M*' DURBOV, ARCHEVÊQUE DE PARIS, MARTYR DE LA COMMUNE
retard. Le directeur répondit que cela était impossible, parce qu'il ne pouvait pas répondre des ouvriers. Il fallut aller , malgré l'angoisse patriotique, à Berlin, on eut la machine au jour dit, aussi bien faite et à moindre prix.
Il en est de même pour un grand nombre de produits industriels. Pendant ce temps, nous continuons d'acheter les produits étrangers. Nos' achats mêmes augmentent nécessairement, et nous envoyons chaque année i,5oo millions de notre argent au dehors, quand le dehors' ne nous en rend que 3oo millions.
Il faut regarder plus haut encore, songer à cet esprit de haine, de révolte, de bouleversement et de conquête, que la Révolution a, non pas créé, — il est dans Thumanité — mais qu'elle attise, qu'elle entretient, qu'elle exalte. Nous en avons été les représentants bruyants. Nous en sommes les victimes. La guerre que nous avons déchaînée en 1792 nous menace d'un nouveau retour. On sait ce que les précédents assauts nous ont coûté, en 181 5 comme en 1870. Estce dans quelques semaines, est-ce dans quelques mois, que la guerre éclatera ? Nous nous le demandons depuis quelques années , et nous savons qu'il en faudra venir là. L'ennemi attend-il que, de plus en plus affaiblis physiquement et moralement, nous nous ruinions de plus en plus? Pour les intérêts de notre dette nous avons besoin annuellement de 1,280 millions; l'Allemagne, de 640 millions. Son armée lui coûte 494 millions; à nous, la nôtre, 574; sa marine, 58; la nôtre, 129 millions.
C'est là, en effet, le grand danger que fait courir à la France l'administration révolutionnaire. La force physique n'est que diminuée, elle n'est pas perdue. Le courage est intact, comme le patriotisme, seulement il a disparu dans les groupes que la Révolution a soignés particulièrement et qu'elle a alcoolisés d'eau-de-vie ou de socialisme. Elle ne leur a pu laisser que la force de l'assassinat et le courage du bavardage. Ce n'est encore, en la chère France qu'une minorité parquée près des cabarets urbains.
Mais l'instrument de la guerre, mais l'argent, l'avons-nous ? Dix huit années de paix ont épuisé nos ressources, quand partout, là où la Révolution est muselée, la paix les augmente.
Il faut un milliard et demi pour commencer la lutte. Combien-
pour la continuer I Et où trouverons-nous cela, dans une France qui ne peut même pas vivre en temps de paix sans emprunter 600 millions par an, qui les a empruntés si souvent, et qui a envoyé tant de ses économies au dehors qu'il ne lui en reste plus.
Nous supportons la pauvreté, l'affaiblissement de la race, l'abaissement des caractères, la honte d'avoir pour maîtres des personnages dont il faut de temps à autre vider les poches, et pour législateurs des gens en présence de qui il n'est pas sage de perdre sa bourse de vue. Mais il s'agit désormais de la destruction de la France.
Que la morale et l'honnêteté aient cédé devant la Révolution, que l'intérêt social ait cédé, que le bon sens ait cédé, que l'intérêt personnel lui-même ait cédé, cela est rude. Mais, ce qu'il y a de plus intraitable, l'argent ! ce qu'il y a de plus inflexible, les chiffres ! qu'ils se soient laissé prendre et confondre, qu'ils ne se révoltent pas et qu'ils gardent un pareil gouvernement, on ne saurait le comprendre. Il est vraisemblable, dit-on, qu'il s'agit ici d'une folie momentanée !
Non, vraiment! cela est durable, cela persévérera autant que la Révolution, parce que cela est logique.
Comment cela est-il logique, le voici : Ce qui manque essentiellement à la Révolution^ c'est la notion du temps. Elle porte ainsi la juste punition de son principe. En voulant, régénérer l'homme, elle lui a donné le mépris de la tradition et elle l'a séparé du passé; elle lui a enlevé le surnaturel, c'est-à-dire qu'elle l'a séparé de l'avenir ; elle l'a donc cantonné dans le temps présent. Elle s'est retiré la sage espérance, comme la patience; le présent doit suffire complètement, le présent doit jouir de tout; l'homme actuel doit jouir et suffire.
