TOMBEAU DE M'' AFFRE A NOTRE-DAME DE PARIS
FHAHCE nivOLUT. — l.il
ministre. Dans les révoltes de pénitenciers ou de bagnes, chez les Canaques, on voit des scènes pareilles, si bien que l'opinion publique en est à se demander si le droit de réunion est d'une utilité quelconque. )> La liberté de la tribune, le régime parlementaire, nous ont-ils donné d'autres spectacles, prodigué d'autres bienfaits.
V. — Ces trois divinités révolutionnaires étaient chargées de créer un monde nouveau, ce que les bourgeois maçonniques nomment, avec une vénération prosternée, la Société moderne. Cette société, qui étendrait peu à peu ses bienfaits au reste de l'humanité, devait commencer par nous donner un typé, un peuple modèle, un gouvernement idéal : la France régénérée et le Régime parlementaire.
Au lieu d'un peuple démoralisé, esclave, avili, corrompu, physiquement épuisé, détesté, ruiné, hébété, malheureux, tel que, selon la Révolution, l'avait fait la civilisation chrétienne et monarchique, on allait avoir une France puissante et aimée, dominant l'Europe qui acceptait, avec une tendresse filiale et des bénédictions attendries, cette domination; une France riche, heureuse, jouissant en paix et en joie des bienfaits dont elle profiterait avant de les communiquer aux autres nations; un peuple type, enfin, à la fois vigoureux, sage et savant; un gouvernement éblouissant d'honneur et d'honnêteté.
Cette fois, c'était bien la rançon, la riche rançon des crimes commis à la fin du dix-huitième siècle. Les crimes avaient été monstrueux sans doute, mais cela était logique, puisque la régénération était complète et le bienfait inouï.
Un gouvernement d'honneur et d'honnêteté ! La Révolution nous l'a-t-elle donné ! C'est avant-hier qu'on a chassé le chef de ce gouvernement comme un voleur, et sa famille comme la famille des plus répugnants fripons qui aient existé. C'est hier qu'on a dit aux directeurs tout-puissants de ce gouvernement, à ses docteurs suprêmes, aux élus de choix, aux gens de l'élite, à ceux qui étaient choisis par tous les autres maîtres et docteurs comme leurs plus dignes représentants, on leur a dit qu'ils étaient des filous, comme ce répugnant fripon chassé la veille. Ils n'ont pas, sauf un seul, su protester. Celui qui leur a dit ces gentillesses est un de leurs compagnons, on m'entenJ bien, je ne dis pas leur complice; et nous savons tous qu'il dit la vérité.
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Si ce sont là le chef suprême et éiu, les maîtres directeurs ci éius de ce gouvernement régénéré, quels sont les agents? La France n'est pas totalement corrompue : le vieil honneur, la conscience chrétienne, veillent encore. La nécessité, l'impossibilité de faire d'autres choix n'ont pas permis d'enlever leurs positions à tous les honnêtes gens. Mais ceux que le gouvernement a choisis selon son cœur, les a-t-il jamais choisis en songeant à l'honneur ! Que sont les autres ? Une armée d'effarés et de tremblants surveillés par l'espionnage et régentés par la dénonciation. Les benjamins de la Révolution, les agents selon le cœur, que sont-ils pour la plupart? Des déclassés, des ambitieux, des renégats de tous les partis, sans aucune foi, sans guère de loi, quelques pitres, beaucoup plus de matins, tous à double face, dont ils tournent l'une, insolente, vers leurs administrés, et l'autre, servile, vers leur maître. N'est-il pas vrai qu'ils traitent la France à peu près en pays conquis, et qu'ils semblent avoir pour mission de harceler la plus honnête partie de leurs sujets, afin de distribuer au reste ce qu'ils ont pris à ceux-ci !
Il y a trois types de ces agents du gouvernement idéal.
Le premier, c'est le farceur, joyeux compère, qui nous contait le mois dernier son aventure. Sa famille — une famille républicaine, comme on pense — ne savait qu'en faire, on le fait nommer sous-préfet, et, avec une douce candeur, il écrit aux journaux qu'il a accepté parce qu' « il voulait rigoler ».
