‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 22 sur 112 · AUTOGRAPHE D ANACHARSIS CLOOTS · texte numérisé non relu

AUTOGRAPHE D ANACHARSIS CLOOTS

N< i Clèves en 1755, mort à Paris en 1794; baron en Prusse, révolutionnaire en France,

un des principaux chefs de la secte des Athées.

Les Normands lui rappelaient qu'il avait été duc de Normandie^ et que les Normands avaient toujours été fidèles.

« Nous sommes vos fidèles Lorrains, » disent ceux-ci au Roi et à la Reine.

Les Angevins — conduits par de Launay d'Angers, qui offrait alors son épée au Roi et qui joua à la Convention le rôle que Ton sait — pour faire leur cour à la Reine, courent embrasser un garde du corps, de ceux que les révolutionnaires avaient blessés, le 6 octobre.

ii8 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

Tout est touchant et caressant. Les Tourangeaux apportent au Roi un anneau qu'un de ses ancêtres a donné à leur ville capitale.

Les Béarnais, dès leur arrivée, s'en vont gravement, pieusement, en pèlerinage rue de la Ferronnerie, où Henri IV a été assassiné.

Mais la Révolution a tellement rendu l'imagination malade et a tellement déjà détruit le sens commun, exaspéré et avili Tàme, que la folie, la dénonciation, les plus sombres et les plus ineptes soupçons se portent sur un autre point. •

« Une chose remarquable, dit un contemporain, c'est le nombre de conspirations dont on parle dans les journaux pendant le mois de juillet. »

En effet, les royalistes étant rassurés, les démocrates tremblent.

« On vient de saisir trois mille poignards dans le district du Temple. On veut faire une Saint-Barthélémy de patriotes, » écrit Camille Desmoulins.

Carra annonce qu'il révélera bientôt un secret important. Il le révèle : Il faut fouiller l'École militaire et le voisinage.

Grand Dieu I qu'y a-t-il donc ?

Le Champ-de-Mars est miné.

Quoi encore ?

On a établi une ménagerie de lions, de léopards, d'hyènes, sous les gradins de l'amphithéâtre; on les lâchera sur les citoyens au moment où ils prêteront le serment civique.

Quoi de plus ? Seigneur !

Les députés de l'armée et de la garde nationale de province vont rosser les héroïques vainqueurs de la Bastille. Pendant la cérémonie, on mettra le feu à la ville. La cour a soudoyé les bandits pour piller les bourgeois, égorger les patriotes. On fusillera les membres mal pensants de la Constituante, et Louis XVI reprendra le pouvoir absolu.

Bref, ce jour doit éclairer les événements les plus terribles.

N'a-t-on pas fait une provision de cinq cents barriques de vin pour régaler le peuple, « comme si un peuple libre avait la même soif qu'un peuple d'esclaves » ?

Tout cela n'était pas uniquement plaisant. M. Bailly le sut bien.

Le 5 juillet, il lui faut faire une proclamation pour rassurer le peuple. Mais le peuple ne fut pas rassuré.

Alors ce maire vénérable, accompagné de Brongnard, Tarchitecte de r École, et de Marquer, l'inspecteur de la ville, dut aller visiter soigneusement le Champ-de-Mars, les terrasses, Tautel, les échafaudages.

Ce n'est pas tout encore. Il fallut, en s'adjoignant une troupe solide, visiter les caves de TÉcole militaire, les aqueducs, et rendre un compte détaillé de cette visite, au bon peuple.

Ce peuple était-il rassuré ? Non. L'on recommença la visite des caves, souterrains, embranchements, le mardi, veille de la fête, à six heures du soir.

Ce même jour, i3 Juillet, pendant que la population parisienne tremblait d'être dévorée par les hyènes et les léopards, la Fédération se présentait officiellement à l'Assemblée et devant le Roi.

On avait permis à ces fédérés de venir assister chaque jour aux débats de cette illustre Constituante, et, nous dit Toulongeon, on avait mis à l'ordre du jour la discussion de la loi militaire, dans l'espérance que cette loi patriotique donnerait plus haute idée de la majesté de l'Assemblée et offrirait moins d'occasions aux querelles puériles, à l'échange de dégradantes injures, à la démonstration de l'esclavage où les tribunes parisiennes tenaient la Chambre des députés de la France.

Ce fut en vain. Un autre constituant, M. de Clermont-Gallerande, nous a dit l'impression de mépris que laissa la vue de ces débats.

La réception, d'ailleurs, fut froide et le discours que prononça La Fayette ^t solennel, mais amphigourique. On y sentait la gêne et la tension.

Le contraste fut frappant quand le même La Fayette, avec les mêmes fédérés, passa la revue devant le Roi et la famille royale, aux Tuileries.' Ici, le discours du général est bref et sec. La réponse du Roi, que La* Fayette, dans ses Mémoires, reconnaît être pleine de justesse et dé sensibilité, est, en effet, d'une sagesse lumineuse et du ton le plusf touchant.

Le Roi l'avait voulu faire lui-même sans le conimuniquer même à la Reine. C'est à mon sens ce qui peut donner la plus haute idée du caractère intellectuel de Louis XVI.

C'est après cette réponse que l'enthousiasme monarchique, qui s'était montré par étincelle, devint une flamme.

Il y eut tant de cris de : Vivent le Roi, la Reine et le Dauphin ! que Charles de Lameth, qui considérait cette scène du haut de la terrasse des Feuillants, jeta des regards furieux sur ces gardes nationaux et s'écria :

«Malheureux, vous n'êtes pas dignes de ta liberté!» VI. Le Champ-de-Mars. — Après quelque hésitation, la municipalité parisienne avait désigné le Ghamp-de-Mars. C'était là le lieu le

COIFFURES DE CÉnéxONIB (1789)

plus convenable pour solenniser la fête. Malgré l'opposition de quelques-uns des grands journaux démocratiques qui voulaient qu'on laissât l'emplacement tel quel, mais qui cherchaient surtout à critiquer les actes de Coco-Bailly, on décida qu'on transformerait cette grande plaine en un cirque.

Quand le travail fut fini, te Champ-de-Mars représentait un immense ovale d'une lieue de circonférence.

Les deux côtés perpendiculaires au quai et à l'École militaire étaient alors garnis de huit rangées d'arbres. On y adossa un glacis formé avec ta terre enlevée au milieu du Champ. Dans cet amphithéâtre,

coupé régulièrement d'espace en espace pour laisser libres 1 entrée et la sortie, on avait disposé trente rangs de gradins offrant 160,000 places assises. Le reste des glacis pouvait être occupé par 100,000 personnes debout.

