‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 24 sur 112 · Lu .long) débat! qui ivaieal présidé · texte numérisé non relu

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Fhancs RÉvoLtiT. — Livr, 19.

mais je ne veux pas dissimuler que la Reine a des plumes tricolores dans sa coiffure et que le Roi porte un habit à la française fond blanc et argent, avec une broderie lilas qui est superbe.

Une foule de fédérés se précipite vers la galerie en criant désespérément : Vive le Roi ! Puis chacun regagne son rang.

Vers trois heures, Talleyrand commença sa messe. Les 1,800 musiciens faisant rage autour de Tautel. Puis Ton chanta le Te Deum et Ton bénit les drapeaux.

La Fayette yint prendre les ordres du Roi, puis remonta à cheval en s'essuyant le front.

Il monta à Tautel et prêta serment, au nom des gardes nationales du royaume. M. de Bonnay, enfin le Roi, récitèrent chacun la formule officielle.

« Spectacle sublime! il rappelait à l'imagination les fêtes de Tanti- *quité. »

Le serment prêté par la garde nationale a quelque originalité ; les deux autres sont simplement banals. « Je jure, dit La Fayette, au nom de ces citoyens, d'être à jamais fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi ; de maintenir la Constitution décrétée par TAssemblée et acceptée par le Roi ; de protéger la sûreté des personnes et des propriétés , la libre circulation des grains et subsistances dans l'intérieur du royau me et la perception des contributions publiques, de demeurer uni à tous les Français par les liens indissolubles de la Fraternité. »

Le serment prêté, le saint enthousiasme de la liberté transporte tous ces guerriers qui se précipitent dans les bras les uns des autres, et les cris de : Vive le Roi 1 vive la Reine! vive le Dauphin 1 deviennent de la folie.

Quelques « Vainqueurs » attardés, quelques héroïnes du 6 octobre, des hommes purs, des citoyens vertueux, essayent de crier : Vive la nation ! On les conspue, « sans doute par suite d'une erreur », dit en gémissant le bon Prudhomme.

A six heures, la fête est finie. Le Roi va rejoindre la Reine et, débarrassé des craintes qu'on lui avait voulu inspirer sur cette journée, ravi des preuves d'amour qui lui ont été prodiguées, plein des espérances d'un meilleur avenir, il couvre ses enfants de caresses.

Pendant ce temps des tables pour 20,000 convives ont été établies

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— c'est le festin offert aux fédérés par la ville — à la Muette. Les quatre cinquièmes refusent ces agapes boueuses et civiques. On remplace les absents par les désolés Vainqueurs, leurs amis et compères, par les ivrognes de bonne volonté patriotique, par les stipendiés du jacobinisme. La pluie qui continuait — malgré Tare-en- ciel qui avait paru à trois heures et demie et que les bons citoyens avaient déclaré être le signe de la confédération du Champ-de-Mars avec le ciel — la pluie éteignit les lampions et déflogistiqua les têtes, comme le dit Carra.

Ces buveurs eurent à la fin du festin une surprise charmante. « Les amantes de la liberté 1» (mon auteur ne les désigne pas autrement) vinrent les chercher. La fête se termina au milieu du délire de la vertu la plus pure. Ces amantes étaient ornées de rubans et de fleurs, et « les charmantes agaceries n'ont rien coûté à leur facile abandon », dit gravement le compilateur de la Confédération^ homme austère et incapable d'ironie.

XI — Venvers de la Fête, — La plupart des contemporains parlent du « magnifique ensemble », du « spectacle sublime », de « l'allégresse générale », du « délire » d'une fête telle que ni les pompes merveilleuses du paganisme, ni les grandioses scènes du catholicisme n'en avaient jamais montré de semblables.

Pour les honnêtes républicains d'aujourd'hui, c'est bien ce qui reste. Pour la postérité, c'est ce qui domine : splendeur, gaieté, bienveillance, concorde, paix dans les esprits et dans les cœurs.

Il faut pourtant regarder froidement ce spectacle, qui fut grand, qui paraît gracieux et qu'à distance, en effet, on croirait une fête donnée en Arcadie par l'excellent abbé de Saint-Pierre. De près, le spectacle montre bien des teintes sombres. La fête eut des envers pour tous.

Il y avait d'abord cette pluie, cette infernale pluie. Ce fut là l'envers de l'événement pour la foule, pour le peuple, pour cette armée de bons et de petits bourgeois, de paysans de banlieue, masse encore crédule à la Révolution, et qui jouit réellement, candidement, des apparences pacifiques et fraternelles de l'aventure.