Le second, c'est le farouche. C'est cet ex-conseiller municipal de Paris, qu'on nomme préfet, parce qu'il a fait un Manuel d'instruction, un livre de classe agréé par la commission d'enseignement de Paris, un livre à la dernière mode scolaire par conséquent. Ce livre apprend aux enfants qu'il n'y a pas de Dieu; et de crainte que ces pauvres petits esprits n'aient un refuge quelconque pour un reste de foi, il ajoute que ce ne sont pas les prêtres qui sont mauvais, c'est la religion elle-même. Quant à la morale : « Tout ce que l'homme désire par amour de lui-même est bien, tout ce qui est contraire à sa nature est mal. » Voilà le livre. Et l'auteur est un des grands agents du gouvernement révolutionnaire.
Le troisième type est le méprisé et l'incapable, c'est ce fonctionnaire de Vesoul qui se fait garde-magasin des Prussiens, qui se sauve
parce que Tannée française fait un retour offensif, que la Cour d'appel acquitte parce que la peur Va rendu incapable de raisonner^ que le suffrage universel de la société moderne a choisi pour représentant, et qui, reconnu inapte à remplir son mandat de député, est nommé conseiller-maître à la Cour des comptes.
C'est là une des conséquences de cet idéal de gouvernement, de ce gouvernement parlementaire que nous a promis la Révolution. Nous verrons d'autres conséquences, car le gouvernement tient à toutes les racines du Nouveau Régime. Tel que la Révolution Ta fait, s'il n'est la cause de tout, il est le complice de tout. Mais donnons encore l'aveu d'un des hommes qui l'aiment le plus, d'un ministre qui en est certes le plus déterminé défenseur : « Ce qui nous fait le plus de mal dans le monde, ce qui nous empêche de peser de tout notre poids dans les affaires de l'Europe, ce sont nos divisions intestines, le fractionnement des opinions et des partis, la faiblesse ou l'absence du gouvernement, je ne sais quelle apparence d'anarchie politique et gouvernementale. » Uapparetice est modeste et diplomatique !
Nous ne pesons donc pas de notre poids sur les affaires de l'Europe ! Hélas ! nous n'avons pas besoin des aveux de cet ex-ministre, nous savons que la Révolution ne nous a pas donné cette France aimée et puissante qui devait dominer l'humanité.
Aimée ! Au temps de l'infortune nous n'avions pas un allié. Nous n'en n'avons pas encore; je me trompe, nous en avons un, par occurrence, par intérêt, par un intérêt qui exclut l'attachement. Ceux qui nous aiment encore en ce monde, et le nombre en diminue, nous aiment justement pour celles de nos qualités que nous avons sauvées de la Révolution.
Les quelques individualités, les quelques groupes que la Révolution a attachés à nous, ne nous apportent que faiblesse et abjection, individualités ambitieuses, criardes ou débauchées, groupes de libertins, d'excentriques, de viveurs ou de malins qui appuient sur nous leurs folies, leur corruption ou leur ambition, et qui exaspèrent contre nous le reste de l'Europe. Car le reste de l'Europe, masses populaires ou gouvernements, nous exècre comme on exècre l'être qui apporte la contagion, la peste, la guerre et la ruine.
Une France puissante ! Regardons l'Allemagne, regardons même
ATTAQUE CONTRE LE FAUBOURG S*INr-ANTOINE, LE 25 JUI
A It luitc du dierel du il juio disperunl les oiivri*r» iet «lelitfri iiâiiomuï. Ici a organitèrcnt une iniurrcction dans laquelle pirireui les i:<.'ii<.'raux Bel; DuvÏTJer, tié\ la barricade du faubourg Saint -An! o< ne. Mr Aifre, archevêque de Parii, au moment un lerme i 11 guerre civile. [La Rérolulinu.)