LA JOUTE SUR L'eAU (fÈTE DE LA FÉDÉRATION) l8 JUILLET 1 79O

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'flui mifur gaanJ on a éU regardé par lui. . Le» joules commeneirenl vers six heures,

in : •Brivo,br>tQ,c'etl tvidemmenl un arialacrate. • Ce trait d'etpril réjouit les qu'à la DuilcIoK, ei on le ramena irioniplialement en province, à la fin d« fêtes <t de l'eiprit français Ié^taéré. ""

Franck afvoLUT. -

Au milieu du cirque, s'élève un autel de forme circulaire, de io8 toises de circonférence, posé sur un stylobate carré élevé de 25 pieds. On y arrive par quatre escaliers gigantesques. Les quatre faces étaient ornées de devises et de peintures analogues aux circonstances. On y voyait nécessairement des chaînes brisées, le modèle de la Bastille renversée et des guerriers vctus principalement d'un casque et de sandales, qui juraient des choses solennelles à la façon des Curiaces. L'espace vide qui entourait Tautel permettait à 6o,ooo hommes — quelques contemporains disent 20,000 seulement — d'évoluer militairement.

Le cirque était fermé, du côté de l'École militaire, par un immense amphithéâtre en planches et couvert. Il était destiné à recevoir l'Assemblée, les étrangers, Anacharsis Cloots et sa bande, les personnages officiels, la municipalité, tous ceux qui à un titre quelconque avaient été invités. C'est là que les infortunés Vainqueurs ambitionnaient de se prélasser.

On devine que les gros bourgeois, les électeurs, leurs épouses et leurs parentes, leurs compères et leurs commères, accaparèrent cet amphithéâtre, à la grande fureur des frères et de leurs journaux.

Au milieu de ce monument, était une rotonde destinée au Roi, au président de l'assemblée, au ministère. En arrière se trouvait la tribune pour la Reine, le dauphin, la famille royale, la cour.

A l'autre extrémité du Champ-de-Mars, près de la rivière, on avait construit un arc de triomphe divisé en trois parties. On le trouva remarquable par sa lourdeur, çt par un bas-relief représentant « un serment prononcé avec délire » et « l'aristocratie chassée par le cortège de la Liberté ». Des poésies achevaient l'ornement de cet arc. Elles étaient d'un style « mâle et démocratique ». On en peut juger par ce quatrain, qui était « des moins mauvais » :

Tout nous offre d'heureux présages,

Tout flatte nos plaisirs, Douce paix, loin de nous écarte les orages

Et comble nos désirs.

En face de cet arc triomphal, on avait établi un pont de bois qui fut, le 14 juillet, chargé de fleurs, bien qu'on le rangeât parmi les engins inquiétants de l'affaire.

LE GOUVERNEMENT ji3

Mais on s'était mis un peu tard à cette immense besogne.

Sur les trente mille ouvriers que la République s'était empressée de rassembler dans des ateliers nationaux^ on en avait demandé quinze mille pour travailler au Champ-de-Mars. Ceux-ci, qui n'étaient pas là pour se fatiguer, demandèrent un prix pour lors exorbitant : 3o sous par jour. On le leur donna. Ils travaillèrent comme ils en avaient l'habitude. Si bien que les Parisiens se mirent à trembler : le champ de la Fédération ne serait pas prêt pour le 14 juillet, pour le jour de l'héroïque anniversaire.

Catheri, soldat citoyen du bataillon de la Trinité, jette un cri d'alarme, repris en échos par le bataillon des Petits-Augustins, puis par celui des Jacobins-Saint-Dominique, bientôt par toutes les sections qui demandent que la garde nationale fasse des corvées de terrassiers.

Chose curieuse et peu connue, la municipalité résista, et résista énergiquement. Mais l'élan était donné. La population accourt. Un jour, il y a quelques centaines d'ouvriers volontaires; le lendemain, 10,000; le surlendemain, 100,000, i5o,ooo, formant un atelier de 80,000 toises.

Ce sont les scènes de ce joyeux travail qui ont donné à ces fêtes le caractère pittoresque et gracieux qu'elle a gardé aux yeux de la postérité. Ces scènes sont aimables à décrire, les contemporains ne s'y sont pas épargnés.

Ce turent les jours de vacance d'un peuple exalté et fatigué à la fois, qui avait retrouvé une sorte de jeunesse à force d'illusion et q^ui jouit de ces journées extravagantes, de ces scènes inattendues, en dehors de tout, avec la joie folle d'un écolier en congé.

« On eût dit qu'alors chacun, fatigué de nos troubles, de nos discussions, ouvrait son âme au vœu du rapprochement le plus désirable. » — <( Un sentiment de concorde et de fraternité unissait tous les habitants; le Champ-de-Mars semblait réunir une immense famille dont les membres avaient oublié les distinctions de rang. » — « L'âme se sentait affaissée sous le poids d'une délicieuse ivresse à la vue de tout un peuple redescendu aux doux sentiments d'une fraternité primitive. » — « Les fêtes d'Olympie offrirent-elles un plus heureux accord des volontés ? »

Voilà l'opinion des contemporains, ils nous indiquent bien les prin-

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cipales causes de la paix qui fut le caractère saisissant de cette heure curieuse : L'Égalité, la Fraternité, la Nature primitive, la Grèce ! Oui ! voilà bien les quatre prétextes invoqués pour expliquer ce « délire ».

Depuis des années, les philosophes, les moralistes, les politiques, les sentimentalistes de toute couleur, promettaient à la nature Française ce retour aux vertus primitives, par delà le christianisme. On lui montrait, dans le lointain des républiques antiques, les belles Théories du paganisme. On lui affirmait que la société féodale s'opposait seule à la nouvelle incarnation de la Vierge-Astrée, avec son cortège de grâces fraternelles, de bienveillance égalitaire.

La nation n'avait encore vu de la République que ses haines.

Quand tous les représentants des cent tribus de la terre gallo-française arrivèrent à Paris, la grande ville se sentit triomphante. Elle avait conquis la France. C'était la réalisation du plus cher de ses rêves.

Quand le peuple vit le riche, le lettré, l'aristocrate, remuer la terre à côté de lui, il se dit que c'était le temps promis, le retour à l'âge d'or.