« Toutefois leur retour ressemblait à une véritable mascarade. Plusieurs, sans chaussures ou dont la chaussure restait à chaque pas

dans les boues ; toutes, les cheveux épars, sans bonnet ou avec un mouchoir autour de leur tête, revenaient escortées d'un cavalier crotté comme elles jusqu'à Téchine. »

Ils se rappelaient combien cet orage aristocratique en cinq actes (c'était le sobriquet donné à la Fédération par les journalistes révolutionnaires) avait « troublé la marche des fédérés, dérangé leur gravité, dispersé pêle-mêle prêtres, officiers municipaux, soldats, députés, flétri Téclat pompeux ou la fraîcheur des costumes, fait voler au loin les plumes, les panaches ».

D'Escherny résume bien l'impression désagréable produite par ces points que nos historiens d'aujourd'hui laissent dans l'ombre. N'oublions pas, d'ailleurs, que ce d'Escherny est un enthousiaste, un partisan déterminé de la Révolution. « Je n'ai rien vu, rien entendu distinctement. Les objets du cirque étaient trop éloignés et trop nombreux. Un temps déplorable, des coups de vent du Nord, des averses effroyables et glaciales, se succédèrent à courts intervalles pendant plusieurs heures. Deux cent mille femmes vêtues en blanc furent en peu de temps pénétrées, glacées par la pluie ; leurs plumes étaient renversées comme un lis penché par un torrent... Un spectacle qui ne parle qu'aux yeux est bien froid à la longue... La pluie dispersa les musiciens. Des instruments à vent, des tymbales et des tambours seuls purent se faire entendre... Je n'entendis que le tumulte du cirque et le bruit du canon. »

Les bons et sages patriotes, en constatant ce qu'il y avait de purement théâtral et factice dans ces apparences de fraternité et de concorde, calculaient. Ils prévoyaient (ce qui arriva en effet) que cette fête allait forcer les Parisiens à s'imposer pour plusieurs années une double capitation. Ils savaient que « les illuminations publiques et particulières ayant consommé toutes les huiles et toutes les graisses de la capitale, on était obligé de faire en bougies l'illumination des Champs-Elysées. » Enfin , on rapportait que cette fête coûterait 3o millions au pauvre pays, absolument ruiné.

Pour les Constitutionnels, l'envers, c'étaient ces cris de Vive la Reine; c'était ce refus du Roi de venir prêter serment à l'autel de la Fédération; c'était l'enthousiasme royaliste qui allait « donner une audace insolente aux ministériels ».

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i5o LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

Pour les royalistes modérés, l'envers, c'était au contraire l'enthousiasme montré envers le « maire du palais », envers La Fayette, dont, selon Desmoulins, les gardes nationaux avaient adoré les bottes, les cuisses, le cheval même. Mirabeau, qui représente à cette date le monarchisme révolutionnaire, mais satisfait des progrès faits et voulant s'arrêter, Mirabeau est très maussade à ce sujet. « On a compromis le Roi sans profit pour son autorité, on a servi Vhomme redoutable^ et servi malgré lui-même ; on a réparé ses fautes, on l'a rendu l'homme de la fédération, quelque incapacité qu'il ait montrée en cette occasion où, avec les plus grands moyens imaginables^ il a amoindri tout ce qu'il a touché. » — C'est de La Fayette, on le devine, qu'il parle ainsi.

L'envers pour les royalistes purs, c'étaient ces « chansons contre les aristocrates », ces quelques fédérés « dont les cris confus prenaient les accents de la fureur » ; c'était l'insolence redoublée des gazetiers, de Desmoulins surtout, dont les allusions enragées demandaient, en se cachant à peine derrière Paul Emile et la loi Cornelia^ qu'on pendît le Roi et le président de l'Assemblée.

Pour le bon Roi seul, cette fête n'avait pas d'envers. Elle eut de terribles lendemains.

On pouvait le prévoir à la rage des démocrates.

Ils étaient furieux contre tout, contre ce que Desmoulins appelait l'insolence du trône et du fauteuil exécutif. Le fauteuil du Roi était en effet plus orné et, à ce qu'il paraît, de deux ou trois pouces plus élevé que celui du président de l'Assemblée; furieux contre ce pr^ident, M. de Bonnay, pour avoir supporté ce fauteuil, pour avoir laissé placer debout, à quelques pas devant lui, un des huissiers royaux, pour avoir baissé le nez en lisant son serment ; furieux contre les drapeaux blancs des fédérés et l'étendard blanc qui dominait le pavillon royal ; furieux contre les fédérés qui avaient tué des chiens dans les rues; furieux contre — la citation est précieuse — des maréchaux de France et des lieutenants-généraux qui ont l'insolence de prendre le pas sur des soldats et des sergents qui ont dix ans de service plus qu'eux. Enfin c'était « l'avilissement de la nation ».

Les Jacobins ne tardent pas à expliquer cette rage. Ils avaient constaté, et c'était pour eux le plus cruel envers de la fête, que.