Elle a fait, à la fin du dix-huitième siècle, à côté de choses mcHistrueuses, des choses grandioses; elle les attribue à la spontanéité créatrice de son génie, au lieu de comprendre qu'elle les devait à son ennemi, le temps, au passé, à la grande somme de forces intellectuelles et morales économisées et accumulées par l'Ancien Régime. La Révolution est convaincue que ce génie a remplacé la divinité, qu'il est illuminant, il lui suffit donc qu'un homme soit sien pour être propre à tout. Nul gouvernement n'est ainsi plus logiquement porté au favoritisme, comme à l'exclusivisme. Aussi constatons-nous qu'elle ne voit, dans les pays où elle règne, que des favoris et des serviteurs, des ser-
viteurs dont elle fait lestement des esclaves ou des morts — n'ayant pas le temps de les convaincre — à la moindre résistance.
Elle est également convaincue que son génie suppléera à l'intelligence, comme sa faveur remplacera la morale. Aussi voyons-nous encore qu'elle pousse au pouvoir, selon le hasard des événements, tantôt la série brutale, tantôt la série friponne, tantôt la série inepte. Nous avons expérimenté les brutes en 1871; nous venons d'enrichir la couche des voleurs; nous subissons la tribu des incapables. Nous avons pour ministre des Finances un pharmacien, pour ministre de l'Instruction publique un vaudevilliste; nous avions hier pour premier ministre un bijoutier. Je ne veux pas pousser plus loin, je ne cherche pas à faire de personnalités. Ces incapables passent pour d'honnêtes gens. Je les tiens pour tels. C'est le hasard du moment. Je ne veux pas non plus mépriser le vaudevilliste, ni le bijoutier, ni le pharmacien. Mais ce vaudevilliste a une dent contre les Grecs et les Romains, ce bijoutier égare des centaines de millions sans penser à mal, et ce pharmacien, se trompant de dix millions sur cent quatre-vingt-dix, nous accorde pour armer nos soldats ces dix millions qui sont employés depuis longtemps, ^u-dessus du bijoutier, du pharmacien, du vaudevilliste, je vois la France que ces personnages ruinent et désarment. D'autres fous furieux succéderont à ces incapables, d'autres fripons à ces furieux, d'autres pauvres sires à ce pharmacien, à ce bijoutier. C'est ainsi que, redoutant le passé et méconnaissant l'avenir, la Révolution, condamnée à se confiner dans le temps présent et à y chercher des serviteurs inexpérimentés ou sceptiques , des agents spontanés , la Révolution doit logiquement nous fournir un gouvernement d'incapables ou de fripons.
En fait, la Révolution n'a pas tenu ses promesses financières plus que les autres. Nous ne sommes pas riches, et le pays est ruiné.
IX. — A-t-elle tenu la dernière de ses promesses? L'intelligence
s'est-elle développée majestueusement ? Le peuple est-il devenu savant?
Les écoles sont nombreuses, la science est triomphante, cela est
certain. Mais c'est ici surtout qu'il faut le dire: on n'avait pas besoin
de la Révolution pour arriver à ce résultat. Il n'y avait qu'à suivre
la pente indiquée dès longtemps, et particulièremenc pendant tout le dix-huitième siècle.
Sans doute, les écoles n'eussent pas été exactement ce qu'elles sont aujourd'hui. On peut supposer que le bon sens n'eût pas été aussi profondément atteint, et qu'on n'eût pas, pour éviter de blesser
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les yeux d'un juif, brisé un symbole qui réjouissait les regards de mille Français. On n'eût peut-être pas aussi vivement encouragé la science à repeindre à neuf de vieilles hypothèses, et on ne nous eût pas forcés à la payer si grassement pour essayer de nous ramener à la théodicée des Papous. Mais on ne voit pas ce qu'eussent perdu la physique comme la chimie, la médecine comme l'industrie, à ce que Mirabeau eût été acheté plus tôt par la Cour.
