‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 21 sur 112 · PORTRAIT D ANACHARSIS CLOOTS · texte numérisé non relu

PORTRAIT D ANACHARSIS CLOOTS

Avant de »t nommer Anachirsis. Vorjleur Ju grnrt AanaiR, IVRannt peraamiel dt Jtsui-Cltriit, Famkatiadeur de t'Humanîti, l'appelait re baron von Ooots SchlesieJl. Il «lait Prussien ci on le loupfonna d'avoir lunoul aimé dans la Révolution un principe dfsorganiiBleur de la nation franfaite. Il avait pepdanl dix ans promena par l'Europe sa haine de la royauié, ses débauches et son atMlime. Ce cummls* voyageur de la Républiqne uDivetgelle, que M" Roland nous déclare être un impur boufFon, le plus ignoblement glouton des homme», fut naturellement accueilli avec enthousiasme par les Jacobins, qui envoytreni ce Prussien 1 la Convention, puis ï la guillotine. Il mourut comme il avait vécu, en bouffon effronlf )n tour ail Christ en lui enlevant rame du Père Duchesne et le puisqu'il avait donné la Révolution & la France.

prouver que ces quatre-là seuls ont pris la Bastille, ou seuls sont avouables parmi les « témoins » de l'affaire.

D'ailleurs, que deviendrait l'ère de liberté, si l'on ne ûiît pas pieusement signe d'en vénérer les promoteurs. Aussi la Constituante, sans

no LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

tenir compte de l'opinion bourgeoise, et avec Tliypocrisie qui est le signe distinctif de cette première des quatre sessions révolutionnaires, la Constituante déclare-t-elle que, frappée d'admiration par leur héroïque intrépidité, elle accordait à ces destructeurs de la tyrannie un ornement distinctif, un sabre d'honneur, et pendant la Fédération une place honorable^ afin que la France entière puisse admirer les premiers conquérants de la Liberté.

Toutefois, les constituants eurent quelque honte, et, n'osant pas trop affronter les railleries des honnêtes gens, en parlant de vainqueurs, ils prirent une formule qu'il faut noter : « Ceux qui ont coopéré au siège de la Bastille. »

Malgré cette restriction, les Vainqueurs triomphaient. Malheureusement pour eux, les gardes-françaises étaient irrités contre ces encombrants tranche-montagnes.

Ils ne valaient guère mieux, ils valaient moins peut-être, car ils avaient apporté dans TafFaire une couleur de trahison, mais ils savaient mieux que personne avec quelle prestesse ces Vainqueurs s'étaient enfuis, et avec quelle fécondité ils engendraient chaque jour de nouveaux héros.

Ils déclarèrent donc qu'ils en avaient assez, que ces hâbleurs n'avaient aucun droit à une place spéciale, et ils conclurent, en des termes qui ne sont pas encore venus jusqu'à nous, mais qui indiquaient l'intention formelle de tirer l'oreille à ces intrépides.

Là-dessus, voilà Paris en tumulte. Les 60 districts s'assemblent, les Vainqueurs s'assemblent, les gardes-françaises s'assemblent; les Vainqueurs je ne sais où, les gardes, de grand matin, à quatre heures, sur la place Vendôme.

Les 60 districts déclarent que tout le monde a pris la Bastille ; que sans doute il y a quelques individus dont on a constaté, au procèsverbal, le courage, le soir du 14 juillet 89; mais que tous les citoyens étant égaux et tous les patriotes jaloux, personne n'a droit à une place spéciale.

Les Vainqueurs déclarent que tirer les oreilles n'est pas dans le programme de la Fédération, qu'il n'est pas question de cela du tout; qu'ils ne craignent aucune menace, mais qu'ils cèdent tout : la place honorable^ l'habillement, le sabre d'honneur.

LE GOUVERNEMENT m

La comédie s'achève d'une façon inattendue. Les gardes-françaises jurent sur « ces armes qu'on veut leur faire aiguiser contre les citoyens, de ne s'en servir que contre les ennemis de la Révolution » et de recevoir toutes les taloches qu'on leur donnera, mais seulement jusqu'à l'achèvement de la Constitution. Les Vainqueurs, plus généreux, * n'avaient pas fixé de limites.

La Fayette, ravi, félicite chacun de son patriotisme.

Nous allons voir les vainqueurs de la Bastille courir les champs pour prendre les fédérés au passage et leur conter leurs douleurs.

Quinze jours après la Pentecosie philosophique — ainsi nomma-ton la parade d'Anarcharsis Cloots, — des Américains qui se trouvaient mal représentés par cette bande de saltimbanques humanitaires, vinrent à leur tour demander une place à part dans la fête.

L'Assemblée l'accorda. Elle s'était montrée plus rétive quand il s'était agi de la reine de France. Mais comme « le Roi s'était prêté à tout ce qui pouvoit aider à la fédération », la Constituante se radoucit et elle permit au plus chéri des Rois de prendre les mesures pour que « sa famille fût placée d'une façon convenable ».