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l'Italie; oui, même l'Italie. Elte nous fait baisser les yeux. Nous avons perdu deux de nos plus belles provinces. Nous avons abandonné, laissé conquérir les petits peuples allemands, italiens, Scandinaves, qui vivaient « sous notre protection «. Mais à quoi bon étaler ici notre faiblesse. Nous n'avons dû notre salut, il y a quelques années, qu'à la pitié de la Russie. Aujourd'hui nous en sommes réduits à vanter notre patience angélique en présence des provocations continues de l'Allemagne, notre patience même en face des impertinentes agressions de l'Italie.
VI. — La Révolution ne nous a pas donné la France aimée et puissante. Nous a-t-e!le donné cette race vigoureuse et féconde, ces Français heureux et riches qu'elle nous a promis I
Nos pères, affaiblis par une hygiène monacale, par une religion d'abstinence, par un régime politique qui en faisait des bêtes de somme; nos pères étaient émaciés, énervés par l'herbage. C'était leur nourriture ordinaire, disent les auteurs des Manuels civiques, aussi renseignés que les Anglais prétendant qu'ils se nourrissaient de grenouilles. Nos pères avaient besoin de la Révolution pour restaurer leurs forces et redevenir une race vigoureuse.
Nous les avons connus, nos pères, nous avons encore vu les derniers représentants de l'Ancien Régime, les maîtres et les domestiques, les gentilshommes et les paysans, nous savons ce qu'ils étaient, ce qu'ils racontaient de leurs pères; nous avons leurs souvenirs et nous voyons ce qu'ils ont fait. La vieille race a parlé clairement, d'ailleurs, avant de disparaître devant la race révolutionnaire. Ce sont les fils, les hommes de l'Ancien Régime qui ont fait reculer et conquis l'Europe, de 1789 à 1809. Puis, quand les enfants nés sous la Révolution, quand ces puissants rejetons d'une France régénérée, ces produits merveilleux d'une hygiène nouvelle, ont paru sur les champs de bataille, la France a reculé et elle a été conquise à son tour. Mais le vieux sang n'était encore que mélangé : elle reculait, venant du fond de l'Europe, et avec des retours glorieux qui laissèrent longtemps la victoire indécise, bien qu'elle eût toute l'Europe contre elle. Soixante ans plus tard, ta Révolution avait eu le temps de pétrir la race selon les règles de son hygiène et de sa philosophie. La France moderne n'avait contre elle qu'un peuple,
. elle fit un pas hors de ses frontières et elle revint. On sait la dou-
. loureuse suite.
Je ne crois pas que, sauf dans les étranges manuels que nous disions
I tout à rheure, on parle volontiers de la vigueur physique de la France nouvelle. Chacun de nous a autour de soi trop de preuves du contraire. On a été obligé d'abaisser et d'abaisser successivement le ni-
j veau de la taille pour le service militaire, la race se rapetisse. Les maladies qu'on traitait autrefois par les médicaments affaiblissants, on les traite par les toniques. La saignée a disparu des pratiques de la médecine, le sang est trop appauvri. Les paysans reconnaissent volontiers qu'ils ne peuvent fournir la même somme de travail que leurs pères, avec une nourriture beaucoup plus riche. En voyant l'armée de Charlemagne, Didier, roi des Lombards, s'écriait avec épouvante : Ah ! que de fer ! Nous nous écrions avec la même épouvante : Ah 1 que de fer ! Mais il s'agit du fer en pilules. C'est lui qui nourrit nos enfants exsangues. C'est le quinquina qui régale nos adolescents vite lassés. L'anémie règne sur la France nouvelle.
Si la France est chargée de représenter la Révolution aux yeux de l'Europe, c'est Paris, la ville forte et lumineuse, qui a la mission d'en inoculer les bienfaits à la France. C'est là que sont les produits surfins et les enfants chéris, les résultats et les modèles. Demandons à l'Académie de médecine ce qu'est donc le Parisien, ce rejeton et ce type de la société moderne dans la capitale de la Révolution.