Enfin, telles qu'elles soient, ces écoles existent, nombreuses, elles ont même contribué, avec l'aide des vaudevillistes, des pharmaciens et des aigrefins qui les ont précédés, à mettre en déroute notre corpulent budget. La Science est prospère, opulente, et les maçons, qui ne saluent plus le Bon Dieu, lui font des génuflexions.
Cherchons donc d'abord les bienfaits de cette pédagogie révolutionnaire.
C'est ici surtout que la Révolution a montré combien lui manque la notion du temps. Elle s'est imaginé qu'en forçant les gens à savoir lire et écrire, elle allait en faire des sages et des forts; qu'elle régénérerait l'Univers en dessinant des chandeliers sur des pancartes et en nommant cela leçons de choses. Elle a été convaincue que la France serait victorieuse si les paysans apprenaient la géographie. Elle ignore qu'il faut plusieurs générations pour former un cerveau au travail intellectuel, et surtout pour le faire profiter sagement, pleinement, du travail cérébral. Pour qu'un peuple puisse utiliser virilement ses forces spirituelles, il faut que le manouvrier devienne artisan, celui-ci bourgeois, le bourgeois homme studieux et de réflexion indépendante.
Mais contraindre l'ouvrier à savoir lire, pour lui faire lire presque uniquement des journaux, c'est, encore une fois, ouvrir l'appétit pour forcer à avaler goulûment du poison. On ne sait que trop ce que sont la plupart des journalistes et des journaux. On devine ce que deviennent ces pauvres cerveaux neufs et candides, ces cerveaux de prolétaires qui n'ont pas cette résistance un peu sceptique et critique de l'esprit des enfants des classes libérales; on voit ce qu'ils deviennent en recevant chaque jour cette douche de mensonges, de conseils dépravés, d'affirmations ignares.
Voilà le résultat politique de l'école révolutionnaire. Le résultat
artistique, c'est rabaissement, presque l'abjection, c'est le naturalisme, c'est-à-dire un art qui soit au niveau des goûts, des habitudes, des préoccupations, des vilenies de cette basse couche qui arrive tout brusquement, non décrassée, à peine dégrossie, au soleil de la littérature.
Quels ont été, moralement et socialement, les résultats de l'école révolutionnaire. Un* magistrat sagace et probe, juge d'instruction à Pafis, va nous répondre :
« Il ne peut échapper à aucun homme sincère, quelles que soient ses opinions, que cette effrayante augmentation de la criminalité chez les jeunes gens a coïncidé avec les changements apportés dans l'organisation de l'enseignement public; ce doit être, pour la conscience de ceux qui ont cru trouver le progrès dans cette voie nouvelle, un lourd souci que de voir la génération se distinguer par sa perversité brutale.
« Les vieux tuteurs de l'enfance n'ont pas été impunément renversés; il n'y a plus d'équilibre entre les impulsions instinctives et les forces de résistance, qui sont le résultat de l'éducation et du milieu ; la morale pratique ne peut, sauf chez certaines natures exceptionnelles, subsister que par le dogme : le jour où elle devient une abstraction d'un ordre purement humain, elle peut être discutée et varie suivant le sentiment, l'intérêt et les appétits de chacun. »
Afin qu'ici encore les gens de bonne foi puissent constater que le développement de la Révolution est la cause unique du développement des crimes, les statistiques officielles nous montrent que, en i885, le chiffre des prévenus a augmenté de 3o,ooo sur Tannée 1877, époque à partir de laquelle le gouvernement a passé tout entier, nous l'avons dit, aux mains des révolutionnaires; qu'en 1886, le nombre des crimes a augmenté de 117, les délits de 35,ooo, les contraventions de 4,000. Nous ne parlons que des crimes connus et poursuivis. L'augmentation de ce qui est patent peut faire deviner l'augmentation de ce qui est caché. On le sait, d'ailleurs, il y a beaucoup de crimes que l'administration ignore ou veut ignorer, beaucoup de délits qu'elle ne veut pas poursuivre.