LE GOUVERNEMENT i5i

excepté le troupeau d'imbéciles, de sacripants et de drôlesses qu'ils traînaient à leur suite, la France était complètement royaliste.

XII — Les conséquences de la Fédération. — L'important Charron, rillustre Bouttidoux, le notable Cornu et les autres bourgeois rengorgés qui forment la commission du Pacte Fédératif, proclament, le vendredi i6 juillet, qu'il est urgent pour les Parisiens de témoigner le plaisir qu'ils ont eu à recevoir leurs frères des départements, et que dès lors il y aura, le dimanche i8, une série de fêtes remarquables.

Là-dessus Bailly, et les conseillers municipaux qui composent le département de la Police, proclament qu'un peuple « étant toujours sage quand il se sent libre », on recommandera à la police de se cacher et que toutes les précautions consisteront à n'en prendre aucune. On défend à toute voiture, à tout cavalier, de paraître et l'on suppose que cette satisfaction donnée à la jalousie égalitaire engagera <( ce bon peuple, qui mérite toute la confiance de l'administration», à ne pas jeter des pierres aux fenêtres des maisons qui ne seraient pas illuminées. Si, de plus, l'on veut bien se priver de porter des cannes à épée, ne tirer sur ses voisins ni fusées, ni coups de fusil, enfin « se souvenir que les fêtes de la Liberté ne doivent jamais avoir le caractère de la licence », tout ira fort bien.

La soirée du 14 juillet avait été signalée par des incidents de peu d'importance; la pluie, toujours la pluie avait éteint les illuminations privées et fort nui à celles des Tuileries, qui étaient superbes.

Mais ce sont les suites politiques et sociales de la Fédération qu'il faut étudier.

On était donc revenu à l'Age d'Or. Tous ceux qui avaient travaillé jusqu'ici à la régénération de la France étaient prêts à jurer que c'était le commencement de l'ère entrevue par les philosophes depuis cinquante ans, l'ère de paix, de bien-être, de concorde, de fraternité, en un mot.

Les grands bourgeois, lettrés et libéraux, avaient fait la Révolution ; ils se voyaient les maîtres, ils en concluaient donc logiquement que la Révolution n'avait aucune raison de durer. Ils avaient fait du Roi leur roi, il était leur homme, leur esclave, s'ils voulaient; ils avaient l'armée de leurs rêves : la garde nationale, l'armée intéressée non plus

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par le sentiment factice de l'honneur, mais par le puissant mobile de régoïsme, à défendre la paix publique et le sol national ; ils avaient écrasé, chassé, ou nivelé dans leurs rangs l'aristocratie ; ils voyaient le peuple joyeux, ils le croyaient muselé et satisfait ; ils allaient asservir le clergé.

Dès lors la révolution était faite. Ils dirigeaient le gouvernement, ils Tallaient posséder tout entier; et comme ils avaient l'intention de gouverner avec libéralisme et économie, comme ils étaient persuadés que cela suffisait au peuple français, ils juraient de fort bonne foi que la France était régénérée.

On avait retrouvé l'entrée du Paradis terrestre. Bailly en avait la clef; Charron, Cornu et Bouttidoux en faisaient les honneurs, et il n'y avait d'autre gendarme que La Fayette, dont il suffisait de baiser les bottes pour entrer dans l'Eden.

Interrogeons donc La Fayette. Il doit être renseigné :

« Les poignards de la calomnie se sont multipliés. Les conseils les plus incendiaires ont été répandus. On a prêché l'insurrection. » .

Oui, c'est La Fayette lui-même qui parle. L'idole est percée par les poignards de la calomnie. Il pçirle quinze jours après ce jour de l'âge d'or. Il parle ainsi publiquement, dans une proclamation à la garde nationale, qui l'adorait et qui lui échappe déjà.

Voilà ce qu'était devenue la garde nationale, l'un des trois coefficients de la paix et de la fraternité qui devaient sortir de la Fédération.

Sur le second, interrogeons l'homme compétent par excellence, celui qui peut parler au nom de l'armée, le seul qui ait su la maintenir et la faire marcher contre la Révolution, le marquis de Bouille :

i( L'effet de cette Fédération fut d'empoisonner l'esprit des troupes. A leur retour de la capitale, les députés des régiments semaient partout les germes de la corruption, et quinze jours, ou tout au plus un mois après, l'armée entière était en état d'insurrection. »

Le troisième coefficient, le peuple, imita l'armée et la garde nationale ; attroupements, émeutes, vont entrer dans la vie journalière.

Comment en un plomb vil Tor pur s'est-il changé ? Mais il n'y avait pas d'or pur; il n'y en a que dans la légende.

Au vrai, il n'y avait qu'une nation débauchée par la révolte, qui se grisait et se dégrisait, et qui, alors éperdue, prêtait, dans un moment

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