Quand le bourgeois, le gentilhomme, sentirent le peuple s*agiter autour d'eux avec sa bonhomie libre et gaie, ils se dirent que l'horrible cauchemar prenait fin, que ce grand enthousiasme allait aboutir et que la Terre Promise de Rousseau n'était pas une illusion complète.

L'Ère nouvelle commençait. Le douloureux enfantement était ter-

miné. La liberté caressante, aimante, n'était pas un vain mot.

En fait, qu'est-ce qui frappa tellement l'imagination des contemporains ? Demandons-le aux chroniqueurs candides et aveuglés sans doute, mais, à ce moment, sincères.

VIL La Scène du Champ de Mars — « On ne vit jamais, chez aucun peuple, cet étonnant et à jamais mémorable exemple de fraternité; je n'y pense jamais sans admiration ; c'est là que j'ai vu cent cinquante mille citoyens de toutes les classes, de tout âge et de tout sexe, formant le plus charmant tableau de concorde, de travail, de mouvement et d'allégresse qui ait jamais été exposé.

« Oh ! quels sont les monstres qui ont effacé ces couleurs riantes ?

LE GOUVERNEMENT ni ■

Quels hommes que ces bons et braves citoyens de Paris, qui surent transformer huit jours de travail en des jours de fête la plus touchante, la plus inspirée, ta plus rieuse qui fut jamais !

« C'est un genre de spectacle si original, qu'il est impossible que les hommes les plus blasés n'en soient pas remués.

Il Dans un espace immense, rempli de citoyens vraiment actifs et qui

COIFFURE A LA NATION (aNHÉE 1790}

dévoraient le travail, s'offraient tout à la fois les scènes les plus variées : ici, ils s'attendrissaient à la vue de leur général qui venait prendre part au travail de ses concitoyens; là, c'étaient des acclamations et des cris de joie à l'arrivée de la maison du roi ; plus bas, c'était une musique militaire qui annonçait les Suisses, ces enfants de ta liberté, qui venaient partager ta fête de leurs anciens amis et alliés.

« A côté des garçons jardiniers, distingués par des fleurs et des laitues attachées à leurs instruments, étaient les élèves de peinture, qu'annonçait une bannière représentant la France.

« A leur suite, venait Tespoir des races futures, les rejetons de nos législateurs qui passaient gaiement des exercices du collège au travail du Champ-de-Mars.

<( A travers un groupe de moines, de femmes, d'abbés et de charbonniers, j'aperçus le brave capitaine Kersaint, avec une physionomie toute radieuse de liberté, poussant la brouette avec Ja même gaieté qu'il montait la Belle^Poule ou qu'il irait combattre les ennemis de la patrie.

« Dans ce jour solennel, ce fut comme une expérience d'électricité. Tout ce qui touchait à la chaîne dut se ressentir de la commotion ; elle fut grande, elle fut universelle ; elle fut telle enfin que son souvenir est propre à rallier tous les Français, si les ennemis du dehors, jaloux de notre liberté, venaient nous assaillir.

« On ne saurait trop le répéter : jamais la cour des rois n'a offert un spectacle aussi majestueux.

« Il est impossible de donner une description dç ces travaux qui ne soit beaucoup au-dessous de la réalité.

(( Tous les citoyens de tous les âges ont brigué l'honneur de préparer le lieu où ils vont jurer de défendre la constitution et de vivre et mourir libres.

« La multitude du monde, la vivacité des mouvements, la bigarrure des habits, tout concourait à la variété pittoresque de ce spectacle : ici ce sont les charbonniers, là les perruquiers, les forts de la halle, les porteurs d'eau; les colporteurs n'ont pas voulu demeurer oisifs; les invalides ont prouvé que leurs bras étaient encore aussi vigoureux que leur âme était courageuse.

« On a vu même des femmes parées des ornements de leur sexe en oublier la faiblesse et voiturer des brouettes.

« Des étrangers qui arrivaient par Versailles, disaient les yeux baignés de pleurs : Qiiels hommes que les Parisiens!

« Il fallait voir cette vaste fourmilière de citoyens occupés aux plus rudes travaux ; il fallait voir la longue chaîne qu'ils formaient, attelés à des charrettes surchargées. Des pierres énormes cèdent à leurs efforts, il semble qu'ils entraîneraient des montagues ; il n'est point de corporation qui ne veuille contribuer à élever l'autel de la Patrie.

« Une musique militaire les précède. Tous les individus se tiennent

quatre à quatre, portant avec gaieté la pelle et la pioche; leur cri de ralliement est ce refrain immortel d'une chanson nouvelle qu'on appelle le Carillon national; tous chantent à la fois : Ah! ça ira! ça ira! ça ira! — Oui, ça irai répètent tous ceux qui les entendent.

« Les habitants des villages même éloignés accoururent, ayant à leur tête leur maire avec son écharpe et la pelle sur l'épaule.

« Mais ce qui surprend le plus, c'est l'ordre qui règne parmi un si grand nombre de citoyens de toute condition. Pas un propos injurieux, pas la plus légère querelle. On comptait dans le Champ-de-Mars plus de deux cent cinquante mille hommes et pas une sentinelle.

« Un grand nombre de députés pour la fédération vinrent aussi travailler; différents membres de l'Assemblée nationale les accompagnaient. On distinguait parmi eux le père Gérard, qui, comme un ancien Romain, passe de la charrue au Sénat et du Sénat à la charrue. On a vu MM. Sieyès et Beauharnais attachés à une charrette; on a remarqué qu'ils tiraient plus à gauche qu'à droite. L'abbé Maury aurait tiré à droite.

« Les collèges et pensions ont pris part aux travaux. Un pensionnaire de Vincennes, échauffé par un travail opiniâtre, s'écria : « Je ne « puis donner encore que ma sueur à ma patrie! Quand viendra l'heu- « reux moment où je verserai mon sang pour elle ? »

« D'énormes monceaux disparaissaient sous leurs bras nerveux. Des ouvriers de la Bastille ont amené dans des charrettes tous les instruments qui ont servi à renverser l'horrible forteresse.

« Les imprimeurs sont accourus mettre la main à l'œuvre patriotique; il était écrit sur leur drapeau : Imprimerie^ premier drapeau de la Liberté!

(( Plusieurs communautés de moines se rendirent aussi au cirque de la Fédération.