Afin, encore, qu'il n y ait pas de doute sur la part qui revient à k pédagogie révolutionnaire dans cet accroissement du vice, le nombre
des criminels au-dessous de vingt-ans, c'est-à-dire des enfants élevés par l'école modèle du nouveau régime, a augmenté considérablement, il a quadruplé; le nombre des récidivistes, presque tous jeunes, a monté
de 80,000 (1882) à 93,000 (188G). Jamais la fanfaronnade du crime n'a été aussi effrayante qu'elle l'est chez ces pages de la Révolution.
Mais qu'est-ce donc que cette école ? En voici le typeet le modèle, dans la banlieue de la Ville-Lumière, sous l'inspiration de sesreprésentants.
JEANNE D ARC Depuii 11 Rfvalutiou la Fnncc i Ht déit deux foi* cnvthie par l'<lran|!cr. La peratcutioa révolulionnaire, ou vialeatc ou sournoitï, ■ diviié )c peuple friD^iis ca groupes boitil». L'ilrauger eu louiouri mcnifinl. l'anircbie touioura immintiilc, la guerre civile toujours poiiible, lei baiaei du prolétaire contre la bourf{colilc. du rtiolutionnilrc contre le conMrvaltur, du rfpublîcalo coDlre le aonarcbitle, du franc< mafon, da r«[hé( contre le chrétien, nul plu> Ipr» que iamiii. Jeanne d'Arc a uuvi miraculeutemenl 11 Frauci de l'ttranger el de l'anarchie, elle l'a aautte au nom du Chrï)l. Noua mellona ton portnil à la fia dt ce livre ce portrait, c'eKt l'eipirance
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Il s'agit (des écoles de Saint-Ouen, « intelligentes entre toutes». Voici les livres qu'on donne à lire :
La Critique sociale^ de Blanqui; le Bachelier^ les Réfractaires et V Insurgé^ de Vallès; Juin 48^ de Victor Marouck; la Femme et la Révolution^ de Stackelberg; VEre nouvelle^ de Louise Michel; les Chansons^ de J.-B. Clément; les Chants révolutionnaires^ d'Eugène Pottier; les Exilés de iSyi^ d'Eugène Châtelain, etc. »
Et voici comment on y distribue les prix :
« Le premier groupe scolaire, dit du quartier Michelet, devait être présidé par le citoyen Lavy, conseiller municipal de Paris.
« A dix heures, le citoyen Lavy n'étant pas arrivé, le maire présida, et le citoyen Eugène Châtelain fut invité à prendre la parole. L'orateur exhorta les enfants à refuser de faire leur première communion et signala le prêtre comme un propagateur du mensonge. Il termina son discours par le cri de : « Vive la République égalitaire ! »
(( Au deuxième groupe dit du Centre, également présidé par le maire, le citoyen Chauvière tonna contre l'Église.
« Enfin, au groupe, dit de la Gare, le citoyen Dumay a fait un tableau chaudement coloré des iniquités sociales de Tordre actuel, tout en esquissant une société de l'avenir basée sur des principes de justice.
a Les trois orateurs ont été avidement écoutés et compris par ces deux mille écoliers qui applaudissaient à outrance.
« De cette fête il restera un souvenir dont Saint-Ouen sera fier, et un exemple que Paris devrait bien suivre. »
Certains des ouvrages accordés en prix aux enfants prêchent l'amour libre, attaquent violemment le mariage, et contiennent des passages tellement immondes qu'il est impossible de les citer.
C'est dans de tels lieux que l'on nous force, sous peine d'amende et de prison, à envoyer nos enfants, si nous sommes pauvres.
