‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 20 sur 112 · FÊTE DE LA FÉDÉRATION, I4 JUILLET 1 79O · texte numérisé non relu

FÊTE DE LA FÉDÉRATION, I4 JUILLET 1 79O

Citait la tiu det loldiu et des gardes nationaux. Il t'agisiait l> Bastilli. Les diputalions de (ouïe la France u le Roi, que iei révolutionnaires eux-mi

ses sêmillances acquises en tous les mauvais lieux. C'était un animal humain assez rare, composé des qualités du gobe-mouche et du madré, du cuistre et du maraud, du Tnssotin et du Crispin, bardé

France RfvoLuT. — Livr. 14.

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d'une enveloppe prussienne qui sentait à la fois le chou et le musc.

Le 19 juin, à la séance du soir, M. de Menou présidait par intérim. Il savait prendre les choses avec gravité et n'était, comme on le sut plus tard, embarrassé par aucun préjugé géographique ou religieux.

On introduisit une troupe extravagante. On se fût cru à la Comédie, le jour où M. Jourdain devient Mamamouchi.

Cette bande déclara se composer des ambassadeurs de presque toutes les nations connues, Angleterre, Hollande, Russie, Pologne, Prusse, Saxe, Autriche, Italie, Suisse, Suède, Espagne, Sicile, Brabant, Liège, Genève, Inde, Arabie, Turquie, Tripoli, Maroc; Arméniens, Romains, Grecs, Persans, Ethiopiens, Maures, Chaldéens, Tartares n'y manquaient pas.

C'était une collection de filous et d'aventuriers chassés de leurs pays, auxquels on avait joint quelques faubouriens pour faire nombre ou plutôt pour faire peuple. On en reconnut quelques-uns, notamment un homme de Vaugirard qui avait servi M. de Conflans à titre de Tartare et qui avait été chassé pour vol.

« Les autres étaient à peu près de la même espèce. Il fut prouvé qu'ils avaient tous été payés et s'étaient revêtus de leurs habits nationaux les uns au magasin de l'Opéra, les autres dans le premier magasin de friperie. Un des acteurs de cette plate bouffonnerie, qui couvrit l'Assemblée de ridicule, trompé par la similitude du- nom, s'adressa à M. de Biencourt au lieu de M. de Liancourt, pour réclamer les dix écus du salaire qu'on était convenu de lui donner pour cette mascarade. Ce député fut surpris qu'on lui demandât le payement d'une somme qu'il ne devait pas.

« Eh! Monsieur, lui dit le misérable, c'est moi qui faisais le Chaldéen! »

Cette troupe venait annoncer, comme le dit Camille Desmoulins, que « les chants d'allégresse de vingt-cinq millions d'hommes libres ont réveillé les peuples ensevelis dans un long esclavage. Le bon sens et l'union des Français est un ravissant tableau qui donne des soucis amers aux despotes ».

« Ils se sont réunis en un club qu'ils nomment : Comité des étrangers. Sûrs de n'être pas désavoués (nous le croyons bien), ils se sont cons-

titués en corps diplomatique et nommés députés extraordinaires (nous le croyons encore). Ils se sont nommés les premiers plénipotentiaires pour la paix. »

C'est notre athée prussien qui menait cette descente de la Courtille révolutionnaire. L'invention était de lui, et elle était bien digne de cette tête démantibulée, dont la folie consistait dans le plus singulière juxtaposition de scepticisme railleur et d'enthousiasme agenouillé. Du même coup, il comprenait le côté grotesque de sa bande, et il croyait à la vertu révolutionnaire de ces grotesques ; il éprouvait une double satisfaction, l'une prussienne, en ridiculisant une Assemblée française, l'autre philosophique, en montrant le genre humain enrôlé dans l'athéisme. Il était convaincu que ce savetier de la rue aux Ours, dont le costume chaldéen le faisait rire aux larmes, prouvait réellement que la Chaldée ne croyait pas en Dieu.