V. Fédérés et Parisiens. — Comment les fédérés arrivèrent à Paris, quelle hospitalité on leur avait préparée et comment on les reçut tout d'abord, nous allons le comprendre en regardant l'entrée de l'une de leurs troupes. Les détails sont caractéristiques. Ils indiquent curieusement l'influence que l'on chercha à exercer sur eux et quelle était en eux l'idée dominante.

Les pauvres Vainqueurs de la Bastille, battus par les Gardes-françaises et généralement conspués par la population parisienne, songèrent, avons-nous dit, à exercer leur sacerdoce dans la banlieue, auprès des fédérés, dont ils espéraient fasciner la candeur, et dans l'admiration desquels ils se consoleraient de la basse jalousie de leurs frères parisiens. Ils étaient donc partis au devant d'eux, loin, assez loin pour que le récit de leurs infortunes n'y fût point parvenu.

Quels fédérés choisir? Les Bretons, race dévouée et crédule à la Révolution, et qui arrivent à pied et en armes du fond de leur province.

Les Vainqueurs s'avancent donc mélancoliquement jusqu'à Ver-

saiUes, où ils couchent. Ils vont le lendemain jusqu'à Saint-Cyr. Ils rencontrent, en effet, les fédérés Rennois, au nombre de 400, marchant militairement- Pareîn, qui devint le grotesque et féroce général que l'on sait, harangue ces provinciaux. Il cherche à attiser dans ces âmes bien préparées la flamme ardente du civisme parisien et bastillien.

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lion, l'Empire, la Reslsuniloii ; il mouruf trop t mate, d'un esprit parteit. fil pourtaal un« t,io»»t »atlis< qui fût jnmais ei qu'il logeait depuis dix ans. Ce plus Icimnïii , on l'accusa d'èlre hypocrite, quand II n'itail qi les vie» qu'il avait; l'il eDi tli bypocrile, il se aérait t

' DE TALLEYRÀND

servit loul. ruina toul. Sa plus grande qualité, il la partage point de crouler. Il quitta loua les gouverpernenls qu'il

tAl pour détruire le gôuvernemeni de Juillet. Ce diplo-

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la plus

Puis les Vainqueurs se jettent dans les bras des arrivants. Ils les embrassent, leur font amitié. Ils ajoutent amèrement que « l'envie est acharnée à les poursuivre » et qu'ils sont obligés de les quitter, de rentrer à Paris par des chemins détournés, pour « éviter les com-

Frahce rétolut. — Livr. i5.

mentaires qu'on ferait sur leur démarche ». Après être rentrés à Versailles, ils guettent au passage les Nantais, auxquels ils font les mêmes harangues.

Ils regagnent ensuite leurs pénates, très fiers de leur patriotisme industrieux et machiavélique. Ils sont convaincus qu'ils se sont fait des alliés de ces héros de la démocratie, de ces pères provinciaux de la Révolution, et qu'ils ont porté jusqu'au délire l'enthousiasme de ces farouches amants de la liberté.

Ils sont convaincus encore qu'en arrivant à Paris, ce bataillon sacré va demander qu'on le mène à la Bastille, où, après avoir versé des larmes d'attendrissement, il demandera à aller se prosterner aux pieds d'Arné ou de Palhoy, et à considérer les traits chéris du grand Prudhomme ou de l'héroïque Desmoulins.

A peine ont-ils passé la barrière de la Conférence, le samedi 1 1 juillet, que nos Bretons rencontrent une compagnie de la garde nationale venue au-devant d'eux. Que lui demandent-ils? De les conduire à la Bastille? Ils lui demandent de les conduire aux Tuileries.

Ils y entrent tambour battant, défilent le long de la Terrasse, se rangent en bataille et se mettent à crier : Vive le Roi! de si grand cœur, que le Roi paraît.

Les cris recommencent furieusement, on porte haut les épées, on met les chapeaux au bout des baïonnettes.

Le Roi appelle le commandant de la troupe. Celui-ci monte. Il a une harangue à prononcer, une harangue austère et civique qui a été dictée par les grands rhéteurs du patriotisme Rennois, Brestois, Nantais.

Il oublie tout, tire son épée, tombe à genoux, et, les larmes aux yeux, il dit :

« Sire, j'ai l'honneur de remettre à Votre Majesté, au nom des braves Bretons, une épée qui ne se teindra jamais que du sang impur de vos ennemis. »

Le Roi pleure à son tour.

Le commandant rattrape une phrase du discours civique et solennel :

« Les Bretons vous chérissent. Sire, parce que vous êtes un roi citoyen! » Mais le sentiment vrai revient.

a Leur sang coulera toujours avec empressement pour vous, et

vos ennemis sont les leurs. »

LE GOUVERNEMENT iî5

Là-dessus les larmes coulent déplus belle. Le Roi ne sait plus ce qu'il dit. Il s'en aperçoit : « Je suis si ému que je ne puis plus parler,» dit-il.