« Jusqu'à l'âge de dix ans, bien qu'assez chétif, le fils de l'ouvrier parisien est d'humeur gaie, d'intelligence vive, s'il a échappé à la scrofule. Mais bientôt s'opère en lui une dégénérescence de plus en plus accentuée. Ses formes deviennent grêles, presque féminines ^ un véritable arrêt de développement se manifeste; l'intelligence s'alourdit, le caractère se montre gouailleur et sceptique, certains organes s'atrophient. « Chez l'enfant de la bourgeoisie parisienne, on observe une série de phénomènes parallèles; d'abord gai, vif, laborieux, parfois « petit prodige », il ne tarde pas, lui aussi, à faiblir; la croissance est irrégulière ; l'arrêt de développement n'est pas aussi caractérisé, bien qu'il se manifeste encore ; mais la tendance est la même.
« Revenons au gamin de Paris. Le voilà adolescent, les facultés intellectuelles ont fléchi, l'attention manque pour ainsi dire d'haleine et ne
peut s'arrêter longtemps sur le même objet. 11 faut que le maître travaille devant lui, pour lui et rumine en quelque sorte les notions qu'il devra ingérer. Tant que l'élève aura le livre sous la main, il se tirera d'affaire : enlevez-lui le livre, il perd son assurance et ses moyens. Parfois il fait un effort et se ressaisit, mais presque aussitôt il retombe ; les périodes d'activité intellectuelle sont intermittentes. Cependant ses camarades venus de province, plus attentifs, moins aiguisés, mais plus laborieux, prennent dans l'école les premières places. Ceux-là, plus tard, dans le monde, vous les retrouverez au premier plan ; les anciens petits Parisiens devront pour la plupart se contenter de la carrière artistique ou littéraire et des métiers qui n'exigent que l'habileté du tour de main. »
La conclusion que les savants tirent de ces données et d'autres analogues, c'est qu'une race formée de ,tels éléments ne saurait être féconde. La preuve en est dans les statistiques officielles, si bienveillantes qu'elles désirent être pour la société moderne.
La population de la France reste stationnaire, et on constate que, rien que de ce chef, notre pays est destiné fatalement à devenir une puissance de troisième ordre d'ici à cinquante ans. En effet, les nations voisines, qui ne sont pas livrées à la Révolution, voient leur population doubler tandis que la nôtre n'augmente pas. La statistique nous apprend encore que c'est dans les provinces de France, également les moins livrées . à la Révolution, que le nombre des naissances l'emporte sur les décès. Ce sont elles, les provinces de Flandre, d'Artois, de Picardie, de Bretagne, qui neutralisent un peu la dépopulation des autres départements. Nous savons que ce sont les familles paisibles et chrétiennes, fidèles à l'antique morale et se confiant, avec une foi sincère, à la Providence qui sont les plus nombreuses.
Les statistiques nous disent sans doute que la moyenne àc la vie humaine a augmenté. 11 y a là un trompe-l'oeil : des soins plus attentifs donnés aux jeunes enfants — et ces soins ne sont pas inhérents à la Révolution — ont diminué le nombre des enfants mourant dans les premières années de la naissance. Cela augmente la moyenne delà vie, dans les tables de longévité, mais sans rendre la race plus nombreuse et plus vigoureuse, comme nous venons de le voir. La science, — qyi n'est pas d'essence révolutionnaire; qui est due au progrès normal
LE RÉGIME MODERNK
de la civilisation; qui n'est pas plus grande dans les pays plus révolutionnaires — la science médicale soigne mieux les malades, mais
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elle ne rend pas non plus, par là, la race plus solide. Elle fait le plus souvent durer l'agonie, végéter les infirmes, et traîner les incurables Elle est donc douce pour les agonisants, les infirmes
France kétolot. - Livr. gi.
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et les incurables , c'est un bien , mais cela ne fortifie pas une nation.
VIL — Est-elle heureuse, au moins, cette nation qui a perdu la force avec la foi et la charité ? Nous pouvons le demander* à tout homme impartial.