« On a vu toute une famille travaillant au même endroit; le père piochait, la mère chargeait la brouette et leurs enfants la roulaient tour à tour, tandis que le plus jeune, âgé de quatre ans, porté dans les bras de son aïeul, qui en avait quatre-vingt-treize, bégayait en riant : Ah! ça ira! ça ira!

a Une chose vraiment remarquable dans cette foule immense de gens inconnus les uns aux autres, c'est Textrême confiance qui régnait

iî8 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

parmi eux : un jeune homme arrive, ôte son habit, jette dessus ses deux montres, prend une pioche et va travailler au loin; on lui crie :

<• — Et vos deux montres!

<■ — On ne se défie point de ses frères, » répondit-il en s'éloignant; et le dépôt fut religieusement respecté.

COIKFURE AUX CHAHMES DE LA LIBERTK

"^On a remarqué un honnête citoyen, suivi d'une brouette chargée d'un tonneau de vin; il tenait des verres et offrait à boire gratuitement iiux travailleurs.

« — Mes frères, disait-il, ne buvez point si vous n'avez pas soif, pour ne pas épuiser sitôt le tonneau. -

n Et on ne voyait en effet se présenter à cette buvette que des hommes épuisés de fatigue et dont l'altération n'était point équivoque.

" Le Roi vint jouir de ce spectacle nouveau; soudain, la pelle et la

pioche sur l'épaule, les citoyens lui formèrent une garde d'honneur. » Il semblait que le ciel lui-même, — au commencement du moins.

PILLAGE 0£ L^HOTEL DE CASTREES, FAUBOURG S.-GERHAm. .1 3 NOVEMBRE I79O Le duc di C*slnc3. provoqua par l'insolencï de Chirlts de Lameth, l'ippela en dnel el le blessa légèrement. Lt «aillante garde natianile admettait Ie,due1, i la coiidiiion que les nrïsiocrates seraient: toujours bleaiéi. Dans le duel qui STiil eu lieu naguère entre Caialès el Barnite. les patriotes avaient diàit qu'ils musacre raient Ciialts, s'il avait l'insolence de faire le moindre mal à Bacnave, Celle fois, M. de Castriei ayant échappé aux premières fureurs de ces bérot, on décida que ses meubles seiilea punis en sa place. Les citoyens ardents, accompagnés de beaucoup de («mmes, voni, en eHet, tout cesser el tout piller à l'hAtel de Ctstries. Les tribunes applaudissent les pillards quand d'Esprftnesnil se plaint, 1 la Chambre, de celte sauvagerie. Un dépui(, Roy, constata l'iniolenee de ces appinudisaemenis, el celle constatation produli un résultai qui sérail inattendu en dehors de la Révolution : ce ne sont pas les aboyeurs des tribunes qui sont réprimandés, c'est le député qui est envoyé en prison. . . par la Chambre. Mirabeau déclare que le peuple de Paris, en pillant et saccageant l'hAiel de Caslrïes, a honoré i'hu* minilé par ses sentimenls i'haaatur et de probité. Va bataillon de la garde nationale — Bonne-Nouvelle — vieal demander vengeance contre,, . M, de Caitries.

FaaHCi RÉvokUT, — Lïvr, 17.

i3o LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

car nous allons voir qu'il se fâcha fort au moment le plus intéressant de la fête, — disposât tout pour cette allégresse. Madame Elisabeth n'en revient pas de l'extrême chaleur qu'il faisait alors. Mais la pluie venait de temps à autre rafraîchir cette ardente atmosphère et formait ainsi cette température excitante et sans pesanteur qui donne au Parisien le maximum de son esprit alerte et insouciant.

Encore faut-il bien noter que l'âme de la France n'avait pas eu le temps de s'assombrir et de perdre les grâces juvéniles que la société monarchique et chrétienne lui avait conservées.

Un contemporain l'a remarqué finement, et c'est ce qu'il faut retenir par-dessus tout : « On eût dit que le peuple français avait composé cette fête avec tout ce que son esprit et son caractère conservaient d'aimable et d'ingénieux. »

Le fond monarchique de l'âme française remontait aux lèvres, même aux lèvres des Parisiens. Camille Desmoulins avec sa fine insolence de laquais de génie — car il fut cela — le constate : Le roi est redevenu l'idole. « Il vint regarder et on Tapplaudissoit avec autant de transports que s'il eût remué à lui seul les 80 000 toises de terre. » — « Je l'ai vu, répète avec douleur le même journaliste, galoper au milieu des cris infinis de : Vive le Roi ! moi seul m'égosillant à lui crier aqx oreilles : Vive la nation! »

VIIL La Révolution au Champ-de-Mars. — Après les contemporains, admirant ces dernières fusées de la vieille joie française, écoutons des chroniqueurs plus clairvoyants. Ils nous montrent la Révolution.

Elle apporte, au milieu de cette allégresse, ses fureurs; et elle repousse de temps en temps ce masque riant, à la mode antique, pour respirer un peu l'air empesté qu'elle aime. Nous lui voyons alors sa physionomie immortelle, cette face féroce qui s'aiguise parfois en un ricanement obscène ou parfois s'épanouit en un sourire de Jocrisse.

Si quelqu'un de ces riches remuait sa pelle avec nonchalance, ou chargeait sa brouette sans enthousiasme, la Liberté entrait en rage. On vous excommuniait le calottin ou l'aristocrate en l'injuriant, et l'on déclarait que « la pelle du travailleur avait été souillée ».

Les garçons bouchers reviennent; ils avaient sur leur flamme un

LE GOUVERNEMENT i3i

large couteau; on lisait dessous : Tremblez, aristocrates, voici les garçons bouchers.

Les charbonniers ont saisi Tun des leurs, qui passe pour aristocrate. Ils le déguisent en abbé Maury et le chargent de chaînes.

On inventa pour la fête Tinepte Ça ira! le vrai spécimen de la poésie réaliste et démocratique.

(( On avait essayé de conserver cet air, dont le mouvement était vif, en substituant d'autres paroles à un vœu homicide. Malgré tous les soins, Tafîreux refrain du Ça ira^ les aristocrates à la lanterne^ attestait que la multitude gardait un souvenir joyeux de ses crimes. » Astrcea Virgo^ qu'on nous montre ramenée sur la terre par cette fête de la Fédération, put voir le sens ignoble que le libertinage — c'est Mercier qui le confesse — sut donner à cette chanson. Ce chant devait aller bien au delà de ce libertinage. La Révolution en était encore à la bucolique, il fallait un peu de patience pour que ce refrain devînt comme Técho du couperet tombant sur les cous aristocratiques.

