
pour nos intérêts, pour notre sens commun. Nous craignons de n'eç pouvoir sortir que par la guerre étrangère ou par la guerre
civile. Est-ce rAUemand qui nous apportera la liberté? Est-ce lé *' communaliste ? Et, encore une fois, si nous sommes vainqueurs,
celui qui nous aura commandés gouvernera-t-il au nom de la liberté ? Disons donc encore que c'est vainement que la Révolution a commis tant de crimes à la fin du dix-huitième siècle; elle ne nous a pas procuré cet idéal de liberté qu'elle nous promettait.
IV. — L'égalité! Que nous a-t-on promis parla? Est-ce un niveau quelconque ou un niveau utile à la société, à la civilisation? Est-ce le niveau qui élève un pays, ou le niveau qui l'abaisse ? Est-ce l'égalité qui rehausse l'homme par le travail, par la dignité morale, par l'activité intellectuelle, ou celle qui a pour mobile l'envie, la convoitise, la haine? Cest cette dernière que la Révolution veut nous donner. Au lieu de pousser, comme le font toutes les sociétés organisées d'après le bon sens, les prolétaires à monter jusqu'aux classes libérales, elle tend à forcer les classes libérales à tomber dans la boue populaire. C'est là son idéal d'égalité.
Elle confond l'égalité des droits, qui est bonne, sinon juste, avec l'égalité de situation, qui est impossible. Elle veut bien que le balayeur et l'ingénieur aient le même droit. Cela n'est pas de son invention, car cela est du Christianisme et non de la Révolution. Elle veut aussi que l'imbécile et l'intelligent aient le même droit. Cela est déjà dur à admettre. Mais au fond de sa pensée elle croit que cet imbécile et cet intelligent doivent avoir la même situation, que le laborieux et l'ivrogne doivent être sur le même plan, que le fils de ce laborieux intelligent et celui de cet ivrogne imbécile doivent être mis au même rang social. La société, pour eux, n'est qu'un vaste atelier, et nous ne sommes tous que des ouvriers aisés, nos femmes des ménagères , et nos enfants des apprentis. C'est l'idéal social...
On en arrive donc à ceci, en suivant les pentes actuelles de l'égalité, ou de payer l'ouvrier intelligent et travailleur au même prix que l'inepte paresseux, ce qui est intolérable et intoléré, ou de payer Touvrier incapable, maladroit et fainéant, au prix du bon ouvrier, ce qui est ruineux. Aussi sommes-nous ruinés et avonsnous des grèves. Car c'est à ce dernier payement que tend la Révolution.
Nous ne voulons pas en revenir à TAncien Régime. Toutefois, nous devons dire que la vieille France connaissait Tégalité plus qu'on ne le suppose, et que la nouvelle cultive le privilège plus qu'on ne l'avoue. Aux élections des Etats généraux de i588, il y eut onze cents familles nobles qui votèrent. Combien croit-on qu'il en était resté de ces onze cents en 1789? Sept. En deux cents ans, les fils de bourgeois, les petits-fils des prolétaires avaient succédé à ces mille quatre-vingttreize familles. C'est là le travail sûr, paisible, acquis, le travail humain, sensé, fécond de l'Égalité, même en temps de privilège. Fautil dire quel est le travail du Privilège, en temps d'Égalité?
D'abord le privilège est inévitable. L'homme qui peut faire élever son fils de façon, par exemple, qu'il entre à l'École de Saint-Cyr, lui achète en quelque sorte une sous-lîeutenance ! En quel temps d'ailleurs a-t-on plus effrontément pratiqué le favoritisme, le népotisme, et ainsi cultivé effrontément le privilège, qu'en ce temps de prétendue égalité ! La plupart des carrières ne sont-elles pas closes à tout ce qui n'est pas révolutionnaire, et tous ceux qui le sont, si vils qu'ils puissent être, si peu intelligents, si peu laborieux qu'ils soient, n'ont-ils pas toutes les places, tous les avancements, toutes les faveurs. Cela est la leçon de tous les jours. C'est l'injustice ou la partialité, ce n'est pas l'égalité.
Disons donc encore que ce que nous avons en fait d'égalité n'est pas pour excuser les crimes de la Révolution.
Donnons la parole à un de nos maîtres révolutionnaires d'aujourd'hui, il résumera la situation.
« Ce que les révolutionnaires ont fait de la liberté de la presse, tout le monde le sait. Un dictionnaire rédigé par des poissardes collaborant avec des souteneurs serait moins riche en épithètes grossières que les articles publiés par ces fils du père Duchêne. Quiconque joue un rôle quelconque dans leur pays est traité comme un voleur et un assassin, si bien que la nation écœurée se demande si la liberté de la presse, qui donne la puissance à de tels malandrins, vaut les sacrifices qu'elle impose à ses partisans.
« Et la liberté de réunion ! Avez-vous lu le récit des scènes qui ont lieu dans les meetings. Là, les radicaux, communards, anarchistes, se sont mordus, dépecés, embrochés, sous la présidence d*un ancien