La Révolution, par sa fièvre continuelle, par ses excitations, sa tendance aux excès, par ses ressauts violents, peut-elle donner autre chose que l'inquiétude ! Dans cette situation que nous sentons provisoire, entre la guerre civile et la guerre étrangère; dans cet état de malaise financier, agricole et commercial que nous allons bientôt constater ; quand Tenvie et la convoitise, la poursuite acharnée de la richesse qui est le conseil continu de la Révolution, ont remplacé la patience, la philosophique insouciance, la foi chrétienne en la Providence et la confiance filiale dans le Père tout-puissant, tout-sage, tout-aimant, dans une telle situation peut-il y avoir du bonheur pour un peuple?
Cette nation aimable et rieuse, dont les étrangers admirent, jusqu'en 1791, la franche gaieté et qu'ils trouvent toujours chantant et dansant, est devenue sombre, un peu pour le sang que la Révolution lui a mis aux mains, un peu pour l'argent qu'elle lui a retiré, un peu pour les appréhensions qu'elle lui donne de l'avenir, beaucoup plus pour les consolations qu'elle lui a enlevées et pour celles qu'elle lui a apprises. La France ne danse plus que dans les cabarets, et elle ne chante plus que quand elle est ivre.
En lui enlevant Dieu et les saints, les fêtes familiales et les joies de la médiocrité comme la confiance en la Providence, elle lui a offert une unique compensation : l'eau-de-vie.
Dans ces dernières années, de 1876 à i885 — et cela correspond au développement de la puissance révolutionnaire, — la consommation officielle de l'alcool a presque doublé, passant de 970,000 à î,5oo,ooo hectolitres. Il faut ajouter la quantité considérable que la fraude a soustraite à l'acquittement des droits. Encore ce Dieu que la Révolution a fourni au monde moderne le lui fournit-elle frelaté et vénéneux. Sur 100 litres, il y en a 5 qui sont inoffensifs, les gS autres sont des poisons plus ou moins atténués.
Qu'est-ce que ce Dieu révolutionnaire a fait de ses fidèles ? En ces
dix années de développement républicain, le nombre des suicidés alcooliques a sextuplé, passant de iSy à 868; le chiffre des réformés du service militaire pour infirmités a quadruplé ; les crimes ont suivi la même progression. Le nombre des aliénés alcooliques a monté de 9 a 16, le nombre des morts produites par l'alcool a augmenté de 20 pour 100. Le nombre des naissances a diminué en proportion. Nous répétons les chiffres connus officiellement. Que d'accidents ont échappé à l'oeil de l'administration.
La société moderne nous donne des marques du bonheur infini qui la transporte : Dans ces quatre années, de 1881 à i885, on a enfermé 5 1,000 aliénés. Et combien de fous ne sont pas enfermés! En dix années, dans l'heureuse capitale de la Révolution, le nombre des enfants abandonnés a sauté de 2,820 (1877) à 3,267 (1886); celui des infanticides de 41 à 57, des avortements de 66 à 137. Mais outre cela, quelle quantité considérable de ces crimes est inconnue à la police i
Nous venons de prouver que la Révolution a diminué la masse des biens de ce monde.
Mais admettons, si l'on veut, que tout compensé, elle ne les a pas augmentés, et qu'elle se contente de les distribuer autrement. Comment les distribue-t-elle? Elle donne aux hommes politiques tout ce que Dieu a mis à la disposition des gouvernements, l'argent et les faveurs. Que sont ces hommes politiques qu'elle favorise? J'en appelle aux gens de bonne foi. C'est cette masse de meneurs et d'agents que nous avons dépeints tout à l'heure. Cette foule de partisans qu'elle s'est faits, les a-t-elle amenés à elle * en développant mieux les nobles sentiments, les hautes vertus, l'amour du travail, de l'honnêteté, de l'honneur? Ici encore, j'en appelle aux hommes de bonne foi. Qu'ils regardent autour d'eux quels sont les individus qui se font les plus actifs partisans de la Révolution, ce qu'elle en fait quand ils sont bien à elle, et par quelles vertus ils lui prouvent leur amour pour elle.