Comment , se recrutèrent quelques-uns des adhérents de ces agapes boueuses? On nous le dit :

« Des hommes féroces, gorgés de vin, le sabre nu à la main, arrachoient de leurs cellules moines et religieuses et les traînoient brutalement au Champ-de-Mars, pour les contraindre à travailler aux préparatifs de la fête. Les chartreux, les carmélites, ne furent pas exempts de cette vexation. Toutes ces religieuses, tous ces religieux, étoient le jouet de la canaille. Ils étoient contraints les uns à se couvrir les reins d'un sabre, les autres à se poiffer d'un bonnet de grenadier. »

Ce n'était pas assez pour la Révolution, revenue à l'Age d*or : « Le Palais- Royal vomit aussi son bataillon. Ces personnes du sexe qui, le soir, tendaient des pièges à l'innocence, se rassemblèrent, on n'ose pas dire sous quelle enseigne, et allèrent présenter au Champde-Mars le spectacle du vice traînant le haquet. »

C'est à elles que l'on confia le soin de prêcher aux religieuses la liberté de conscience et aux religieux la gravité de la vertu républicaine.

Desmoulins nous a conservé quelques-uns des cyniques jeux de mots dont ces femmes « qui n'étaient pas toutes des vestales » — le bon drôle ! — accablaient les disciples de saint Bruno.

i32 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

Quant aux Carmélites, c'était un peu pour elles qu'on brodait le Ça ira d'obscénités,

C'est ainsi, sous les auspices de la liberté, de la fraternité, de l'égalité et de la vertu primitive, qu'on montre les aspirations de l'ère nouvelle : Chartreux et Carmélites, vêtus de grotesques oripeaux, saisis par ces prostituées et forcés de prendre part aux rondes fangeuses.

Après quelques jours de beau temps, la pluie tombait à torrents, le Champ-de-Mars était un marais de boue Tandis que, la nuit venue, la partie la moins malhonnête et la moins ivre de cette Arcadie regagnait le centre de Paris, en grelottant au son du fifre, des femmes du haut parage, telles que M™" de Coigny, d'Aiguillon, et d'autres que j'aime autant ne pas nommer, se faisaient gloire de la sueur et de la crotte dont elles se couvraient et qu'elles rapportaient dans leurs voitures.

Il ne faisait pas bon, d'ailleurs, mépriser la crotte. C'était antirévolutionnaire. « Un jeune ecclésiastique, bien frisé, bien ambré, bien lustré, semblait regarder cette belle scène en pitié.

« A la brouette! à la brouette! » crie-t-on autour de lui.

Il en prend une nonchalamment. Un vigoureux patriote qui, pour faire plus d'ouvrage, avait sur le dos une hotte remplie de terre et roulait une brouette, passa près de lui et lui dit :

c< — Laissez, laissez là cet instrument que vous déshonorez.

« Il quitte sa brouette, s'empare de celle de M. Tabbé, et va vider la terre hors du Champ-de-Mars pour qu'elle ne le souille pas. »

Ce dernier trait est exquis. La scène est, du reste, typique. Le populaire n'en était encore qu'à la vanité rengorgée, à la majesté dans la tyrannie. Il n'admettait pas qu'on remuât la boue sans piété, et qu'on n'adorât pas le travailleur malpropre.

Cette idylle, panachée de grandes dames crottées, de barriques en perce et d'insolences égalitaires, le ravissait. Il s'en contentait pour le moment. Mais les maîtres, les gazetiers trouvaient que ce n'était pas assez. La haine révolutionnaire était peu satisfaite de cette leçon fière donnée à M. l'abbé. Ils espéraient que Tidylle finirait par un gentil massacre.

Mercier, de qui nous venons de citer un long passage enthousiaste sur le sublime spectacle du Champ-de-Mars, tremblait de tous ses

membres, à ce point qu'un canonnier breton, qui se nomma l'Empirée, lui écrivit qu'il était un lâche.

l'égalité des toilettes (1790)

Il tremblait, parce qu'il craignait de voir les coups tomber sur les écripaiits patriotes. Le procureur général de la Lanterne^ Desmoulins, est moins candide. U nous montre des tableaux d'histoire ro-

i34 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

maine, où Ton voit des rois enchaînés; et il va chercher dans Ezéchiei, en assurant que c*est la prophétie des i3 et 14 juillet 1790, Thistoire d'une tuerie gigantesque.

« En passant devant les Tuileries, les cris de : Vive le Roi, se faisaient entendre. Les pelles de beaucoup de citoyens étaient ornées de

devises menaçantes contre les aristocrates. »

Voilà le double caractère de la fête : les brutes grondaient contre la France monarchique.

IX. Le jour de la fête, — La matinée, — L'histoire napoléonienne nous parle du soleil d'Austerlitz; la légende républicaine nous voudrait bien parler du soleil de la Fédération. En effet, quand on lit un peu vite le récit de ce jour de congé révolutionnaire, on y voit tant de mouvement, qu'on y croit retrouver cette gaieté nerveuse et toute juvénile qui s'ébroue^ comme les jeunes oiseaux, dans la poussière brillante et le soleil. Mais il faut dire la vérité :

Boue et pluie, c'est le résumé de la journée. « Le vent glacial et une pluie intermittente tombait par torrents; des coups de vent du Nord, des averses effroyables et glaciales se succédaient à de courts intervalles. »

De sept heures du matin à midi, on compta cinq orages successifs, à la grande colère de la démocratie, qui ne craignait pas la pluie, mais qui en voulait au ciel de ne pas avoir « déployé ses plus hautes draperies ». Il devait bien cela à la Révolution. « Le ciel était donc aristocrate? C'étaient les aristocrates qui, à force de neuvaines, avaient fait pleuvoir. »

Les modérés essayèrent bien de dire que « c'étaient au contraire les crimes de la noblesse qui avaient irrité le ciel »; mais le vrai peuple n'en crut rien. Le bon Dieu tenait décidément pour les calottins !

Dès lors, la délicatesse s'accentua entre ces deux souverains. Dieu et le peuple, et les héros, qui avaient fait dire tant de Te Deum pour célébrer la prise de la Bastille, constatèrent que le Seigneur était un ingrat.