Le JBreton demande à voir la Reine. Le Roi confesse avec bonhomie que la Reine est empêchée parce qu'elle a pris médecine.

Voilà toute la scène, encadrée entre les vainqueurs de la Bastille et la stupéfiante médecine.

Mais retranchons ces deux incidents, cette scène est à garder : elle est le protoiype de toutes celles qui vont se passer durant ce mois de juillet entre la famille royale et les fédérés.

Malgré la sérénité du Roi et les paisibles prévisions de M™® Elisabeth, les appréhensions avaient été grandes. Les jacqueries de Tan 88, les scènes d'indiscipline, de révolte et de brigandage dont l'histoire des deux dernières années, 89 et 90, était pleine, rendaient redoutable cette agglomération de soldats et de gardes nationaux.

On savait, à la cour, à la fin de juin, que chaque jour, à cinq heures du matin, dans les faubourgs, de petites voitures portaient du pain qu'elles distribuaient à huit sous la livre, quand il en coûtait légalement onze et que, d'après les mercuriales, il en devait coûter seize.

On savait encore que de Targent était répandu parmi les troupes et l'on avait la preuve notamment que le régiment de Touraine avait reçu 67,000 francs en huit jours.

On constatait que les Lameth avaient de longues conférences avec' les officiers de la garde soldée, que M™*' de Lamotte (la femme du collier) était de retour à Paris; qu'il y avait redoublement de rage parmi les folliculaires parisiens et d'activité parmi les émissaires envoyés en province.

On avait la preuve de l'existence d'un directoire secret des jacobins pour la Fédération. On se consolait un peu en apprenant que Camille Desmoulins en était et que, comme il était w très accessible à l'argent », au moins on serait renseigné.

Mais les angoisses reprenaient en apprenant que le duc d'Orléans venait emprunter 5 millions en Hollande.

C'était lui, en effet, qu'on accusait surtout de vouloir profiter de cette agglomération pour tenter un coup de fortune.

<c On prépare une Saint-Barthélémy de nobles, s'écriait-on parmi les royalistes fidèles; le Roi sera déposé ».

ii6 • LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

Les uns disent qu'il sera réélu avec une monarchie élective, les autres qu'on massacrera au Champ-de-Mars les députés aristocrates et qu'on mettra le duc d'Orléans sur le trône. j- Beaucoup de gens paisibles, riches, de ceux dont on constatait les sentiments royalistes, quittèrent alors Paris. Le Roi reçut bien des avis de mettre sa vie, celle de la reine et du dauphin en sûreté.

Le duc d'Orléans ne bougea pas.

Bientôt le mouvement monarchique se développa avec intensité. On comprit que ce qui avait parlé jusqu'ici dans les émeutes, dans les journaux, ce n'était pas la nation, c'étaient les ambitieux, les déclassés, les débauchés et quelques enthousiastes généreux, exploités ou enfiévrés par des utopistes ou des aigrefins. On allait entendre un autre langage. Nous l'avons dit, la vraie France parlait, la France des cahiers de 89, foncièrement royaliste et chrétienne, et paisiblement, chrétiennement libérale.

Cet instinct qui sommeillait, quelque peu effarouché par le trouble des dernières années et inquiété par les mensonges des folliculaires, par le système d'admiration mutuelle si savamment combiné entre les divers représentants de la démocratie, cet instinct éclata littéralement peu de jours après l'arrivée des fédérés.

« Le séjour des fédérés à Paris leur montra sa misère et son dépeuplement. La vérité avait commencé à se faire entendre. Les scènes de sang qui s'y était passées se rapprochèrent de leurs yeux. La captivité, le dépouillement, la nullité de leur roi les frappèrent. Les prisons remplies leur prouvèrent que le despotisme n'avait fait que changer de main et était plus réel que jamais. La division des partis, la chaleur des factions, leur scélératesse, s'offrirent à leurs regards dans le plus grand jour, et le scandaleux spectacle d'une Assemblée bruyante, tumultueuse, divisée, leur inspira aussi peu de respect pour elle que d'espérance pour leur bonheur futur. »

Les fédérés parurent bientôt n'avoir qu'un but de promenade : les Tuileries, et ne désirer qu'un spectacle : la vue de la famille royale. ^ Il fallait que chaque jour, à trois heures, le dauphin parût sur le balcon de l'appartement de sa gouvernante et parlât à ces enthousiastes.

A cinq heures, quand il allait à son jardin, les fédérés l'y

voulaient suivre, et il fallait s'arranger pour qu'ils n'y entrassent que par petites troupes à la fois.

Ils£emportaient les feuilles des arbres et les mettaient précieusement sur leurs habits, en criant : Vive le Roi !

Les Dauphinois suppliaient le dauphin de venir voir sa province.

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