Mais, admettons même qu'elle ait augmenté la richesse. Elle n'a détruit ni la mort, ni les infirmités, ni les chagrins, ni les désillusions, ni les soucis. Les révolutionnaires perdent leur mère, leur femme, leurs enfants, comme nous. Ils perdent leur fortune, leur santé. L'amour n'est pas pour eux seuls toujours heureux, leur indus-
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VII. — Est-elle heureuse, au moin; force avec la foi et la charité ? Nous pou ■ impartial.
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j :.-■ - ,irj. c'est la sagesse même de l'humanité. Jadis, il y avait
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. . ^ jjpèce de biens à côté de ces biens matériels. Quand la bourse
ii<**'^ moaàt était vîtie, on puisait dans la bourse de l'autre. Les
jfc ^ d'en haut remplaçaient les espérances d'en bas, et le
j jnlini dans ses^promesses, apportait son supplément au matériel, dans ses réalités.
u Révolution, comme le médecin qui mettait le cœur à droite, a ^.gsé tout cela. Le corps est faible, il faut l'exciter pour lui donner une / rire qui simule la santé ; l'âme est désolée, il faut l'exciter encore pour lui procurer un bonheur factice. L'excitation amène, comme toujours, ja réaction, c'est-à-dire une faiblesse plus grande etle4)esoin d'excitations plus violentes.
Alors l'alcoolisme met la main sur les natures grossières, la folie sur les natures délicates ; et le suicide est le dernier bien que la Révolution puisse offrir à ses fidèles. Fallait-il donc tuer les pères à la fin du dix-huitième siècle, pour procurer aux fils le bonheur de se tuer eux-mêmes?
VllI. — La Révolution n'a pas tenu sa promesse de fournir au
■nement économe, une fortune publique assurée, éral des fortunes particulières.
"îes janissaires politiques, dont nous parlions 'qi les moyens de piller le reste des Fran-
PORTRAIT DE GAHBETTA
çais ; à part le bataillon juif, à qui elle nous a forcés d'abandonner notre bourse, qui donc est riche aujourd'hui? Quel est l'ouvrier qui est sûr du lendemain, le bourgeois qui compte sur l'avenir, le propriétaire qui ne soit forcé à de dures économies, s'il a pu échapper à la ruiner... Que l'on compte les faillites dans les villes, les terres en friche dans les campagnes, les fermiers devenus ouvriers, les loyers diminués de moitié, les domaines hypothéqués et qu'il faut vendre à des prix infîmes ! Le gouvernement économe 1 la fortune publique assurée! Sous l'Ancien Régime, il y avait quelques milliers de fonctionnaires. En i8o5, le nombre monta à 100,000; en 1848, il y en avait 200,000; 5oo,doo
en 1870; aujourd'hui, il y en a 900,000!!! La Révolution ne songe qu'à créer des places. Cela encore est logique. Elle ne peut compter que sur l'intérêt personnel, puisque c'est là l'Évangile nouveau qu'elle a apporté. Elle ne croit pas à l'honneur, elle lasse le dévouement, elle décourage la probité, elle n'a pour elle que ceux qu'elle achète et qu'elle continue de payer. 11 lui faut donc augmenter le nombre des créatures vénales et des créatures achetées, pour pouvoir maintenir sous son despotisme le reste des citoyens.
Mais comment peut-on supposer que ces gens-là, chargés de faire et de défendre le budget dont ils vivent, voudront le diminuer! Les fonctionnaires écrasent la poule aux œufs d'or qu'ils sont chargés de soigner. Quand on ne crée pas des emplois nouveaux pour inspecter les employés qu'on a créés inutilement l'année précédente, on cherche de nouveaux pensionnaires â inscrire. Le chiffre des pensions est aujourd'hui de 210 millions; il a augmenté cette année de 10 millions; et pour nourrir ces nouveaux laquais de la Révolution il faut économiser sur l'entretien des routes, sur les dépenses de l'armée, de la marine.