N'oublions donc pas le décor de la scène : il pleut, on grelotte, on s'essuie. Il y a cent mille parapluies, de ces immenses parapluies

LE GOUVERNEMENT i35

d'alors, recouverts d'étoffes hurlantes de couleurs. N'oublions pas surtout les querelles de dessous les parapluies. Cest l'accompagnement et l'orchestration de la scène.

Dès la veille, on envoie cinq à six mille gardes nationaux pour garder l'immense cirque. Cela inquiète le bon peuple. On apprend, en effet, que Coco-Bailly, le pacha Mottié (La Fayette) avec ses majoriens et leur municipalité d'insolents bourgeois — la municipalité qui avait pris la Bastille!!! — ont la prétention de distribuer des billets sans sans lesquels on n'entrera pas au Champ-de-Mars.

Grande rumeur dans le peuple, auquel Desmoulins, Marat, Prudhomme et les autres gazetiers ont répété que c'était à peine soutenable de voir les huit pavillons couverts, où tous ces électeurs parisiens logeraient leurs compères et leurs commères, bien à l'abri, et où l'on verrait se prélasser la « femme de Capet l'aîné », la « famille de l'Exécutif n.

Grand bruit donc. Les gardes refusent même d'exécuter la consigne.

Au milieu de la la nuit, Paris est réveillé au son du tambour. Le maire fait annoncer que les billets distribués sont nuls.

Les enthousiastes, les jeunes gens, les domestiques qui gardent les places, entrent donc dès la veille au soir et à chaque heure de la nuit.

Le jour se lève nuageux, sombre, froid.

Toute la ville est sur pied. De petits groupes se dirigent vers les boulevards neufs^ où les fédérés ont rendez-vous. La grosse masse court au Champ-de-Mars.

On constata qu'il y eut environ 400,000 spectateurs à cette fête de la Fédération. Ils se divisaient ainsi : i5o,ooo assis sur les gradins, 100,000 debout sur le glacis ou sur le terre-plein, en bas ou en haut de cet amphithéâtre; plus de cent mille cuHeux qui s'étalent sur le quai de Chaillot et les hauteurs de Passy, sur. tous les points qui dominent le Champ-de-Mars.

On élève, avons-nous dit, jusqu'à 5o,ooo le nombre des hommes armés qui couvrirent l'espace laissé libre entre les gradins et les galeries de l'Ecole militaire et de l'Arc de Triomphe.

L'Assemblée, si nous en croyons Toulongeon, avait supposé — d'après un calcul fort léger évidemment, — que le nombre des fédérés s'élèverait

i36 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

à 60,000. En comptant les volontaires qui, sans caractère officiel, se joignirent aux diverses députations, la province envoya au maximum 1 5^000 individus, Tarmée 11,000. La garde nationale parisienne fournit le reste, la part du lion.

Les journaux démocrates avaient prétendu qu'elle y devait paraître tout entière. Ils voulaient ainsi noyer dans les cris chers à la canaille et à la basse bourgeoisie parisienne les acclamations royalistes que 'j

poussait la France. Ils voulaient surtout éviter que ces manifestations |

devinssent un péril pour la Révolution.

La municipalité était, au fond, d'accord avec eux. La Fayette, qui I

était encore alors Tidole de la milice parisienne, avait toute raison \

pour la rendre prédominante. On ne répondit pas aux journaux; mais en fait, on saisit tout prétexte pour augmenter le nombre des gardes.

On déclara, d'ailleurs, que seuls les miliciens parisiens, commandés pour les divers services de garde et de police, seraient complètement armés.

Aussi eut-on plus de 20,000 délégués de la garde parisienne et 5o,ooo hommes dévoués à l'ère nouvelle et répartis par toute la ville.

Les contemporains assurent qu'il y eut ce jour-là 100,000 hommes armés dans la capitale.

Dès l'aube, le canon annonça la solennité. C'était le signal pour la garde parisienne d'aller former une double haie dans l'enceinte du Champ-de-Mars et le long des rues que devaient suivre les fédérés-

C'est encore un signal pour les fédérés que l'on voit, dès cinq heures du matin, sortir du logis; pour les représentants de l'armée, casernes en partie aux Invalides.

Tout le monde avait ordre d'être réuni, à six heures, au boulevard de la porte Saint-Antoine. On devait partir de l'emplacement de la Bastille. Grand signe ! On devait s'étendre de là et se ranger en I

manière de procession le long du boulevard de VOpéra.

La municipalité parisienne et tous les corps de notables qui s^ rattachent vinrent prendre place d'honneur. Elle distribua les 83 drapeaux blancs qu'elle donnait aux fédérés départementaux, et Toriflamme blanche que devait porter M. de Vergennes, porte-drapeau de l'armée.

A huit heures, l'immense procession se met en marche. D'abord la notabilité parisienne, puis 42 départements. L'armée venait ensuitç, et

enÛD les 41 derniers départements. Les gardes parisiens en haie portaient seuls des fusils ; les gardes provinciaux avaient le sabre; les soldats de ligne étaient ctésarmés : spectacle admirable qui excita l'enthousiasme des gazeliers jacobins; ce fut, comme ils l'avouèrent, la seule

FUNÉRAILLES DE HIRABEAU, LE 4 AVRIL 179! Il mcun le 1 avril. Toui Ici Ihillrca aonl (ermet. Le d^pancmcnl de Paris porte le deuil pendan ioun. Le» déptrtemeDlj de la Seine- Intérieure, de Seine-tl- Marne, dii Loiret, de la Corse, etc., pn (planent le deuil- La CoDSIilnanle déclare que lous les dfpulfs suivront son corlige. Aui Italiei joaa VOmtre de Slirabtaa ; au tbtSlre de Monaieur, Mirabeau à son Ut de mon. etc. Eiilin, la Réio le pleura comme elle ne plenrerail pas la perle de la moitif du lerritoirc. Son buste est placi d Mlle dei séances de l'Aiaemblée.

A moins de deux ans de 11. le b décembre i-<)7, on commençait par voiler celle alalue Idolltrée. 1 le bon pcDple peDd en place de Griie le buste de son ami adoré, he 5 frimaire an 11 (li novembre Il Canvention décrite que le corps, porté avec une pompe ai eaihousiaste au Panihion, en sera reiin faire place au corps de Marat, qui devait également en être délogé avant deux années révolues.

Franci béïolut. — LlTr. 18.