Si nous sommes gens de moyenne fortune, ou l'un des neuf cent mille agents de l'administration, la Révolution nous offre les lycées de garçons et de filles. Il ne suffisait pas d'avofr l'ouvrier et le bourgeois révolutionnaires, il fallait la fille révolutionnaire, afin que dans la famille nouvelle rien n'échappât à la corruption.
On a raconté les scandales de ces lycées de filles. Il ne faut pas avoir grande expérience de la vie, grande connaissance de l'âme humaine, pour
ne pas croire qu'ils dépassent ce qu'on sait. Mais la Révolution ne prend pas seulement à ces pauvres filles leur esprit avec leur cœur, elle leur prend leur corps, leur santé, leur avenir en ce monde, dans lequel pourtant elle confine toutes leurs aspirations. Elle ne leur donne pas seulement des sujets de composition comme celui-ci ; a Décrire la tournure d'un élégant sous-officier; » elle ne leur pose pas seulement des questions minutieuses sur la construction du corps humain-^ côté des hommes, — elle les prépare aux infirmités répugnantes par un travail forcé de onze heures par jour. Pourquoi ce supplice ? Pour apprendre à des filles de paysans, d'officiers, d'instituteurs, de commis, le droit international et la philosophie de la grammaire, sans parler de l'économie politique , de l'anatomie et du reste. A quoi les mène ce travail forcé? A obtenir des diplômes ! Que leur donnent ces diplômes ?
Il y a, à Paris, cent places à distribuer par an et cinq mille diplômées qui les demandent. Quarante mille filles des plus diplômées battent vainement le pavé à la recherche de places d'institutrices. Chaque année augmente leur nombre de dix mille déclassées. Qu'on suppose un nombre égal de candidates ayant échoué. Voilà soixante mille jeunes filles dont les trois quarts eussent, sans la Révolution, rendu service à la société et qui sont fort exposées à ne rendre service qu'à la débauche.
On sait, par des révélations récentes, que le mépris du bon Dieu et la morale indépendante n'ont pas grandement relevé le niveau moral des lycées de garçons. Je passe vite là-dessiis, aussi vite que dans le voisinage des lycées de filles.
Le surmenage intellectuel est aussi dangereux pour les uns que pour les autres. Nous avons donné quelques-unes des conclusions prises à l'Académie de médecine à la suite d'une discussion solennelle sur la pédagogie révolutionnaire. Les plus illustres et les moins cléricaux des savants ont conclu qu'elle nous menait infailliblement « à l'étiolement physique et intellectuel de^ écoliers ».
Que peut devenir la discipline dans la main de cette Révolution dont tous les actes sont une prédication à la révolte! Il n'est pas besoin de le dire. On a désarmé le maître. On veut que les « pions » n'aient d'autre moyen de se faire obéir que leur « prestige ». C'est le mot officiel; il est bien réjouissant. Et, comme l'avoue
un des plus enragés ennemis de l'enseignement congréganiste, « la discipline n'est plus qu'une convention tacite où le maître s'engage à fermer les yeux et l'élève à un minimum d'obéissance apparente si on le laisse tranquille ». Un autre, non moins illustre par son amour pour la Révolution, déclare que l'éducation qu'elle donne, c'est uniquement une « condamnation aux travaux forcés de six à vingt-cinq ans ». C'est qu'en effet toute sa science pédagogique se résume en ce mot : « L'accumulation des notions est la fin dernière de l'éducation, w
Les maîtres sont-ils plus heureux et plus vigoureux que leurs élèves ? En 1829, sur mille professeurs, cinq obtenaient des congés. En 1880, ces cinq sont devenus cent quatre. Il y a sept cent seize professeurs qui se promènent sur six mille huit cent quatre-vingt-huit. Si c'est pour leur santé — et il y en a trois cent seize qui l'assurent — c'est que le métier est devenu bien rude ou l'espèce professorale bien affaiblie. Si c'est pour leur agrément, on ne m'en voudra pas de conclure que le métier est bien ennuyeux ou bien inutile.