Notre budget était, en 1816, de 832 millions; en 1829, de 974 millions; en 1847, de 1,468 millions; en 1869, de 1,619 millions; en 1872, de 2 milliards 334 millions; en 1886, de plus de trois milliards. Ce dernier chiffre représente la somme votée ; la somme dépensée est plus considérable. Pour l'année 1889 , il sera de 4 milliards 195 millions.
En dehors de ce budget, nous avons dépensé 7 milliards 710 millions depuis 1872. (yest le chiffre avoué, le chiffre réel est supérieur de 5oo à 600 millions. Nous avons dépensé cela en pleine paix^ et là-dessus on a constaté que près de 2 milliards ont été dépensés en travaux inutiles, destinés à acheter des adhérents nouveaux à la Révolution, ou à enrichir les anciens.
Sur ces 8 milliards, deux seulement ont été payés à l'aide de ressources réelles, le reste est dû à des emprunts connus ou déguisés. Aussi l'État dépense chaque année 600 millions de plus qu'il ne reçoit.
Noui ne comptons pas les 2 milliards qui constituent le budget des départements et des communes.
LE RÉGIME MODERNE -jSb
Notre dette, qui était en 1870 de 14 milliards, est aujourd'hui de 32 milliards, dont 6 milliards depuis 1878, c'est-à-dire non seulement en pleine paix, mais, nous le répétons, à partir de l'époque où la Révolution a été plus libre dans sa conduite.
On en doit conclure que c'est à la Révolution qu'est due cette ruine. Nous le pourrions prouver de bien d'autres façons. Disons seulement ceci : il y a en France 14 départements représentés par des conservateurs , ces départements payent 4 fr. o3 d'impôt par habitant ; les communes ont 36 centimes d'impôt par franc, dont 6 centimes d'impôts extraordinaires. Il y a 20 départements représentés par des conservateurs mêlés à des révolutionnaires : impôt par habitant, 7 fr. 58; impôt des communes, 41 centimes. Enfin, il y a 53 départements représentés uniquement par des révolutionnaires, ils paient 12 fr. 47 par habitant, les -communes 60 centimes, dont i5 de centimes extraordinaires.
Chaque habitant, en ce pays de France chargé d'attirer les autres peuples à la Révolution par l'aspect de ses bienfaits financiers, paye ii5 francs d'impôt par tête, — hommes, femmes, enfants, — plus que tout autre peuple, et quatre fois plus que bien d'autres nations. Le prolétaire français, hébété par la Révolution, multiplie les grèves au nom des principes révolutionnaires , et il ne comprend pas que chacune de ces grèves a uniquement pour but d'enrichir les meneurs de la grève et les ouvriers étrangers, en le ruinant lui-même. La grève du faubourg Saint- Antoine a permis à la Belgique et à l'Allemagne d'écouler en France leur stock d'ébénisterie ; la grève de Decazeville a été faite au profit des charbons anglais ; celle de Limoges, au bénéfice de la faïence anglaise. Ainsi des autres. Ces pauvres représentants du peuple français, jadis si fin et si sensé, ne comprennent pas que la main-d'œuvre étant moins chère, les objets fabriqués le seront également^ et que les intermédiaires iront là où est le bon marché.
C'est ce qui a lieu. Nous prenons un seul produit : de 1866 à i885 les chemins de fer italiens ont demandé en Allemagne 80 locomotives à vapeur, 263 en France. De 1876 à i885, toujours pendant la période où la Révolution a développé son système et placé ses hommes au gouvernement, ces mêmes chemins de fer
demandent à la France 7 locomotives et 332 à l'Allemagne. Est-ce parce que nos produits sont moins bons? alors c'est' la ruine
de rindusirie. Est-ce parce qu'ils sont plus chers ? ^c'est la ruine du commerce.
Nous le savons par une expérience, quasi personnelle : on demandait naguère une machine nouvelle à une fabrique de Lille, pour une époque déterminée^ et avec un dédit considérable en cas de