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i38 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

consolation pure qu'ils eurent en ce jour désolant à tant d*égards. A huit heures, « le cortège imposant » partit de la porte Saint- Martin.

La marche était ouverte par un détachement de la garde nationale parisienne, à cheval, avec sa musique, ses timbales, ses trompettes.

Suivaient les citoyens de Paris, électeurs à la date du 14 juillet 1789, «dans ces temps difficiles, cette nuit terrible que nos tyrans, dans leur folle audace, croyaient devoir être la dernière de Paris ».

Après ceux-ci, un détachement de la garde nationale parisienne marchait précédé de sa musique.

Venaient ensuite les députés de la commune de Paris, élus en août Î789. Puis les 120 autres députés élus par les 60 districts; enfin, les soixante administrateurs provisoires de la ville de Paris.

« Le cortège d'honneur des 120 députés de la commune, des 60 présidents, des administrateurs et de M. le maire, était fourni par les gardes de la musique de Paris.

« On voyait alors flotter dans les airs ces bannières que la commune de Paris a données à chaque département, comme un gage d'alliance et de fraternité. Elles sont simples et sans faste : un bâton terminé par une pique; des cravates— on constata qu'elles étaient imperceptibles — aux couleurs de la nation ; le drapeau en taffetas blanc sur chacun des deux côtés duquel sont peintes deux couronnes de chêne, — le journaliste passe les fleurs de lis sous silence, — avec cette légende au milieu de l'une: Constitution; au milieu de l'autre: Confédération nationale^ à Paris, i5 juillet MDCCXC. Sur chacune d'elle est écrit aussi le nom du département auquel elle appartient.

« Sous ces drapeaux, s'avançaient à pas lents et majestueux tous les hommes généreux qui, dévoués à la Révolution, l'ont accélérée, fécondée de tous leurs efforts, dans nos provinces reculées où l'esprit public s'est formé plus lentement, arrêté dans ses progrès par des superstitions politiques et religieuses et par toutes les erreurs que la rage de nos ennemis soufflait dans l'âme des habitants des campagnes, à peine mûrs pour la liberté.

a On distinguait à leur attitude fière et majestueuse ces Bretons invincibles que le despotisme, armé de toute sa puissance, n'a jamais étonnés et qui, dans Jes temps de servitude même, faisaient trembler

leurs' oppresseurs. Vous ne leur cédiez point en vertu, courageux Dauphinois, qui les premiers peut-être avez osé proclamer vos droits, les droits des peuples; et vous, sages Bordelais, qui, toujours prêts à à voler au secours de vos frères, avez mérité une place distinguée dans les fastes d'un peuple régénéré.

<( Tous les regards se fixent aussi sur les descendants de l'antique Marseille, la gloire de la nouvelle ; et sur ces Flamands, que de criminelles manœuvres: n'ont pu séduire; et sur ces patriotes qui sont venus des rives du Rhône, et sur ceux du Poitou, ceux de la Champagne, ceux du Lyonnais, et tous nos frères enfin, car tous s'honorent du nom de Français, tous ont concouru avec ardeur au bien commun par un sacrifice sans exemple des intérêts particuliers.

« Au centre des départements, les troupes de ligne suivaient Tonflamme dont Paris leur fît aussi présent et qui était portée par M. Vergennes. Les couronnes chiques la décorent, et ces mots : Constitution et Confédération nationale^ sont à jamais la devise de ces guerriers.

« Le corps des ouvriers de l'artillerie et celui des mineurs, le régiment du roi et celui des gardes-suisses, le corps royal du génie, la maréchaussée, la compagnie de la connétablie, les commissaires des guerres, les maréchaux de France, les lieutenants-généraux, les maréchaux de camp, les compagnies de la maison militaire du roi, les officiers de service dans ces postes, le corps royal des canonniers matelots, les ingénieurs constructeurs de la marine, les commissaires généraux et ordinaires des ports et arsenaux, paraissaient avec éclat au milieu de toutes ces milices si chères à la France.

« Notre admiration se reposait aussi sur ces vieux guerriers, qui n^ont pas voulu quitter la vie sans avoir donné à la patrie un dernier témoignage de leur dévouement.

« La marche était fermée par un détachement des gardes nationaux à cheval. »

L'armée de ligne s'avançait derrière les pelotons des fédérés des 42 premiers départements. Les 41 derniers, on l'a vu, venaient ensuite. L'armée avait l'air d'une nation vaincue, entourée par ses vainqueurs, les gardes citoyens de province; ceux-là, à leur tour, étaient entourés par les Parisiens, seuls complètement armés; ils étaient les maîtres et les dominateurs. C'était l'idéal de la Révolution.

L'armée sentit ramertume de ce traitement. On remarqua que les soldats avaient « Tair sombre » au milieu de l'allégresse générale.

A huit heures, la tête du cortège part donc de la Porte Saint- Martin ; on marche lentement, sans doute, car il s'écoule trois heures entre l'entrée des premiers groupes au Champ-de-Mars et l'arrivée des derniers.

On suit le boulevard jusqu'à la Porte Saint-Denis. On prend la rue Saint-Denis jusqu'à la rue de la Cossonnerie.

Là « tous les esprits se glacèrent d'une silencieuse horreur » en souvenir de l'assassinat de Henri IV. w Mais pourquoi ces gémissements et ces larmes? Ses mânes sont vengées par l'exil du fanatisme. »

Le cortège continue sa marche par la rue Saint-Honoré, la rue Royale, la place Louis XV, le cours la Reine, le quai de Chaillot.

Il est midi quand la cavalerie parisienne, qui tient la tête, arrive sous l'Arc de Triomphe, près de la rivière.

Mais divers incidents avaient signalé la marche du cortège.

Les fédérés avaient vu arriver avec inquiétude l'heure du déjeuner. Un peuple immense, répandu dans les rues, aux fenêtres des maisons, sur les quais, «acclamait ces pauvres diables », dégouttant d'eau et de sueur. On voit quelques-uns d'entre eux se diriger vers des boutiques de boulangers. Un des spectateurs va chercher un pain et le laisse tomber sur la pointe d'une baïonnette. Ce fut une révélation.

L'enthousiasme parisien avait trouvé, pour s'exercer, un de ces moyens à la fois généreux et drolatiques où il excelle. On accable les fédérés de saucissons et de cervelas, de jambons, de pain. Ces estomacs provinciaux ne font pas de difficultés.