Toutes ces gaietés pédagogiques de la Révolution ne nous enrichissent pas. Les dépenses ordinaires — nous ne parlons que de l'instruction primaire et des dépenses avouées — ont monté de 68 millions (1876) à 145 millions (i885). Les lycées de filles nous coûtent 24 millions. Pour l'enseignement supérieur, le budget augmente éga- \
lement. Il faut dire que nous payons des bourses aux fils des fonctionnaires et des députés qui sont plus riches que nous, mais qui ont le mérite de nous persécuter.
Persécutés, nous le sommes. Quel homme de bonne foi oserait soutenir que ce n'est pas en haine du christianisme, que c'est par amour de la vérité, de la morale, de la patrie, que les révolutionnaires établissent leurs écoles. Ils ont commencé par dire qu'ils obéissaient au vœu des populations ! Les populations ont répondu. Sur 5,56o écoles d'où ils avaient chassé les anciens maîtres, les populations en ont rétabli 5,041. Si les populations n'étaient pas ruinées par la Révolution, ces écoles seraient plus nombreuses. En attendant, elles sont pleines. Elles contiennent en moyenne 92 élèves, quand les écoles de l'État en ont 63. Dieu sait par quels efforts, à l'aide de ^
quels attraits ou de quelles menaces on remplit celles-ci ! Dieu sait aussi quel mérite ont les populations à créer celles-là! puisque nous
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sommes contraints de payer beaucoup plus d'impôts pour enrichir les écoles de Tennemi et en même temps de soutenir, malgré notre appauvrissement, nos propres écoles.
X, — La science, oui, elle est puissante ! Que nous a-t-elle donné ? Nous avons vu que nous ne sommes ni plus riches ni plus forts, ni plus heureux, ni plus paisibles, ni mieux défendus. Elle a perfectionné les moyens de nuilre. Elle permet aux criminels d'échapper mieux à la justice. Jamais y eut-il plus de crimes impunis ? Elle a fait de la guerre un effroyable massacre. Elle nous prépare un anéantissement.
« C'est en vain que les peuples civilisés du nouveau monde rêveraient de rentrer chez eux après ces grandes tueries pour y pleurer en paix leur défaite ou leur victoire. Songez, civilisés, que la France et l'Allemagne, à elles seules, ont tenu sur pied 5 millions d'hommes ; que la Russie, l'Autriche, l'Italie et les petits peuplés en ont levé davantage ; que ces 12 millions d'hommes, occupés uniquement pendant plusieurs semaines à s'entretuer, ont fait à grands frais des voyages énormes ; qu'ils ont dépensé par jour 25 millions pour leur nourriture et davantage en armes, munitions et projectiles; qu'il a fallu les équiper et les habiller d'abord, et ensuite les soigner et les panser ; que les trésors de tous les peuples sont ênjgloutis ; que le travail a chômé faute de bras, pendant la guerre; que tous les magasins sont vides, tous les ateliers détruits, toutes les terres incultes ou dévastées. Vous n'avez plus ni hommes, ni argent, ni outils pour recommencer le travail, ni matières premières. Il n'y a plus de blé de semence ; il n'y a plus rien. Vous êtes une proie toute faite pour les Barbares. Vous leur avez appris la guerre; vous leur avez donné des armes; vous avez préparé les chemins devant eux. Ils ne sont pas, comme vous, décimés et épuisés ; ils sont courageux, infatigables, innombrables ; ils ont la richesse que vous n'avez plus. C'est leur tour ! La domination change de main une fois de plus. Ils arrivent par voies rapides et en bandes énormes du fond de l'Asie et des déserts inconnus de l'Afrique. Sous leur main, le vieux monde va devenir un monde nouveau, et lutter d'activité avec l'Amérique. On se souviendra vaguement, dans l'avenir, de ces anciens peuples qui ont dépensé tant de génie, tant de trésors et tant de sang pour se détruire eux-mêmes et pour s'abîmer dans le néant. Quelque Champollion ou quelque Maspéro en découvrira les
75o LE RÉGIME MODERNE
vestiges. » Voilà le résultat suprême de la Science utilisée par la Révolution; par les haines que la Révolution a exaspérées, et voilà Tavénir de la Société moderne.