En paraissant devant l'Assemblée, le 19 juin, il prit la parole pour demander qu'on donnât à cette bande d'ambassadeurs de l'univers une place à part dans les cérémonies de la Fédération. Il promet « d'élever avec transport le bonnet de la liberté, gage de la délivrance prochaine de leurs malheureux concitoyens ». Il affirme que « les ambassadeurs des tyrans ne pourroient honorer votre fête auguste, comme la plupart d'entre nous ».

La Constituante accorda à ces représentants du genre humain régénéré cette place distincte au Champ-de-Mars, et M. de Menou répondit, c( comme un second Mahomet » : Allez dire à vos princes qu'ils imitent Louis XVI, le restaurateur de la liberté. L'exemple était alléchant et la situation enviable!

IV. Les fantoches nationaux. — Après cette troupe de fantoches exotiques paraît à l'Assemblée le régiment des grotesques parisiens, les Vainqueurs de la Bastille. Ils viennent donner, après la farce, la tragi-comédie.

La trentaine de badauds, écloppés lors de la prise de la Bastille, avaient tellement prospéré, qu'au bout de dix mois ils étaient devenus huit cents^ traînant après eux une tribu de veuves hideuses et une armée d'orphelins de toute occasion.

Le public parisien sortait parfois de son ivresse civique pour

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retrouver une ombre de son bon sens et de sa malice. Il savait mieux que personne ce qu'était réellement cette prise de la Bastille.

Mais il fallait la prendre au sérieux à tout prix. On datait de là Vère de la liberté. On trouvait là une preuve authentique et admise par l'Europe entière, de la valeur de rhéroïque populace parisienne. Ces Vainqueurs devenaient les pères de Tauguste Révolution et la gloire de l'incomparable cité. Ils en abusaient sans retenue pour pulluler de la façon désordonnée que nous avons dite. Ils étaient partout, ils encombraient tout. Ils étaient les ancêtres, les modèles, les indispensables. On ne savait où les poser. On les envoyait parfois faire un peu de police dans les ateliers nationaux, et ils apaisaient tout, en s'enivrant avec les ouvriers de ces .ateliers.

Ils crurent que l'occasion était belle pour affirmer et faire reconnaître officiellement leur existence et leur héroïsme; pour faire converger et pour fixer spécialement sur eux les regards de la France éblouie, et pour mendier quelques gratifications.

Puisqu'en effet la Fédération avait pour but principal d'honorer ranniver3aire de la prise de la Bastille, il était absolument logique de donner la première place, en cette fête, aux Vainqueurs de la Bastille. On y joindrait une décoration, des armes d'honneur, un habillement distinctif et des pensions pour les orphelins, les veuves et quelques autres personnages intéressants. C'était peu demander. Ils l'exigèrent.

Les Vainqueurs abusaient. On commença à trouver qu'ils se prenaient trop au sérieux. Quelques honnêtes gens pensaient même que, au moment où l'Assemblée venait d'abolir titres, ordres et tout ce qui pouvait rappeler les grands services rendus depuis des siècles à la patrie, c'était effronterie de demander la création d'un nouvel ordre, de titres et de signes honorifiques pour ces capitans de ruisseaux, pour ces faubouriens intrigants, pour ces pouilleux et ces donzelles. On rougissait de ces Montmorency révolutionnaires et de ces Jeanned'Arc républicaines.

Là-dessus grande colère des patriotes. Camille Desmoulins et Loustalot (la plume de Prudhomme) sont particulièrement révoltés. Ils avouent qu' « il y a des intrus » parmi les vainqueurs de la Bastille, c( que tous n'ont pas mérité d'honneur », que les habitants de Paris

LE GOL'VEBNKMENT

« ont la folle prétention d'avoir tous pris la Bastille », qu' « il faut épurer la liste des vainqueurs », etc.

Mais n'y a-t-il pas Humbert, Elle, Arné, Richard-Dupin! Et nos journalistes reviennent toujours sur ces quatre noms de façon à nous

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