Les fédérés reçoivent le tout au bout du sabre, dans les chapeaux. On leur porte du vin, de Teau-de-vie, des liqueurs, de l'eau. Les amies des mélancoliques vainqueurs de la Bastille se vengent noblement en entourant le goulot des bouteilles du ruban aux trois couleurs, un peu maltraitées en ce jour, car tout honneur est réservé au drapeau blanc.

On note que les fédérés ont plus d'appétit que les aristocrates « parce qu'ils n'ont pas de remords, » et outre les cervelas, on les comble de bénédictions.

A dix heures, quand le cortège passe à la hauteur de la salle du Manège, l'Assemblée nationale, M. de Bonnay, son président, en tête, s'avance jusqu'à la place Louis XV. « Le peloton des drapeaux se posta à droite et à gauche, en sorte que Tauguste assemblée fut reçue entre ces deux haies. »

AUTOGRAPHE DE MIRABEAU (gaBRIEL-HONORÉ RIQUETTI, COMTE DE) né au Bignon, près de Nemours, en 1749 ; mort à Paris en 1791.

La municipalité attendait le long du quai. On reprit la marche « après avoir détourné les yeux, en passant devant la statue de Louis XV».

A midi, le canon se fait de nouveau entendre. C'est la Fédération qui arrive au Champ-de-Mars.

X. La Fédération. — La municipalité, les notables, les représen-

tants de l'aristocratie bourgeoise de Paris, déguisés en commissaires, en délégués, en organisateurs, se présentent les premiers aux acclamations du peuple. Suivis par les membres de l'Assemblée, ils s'avancent majestueusement et vont gagner, à l'extrémité du Champ de la 'Fédération, les places qui leur sont attribuées dans les galeries couvertes.

Ces acclamations enthousiastes ne manquèrent à personne, en ce jour de liesse, sauf peut-être à l'Assemblée nationale. Elle est en défaveur. Le Roi l'emporte, et aussi tout ce qui touche au Roi. « Le peuple immense rassemblé dans les rues les faisait retentir des cris répétés de : Vive le Roi I vive la Reine ! Au Champ-de-Mars, ni les fédérés, ni les spectateurs ne firent entendre aucun de ces cris : Vive la Nation ! vive l'Assemblée I qui avaient été en usage. »

Les fédérés et les volontaires suivaient. Le département de l'Ain marchait en tête, les autres arrivaient selon l'ordre alphabétique. Et tandis que l'Ain s'avançait vers la gauche de l'autel, l'Aisne passait à droite. Ils montaient jusqu'à l'École militaire.

Les troupes de ligne prenaient la gauche et laissaient la droite à la marine, tous faisant face à Tautel. Ils devaient, quand tous seraient réunis, former une ellipse autour de cet autel.

Les soixante drapeaux des districts parisiens, les quatre-vingt-trois drapeaux des fédérés, l'oriflamme de l'armée royale étaient applaudis frénétiquement. Mais, comme nous le disions, l'enthousiasme était surtout royaliste, « On applaudit beaucoup à ces mêmes gardes du corps qu'on avait voulu égorger; on applaudit aussi à ceux de M. le comte d'Artois, et enfin à ce régiment de Royal Allemand », malgré ' — c'est Desmoulins qui le constate avec colère — le souvenir de Néron- Lambesc.

La procession continuait à s'acheminer lentement. La queue du cortège quittait la place de la Bastille quand la tête arrivait au Champde-Mars.

« La pluie tombait par torrents, la foudre, les éclairs se mêlaient aux détonations du bronze. Un soleil brûlant succédait par intervalles à ces déluges, jusqu'à ce qu'un orage nouveau vînt TécUpser. Sur les talus du cirque, dès que les premières gouttes donnaient le signal, deux cent mille parapluies de toutes couleurs présentaient tout à la fois

l'imagé de ces tortues antiques formées par les boucliers et celle de ces fleurs innombrables dont les couleurs éclatantes teignent au printemps la fertile colline. »

Ce peuple grelottant ou suant, mourant de faim, moribond de fatigue, commençait à se lasser de la monotonie de ce défilé. Il s'ennuyait. Brusquement, quelques fédérés auvergnats, poitevins et bretons se mettent, entendant ta musique, à exécuter quelques pas de leurs danses nationales. La Fédération est sauvée. L'attention se réveille avec intensité. Branles, rondes et bourrées, les vieux Parisiens avaient entendu parler de cela ; on leur en fournit au vrai et gratis ; les Parisiens de nouvelle formation ont dansé cela, en leur jeunesse ; on renouvelle au vif leurs souvenirs d'enfance. Le tout assaisonné des chansons patoises qui accompagnent les rondes. Pour les bourgeois de Paris, c'est un spectacle unique et merveilleux.

Tous les fédérés, quelques-uns des spectateurs, se mettent à danser.

Les contemporains ne tarissent pas de la beauté de ce spectacle. « Des farandoles, des danses formées par cinq ou six mille hommes à la fois se tenant par la main, roulant, dansant, autour de l'autel de la Patrie, animés par les instruments des nombreux musiciens, sans s'inquiéter des fleuves d'eau, etc. » Le Champ-de-Mars est transformé, malgré une pluie affreuse, en une immense salle d'opéra. « Plus de 5oo tambours frappés à la fois, et 1,200 musiciens autour de l'autel, les cris d'allégresse sortant de toutes les bouches, la vue des épées agitées dans les airs, des bonnets de grenadiers, des chapeaux de soldats au bout des baïonnettes, les 83 bannières — quoique blanches, — l'oriflamme, les drapeaux des 60 districts. 3oo,ooo spectateurs suivent leurs mouvements, battent la mesure avec les mains, oublient la pluie, la faim, l'ennui. Tantôt cette multitude armée semble ne former qu'un cordon qui se déroule dans la vaste enceinte. Tantôt elle se divise en une infinité de groupes, qui offrent chacun les jeux particuliers de leurs provinces. »

Voilà les traits épars du tableau. Il y manquerait la touche joyeuse, si nous ne montrions l'évêque d'Autun ^— digne grand-prêtre de cette Olpnperie — secondé par l'abbé Louis, escorté par les soixante aumôniers de la garde nationale et par une centaine d'autres prêtres de bonne volonté civique, recevant, tête nue, ces averses variées sur

leurs u habits de lin, » mat défendus par une large ceinture tricolore.

Enfin, voici les derniers fédérés.

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