Cette Science si adulée, qui a remplacé Dieu, quelle certitude a-t-elle acquise ? Son orgueil vient de recevoir les plus rudes soufflets. On a rassemblé, de tous les coins du monde moderne, les médecins les plus illustres; ceux qui n'ont pas été convoqués ont envoyé leur avis. Il s'agissait de sauver un empereur. Rien n'a été épargné. Ils y ont mis le temps. Ils n'ont pas même pu découvrir le nom de la maladie et, aujourd'hui que leur patient est mort, ils échangent des injures, en confiant à la terre entière qu'ils ne sont les uns et les autres que des ignorants, ou avides ou serviles.
Il faudrait poursuivre cette enquête sur le Nouveau Régime, inspecter à fond son gouvernement, son administration, son art, sa littérature; suivre son histoire depuis cent ans; voir ce qu'il fait du cœur, de l'âme, du cerveau en même temps que du corps; pénétrer dans ses clubs, ses réunions publiques et secrètes, dans ses salons, ses hôpitaux, ses prisons; étudier jusque dans leurs plus répugnants recoins les deux groupes qui en sont actuellement la plus haute expression : le Conseil municipal de Paris, et la Chambre des députés de France, et les deux autres groupes qu'il a favorisés surtout, auxquels il a confié à l'un sa bourse, à l'autre sa tutelle : les Juifs et les Francs-Maçons.
Nous avons voulu indiquer brièvement, après avoir montré les crimes que la Révolution avait commis, que cette troupe de vices et de sottises lâchée sur l'univers avait produit ce qu'elle devait produire légitimement, la corruption et la faiblesse.
N'a-t-elle donc rien de social qui lui soit inhérent. Ne nous a-telle rien donné ?
Oui, elle nous a fait un présent. Il est unique. Il vient bien d'elle. Tous les autres bienfaits qu'on lui attribue, la civilisation française en se développant sans grande secousse, comme elle l'avait fait jusque-là, les eût donnés, plus sûrement, plus amplement, plus durablement. Mais, il y a un don qu'elle ne nous eût pas fait et qui est bien de la Révolution. Quel est-il ? C'est la liberté du mal.
Ainsi s'explique sa puissance, l'idolâtrie enragée qu'elle inspire, l'armée qu'elle a su tormer et l'ardeur conquérante de ses soldats.
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LE RÉGIME MODERNE ybi
Tous ceux qui veulent être libres de faire, au gré de leur intérêt, de leur caprice, tout le mal utile et agréable; tous ceux qui réclament le droit illimité à la corruption, à la haine, à la convoitise, à rimpiété, le droit d'attaquer sans retenue les fondements de toute société, le droit au vol pourvu qu'il soit habile, le droit à Tobscénité pourvu qu'elle soit riante, le droit à l'insulte pourvu que la victime soit faible ou enchaînée; enfin le droit d'exploiter toutes les inepties, tous les mensonges, toutes les hypothèses, toutes les ignorances ou toutes les créduUtés et de s'en faire une fructueuse situation, tous ceux-là sont les tenants acharnés de la Révolution.
Faut-il leur sacrifier la France, et la vérité, la vertu et l'honneur! Faut-il avoir commis tant de crimes jadis, être aujourd'hui si malheureux, si ruinés, si faibles, si détestés, si grotesques, si malsains; avoir un avenir si menaçant! Et pourquoi? pour payer à l'athéisme des chaires nombreuses avec l'argent de gens qui n'aiment pas cette note-là ; pour permettre aux Francs-Maçons de changer en maximes du gouvernement public des maximes destinées à l'organisation des sociétés secrètes ; pour remettre aux représentants des terrassiers l'administration de Paris, et le gouvernement de la France aux commerçants de province qui préfèrent commercer à Paris?
Ne pourrait-on pas sauver la Patrie,en priant les athées de prêcher en chambre et en engageant les Francs-Maçons à se borner comme autrefois à des gestes hilares!